Sur les traces de l’apôtre Paul

Le 25 janvier est le jour où les catholiques sont invités à fêter la « Conversion de saint Paul ». Par solidarité oecuménique, je mets donc en ligne ce récit presque vrai, qui raconte une croisière presque vraie sur les traces de l’apôtre Paul.

Sur la route de Damas

– Mesdames et Messieurs, un peu de recueillement, s’exclame le guide Aristothélidès, dès que les touristes descendent du car. Car nous sommes maintenant à l’endroit exact où, le dimanche matin 25 janvier 35, le très saint apôtre Paul se convertit! Aveuglé par une lumière éclatante, il tombe de son cheval…

– Monsieur Aristothélidès, Actes 9 ne mentionne pas de cheval, précise le pasteur Saitout, sa Nouvelle Bible Segond à la main. Voyez, verset 4, il est écrit: «Il tomba par terre». Et puis tout cela n’est que supposition. Paul a toujours refusé de raconter sa conversion. Lisez 2 Corinthiens 12 !

– C’est pourtant là, couché au pied de ce cyprès pluriséculaire qu’il entend la voix de Dieu: «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?» Et c’est pour cet homme le début d’une nouvelle vie et pour l’humanité le début d’une nouvelle ère.

– Est-ce les Juifs qu’il persécute, demande Mademoiselle Naïve d’Epinay?

– Non, Madame…

– Mademoiselle, s’il vous plaît!

– Non, Mademoiselle, il est juif et il recherche les Chrétiens pour les arrêter et les massacrer!

– Quel sale type ! Et vous voulez que je l’appelle « saint-Paul »? Mais, mon Dieu, comment peut-on en vouloir à des Chrétiens?

– Vous savez Mademoiselle, il fait simplement son métier… Il fait ce qu’on lui demande: trouver les chrétiens et les exterminer… Mais, il est temps de remonter dans le car. Dans une demi-heure, nous serons à Damas où vous pourrez faire du shopping. J’ai là-bas un cousin qui vend des tapis et des dattes. Je pourrais lui suggérer de vous accorder une petite réduction.

À Athènes

– Monsieur Aristothélidès, vous êtes bien sûr que c’est ici? C’est, comment dire, très… usagé!

– Mademoiselle Naïve d’Epinay. C’est Athènes, le berceau de la civilisation! C’est l’Acropole d’où des millénaires de philosophie nous contemplent: Socrate, Platon, Aristote… Et surtout, c’est ici que Paul, le saint apôtre, fait son fameux discours devant l’Aréopage. Ici qu’il tente de convaincre les plus sages des Athéniens que le dieu inconnu à qui ils ont réservé un autel, c’est le Dieu des deux Testaments, le Seul, l’Unique – que son nom soit béni! – celui qui a créé le monde, celui qui a ressuscité le Christ!

– Et alors?

– Alors quoi, Mademoiselle Naïve d’Epinay?

– Mais alors, est-ce qu’il réussit à les convaincre, ces vieux barbons?

– Hélas non, échec total sauf deux exceptions: l’admirable Denys et une femme nommée Damaris.

– Et pourtant «la folie de Dieu est plus sage que les hommes», précise le pasteur Saitout, 1 Corinthiens 1! «Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine» 1 Corinthiens 15! «Nous croyons que Dieu ramènera par Jésus et avec lui, ceux qui sont morts» 1 Thessaloniciens 4…

– C’est cela Monsieur le Pasteur, nous vous écouterons une autre fois. Je vous rappelle que ce soir, le repas est libre. Si vous cherchez un excellent restaurant, je vous recommande «Chez Aristote», spécialités souvlàki et moussaka… En plus, Aristote, c’est mon beau-frère. Alors, vous pouvez lui faire confiance.

À Corinthe

– Voici les ruines de la maison de Priscille et Aquila, ce couple de Juifs romains exilés à Corinthe, explique Monsieur Aristothélidès. Ils hébergent l’apôtre Paul lors de son séjour dans cette ville. Vous voyez, cette grande salle? C’est probablement là que la communauté chrétienne se rassemble pour partager le pain et le vin.

– Une sainte Cène à la maison, quelle charmante idée, dit Mademoiselle Naïve d’Epinay! Et tellement sympa. Mes copines seraient épatées. Qu’en pensez-vous Monsieur Saitout?

– Rien de bon, si ça se passe comme à Corinthe. Car le repas du Seigneur y accentue les différences sociales. «Quand on se met à table, chacun commence par prendre son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre», peut-on lire dans 1 Corinthiens 11. Il est loin l’idéal de la toute première communauté chrétienne. Car selon Actes 2: «Ils partageaient selon les besoins de chacun et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur».

– C’est vrai qu’à Corinthe tout sert de prétexte pour se disputer, ajoute Monsieur Aristothélidès. Le baptême: moi, j’ai été baptisé par Apollos; oui mais moi j’ai été baptisé par Paul! La nourriture: moi je mange des viandes sacrifiées aux idoles parce que je suis plus libre; oui mais moi, je n’en mange pas, parce que je respecte mieux la Loi! Le culte: moi je parle la langue des anges; oui, mais moi j’enseigne et tout le monde me comprend! Même l’amour fait l’objet de concours!

– Et Paul a cette idée de génie de ne rien contester ni de ne rien approuver. 1 Corinthiens 6: «Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile», conclut le pasteur Saitout.

À Corinthe (suite)

– Corinthe est une ville qui compte pour l’apôtre Paul, explique Monsieur Aristothélidès. Il y fait deux longs séjours et écrit deux lettres à ses habitants.

– Une telle fidélité pourrait-elle laisser imaginer une affaire de cœur, demande Mademoiselle Naïve d’Epinay?

