Martin, l’âne et la vigne

Jean-Pierre Gouvazé, délégué régional Touraine de l’Interprofession des Vins de Loire, m’a raconté une histoire aussi originale que savoureuse. Comme elle concerne le vin et le christianisme, je prends plaisir à la répéter ici.

Le Martin que certains qualifient de saint est une figure centrale de la ville de Tours. Il serait né vers 316 ou 317 en Pannonie (dans la Hongrie actuelle), se serait converti au christianisme, aurait donné la moitié de son manteau à un pauvre, serait devenu évêque de Tours contre son gré en 371, aurait fondé le monastère de Marmoutier en face de Tours, aurait voyagé dans toute la Gaule et serait mort à Candes en 391. Mais son histoire continue après sa mort. Des Tourangeaux se seraient appropriés son corps, l’auraient ramené à Tours par la Loire et l’y auraient enterré  le 11 novembre. Miracle de Martin, au passage du bateau qui rapatriait la dépouille de l’évêque, l’herbe aurait reverdi et les fleurs auraient refleuri, pour un premier « été de la saint Martin » qui est à l’Europe ce que « l’été des Indien » est au Québec. Mais l’histoire continue. Exposée à Tours, la dépouille de l’évêque devint une relique auprès de laquelle des rois de France prirent l’habitude de venir prier. Mais en 1562, les Huguenots pillèrent la basilique et détruisirent son tombeau. Un os du bras de Martin et un fragment auraient cependant survécu et se trouveraient aujourd’hui dans la crypte de la nouvelle Basilique Saint-Martin de Tours.

Mais je digresse car c’est de l’âne de Martin que je voulais parler, un âne qui bénéficie lui aussi de sa propre légende.
L’âne de Martin aimait à manger quelques uns des jeunes sarments poussant au printemps sur les ceps de vigne du monastère de Marmoutier. Miracle de l’âne, les ceps ainsi « taillés » donnaient à l’automne un raisin de bien meilleure qualité, partant un vin de bien meilleur cuvée. Alors, sages comme presque tous les hommes de foi (Balaam aussi avait su écouter son ânesse, lire le chapitre 22 du livre des Nombres), Martin et ses compagnons auraient pris exemple sur l’âne et se seraient mis à tailler leurs vignes pour ne garder qu’un ou deux sarments sur chaque cep. Avec un succès que les amateurs de Vouvray ou de Montlouis ne démentiront pas. Avec un succès qui conduisit la technique à se généraliser.

Alors, merci qui? Pour le climat, merci Martin! Mais pour le vin, merci l’âne de Martin! Un âne qui aurait dû, lui aussi, être canonisé. Un âne dont la dépouille aurait dû, elle aussi, devenir relique. Une relique que les Huguenots auraient peut-être épargnée…

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