Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Aucune question cette fois-ci. Et aucun souci ! Dès que Nicole et Jean-Jacques Rognon se sont attablés, les plats sont apparus, comme par miracle, comme par magie, comme par enchantement. Sans qu’il soit besoin que quiconque fasse les courses, sans qu’il soit nécessaire que quiconque s’attarde dans la cuisine. Et quels plats ! Et quelles nourritures ! Celles dont ils ont toujours rêvé.

Les produits du barattage de la mer de lait : l’amrita, c’est-à-dire l’immortalité, et le beurre de Surabhî, la vache d’abondance ! L’unique grain de riz qui pourrait rassasier toute l’humanité ! Le nectar et l’ambroisie, neuf fois plus sucrée que le miel, ces mets qui procurent l’immortalité aux déesses et aux dieux de l’Olympe. Les fruits de la corne d’abondance. La manne au goût de gâteau à l’huile qui nourrit le peuple d’Israël pendant quarante ans, accompagnés du lait et du miel que produit la terre qui lui est promise ! Le vin nouveau que Jésus boira avec tou·tes dans le royaume de son Père et l’œuf qui symbolise sa résurrection ! Les dattes que Joseph offrit à Marie qui venait d’accoucher, celles que le Prophète mangeait pour déjeuner ! La soupe au lait que les ennemis catholiques et protestants partagèrent à Kappel !

Le galanga, l’épice du paradis ! Le chocolat, Théobroma, don des dieux (au singulier ou au pluriel avec ou sans majuscule) ! Une pomme, peut-être le fruit défendu du jardin d’Éden, peut-être celui d’un pommier d’Avallon où Arthur est enfermé, peut-être même une pomodoro que les Amérindien·nes ont donnée au monde.

Et les deux dindes truffées que Garrigou désira si fort qu’il en bâcla ses messes ! Le potage à la tortue, les blinis Demidoff, les cailles en sarcophage, les raisins, les pêches, les figues fraîches, l’Amontillado, le Clos-Vougeot et la Veuve Clicquot du dîner que cuisine Babette ! La poule faisane et le joli vin d’Arbois du dernier repas de Jacques Brel, le pain et le pain de l’Auvergnat que chante par Georges Brassens !

Tel est le repas divin que partagèrent Nicole et Jean-Jacques Rognon. À deux, en tête-à-tête, en amoureux. L’une avec l’autre et l’autre avec l’un. Sans remord ni regret. Sans crainte, pas même celle de grossir !

Vous connaissez maintenant les rêves les plus intimes de Nicole et Jean-Jacques Rognon, au moins quant à leur alimentation. Et si vous pouviez choisir ce que serait votre meilleur repas, que voudriez-vous manger ? Et avec qui ?


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Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.
  6. Nicole Rognon reçoit une leçon de cuisine bouddhiste.
  7. Nicole Rognon s’adapte à la cuisine végane.
  8. Nicole Rognon découvre qu’elle cuisine autrement.
  9. Nicole Rognon arrête de manger et de cuisiner.
  10. Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse.
  11. Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint-Valentin.
  12. Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde.
  13. Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.

Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Mais comment va-t-on terminer cette année ?

Nicole Rognon aime boucler les choses. Et parce qu’elle est protestante, elle aime mettre en pratique ce qu’elle sait, ce qu’elle pense et ce qu’elle croit. Ces trois mois à réfléchir sur la nourriture lui ont donné l’envie d’organiser un repas pour toutes celles et tous ceux qu’elle a rencontré·es. Mais comment faire manger ensemble des gens qui mangent de manières si diverses ? Et surtout, quel menu proposer pour que chacune et chacun puisse manger, pour que toutes et tous puissent manger ensemble ?

