Une seule croix à porter (suite)

Suite à mon article « Une seule croix à porter« , « Mathieu Gagnant » m’adresse le commentaire suivant:

« Et la vraie difficulté c’est saisir dans le contexte d’affirmation humaine aujourd’hui, ce que veut dire  « Se renier soi-même » ou « renoncer à soi-même »! »

Il a parfaitement raison! Et pour dire la vérité, j’ai hésité à recopier la première partie du verset et j’ai ensuite cherché si cette injonction à « se renier soi-même »était absente d’un évangile. Malheureusement pour moi, les deux évangiles attribués à Matthieu et à Luc ont presque exactement la même formulation:

Matthieu 16, 24: « Alors Jésus dit à ses disciples: Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. »

Luc 9, 23: « Il disait à tous: Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive. »

« Mathieu Gagnant » a raison. Et je ne sais pas quoi écrire de plus. Peut-être qu’il estimera que je suis moi aussi dans ce « contexte d’affirmation humaine », mais je ne crois pas que « se renier soi-même » ou « renoncer à soi-même » soit forcément une bonne chose, pas même pour la ou le chrétien·ne.

Pour retourner les clous dans les stigmates, j’ajoute que deux autres passages des évangiles présentent Jésus exhortant ses « followers » à se charger de leur croix. Ils me posent eux aussi de « vraies difficultés »:

Matthieu 10: « 37Celui qui me préfère père ou mère n’est pas digne de moi, celui qui me préfère fils ou fille plus que moi n’est pas digne de moi; 38celui qui ne prend pas sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi. »

Luc 14: « 26Si quelqu’un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple. »

Critiquer la Bible n’est pas sans risque. J’ai déjà reçu des commentaires négatif quand je l’ai fait (lire par exemple mon article « Soit je respecte la Bible, soit je respecte les femmes » et les commentaires). Mais je persiste à penser que la Bible contient des textes que je trouve admirables ou nourrissants, mais aussi des textes que je trouve problématiques ou obsolètes! Aujourd’hui, j’ai renoncé à ignorer ou à détruire ces pages. Aujourd’hui, je me contente de les agrafer sur la croix que je porte. À titre préventif, pour me souvenir que nous courons le risque d’attribuer à Dieu les bêtises qui nous reviennent. Et je m’efforce de ne pas attribuer à Dieu celles qui me reviennent.


À propos la Bible, on peut lire sur mon blogue:

Une seule croix à porter

Comme le théologien Gilles Bourquin dans Réformés (le mensuel des Églises reformées de Suisse romande), je trouve libérateur cet appel que les Évangiles mettent dans la bouche de Jésus:

« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Marc 8, 34

Ça peut sembler lourd mais ça m’allège. Ça m’allège depuis que j’ai compris que je n’ai que ma croix à porter. Rien que ma croix! Pas une autre, pas une de plus! Et maintenant, j’avance. Parfois lentement, parfois en zigzagant, parfois en titubant, mais j’avance.

Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Mais qu’est-ce que je vais pouvoir leur faire à manger ?

Dimanche est un grand jour. Les parents d’Amiya, la compagne de Sébastien, le fils de Nicole et Jean-Jacques Rognon, sont en Suisse. Et Nicole les invite à la maison. Ils sont indiens et hindous, ce qui n’est pas synonyme, lui a appris son fils. Évidemment, elle souhaite faire bonne impression. Et certainement qu’il ne mange pas « comme nous ». Mais comment faire pour bien faire ? En bonne protestante, Nicole Rognon est pragmatique. Le mieux est encore de demander des conseils à Amiya.

Et Amiya commence : ses parents sont hindous et fiers de l’être, mais ils ne sont pas traditionalistes ; loin de leur communauté, ils s’accordent plus de liberté.

Et Amiya continue : l’hindouisme aborde la question de l’alimentation sous l’angle de la pureté qui est celle des personnes plus que des nourritures, même s’il y a des aliments absolument immangeables et d’autres tout à fait désirables. Pour décider si une nourriture est pure, il faut se demander : « Par qui a-t-elle été produite, vendue et préparée ? » et « Avec qui va-t-elle être mangée ? » ; car la pureté est liée au système des castes : ce qui pollue une nourriture, c’est avant tout d’avoir été produite, manipulée ou cuisinée par une personne d’une caste inférieure. Même si elle peut aussi être souillée parce qu’elle a touché une partie impure du corps, les lèvres ou la salive par exemple, ou un objet qui a lui-même touché une telle partie du corps ; du coup, une hindoue cuisine plus avec la vue et l’olfaction qu’avec le goût.