– Peut-être? Qui sait?

– Je m’insurge vertement contre ces insinuations, proteste le pasteur Saitout ! Lisez 1 Corinthiens 7, Paul affirme ses convictions: «Je pense qu’il est bon pour l’homme de ne pas toucher la femme»; et au verset 8, il ne laisse planer aucun doute sur son état-civil: «À ceux qui ne sont pas mariés, je dis qu’il leur est bon de rester comme moi.» Alors, s’il vous plaît, ne mêlez pas Paul à vos grivoiseries!

– Est-ce vrai, Monsieur Aristothélidès?

– Mademoiselle Naïve d’Epinay, si vous acceptez de dîner ce soir avec moi, je vous dirai tout.

– Je suis vôtre!

– Prenez garde, je vous prends au mot. Mais nous bavardons et voici que nous arrivons devant l’emplacement présumé de la synagogue de Corinthe, à l’intérieur de laquelle, chaque jour de sabbat, Paul dispense son enseignement.

– Dans la synagogue, s’étonne Mademoiselle Naïve d’Epinay?

– «Paul discourait dans la synagogue chaque sabbat» Actes 18. Le christianisme est encore un courant du judaïsme, précise le pasteur Saitout.

– À droite, vous voyez le palais du proconsul de l’Achaïe. Nous savons que Paul y est jugé et reconnu innocent par Gallion, le frère de Sénèque. Or Gallion est à Corinthe entre le 1er janvier et le 1er août 52. Ce qui nous permet facilement de dater le premier séjour de Paul à Corinthe, conclut brillamment et fort logiquement le guide Aristothélidès!

À Corinthe (suite et fin)

– Le pasteur Saitout est plus protestant que romantique, fait remarquer Monsieur Aristothélidès, tout en resservant un peu de vin de Samos à Mademoiselle Naïve d’Epinay. Vous et moi, je le sens bien, ce serait plutôt le contraire… Mais il a raison, Eros est l’un des problèmes majeurs des Corinthiens et l’apôtre Paul est plutôt strict.

– Continuez Monsieur Aristothélidès. Parlez-moi de la moralité de Paul et des turpitudes des Corinthiens!

– Gladys – car je peux vous appeler Gladys? -, il n’y a pas grand-chose à en dire. Paul recommande l’abstinence. En cas de besoin, il accepte le mariage, si possible avec un conjoint chrétien.

– Est-ce vrai qu’il est misogyne?

– Mais c’est un oriental, Gladys, un oriental du premier siècle. Ne lui demandez pas d’être aussi moderne que vos amis occidentaux, dit-il en lui prenant la main.

– Oui, mais quand-même, il exagère. Il exige que les femmes se taisent, qu’elles se couvrent la tête. Nous ne sommes plus au Moyen-Âge!

– Mais lui, délicieuse Gladys, vit bien avant le Moyen-Âge. Et n’oubliez jamais qu’il a ordonné: «Maris, aimez vos femmes!»

– Éphésiens 5 aurait ajouté le pasteur Saitout, dit Mademoiselle Naïve d’Epinay en riant.

– Gladys, je vous aime. Et mon amour est patient, mon amour est bon, il n’est pas envieux, il ne se vante pas, il n’est pas orgueilleux, mon amour ne fait rien de honteux, il n’est pas égoïste. Gladys, mon amour est éternel, lui susurre Monsieur Aristothélidès.

– Voyou, vous n’êtes qu’un charmeur! Car ça, ce n’est pas de vous! Mais je vous pardonne, petit coquin. C’est l’intention qui compte!

À Rome

– Comme Paul, chers amis, nous finissons notre voyage à Rome, s’écrie Monsieur Aristothélidès au milieu de la basilique Saint-Paul-hor-les-Murs.

– Je tiens à signaler, dit le pasteur Saitout, qu’il nous aura manqué le naufrage à Malte, pourtant explicitement mentionné dans Actes 27… Cela pourrait justifier une demande de remboursement!

– Paul vit deux ans à Rome sans se soucier de la mort qui le menace. Il donne à de nombreux Romains la chance de connaître le Seigneur. Mais il est décapité dans la quatorzième année du règne de Néron et enterré le long de la route d’Ostie, là où s’élève cette magnifique basilique…

– Superstition papiste, grommelle le pasteur Saitout!

– C’est là que Paul était pasteur, rêve Mademoiselle Naïve d’Epinay. Dites donc, mon Aristochou, 2000 ans après, c’est drôlement bien conservé. Notez, ça ne m’étonne qu’à moitié. Figurez-vous que j’avais moi aussi engagé un maçon italien pour refaire ma cuisine. Très habile, très manuel. Un travail de qualité. Et puis pas cher du tout!

– Évidemment Gladys, ce n’est plus exactement le bâtiment d’origine! La basilique a été reconstruite plusieurs fois au cours de l’histoire. Mais Pasteur, vous voulez peut-être nous donner la version protestante de l’histoire?

– À dire vrai, on en sait si peu sur le séjour de Paul à Rome qu’il serait préférable de se taire. En Romains 15, il dit vouloir aller en Espagne. Actes 28 nous raconte qu’il est à Rome et qu’il y est vivant. Où est-il mort? Quand est-il mort? Nous n’en savons rien. Si ça se trouve, il est enterré sous la pyramide du Louvre ou il est toujours vivant et vit au deuxième étage du Vatican.

– Là, c’est trop. Moi, j’abandonne, conclut le guide Aristothélidès. Gladys, prenez les valises, nous rentrons à la maison! Chers amis, n’oubliez pas le guide… Et n’oubliez pas non plus l’apôtre Paul!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s