(Im)précis d’éthique sexuelle chrétienne

À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le SIDA, je pose la question: comment penser la sexualité en christianisme?

Pour répondre, je pourrais adopter un point de vue général: la sexualité n’est ni l’enfer ni le paradis; la sexualité, c’est du plaisir et c’est une responsabilité. Je pourrais aussi partir de la Bible; mais dans la Bible, les avis sont multiples; la sexualité jugée bonne à une époque ou dans un endroit ne l’est plus quelques années plus tard ou quelques kilomètres plus loin. Certains héros bibliques ne seraient pas les bienvenus à la Manif pour tous ni dans certaines Églises: le roi Salomon et ses 700 maîtresses ou Lot qui préfère que ses concitoyens violent ses filles plutôt que ses invités. Alors, je partirai quand-même de la Bible (ce doit être dans les gènes d’un théologien protestant), mais d’un principe général défini par Paul (qui lui-même n’était pas très porté sur la chose):

« Certains d’entre vous disent: Tout m’est permis. Oui, cependant, tout ne vous est pas bon. Je pourrais dire: Tout m’est permis, mais je ne vais pas me laisser réduire en esclavage par quoi que ce soit. » Première lettre aux Corinthiens, chapitre 6, verset 12.

Et pour éviter les termes obscènes ou médicaux, j’utiliserai quelques métaphores, récoltées ou inspirées notamment chez Frédéric Dard et Pierre Perret.

Solo

  • « Tout est permis »: un homme a le droit de se polir la saucisse; une femme a le droit de se chatouiller l’hibiscus. Ces pratiques solitaires ne causent de tort à personne. Elles n’ont jamais rendu quiconque sourd. Les caresses permettent de découvrir son propre corps, le fonctionnement de son propre sexe. En plus, de donner du plaisir.
  • « Tout n’est pas bon »: quel problème pourrait entraîner une sexualité solitaire? Qu’on en vienne à préférer absolument le solo au duo, à préférer le tête-à-tête avec soi-même (ou le tête-à-queue pour les plus souples) à la rencontre de l’autre.

Duos

Foufoune et popaul

  • « Tout est permis »: le duo commence avec quelques amuse-gueule et pas mal de doigté. Il se prolonge ensuite dans l’amour à la papa, la position du missionnaire, la brouette javanaise, la toupie de Zanzibar et la déclinaison de tout le Kamasutra. Mais un couple peut encore jouer à d’autres jeux: brouter le minou, manger la banane ou prendre l’entrée de service. À tout cela, rien à redire, tant que les deux partenaires sont vraiment consentants. Et quant à l’âge limite, il est fixé par des lois, variables en fonction des cultures et révisables en fonction des évolutions sociales. Mais avant de jouer à la bête à deux dos, il vaut mieux chercher à se séduire, à se découvrir. Selon l’adage, l’amour commence le truc dans la main, la main dans la chose, bien avant que l’on songe à mettre le truc dans la chose.
  • « Tout n’est pas bon »: le premier risque du duo, c’est d’attraper un polichinelle dans le tiroir. Tirer un coup ne sert pas seulement à prendre son pied. C’est aussi un moyen de faire des bébés. Pour éviter de chopper le ballon, il convient de prendre ses précautions. Et pour prévenir les maladies sexuellement transmissibles, il faut mettre le petit capuchon. Le second risque, c’est de forcer l’autre à faire ce qu’il ou elle ne veut pas ou n’aime pas. Les choses sont compliquées car l’obligation peut parfois être très subtile: on peut accepter sous la menace, mais aussi pour faire plaisir, par lassitude, pour faire comme tout le monde, parce qu’on a peur que l’autre nous quitte, parce qu’il ou elle nous donne quelque chose en échange, etc.

Popaul et popaul; foufoune et foufoune

  • « Tout est permis »: l’homosexualité n’est ni une maladie ni un péché. Tant que les deux partenaires sont d’accord et consentant, elle est leur affaire. Chacun fait ce qu’il veut avec ses fesses et avec le reste.
  • « Tout n’est pas bon »: l’homosexualité est menacé par le goût pour l’identique. Préférer le même (homo) pour ne pas avoir à découvrir l’autre (sexe). On n’a pas forcément la même vision du monde qu’on ait une gaule ou une case trésor. Mais cela vaut aussi pour l’hétérosexualité. Il y a aussi du même dans les couples hétérosexuels blancs, noirs, suisses-romands ou de professeur·e·s. Et ça ne vaut pas pour tous les couples homosexuels: tous ceux qui arborent un dard et toutes celles qui cachent un frifri ne sont jamais exactement les mêmes.

Trio; tout un orchestre; partitions particulières.

Je sais qu’il existe de nombreuses autres façons de grimper aux rideaux; je sais aussi qu’il y en a encore plus que je ne connais pas. Mais je crois que les mêmes critères restent valables. Relisons ce bon vieux Paul (qui était un obsédé asexuel)!

« Certains d’entre vous disent: Tout m’est permis. Oui, cependant, tout ne vous est pas bon. Je pourrais dire: Tout m’est permis, mais je ne vais pas me laisser réduire en esclavage par quoi que ce soit. »

En matière de sexualité, il y a toujours une question à se poser: « Quand je regarde un·e autre, est-ce que je peux penser à autre chose qu’à le ou la posséder? » Si la réponse est non, c’est que la sexualité m’a réduit à l’esclavage.

Quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur?

Dans le Nouveau Testament figure une lettre aux Ephésiens. Et son chapitre 3 compte un verset 18 difficile à comprendre:

17Que le Christ habite dans votre cœur par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, 18pour être capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, 19et de connaître l’amour du Christ qui surpasse la connaissance, de sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

Le verset 18 m’a longtemps posé un problème: comprendre la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, oui mais de quoi? Mais je viens de connaître que le « de quoi » n’a pas tellement d’importance. Peu importe de quoi, je connais la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur: de Dieu, de son amour, de la foi qu’il me donne, etc. Ce qui importe, c’est la mesure de ces quatre dimensions. Pour moi, tout doit être:

  • Large comme deux bras grand ouvert.
  • Long comme la durée d’une vie.
  • Aussi profond que l’amour que nous avons les uns pour les autres.
  • Et pas plus haut qu’un enfant.

Crémation et dispersion (attention, humour noir !)

La Toussaint ramène la religion dans les médias. Quand il s’agit de la mort, elle semble garder une certaine pertinence sociale. Cette semaine, France Inter a parlé de la crémation. J’en ai retenu deux éléments:

Seules deux religions autorisent la crémation des morts: le bouddhisme et le catholicisme.

Si l’Eglise catholique-romaine autorise la crémation, elle refuse que les cendres soient dispersées.

J’ajoute mes commentaires (évidemment!).

  1. À la journaliste: le catholicisme n’est pas une religion, mais une confession. La religion, c’est le christianisme dont fait partie le protestantisme qui n’a pas de problème avec la création.
  2. Sur le fond: le problème est celui de l’avenir du cadavre. Pendant longtemps, le christianisme a jugé qu’il fallait qu’une personne soit enterrée « en entier » pour que Dieu puisse la ressusciter avec son corps. Aujourd’hui, pour des raisons plus pratiques que théologiques, le christianisme admet que l’état du cadavre n’a pas d’importance quant à la possibilité que Dieu le ressuscite. Cependant, l’Eglise catholique-romaine considère que Dieu ne pourrait pas ressusciter une personne dont les cendres auraient été dispersées.

Mise en garde: la suite de cet article contient de l’humour noir et ne convient pas à tous les publics.
Dieu est un type intelligent. Il est capable de reconstituer même les puzzles les plus difficiles. Seulement, Dieu dans toute son intelligence connaît des limites. Ainsi, il ne peut reconstituer que les puzzles dont toutes les pièces viennent dans la même boîte, avec la reproduction du modèle sur le couvercle. Il n’est pas capable de trier les pièces pour savoir à quel puzzle elles appartiennent.
Alors s’il-vous-plaît, ne compliquez pas la tâche de Dieu! Si l’un.e de vos proches veut être incinéré.e, gardez ses cendres dans une seule et même urne!

L’art de faire du neuf avec du vieux. An Old « Young Pope »

– « Est-il possible d’illustrer chaque élément de l’affiche de la série télévisée The Young Pope avec des citations bibliques? », demande le théologien du quotidien à propos d’une série qu’il n’a pas vue.

– « Oui! », se répond-il sans plus tarder. « En voici la preuve: »

young-pope_commente

Cliquez sur l’image pour l’agrandir!

Et, légèrement désabusé, il ajoute ces versets qu’il tire du livre du Qohélet, dans la Bible juive:
« Paroles de Qohéleth, fils de David, roi à Jérusalem.
Futilité complète, dit Qohéleth, futilité complète, tout n’est que futilité!
Quel avantage l’être humain retire-t-il de tout le travail qu’il fait sous le soleil?
Une génération s’en va, une génération vient, et la terre subsiste toujours.
Le soleil se lève, le soleil se couche; il aspire au lieu d’où il se lève.
Allant vers le sud, tournant vers le nord, tournant, tournant, va le vent, et le vent reprend ses tours.
Tous les torrents vont à la mer, et la mer n’est pas remplie; vers le lieu où ils coulent, les torrents continuent à couler.
Tout est fatigant, plus qu’on ne peut dire; l’œil n’est pas rassasié de voir, l’oreille ne se lasse pas d’entendre.
Ce qui a été, c’est ce qui sera; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera: il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
Y a-t-il une chose dont on dise: Regarde, c’est nouveau! — elle était déjà là bien avant nous.
Il n’y a pas de souvenir du passé, et ce qui sera dans l’avenir ne laissera pas non plus de souvenir chez ceux qui viendront par la suite. »
Qohélet 9, 1-11

Post scriptum à la méditation gastronomique (le retour des œufs yin et yang)

Pour faire suite au commentaire de « esprit802 » sur mon article « Un œuf yin et un œuf yang« , j’ajoute ces réflexions:

  1. Évidemment, j’ai mangé les deux œufs.
  2. Contrairement au principe du yin et du yang, ils auront donc eu un début (quoique de l’œuf ou de la poule…) et une fin.
  3. Les deux œufs auront nourri mon corps plus que mon âme. C’est peu-être ce qui fait de moi un protestant?
  4. Mais les deux œufs auront aussi alimenté mon blogue…