Jésus le Christ (4): Libération

Pour prolonger une invitation à parler du livre de Reza Aslan (2013). Zealot: The Life and Times of Jesus of Nazareth, Random House, («Plus on est de fous, plus on lit» mardi 20 août, 13h-14h sur La Première de Radio Canada), je propose six réflexions autour de Jésus comme Christ des chrétiens.

  1. Autour de l’an 0, le principal problème des Juifs, c’est l’occupation de la terre d’Israël par les Romains. Cette situation n’est satisfaisante ni au plan politique, ni au plan religieux. De nombreux Juifs espèrent donc que les temps vont changer. Leur espérance prend deux formes principales: apocalyptique (quand ils attendent une catastrophe cosmique), messianique (quand ils attendent un libérateur). Mais que soit sous une forme ou sous une autre, tous espèrent la venue du Royaume de Dieu.
  2. Les détails n’en sont pas toujours fixés et les avis varient: Qui va habiter le royaume de Dieu? Israël seulement? Les «gentils» (païens grecs) aussi? Toutes les nations de la terre? Et qui va ressusciter? Et qui va se convertir? Et qui sera le sauveur? Le Fils de l’Homme? Le Messie?
  3. Les juifs espèrent une intervention divine. Dieu va établir son royaume; Jérusalem va être restaurée et le Temple purifié; les exilés reviendront et le peuple juif sera rassemblé; les injustes seront punis, l’idolâtrie vaincue; la souffrance et les peines seront remplacées par une paix éternelle.
  4. Il le fera par son messie, forcement un descendant du roi David. Le messie lèvera une armée, défiera les Romains et les chassera d’Israël; il régnera sur ce Royaume d’Israël (si le messie apparaît comme un chef militaire et politique, il est aussi un chef religieux; dans l’Israël du premier siècle, religion et politique ne peuvent être distinguées).
  5. Parmi les Juifs, les Esséniens se démarquent et proposent une autre figure messianique, celle du Maître de Justice. Pour les Esséniens, le Maître de Justice est un prêtre du 1er siècle avant J.-C. à qui Dieu a donné le don de la Connaissance, à qui il a révélé le sens caché des Écritures. Ce Maître de Justice a conduit les Esséniens dans le désert et organisé leur mouvement; mais trahi par des disciples, il a été arrêté puis exilé à Damas où il est mort. Les Esséniens le considèrent comme le messie qui doit revenir à la fin des temps.
  6. À dire vrai, l’époque de Jésus n’a pas manqué de messies et tant pour les Juifs que pur les Romains, Jésus n’a été qu’un messie parmi d’autres. En 46, un prophète nommé Theudas prédit le partage des eaux du Jourdain; il rassemble autour de lui une foule importante, mais il est abattu par la cavalerie romaine. Vers 48, deux frères, Jacques et Simon, provoquent une insurrection et sont crucifiés. Toujours au 1er siècle, un juif d’Égypte réunit dans le désert une foule immense (on parle de 30 000 personnes) pour marcher sur Jérusalem: à son commandement, les murs de la ville doivent s’effondrer; mais le miracle n’a pas lieu, les Romains attaquent et dispersent la foule. Simon Bar Kochba est le dernier messie important, lui qui mène une révolte contre les Romains autour de l’an 135.

Source: Paula Frederiksen, De Jésus aux Christs, Cerf, 1992.

(demain «Jésus»)

12 commentaires

  1. Je reprends ce que Dany a mentionné sur le fait que ceux qui croient détenir le « vrai » Jésus se dirigent souvent vers les conflits puisque ceux-ci exigent la même vision de tous concernant l’être qu’est Jésus. Cela est une problématique fatale, car la vérité ultime concernant les critères du Messie «élu» par les chrétiens sont variables et subjectives.

    Il m’est difficile de concevoir qu’un nombre aussi élevé de Messie se manifestait à cette époque. Il me semble qu’avec un peu de recul et de déception qu’en fin de compte, peut-être est-ce uniquement une histoire de «chance» qui a fait en sorte que ce cher Jésus devienne aussi populaire.

