La Cène de la semaine (10)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière.

Cette semaine, j’ai voulu élargir la perspective. On parle de Cène, on montre des repas, mais on se demande rarement qui a préparé le Dernier Repas de Jésus et comment il a été préparé… Heureusement, Pietro Lorenzetti y a pensé, lui! (Une femme aussi: Miles R. (2001). Who Cooked the Last Supper: The Women’s History of the World. Three Rivers Press.)

Fresque; dessin exécuté par Pietro Lorenzetti, réalisée par l’un de ses élève (1315-1330). Assise ; Basilica di San Francesco (Basilica inferiore)

Je n’ai pas grand chose à dire sur les aliments proprement dit: quelques pains, entiers ou tranchés, un gobelet en verre, deux couteaux et une forme en demi-cercle au centre de la table que je rêverais d’identifier à une pizza entamée, mais qui est plus probablement et plus prosaïquement un plat vide (« À la fin du repas, Jésus prit du pain…).

Le plus grand intérêt de cette Cène, c’est la représentation de la cuisine à côté de la chambre haute (d’où la salle en forme de tourelle). Il s’agit très vraisemblablement du plus ancien exemple d’une cuisine figurant sur une Cène. Mais ce sont les historiens de l’art qui en parlent le mieux et je laisse la parole à trois d’entre eux:

« L’exemple [d’une cuisine dans une Cène] le plus ancien est fameux. Il s’agit de la fresque peinte par l’atelier de Pietro Lorenzetti dans l’église inférieure d’Assise. Dans une pièce étroite accolée au cénacle, deux serviteurs nettoient des assiettes devant le feu. » Rigaux, Dominique. (2007). À la table du Seigneur l’Eucharistie chez les primitifs italiens, 1250-1497 (2 ed.). Paris: Éd. du Cerf: 237.

« Many of the other scenes are of lesser interest, but [Pietro Lorenzetti’s] Last Supper is one of the most striking examples of the observation of light in Trecento art. Christ and the apostles are gathered in a hexagonal upper loggia that is almost filled with the table. The rich ornament of this structure unexpectedly includes nude baby angels inspired by the putti that often appear in ancient Roman works. Judas at the left reaches greedily for the sop in wine that Christ hands to him to identify his betrayer, but the reactions of the other apostles to Christ’s revelation is contrasted with the lack of concern on the part of the servants conversing in the doorway, just as the spiritual food of the Last Supper is contrasted with the greedy dog licking the plates being scraped in the kitchen. Even more striking is the contrast of material and spiritual light. The kitchen is illuminated by the fire in the fireplace, and the moon and stars are shown in a naturalist sky outside, a detail that will not reappear until the 1420s. But what source lights the ceiling of the loggia form below when there is neither candle nor lamp? It can only be the light form the haloes of Christ and the apostles. » Hartt, F., & Wilkins, D. G. (1994). History of Italian Renaissance art: painting, sculpture, architecture. (4the éd.). Englewood Cliff, N.J.New York: Prentice Hall; H.N. Abrams: 123

« La Cène de Pietro Lorenzetti, dans la basilique inférieure d’Assise, est un nocturne, comme en témoigne le ciel foncé et étoilé que l’on retrouve dans l’Arrestation du Christ. Le jeu des ombres et des lumières est accusé, en particulier sur les poutres du plafond et les modillons de la corniche dans la salle hexagonale, sans doute pour évoquer l’éclairage des chandelles. Les effets de clair obscur sont encore plus recherchés dans la cuisine où le feu de la cheminée est nettement présenté comme source de lumière. Le chat du premier plan pourrait bien être le premier contre-jour de l’histoire de la peinture. En plus, contredisant une règle tacite, le peintre a dessiné les ombres portées par ce chat et par le chien qui lèche une assiette à côté de lui, confirmant ainsi que le foyer sert de source lumineuse. » Wirth, Jean. (2011). L’image à la fin du Moyen Âge. Paris: les Éd. du Cerf: 81

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