Comme entrée, Nicole Rognon aurait souhaité servir un carpaccio de bœuf, mais les parents d’Amyia n’en voudront pas ; du saumon fumé ou des tomates mozzarella risquent de faire tiquer le Vénérable et de dégoûter Mélissa. Comme plat principal, elle aurait bien préparé un filet mignon aux morilles, mais parce que c’est du porc, ni les musulmanes algériennes ni le pasteur adventiste n’en mangeront ; et Ziva et David le refuseront plutôt deux fois qu’une : parce qu’il s’agit de porc et parce que la viande serait recouverte de crème. Jean-Jacques voudrait une entrecôte qui ne conviendrait ni aux hindou·es, ni aux végétarien·nes ; Sébastien apprécierait des rösti, un tubercule que les jaïns ne pourraient pas manger. Comme dessert, elle aurait voulu préparer des crêpes flambées, une spécialité qui lui vaut toujours des éloges, sauf qu’elles contiennent de l’alcool, du lactose et du gluten ! Et comme boisson, pas d’alcool pour les musulman·es, pas de caféine ni de théine pour les mormons ; il reste alors de l’eau ou une tisane qui pourrait plaire à tout le monde et même à d’éventuel·les jeûneur ou jeûneuses, à condition bien sûr qu’elle soit produite localement, issue de l’agriculture biologique, cultivée dans une perspective de développement durable et qu’elle réponde aux règles du commerce équitable ; et Amyia pourrait s’inquiéter de savoir qui l’a produite et qui l’a vendue. Quel casse-tête !

Il ne reste à Nicole Rognon qu’à trouver le plus petit dénominateur commun, qu’à découvrir ou à inventer le plat qui pourra convenir à toutes et à tous. Et tant pis pour celui ou celle qui peut le plus ! Pour une fois, il ou elle s’accommodera du moins !

Nicole Rognon sait maintenant tout ce qu’elle peut savoir à propos de l’impact des convictions sur les pratiques alimentaires. Mais quel repas peut-elle préparer pour que tout le monde puisse manger et puisse manger ensemble ?
ce soir ?


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  • Mardi 23 mai à 15h00: « Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu. »

Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.
  6. Nicole Rognon reçoit une leçon de cuisine bouddhiste.
  7. Nicole Rognon s’adapte à la cuisine végane.
  8. Nicole Rognon découvre qu’elle cuisine autrement.
  9. Nicole Rognon arrête de manger et de cuisiner.
  10. Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse.
  11. Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint-Valentin.
  12. Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde.
  13. Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.

Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint Valentin.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Mais qu’est-ce qu’il va me faire à manger cette année ?

En bons protestants, les Rognon n’aiment pas tellement les rites ; ils les jugent trop mécaniques et leur préfèrent les gestes spontanés. Mais ils ont au moins une tradition : pour la Saint Valentin, c’est Jean-Jacques qui cuisine un repas en amoureux. Depuis plus de trente ans !

Nicole Rognon doute que l’on puisse attacher l’amour aux queues des casseroles ; si c’était le cas, ses 364 nœuds annuels seraient plus solides que le lien unique de son mari ; mais elle croit que l’amour et la nourriture ont au moins des points communs : on peut épicer une relation, on peut la pimenter ; une passion peut être dévorante (l’amour serait-il cannibale ?). En bonne protestante, Nicole Rognon aime douter ; mais elle reconnaît volontiers qu’elle a toujours été sensible aux intentions de Jean-Jacques ; même si celui-ci n’a pas toujours été brillant ; et ça lui est arrivé, surtout, quand il était parfaitement content de lui.

Pas brillant quand il a conçu le repas comme un exploit, comme une performance, quand il a pensé la séduire à coups de grandes recettes, d’ingrédients sophistiqués et de prouesses culinaires ; résultat, il n’était pas content de lui, arrivait fatigué au moment du repas et passait plus de temps en cuisine qu’avec elle. Pas brillant quand il a préféré l’inviter dans un très grand restaurant ; c’était presque trop facile et l’expérience s’était révélée décevante ; résultat : excellent menu, mais repas trop impersonnel. Pas brillant quand il a préparé un menu aphrodisiaque ; il n’avait qu’un seul but, qu’ils finissent au lit ; et pour utiliser tant d’expédients, il devait craindre l’absence de désir ; résultat : repas décevant, convenu, sans imagination ni raffinement ; c’était seulement profusion d’épices et sex-shop bas de gamme ; sans compter que ça n’avait pas marché.

Heureusement, avec l’âge, Jean-Jacques s’est assagi ; aujourd’hui, il s’intéresse aux goûts de sa femme ; maintenant, il n’a plus d’autre ambition que de témoigner à Nicole son amour ; que de cuisiner quelque chose qu’ils apprécieront de manger ensemble.

Depuis plus de trente ans, Nicole Rognon a appris tout ce qu’elle pouvait apprendre sur la cuisine amoureuse selon Jean-Jacques ; mais elle est convaincue qu’il peut encore la surprendre. Qu’est-ce que Jean-Jacques va leur cuisiner ce soir ?