    1. Je pense que l’article 3 explique bien la raison pour laquelle il y avait autant de messies à l’époque de Jésus. C’est-à-dire qu’il suffisait d’avoir un pouvoir politique (roi) ou religieux (grand prêtre) pour être un messie. Par contre, je dois avouer qu’en lisant cet article, je me suis demandé si un des messies nommés dans le texte, Theudas ou le juif d’Égypte par exemple, aurait pu être le Christ aujourd’hui. Mais encore là, pour quelqu’un qui croit en la religion, le destin a une place importante dans sa compréhension de la vie. Alors le religieux ne dirait-il pas que c’est le destin qui a fait en sorte que Jésus soit le Christ? Il me semble que quoi que l’on dise, toute question religieuse revient à une affaire de foi et de croyances qui n’aura jamais de réponse.

      1. La question de savoir si un autre messie aurait pu prendre la place de Jésus est bonne. Cependant je ne crois pas qu’un autre messie aurait pu prendre la place de Jésus, car si l’on se fit aux évangiles, Jésus à prouvé à de multiples moments qu’il était le fils de Dieu en faisant des miracles. Or, bien que les autres messie existaient et tentaient d’aider le peuple juif, aucun d’entre eux n’a produit de miracle démontrant ainsi à la population qu’ils étaient des fils de Dieu. Par exemple, le messie qui a essayé de marcher sur Jérusalem voulait produire un miracle et faire tomber les murs de la ville, mais il ne réussi pas à faire de miracle ce jour la. Je crois donc qu’un autre messie n’aurait pas pu prendre la place de Jésus, car il n’ont pas su démontrer comme lui qu’ils étaient les fils de Dieu.

  2. Encore aujourd’hui il y a beaucoup de personnes qui attendent que la libération ou le salut arrivent du ciel. Encore, il y a des personnes qui attendent que quelqu’un ou quelque chose finisse avec les guerres, la violence, la souffrance et l’injustice qui persiste dans le monde entier.
    Dans la messe matinale du 19 décembre 2013, le Pape Francisco à une sentence a promulgué que « l’homme ne se sauve pas par soi-même parce que seulement Dieu peut donner de la vie et du salut ». Le Pontife a fait référence à l’humilité dont on a besoin pour reconnaitre qui nous sommes « désert » et « stérilité », et par conséquent on a besoin de Dieu.
    Je suis en partie d’accord avec son message. Cependant, à mon avis, je crois que seulement l’homme/la femme/le peuple, a le pouvoir d’agir et de se sauver. Il faut prier et obtenir la grâce et la force du spirit, mais c’est à l’homme d’agir, de se libérer. Je pense, qui c’est, ce que Jésus-Christ nous a appris.

  3. « À dire vrai, l’époque de Jésus n’a pas manqué de messies et tant pour les Juifs que pur les Romains, Jésus n’a été qu’un messie parmi d’autres. »

    Cette observation est très importante dans l’analyse du climat social et politique du début de l’ère chrétienne, et même avant. Le bassin méditerranéen au 1er siècle était marqué par de nombreux échanges culturels et une période de faste et de décadence en Grèce, à Rome et sous les Ptolémées en Égypte. Cette aura de conquêtes allait stimuler le développement de plusieurs cultes à mystères et de cultes du salut – ces deux formant une sorte d’opposition. Les cultes du salut s’adressaient à tout le peuple, en réaction à une forme d’élitisme hiératique.

    Comme mentionné dans le texte, des messies et des prophètes, et d’autres types de personnages charismatiques sortaient des cultures à caractère initiatique – dont les grecs et les juifs. Car la plupart des penseurs grecs se faisaient initier en Égypte, et le peuple juif avait hérité d’une partie des doctrines et des idées de l’ancienne Perse et de l’Égypte où ils sont supposés avoir été retenu en esclavage durant quelques siècles. On n’a qu’à penser à Orphée, au culte archaïque, Apollonius de Thyane (né autour de l’an 16 ap. J.C.), un grec auquel on attribue de nombreux miracles, ou bien au pseudo-Jean qui écrivit l’Apocalypse, ce livre cryptique qui nourrit la doctrine de l’arrivée d’un second messie et d’une fin du monde orchestrée par Dieu. Les Évangiles apocryphes recueillent aussi un certain nombre de textes venant appuyer ces visions eschatologiques du monde.

  4. Cette libération du peuple juif, des israélites ou des personnes qui obéissent ou servent Dieu peut seulement s’accomplir si notre fidelité est au rendez-vous. Le royaume deDieu peut se présenter de différentes facons comme les richesses matériel, le bonheur, la prospérité, les messages divins, etc. Le royaume de Dieu sera habité par tous les peuples et les nations qui acceptent et appliquent les commendements de Dieu et cela est prouvé par les récits où Jésus annonce le royaume de Dieu de ville en ville. Dieu a déjà établi son royaume par Jésus Christ mais satan aveugle et manipule le peuple qui ne connait pas la parole de Dieu. Nous pouvons voir la gloire de Dieu en recevant l’esprit saint mais le diable assombri l’esprit des hommes avec des démons.