Et Amiya conclut : la situation aurait pu être pire ; ses parents auraient pu être jaïns ; ils auraient alors refusé de manger tous les « êtres vivants mobiles », que ce soit un ver de terre, un insecte, une sauterelle, un animal (du poisson au mouton), une vache (qui pour eux n’aurait pas été un animal !) ; ils auraient aussi refusé de manger tous les « êtres vivants immobiles à vies multiples » comme les pommes de terre et les bourgeons ; ils n’auraient accepté de manger que des nourritures végétales poussant au-dessus du sol. Devant tant de difficultés, Nicole Rognon aurait peut-être dû renoncer ; ou alors, servir des pommes.

Nicole Rognon sait maintenant tout ce qu’elle peut savoir sur l’hindouisme et l’alimentation. Mais quel repas va-t-elle cuisiner pour que des hindou•e•s puissent manger chez elle ?


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  • Mardi 28 mars à 15h00: « Nicole Rognon reçoit une leçon de cuisine bouddhiste. »

Déjà paru:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.

Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Mais comment vont-ils pouvoir se faire à manger ?

Dans leur villa, les Rognon possèdent un petit appartement qu’ils louent à des scientifiques de l’EPFL. Cette année, ils accueilleront Ziva et David, un couple de physiciens israéliens. Nicole Rognon se réjouit, mais elle s’inquiète aussi ; elle se doutait bien que ses locataires étaient juifs et qu’ils voudraient manger casher ; mais elle n’en connaissait pas toutes les nuances et surtout, elle ne savait pas que cela pouvait aller aussi loin.

Que Ziva et David achètent des aliments casher ne la concerne pas ; il leur reviendra de chercher la viande « convenable » (c’est le sens de « casher ») : des ruminants aux sabots fendus ; des poissons avec écailles et nageoires ; des oiseaux mentionnés dans la liste du livre du Lévitique ; et, s’ils le souhaitent et s’ils en trouvent, des insectes qui marchent et qui sautent. Ce sera aussi à Ziva et David de s’assurer que la préparation des aliments originellement casher ne leur aura pas fait perdre leur caractère « convenable » ; que l’animal ait été abattu rituellement, c’est-à-dire qu’il ait vécu aussi heureux que possible, qu’il soit tué délibérément, qu’il soit conscient jusqu’à son dernier souffle, qu’il soit égorgé d’un seul coup de couteau bien affûté, saigné et privé de son nerf sciatique ; que les produits laitiers et les aliments qui en contiennent soient fabriqués uniquement et strictement avec du lait d’animaux casher ; que les œufs soient exempts de toute trace de sang ; que le vin n’ait pas été manipulé par un non juif ; avec certainement des « etc. ».

Ce qui concerne directement les Rognon, c’est que Ziva et David puissent cuisiner casher. Il faut pour cela que la cuisine de l’appartement permette de séparer strictement la viande et le lait. Car c’est un principe énoncé dans la Torah : « Tu ne feras point cuire un chevreau dans le lait de sa mère. » (Livre de l’Exode, chapitre XXIII, verset 19). Il faut pour cela que les Rognon doublent tout : qu’ils installent deux garde-manger, deux réfrigérateurs, deux cuisinières et deux lave-vaisselle ; qu’ils réservent deux placards contenant chacun deux jeux de casseroles, deux jeux d’ustensiles de cuisine, deux jeux de vaisselles et deux jeux de couverts. Ce sera du travail ; mais le travail ne fait pas peur à deux bons protestants.

Nicole Rognon sait maintenant tout ce qu’elle peut savoir pour lui permettre d’aménager une cuisine pour un couple juif orthodoxe. Mais quels menus casher Ziva et David vont-ils y cuisiner ?


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  • Mardi 14 mars à 15h00: « Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils. »

Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.

