La Cène de la semaine (5)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière.

Cette semaine, une Cène typique du Nord de l’Italie. Celle que j’ai choisie se trouve au bord du Lac Majeur, à Cadessino, un village accroché au flanc de la montagne, au-dessus de Oggebbio, entre Verbbania et Locarno. Dans un oratoire se trouvent de splendides peintures murales du 15e siècle, dont l’une (sur le mur gauche de la nef) est consacrée à la Dernière Cène. Elle est malheureusement séparée en deux parties par une colonne ajoutée au 19e siècle, une colonne qui, probablement, cache Judas.

À Cadessino, j’ai eu la chance d’être accueilli par Don Pierino Lietta, le curé de la paroisse d’Oggebbio, et trois habitants du village : Vladimiro Cossani, Savina Mussini et Pierre Gatti. Je tiens à les remercier de leur accueil si gentil et des informations si précieuses qu’ils m’ont fournies.

Peinture murale (dernier quart du 15e s.). Oratorio della Nativita di Maria, Cadessino

Cette Cène fait partie des «Cènes aux écrevisses» finement analysées par l’historienne française Dominique Rigaux:

«La plus ancienne représentation que j’ai rencontrée de l’écrevisse sur la table de la Cène dans la peinture murale italienne figure dans la basilique de S. Zeno à Vérone. Elle date de l’aube du Trecento. Tout au long du XIVe siècle le motif semble se diffuser en vase clos sur les bords du lac de Garde, au sein de l’école picturale dite de Vérone. On ne le trouve pas dans les œuvres des régions voisines. En revanche, au XVe siècle la Cène aux écrevisses connaît un large succès non seulement dans les églises vénitiennes qui l’ont vu apparaître, mais dans toute l’Italie septentrionale.» Rigaux, D. (1992). La Cène aux écrevisses: table et spiritualité dans les Alpes italiennes au Quattrocento. Dans M. Aurell, O. Dumoulin & F. Thelamon (dir.), La sociabilité à table. Commensalité et convivialité à travers les âges (p. 217-228). Rouen: Publications de l’Université de Rouen : 218.

À Cadessino, chaque disciple a reçu dans son assiette quelques écrevisses (de celles qui s’attrapent dans le Lac Majeur et dans les torrents de montagne) et du poisson (entier ou en tronçon), ainsi qu’un pain rond qui paraît dur au point qu’il faille le couper au couteau (dans la région, le pain était traditionnellement préparé avec de la farine de seigle [Don Pierino] et cuit une fois par semaine [Savina Mussini]; les pains représentés pourraient être des miquettes [Pierre Gatti] ou des pagnotelle [Vladimiro Cassani]). Et chaque convive dispose d’un verre de vin rouge bien rempli. Des assiettes et des soupières contiennent des écrevisses et du poisson de reste et deux carafes sont encore remplies de vin. La table est en outre jonchée d’olives (Don Pierino m’a fait remarquer qu’il ne pouvait s’agir de cerises, puisqu’aucune n’allait pas deux) comme jetées au hasard par poignées. Enfin, devant chaque apôtres se trouve un petit bol (tous sauf un juste dessinés mais non coloriés) qui pourraient être des salières, même s’il est plutôt  inhabituel que chaque convive ait sa propre salière.

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