Un chrétien peut-il manger des sauterelles?

Il n’y a pas qu’aux rabbins que les sauterelles posent des problèmes. Au début du christianisme, les théologiens chrétiens ont eux aussi dû décider si les chrétiens pouvaient manger des insectes. Dans son Histoire mondiale de la table,  l’historien Anthony Rowley a montré les rapports complexes que le christianisme entretint avec la consommation d’insectes (Rowley, A. (2006). Une histoire mondiale de la table stratégies de bouche. Paris: O. Jacob). J’en extrait ces trois citations:

« Condamner le luxe des riches ne suffit pas à détourner les paysans d’une alimentation gratuite et coutumière. Il faut ajouter la force de l’interdit religieux et une habile disposition pratique. Les Byzantins sont sommés de renoncer à l’entomophagie parce que celle-ci est un marqueur dépréciatif accolé aux païens ou aux hérétiques – Valaches, Bulgares, Syriens, plus tard Dalmates et Albanais – qui continuent à se cuisiner des omelettes aux vers à soie. En Lombardie, en Moldavie ou dans le Cévennes, un distinguo est établi entre la larve, prohibée, et l’insecte autorisé. Le répertoire culinaire y perd le tettigomètre, régal d’Aristote, et des cuisiniers asiatiques, au profit de la cigale, au goût réputé comparable à celui de la crevette. » p. 74

« La comparaison de la valeur nutritive des animaux sert à étalonner l’insecte et à justifier prohibitions et conseils: le rapport criquet/crevette facilite les échanges le long des côtes, tandis que son double continental criquet/écrevisse sert plutôt de repoussoir car l’écrevisse bénéficie d’un statut particulier dans la symbolique chrétienne. » p. 78

« Signe de continuité alimentaire, secours à portée de main et marqueur religieux, l’entomophagie constituait un signe de reconnaissance. La persillade de cigales échappa ainsi aux interdits alimentaires chez les coptes d’Égypte parce qu’elle incarnait dans le plat la transmission culinaire, préparations pharaonique, romaine, chrétienne alternant ou se mélangeant comme autant de repères destinés à vérifier la cohésion d’un groupe menacé. Car la domination musulmane n’empêcha jamais les Coptes de s’offrir une ventrée d’insectes à chaque fête de la brise printanière, pas plus que leur réforme cultuelle décidée au XIe siècle. » p. 78

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