Le fémur de saint Nicolas

Le 4 janvier, le quotidien de Fribourg en Suisse, La Liberté l’annonçait: « La Turquie veut ‘récupérer’ les reliques de Saint Nicolas ». Et le 7 janvier, le même journal publiait un entretien avec l’abbé Claude Ducrarroz, prévôt du Chapitre de la cathédrale de Fribourg, qui annonçait clairement: « Fribourg ne rendra jamais ses reliques de saint Nicolas » (voir aussi le blog de Claude Ducarroz).

De quoi s’agit-il?

  • De saint Nicolas, évêque de Myre dans la Turquie actuelle, qui aurait, à la fin du 3e siècle, ressuscité trois enfants tués par un boucher (d’autres détails sur Wikipédia: « Saint-Nicolas (fête) »).
  • Des reliques de saint Nicolas qui aurait été « subtilisées » à Myre (« pour les protéger de l’avancée des Ottomans », dit Claude Ducarroz), « en 1087 par des marins de Bari ».
  • Du fémur de saint Nicolas (ou peut-être d’un os de son bras, « c’est un peu controversé » dit Claude Ducarroz), l’un des ossements « apportés par Pierre d’Affry à Hauterive au début du XVe siècle, puis transférés à Fribourg en 1506 ».
  • De la Turquie qui veut récupérer les ossements de saint Nicolas pour les placer dans « un musée dédié à l’antique et mystérieuse civilisation de la Lycie (région de naissance de Nicolas de Myre) ».

Il me parait évident que cette triple information – la cathédrale de Fribourg en Suisse possède un fémur de Saint Nicolas; la région de Myre dont Nicolas aurait été évêque veut le récupérer; la cathédrale de Fribourg s’y refuse – entre dans la catégorie « Foi et six sens », sans que je sache bien qu’en dire, qu’en faire. Mais je peux au moins en souligner quelques enjeux:

  • Enjeux politiques d’abord. Interrogé par Le Matin, le théologien Pierre Gisel indique que la réaction catégorique de la cathédrale de Fribourg illustre «la crispation identitaire européenne actuelle». Que le gouvernement de la Turquie soit « islamiste » n’arrange certainement pas les choses…
  • Enjeux économiques ensuite. Sur son blog, Claude Ducarroz le revendique: « L’important, c’est que cet objet sacré fasse partie intégrante de l’histoire, de la culture et de la symbolique de Fribourg, comme le prouvent les foules qui viennent fêter saint Nicolas à la cathédrale chaque année au début de décembre. C’est pourquoi nous tenons beaucoup à ce qu’il demeure chez nous. » Je signale que Jean Calvin dénonçait, en 1543 déjà, dans son Traité des reliques, leur exploitation (présentation du livre sur le site du Musée virtuel du protestantisme français).
  • Enjeux théologiques enfin. De quoi la vénération d’une relique est-elle le signe? Ou quel type de relation à Dieu induit la vénération du fémur (présumé), d’un évêque (présumé?) qui aurait accompli un miracle (présumé)? Sans doute qu’en objectivant la foi des fidèles, au sens où elle inscrit leur foi dans un objet, la vénération des reliques rassure celles et ceux qui la pratiquent. Elle met à leur disposition une preuve visible, parfois tangible de l’action de Dieu dans le monde. Encore faudrait-il que le fémur soit bien celui de saint Nicolas et qu’il ait bien accompli le miracle qui lui est attribué. Et quand bien même, qu’est-ce que cela ajouterait à la foi? Le protestant que je suis ne croit pas qu’une relique ait le moindre pouvoir, ni qu’elle rende Dieu plus crédible, plus digne de foi. Il osera affirmer, dans un iconoclasme un peu désespéré, que finalement, toute cette histoire de fémur lui fait une belle jambe…

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