La création en deux fruits

Après avoir rédigé mon dernier article « Vision helvétique contemporaine et politique du Jardin d’Éden », je me suis souvenu d’une devinette, un peu éculée:

Comment résumer la création en deux fruits?

Une pomme, deux poires et des tas de pépins.

À méditer…

Vision helvétique contemporaine et politique du Jardin d’Éden

Lauriane Savoy, doctorante en théologie pratique et en études genres à  l’ILTP et à l’Université de Genève (elle travaille sur « L’ouverture du pastorat à la mixité hommes-femmes dans les Églises protestantes de Genève et Vaud »), me transmet cette image d’une publicité politique qu’elle a vue dans les rues de  Genève. Elle croit « reconnaître le style du dessinateur Exem« , mais sans avoir « trouvé de confirmation ».

Le théologien du quotidien se réjouit que le mythe du Jardin d’Éden reste significatif pour les Suisses en 2018 et qu’il reste une référence positive, l’affiche laissant penser que c’est une manière de vivre que certain·es Suisses pourraient vouloir adopter.

Mais le théologien du quotidien n’est pas dupe. Il voit que si le récit des chapitres 2 et 3 du livre de la Genèse inspire l’affiche, l’affiche réinterprète le récit. Le Jardin de l’affiche n’est pas exactement le Jardin d’Éden. Le théologien du quotidien a donc ajouté, directement sur l’affiche, ses propres commentaires.

On peut vouloir découvrir ma lecture théologique de quelques autres publicités à haute valeur théologique:

La méthode de praxéologie théologique en 17 fiches

Pour la rentrée universitaire, je mets en ligne des fiches de travail. Elles permettent de travailler ne théologie pratique selon la méthode de praxéologie théologique*. Elles sont disponibles librement et gratuitement sur le site des Cahiers de l’ILTP [Perspectives protestantes en théologie pratique]. Pour les lire ou les télécharger, cliquez ici!

Ces fiches sont un outil universitaire; elles sont avant tout destinées aux chercheur·es en théologie pratique: professeur·es, étudiant·es, pasteur·es, prêtres, diacres, etc.

* « La praxéologie théologique est une méthode qui permet d’analyser théologiquement des pratiques, c’est à dire des activités publiques, complexes, d’une certaine durée, impliquant des relations, régies par des règles et visant des résultats concrets. Elle est une méthode empirico-herméneutique, où l’on commence toujours par la pratique. »

Un protestant peut facilement prier 66% de l’Ave Maria!

Permettez qu’en cette veille de 15 août, jour où les catholiques fêtent l’Assomption de Marie et les orthodoxes sa Dormition – de manière différente, les deux traditions veulent signifier la même chose: Marie, au bénéfice d’un traitement de faveur, n’est pas morte –, permettez donc qu’un théologien protestant mais pas borné (mais oui, cela peut exister!) relise la prière mariale par excellence, l’Ave Maria, en barrant ce qu’il n’accepte pas!

Je vous salue, Marie pleine de grâce;

Le Seigneur est avec vous.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes

Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu,

Priez pour nous pauvres pécheurs,

Maintenant et à l’heure de notre mort.

Avec l’Ave Maria, j’ai des points d’accord:

  • Moi aussi, je crois que Marie a été pleine de grâce, parce qu’elle a accepté que son utérus abrite celui qu’elle appellera Jésus.
  • Moi aussi, je crois que le Seigneur a été avec elle et qu’il est encore avec elle.
  • Moi aussi, je crois qu’elle est bénie.
  • Moi aussi, je crois qu’elle est la Mère de Dieu, puisque je crois que le fils de Dieu est aussi Dieu.
  • Moi aussi, je crois que Jésus est le fruit de ses entrailles, qu’il s’est développé dans son utérus et qu’il est né par son vagin.

Mais avec l’Ave Maria, j’ai aussi des désaccords:

  • Je ne salue pas Marie: elle est morte et elle ne m’entend plus.
  • Je ne crois pas qu’elle est bénie entre toutes les femmes, mais comme toutes les femmes.
  • Je ne qualifie pas Marie de sainte: personne ne mérite ce titre.
  • Je ne demande pas à Marie de prier pour nous maintenant: Dieu est suffisamment attentif pour savoir ce dont nous avons besoin.
  • Je ne demande pas à Marie de prier pour nous à l’heure de notre mort: à cette heure-là nous ne pouvons plus rien changer à ce que nous avons été.