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  • Mardi 16 mai à 15h00: « Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde. »

Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.
  6. Nicole Rognon reçoit une leçon de cuisine bouddhiste.
  7. Nicole Rognon s’adapte à la cuisine végane.
  8. Nicole Rognon découvre qu’elle cuisine autrement.
  9. Nicole Rognon arrête de manger et de cuisiner.
  10. Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse.
  11. Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint-Valentin.
  12. Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde.
  13. Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.

Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Mais qu’est-ce que je vais pouvoir lui donner à manger ?

Sébastien s’installe en Inde ; pour trois ans au moins, pour toujours peut-être. Nicole Rognon n’est pas inquiète ; elle fait confiance à sa belle-fille qui s’occupera bien de son fils, et à son fils tout à fait capable de prendre soin de lui-même ; mais en bonne vaudoise, elle est quand même prudente ; elle n’aimerait pas que son fils perde le goût de la Suisse ; ni les enfants de son fils ; et pour diminuer ce risque, le mieux serait qu’il n’oublie pas les goûts suisses ; non pas qu’elle croie que l’on serait ce que l’on mange, mais parce qu’elle est convaincue que c’est en apprenant à aimer les goûts de chez soi que l’on fait de chez soi, chez soi. Nicole Rognon croit à une sorte d’identité alimentaire ou d’identité comestible ; une identité que l’on peut, Dieu soit loué, emporter partout avec soi ; une identité qui peut, Dieu soit loué, changer au gré des rencontres, des expériences et des découvertes ; les enfants métis sont les plus beaux et la cuisine fusion est la meilleure.

Mais pour qu’il y ait fusion, il faut que se rencontrent au moins deux aliments ; et pour qu’en Inde, la fusion soit possible, il faut qu’elle prépare pour son fils un panier de nourritures suisses ; évidemment, le geste reste un peu symbolique, puisque le panier ne va pas durer trois ans ; mais c’est une impulsion, une intention ; et puis, la globalisation a ceci de bon qu’elle permet de manger de tout partout ; et puis, l’argent a ce ceci de bon qu’il lui permet d’aller le ravitailler en cas de besoin.

Et Nicole Rognon s’attelle à la tâche, avec trois questions en tête : comment prétendre définir une identité alimentaire suisse, quand on qualifie de « rideau de rösti » l’une des frontières linguistiques du pays ? Réponse objective : ça dépend de la région, du canton ou du village ; comment faire tenir cette vaste identité dans un panier pour qu’y tiennent au moins vingt-six spécialités, une par canton ? Réponse pratique : il faut choisir un très grand panier ; enfin, comment choisir parmi ce qui compose cette multiple identité ? Réponse totalement subjective : la Suisse a le goût de ce qui pour son fils est le goût de la Suisse. Elle s’attelle à la tâche avec une conviction, celle que la Suisse change, bouge, évolue et qu’il faut aussi inscrire au patrimoine alimentaire suisse ce qui vient d’un ailleurs proche ou lointain et qui, adopté et adapté, devient « d’ici ».

Nicole Rognon sait maintenant tout ce qu’elle peut savoir sur l’identité alimentaire suisse. Mais que va-t-elle mettre dans le panier qu’elle aimerait que son fils emporte en Inde ?


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  • Mardi 9 mai à 15h00: « Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint Valentin. »

Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.
  6. Nicole Rognon reçoit une leçon de cuisine bouddhiste.
  7. Nicole Rognon s’adapte à la cuisine végane.
  8. Nicole Rognon découvre qu’elle cuisine autrement.
  9. Nicole Rognon arrête de manger et de cuisiner.
  10. Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse.
  11. Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint-Valentin.
  12. Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde.
  13. Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.

Nicole Rognon arrête de manger et de cuisiner.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Mais tu ne comprends pas que j’ai besoin de faire une pause ?

Cette année pour la première fois, Nicole Rognon s’est inscrite à une semaine de jeûne guidé ; et Jean-Jacques ne le digère pas. Quand il lui a dit : « En quel Dieu crois-tu pour que tu penses qu’il apprécie les sacrifices ? », elle a compris qu’il s’inquiétait pour sa santé spirituelle ; quand il lui a dit : « Mais tu risques de tomber malade ! », elle a compris qu’il s’inquiétait pour sa santé physique ; mais quand il lui a dit : « Quelle faute veux-tu expier ? », c’est elle qui s’est inquiétée pour la santé psychique de son mari.

