La Cène de la semaine (7)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière.

Restons encore en Italie, mais à Florence où figurent de nombreux Cenacoli (on appelle « cénacle » la salle à manger où Jésus aurait pris son dernier repas). Ce sont des fresques de la Dernière Cène peintes sur le mur du fond du réfectoire d’un couvent (une habitude qui a inspiré Léonard de Vinci). Ces images géantes donnaient aux nonnes et aux moines l’impression de partager le repas du Christ et de ses apôtres.

On compte à Florence au moins une dizaine de Cenacoli (voir la liste sur le site Internet de la ville de Florence) dont trois ont été peints par Domenico Ghirlandaio (parfois assisté de son jeune frère Davide). Je vous propose de nous arrêter sur le Cenacolo du Convento di Ognissanti.

Domenico Ghirlandaio, fresque (1488). Réfectoire du Convento di Ognissanti. Florence

Sur la table, on trouve surtout des fruits (deux citrons et deux oranges aux deux extrémités) et des petits tas de cerises. On trouve encore neuf pains ronds déposés directement sur la table. On trouve aussi des aliments presqu’indéfinissables, des morceaux rose-rouge plus ou moins translucides disposés sur trois planches. Sur celle de gauche, je crois discerner une queue de poisson, des cubes de lard et des petits oignons. On trouve encore, à gauche de la fresque, une tête de laitue qui pourrait évoquer les herbes amères de la Pâque juive.

On trouve enfin quatre fois deux carafes, l’une pleine d’un liquide jaunâtre et l’autre d’eau claire. Cette juxtaposition est sans doute destinée à évoquer l’habitude orthodoxe et catholique d’ajouter de l’eau au vin de l’Eucharistie (jusqu’à un tiers d’eau chez les orthodoxes, quelques gouttes chez les catholiques). Cette pratique liturgique est chargée d’une pléthore de significations symboliques: elle évoque l’eau coulant de la plaie occasionnée par le coup de grâce donné au Christ crucifié; elle lie les deux sacrements du baptême et de l’eucharistie; elle signifie la jonction des deux natures du Christ; elle indique l’union du Christ (le vin) et de son peuple (l’eau).

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