L’Ave Maria compte 45 mots et je suis d’accord avec 30 d’entre eux, soit 66%. Je mérite donc la moyenne en mariologie et en œcuménisme.


À propos de Marie, on peut lire sur mon blogue:

1 ange qui dicte quelque chose et 4 évangélistes qui écrivent d’autres choses

Faisons aujourd’hui un peu de théologie à partir d’une image vue sur la route des vacances!

Sur le socle de l’autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade figure une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l’évangéliste « Matthieu » une Bible ouverte au début de son évangile et les trois autres évangélistes – dans l’ordre « Luc », « Jean » et « Marc » – qui tiennent chacun en main une Bible ouverte au début de leur propre évangile.

Sur le socle de l'autel de l'église Santa Maria de la Alhambra à Grenade, on voit une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l'évangéliste Matthieu le début de son évangile; Marc qui caresse la tête du lion qui est son symbole et qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; Luc qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; et Jeran qui qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile.

Autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade (Espagne). (c) Olivier Bauer

On pourrait lire l’image comme une représentation de l’inspiration divine directe et littérale de la Bible, chaque évangéliste écrivant le même texte sous la dictée de l’ange. Sauf que…

  • Sauf que dans la Bible de « Matthieu » figurent les mots suivants:

« Liber generationis lesu Christi filii David, filii Abraham. » (« Livre des générations de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham », premier verset de l’Évangile attribué à Matthieu.)

  • Sauf que dans la Bible de « Luc » figurent les mots suivants:

« Quoniam quidem multi conati sunt ordinare narrationem, quae in nobis completae sunt, rerum. » (« De nombreuses personnes ont entrepris de composer un récit à propos des choses qui ont été accomplies parmi nous », premier verset de l’Évangile attribué à Luc.)

  • Sauf que dans la Bible de « Jean » figurent les mots suivants:

« In principio erat verbum, et verbum erat apud Deum. et Deus erat. » (« Au commencement était la Parole et le verbe était auprès de Dieu et le verbe était Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Jean.)

  • Sauf que dans la Bible de « Marc » figurent les mots suivants:

« Initium Evangelii lesu Christi, Filii Dei. » (« Début de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Marc.)

Quatre évangélistes, quatre évangiles et quatre textes différents. Il me semble que cela remet en cause le principe d’une inspiration divine directe et littérale du texte biblique.

On n’osera pas penser que les évangélistes ont vraiment de mauvaises oreilles…

On pourrait interpréter l’image comme une tentative de donner une préséance à « Matthieu » qui lui seul aurait écrit exactement ce que l’ange a dicté. On n’aurait sans doute pas entièrement tort.

Pour ma part, je considère que l’image illustre parfaitement ce que je crois: chaque évangéliste est responsable de son texte; chaque évangéliste a écrit librement et différemment ce qu’il comprenait ce qu’il gardait de la vie, de la mort et de la résurrection d’un certain Jésus. Et je crois que j’ai raison…

Pain de la terre, pain du ciel

Dans le cadre de la Fête du blé et du pain organisée cet été à Echallens (près de Lausanne), je propose une exposition intitulée « Pain de la terre, pain du Ciel ». Elle est visible en visite libre du 15 juillet au 26 août de 8h à 20h30 dans le temple de la paroisse réformée d’Echallens . Vous pouvez vous y rendre et la voir « pour de vrai ». Mais, puisque des gens du monde entier suivent mon blogue (quel orgueil dans la formulation!), je la propose aussi en exposition virtuelle que pouvez visiter en cliquant sur l’affiche.


  • L’expression « Pain de la terre, pain du Ciel » est empruntée à l’exposition tenue au Musée de l’hospice du Grand-Saint-Bernard en 2012 (visiter le site du Musée et voir l’exposition) et au livre publié par Pierre Rouyer en 2012 aux Éditions du Grand-Saint-Bernard.
  • Pour la fête du blé et du pain, la paroisse réformée d’Echallens célèbre sur le thème du pain deux cultes et une célébration intercommunautaire les dimanches 12, 19 et 26 août à 9h45 (en découvrir le programme).