Cela fait plus de trente ans que Nicole Rognon répond par des repas variés à la question lancinante de toute la famille : « Qu’est-ce qu’on mange ? » ; cela fait plus de trente ans que chaque jour, elle se demande ce qu’elle va faire à manger ; que chaque jour, elle planifie des menus ; que chaque jour, elle se procure le nécessaire ; que chaque midi et chaque soir, elle prépare des repas.

Aujourd’hui, elle a besoin de faire une pause ; et quoi de mieux que le jeûne pour éviter de penser à manger, à cuisiner ? Elle ne fait de son jeûne ni un sport extrême, ni une pénitence. Elle aimerait que sa semaine de jeûne l’aide à se retrouver elle-même ; qu’elle lui nettoie la tête : elle ne veut plus avoir à penser au prochain repas, à réfléchir sur ce qu’elle pourra cuisiner, à choisir des menus, à savoir qui mangera et qui ne mangera pas, à vérifier que l’heure du repas convienne au plus grand nombre, à planifier des cuissons pour que tout soit prêt en même temps ; elle veut simplement vivre et se laisser vivre. Elle aimerait que sa semaine de jeûne l’aide à redécouvrir son corps : savoir discerner ses besoins, savoir les distinguer de ses envies, pouvoir repérer les signes de la faim, de l’appétit, apprendre à vivre en toute simplicité. Elle aimerait que sa semaine de jeûne l’aide à rejoindre les autres : partager le sort de celles et ceux qui jeûnent avec elle ; partager, au moins un peu le sort de celles et ceux qui ont faim, pour qui le jeûne n’est pas un choix mais une obligation. Elle aimerait encore, mais ça, elle ne le dira pas à Jean-Jacques, que sa semaine de jeûne l’aide à se situer devant l’essentiel (avec ou sans majuscule). Elle ne croit pas que le jeûne, la privation, la souffrance rendent meilleur ; mais elle est convaincue que « ventre affamé a de bonnes oreilles », que la simplicité, le dénuement et le calme vont l’aider à percevoir ce qu’est l’essentiel.

Nicole Rognon sait maintenant tout ce qu’elle peut savoir pour jeûner. Mais comment va-t-elle jeûner pour ne pas mettre sa santé en danger ?


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  • Mardi 2 mai à 15h00: « Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse. »

Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.
  6. Nicole Rognon reçoit une leçon de cuisine bouddhiste.
  7. Nicole Rognon s’adapte à la cuisine végane.
  8. Nicole Rognon découvre qu’elle cuisine autrement.
  9. Nicole Rognon arrête de manger et de cuisiner.
  10. Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse.
  11. Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint-Valentin.
  12. Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde.
  13. Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.

J’ai fait de mes croyances des évidences!

Vous les savez peut-être, ce semestre,  je donne un cours à l’EPFL sur le thème « Spiritualité et alimentation » (découvrir le plan du cours). Nicole Rognon en est l’héroïne (lire son histoire).

Après cinq cours consacrés aux impacts des religions (christianisme, islam, judaïsme et hindouisme) et d’une spiritualité (bouddhisme) sur l’alimentation, j’ai consacré deux cours à montrer les valeurs derrière deux pratiques alimentaires: les veg[…]ismes (végétarisme, végétalisme et véganisme) et le fait de « manger autrement » (en évoquant notamment le slowfood).

Au terme de ces deux derniers cours, je me suis rendu compte que si j’ai su éviter les jugements de valeur quand j’ai évoqué le carême, le halal ou le système des castes, j’ai eu beaucoup plus de mal à garder la même distance lorsque j’ai abordé les thèmes du respect de la vie (notamment celle des animaux) ou de la qualité de l’alimentation (par exemple l’effet de l’industrie agro-alimentaire). J’ai fait de mes « croyances alimentaires » des évidences. Je me suis montré plus prédicateur que professeur. Comme quoi les convictions ne sont pas seulement religieuses! Je mange aussi comme je crois et je crois aussi à la manière dont je mange.

Que le président de l’EPFL se rassure! Comme je me suis rendu compte de mon problème, j’en ai parlé avec les étudiant·es. J’ai expliqué à ces futur·es ingénieur·es, une particularité des sciences humaines: ce qui s’approche le plus de l’objectivité, c’est la reconnaissance de sa propre subjectivité.

Je sais que je ferai mieux une prochaine fois. Non pas que je tairai ou cacherai mes convictions. Mais je saurai reconnaître mes propres croyances et faire attention à ne pas les traiter comme des évidences…