Le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

J’ai déjà parlé de l’utilisation d’une Cène pour la publicité du Bal en blanc, un festival de musique électronique tenu à Montréal chaque année à Pâques (lire l’article: « La Cène: Époque contemporaine »). Je viens de découvrir l’utilisation d’une Maiestas Domini pour la publicité d’Electron, le « Geneva’s festival of electronic cultures » qui se tient à Genève aux mêmes dates. Que les événements se tiennent à Pâques semble donc inspirer les publicitaires…

Affiche du festival Electron (Genève, 2017)

Affiche de la 14e semaine Bal en Blanc (Montréal, 2008)

Ce qui me frappe c’est la manière dont la « culture électronique » récupère des images christiques, mais qu’elle les décale, évidemment.

  • L’affiche du Bal en Blanc fait de la Cène une tablée de personnes qui brillent par leur diversité sexuelle (hommes et femmes, LGBTQ+), ethnique (il n’y a toutefois pas de noir) et religieuse (signes ostensibles de judaïsme, d’islam et d’hindouisme); mais qui ne brillent pas par leur diversité physique (toutes jeunes, minces et belles); elle fait du Christ un DJ, touchant de sa main droite ses écouteurs, posant la main gauche sur une double platine (au lieu d’un plat).
  • L’affiche d’Electro fait du Christ en majesté, un prêtre (identifié par le col noir qui dépasse de son aube blanche), jeune, mince, à l’allure boudeuse; elle fait du prêtre un Seigneur rayonnant (inscrit dans une mandorle en forme de cadre kitsch), levant trois doigts (ou deux doigts et demi) de sa main droite; elle fait du Christ un DJ, écouteurs sur les oreilles et serrant sur son cœur un disque vinyle noir (au lieu du livre traditionnel)

Combinées, les deux affiches délivrent un message clair: le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Mais comment je vais pouvoir cuisiner là-bas ?

Même nourrie de quelques préjugés sur l’islam, la question de Nicole Rognon n’est pas illégitime ; avec Jean-Jacques, ils passeront un mois dans un appartement de location en Algérie ; et c’est elle qui fera la cuisine ! Dans un premier temps, elle s’est désolée : ils ne trouveraient rien à manger ; dans un deuxième temps, elle s’est rassurée : elle allait tout emporter depuis la Suisse ; dans un troisième temps, en bonne protestante, Nicole Rognon a décidé d’aller à la rencontre de l’autre ; et quoi de mieux que la cuisine pour se rencontrer ? En contexte musulman, ils mangeront donc comme les musulmans ! Le principe est beau ; mais il faut encore pouvoir le mettre en pratique. Que pourra-t-elle acheter ? Comment pourra-t-elle cuisiner ? Il lui faut découvrir l’impact de l’islam sur les pratiques alimentaires.

Elle connaissait déjà le terme « halal » ; elle apprend qu’il signifie « licite » ; elle découvre aussi qu’en islam, tout n’est pas blanc ou noir ; qu’il y a aussi des nourritures détestables, douteuses, neutres, préférables et obligatoires ; que les restrictions portent sur l’alcool et sur la viande ; que le Coran prescrit : « Voici ce qui vous est interdit : la bête morte, le sang, la viande de porc ; ce qui a été immolé à un autre que Dieu ; la bête étouffée, ou morte à la suite d’un coup, ou morte d’une chute, ou morte d’un coup de corne, ou celle qu’un fauve a dévorée – sauf si vous avez eu le temps de l’égorger – ou celle qui a été immolée sur des pierres » (Le Coran, « La Table Servie », sourate V) ; qu’abattre un animal n’est pas un geste anodin mais un sacrifice, ce qui explique qu’il faille tourner la bête vers La Mecque et prononcer une bénédiction ; que pour être comestible, un animal doit être bien traité jusqu’à l’abattage, qu’il doit être privé en même temps de son sang et de son souffle ; ce qui explique qu’on tranche du même geste sa veine jugulaire et sa trachée.

Et quand elle comprend que leur séjour se terminera alors que le Ramadan aura déjà commencé, elle se dit que ça ne fera pas de mal à Jean-Jacques de jeûner entre l’aube et le coucher du soleil ; et elle espère que ses voisines l’inviteront à rompre le jeûne, en partageant le repas de l’Iftar.

Nicole Rognon sait maintenant tout ce qu’elle peut savoir pour que des chrétien•ne•s suisses puissent manger en contexte musulman. Mais quels menus va-t-elle cuisiner pour ses repas dans un contexte musulman ?


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  • Mardi 14 mars à 15h00: « Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner. »

Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. NNicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.