  5. Devant son impuissance à régir sa vie et le monde, l’homme a besoin de croire en quelqu’un ou quelque chose qui fera mieux que lui, qui lui donnera une ligne de conduite à suivre.
    Jésus pourrait être un homme tout à fait normal mais doté d’un don extraordinaire pour la parole et la communication. Il a su faire adhérer à son idéologie des centaines, des milliers de personnes de son vivant, toutes en attente d’un libérateur. Il a répondu à leurs attentes. Le christianisme n’est-il pas à la base une suite de circonstances déclenchant des espoirs qui sont devenus des croyances ? Paroxysme atteint lors de la mort de Jésus en martyr.
    En 2015, il existe beaucoup de Messies : PKP n’est-il pas considéré par certains comme le sauveur du PQ ? Va-t-il «libérer» le Québec et faire des miracles ?

  6. Encore aujourd’hui les terres d’Israël vont parler d’eux. Ils se battent avec les palestiniens sur leurs terres et font des colonies. Probablement que les juifs attendent la venue du nouveau messie pour ravoir leurs terres. Car en ce moment c’est un crime contre l’humanité que les juifs font subir aux palestiniens. J’espère qu’il n’y aura plus de guerre en Palestine.

  7. Je ne suis pas certain d’endosser l’affirmation suivante : « Jésus n’a été qu’un messie parmi d’autres ». En fait, la question à se poser est qu’est-ce qui différencie Jésus des autres messies. D’abord, je vois une différence dans la perception qu’il avait de lui-même : Il est le seul ayant affirmé être Dieu en disant qu’il avait la capacité de pardonner les péchés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les chefs religieux l’ont condamné à mort. Son influence était si grande qu’elle devint une menace pour eux.
    D’autre part, je crois que Jésus se différencie des autres messies de par la propagation de son message, surtout après sa mort. Durant la naissance de l’église primitive, plusieurs hommes ont donné leur vie pour ce message, notamment Étienne, le premier martyr lapidé. Aujourd’hui, la religion chrétienne occupe une grande partie du globe.
    Ces éléments ne prouvent-ils pas que son influence et son message étaient supérieurs aux autres messies ?

  8. Je ne suis pas surprise qu’il y ait eu plusieurs messies à`l’époque de Jésus. La vie est vide de sens et les divertissements devaient être médiocres à l’époque biblique. Je ne suis donc pas étonnée que les gens cherchaient à dédier leur vie à quelqu’un, ou à tenter de recruter des fidèles. De nos jours les messies improvisés ont moins de crédibilité. Ce sont par des médiums plus complexes et organisés que les idéologies contrôlent les esprits.

  9. Dans le premier point de cet article, on explique l’attente des Juifs, leur espérance de l’arrivé du Messie ou d’une fin apocalyptique du monde. Sois ils seront sauvés, soit ils périront tous dans une fin extraordinaire. Quoi qu’il en soit, le juifs attendent. Cela m’apparaît bien triste comme fondement de croyance. Il me semble que l’attente ne forge pas un contact de plus en plus fort avec le divin. J’ai manifestement tord vu le nombre de croyants juifs, mais il me semble que de devoir attendre quelque chose, et ce, toute ma vie, il viendrait un moment où j’abandonnerais, un moment où je me dirais que ça ne donne rien. Mais en parallèle, le christianisme, de façon bien simpliste, nous fait attendre le passage vers l’au-delà, nous fait travailler fort toute notre vie pour aspirer rentrer au Paradis/ au Royaume de Dieu à notre mort. Bien qu’invérifiable, si le paradis existe bel et bien, nous passons nous aussi notre vie à attendre quelque chose, mais seulement le temps d’une vie. Les Juifs, eux, attendent depuis des générations que quelque chose se passe. J’imagine que la croyance surmonte ces innombrables générations qui ont attendue sans que rien n’arrive, j’imagine que réside en cette attente un lien fort avec le divin, mais cela me dépasse complètement. Je ne comprends pas pourquoi ils se soumettent à cette interminable attente.

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