Être protestant-e ou être réformé-e?

Pour marquer le « Dimanche de la Réformation » (qui commémore l’affichage par Martin Luther de ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittemberg le 31 octobre 1517), je vous propose un deuxième article sur l’identité réformée (voir mon Panorama de la diversité protestante).

Ma question fondamentale qui se trouve être aussi ma question ultime, est la suivante: « Être protestant ou être réformé? ». Pour y répondre, je vais passer par six questions intermédiaires. Elles sont autant de branches qui me permettront (du moins je l’espère) d’atteindre la cime de l’arbre. J’emprunte cette forme à la rhétorique traditionnelle polynésienne.

Ultime question fondamentale: « Être protestant-e ou être réformé-e? »

Question 1: « Qu’est-ce qu’un-e protestant-e? »

  • Sociologiquement, c’est celui ou celle qui se déclare chrétien-ne et qui n’est ni catholique-romain-e, ni orthodoxe.
  • Historiquement, c’est celui ou celle qui se situe du côté de la Réforme du 16e siècle.
  • Théologiquement, c’est celui ou celle qui affirme trois refus (selon le théologien français Laurent Gagnebin):
    • Le refus de faire d’un homme, le pape, le représentant de Dieu sur terre.
    • Le refus de faire d’une femme, Marie, une intermédiaire entre Dieu et les êtres humains.
    • Le refus de faire d’une chose, l’hostie, le corps du Christ.

Question 2: « Qu’est-ce qu’un-e réformé-e? »

  • C’est un-e protestant-e qui se réclame de la théologie du Suisse Huldrich Zwingli, des Français Guillaume Farel et Jean Calvin, de l’Écossais John Knox.
  • C’est un-e protestant-e qui déclare appartenir à l’une ou l’autre des Églises réformées (indépendantes et souvent nationales) implantées sur les cinq continents.
  • C’est un membre de la famille protestante:
    • Il/elle a des frères et sœurs (presque jumeaux) chez les luthériens.
    • Il/elle a des cousin-e-s  (plus ou moins proches) dans d’autres Églises protestantes (adventistes, baptistes, évangéliques, méthodistes, etc.) et chez les anglicans.
    • Il/elle a des parents qui ne veulent pas entretenir de relations avec lui: les Témoins de Jéhovah, les Mormons, etc.

Question 3: « La multiplication des Églises protestantes est-elle un problème? »

  • Non, elle est un reflet de la diversité humaine.
  • Non, tant que les protestant-e-s ne se battent pas pour imposer leur avis comme la seule et unique vérité (ce qu’ils ont fait parfois).
  • Non, tant que les protestant-e-s  admettent que leurs Églises sont et seront toujours imparfaites (Semper reformanda)

Question 4: « Y a-t-il un principe commun à tous les protestants? »

  • Oui, il y en a même trois:
    • Rien n’est sacré hormis Dieu (Soli Deo gloria).
    • Personne ne mérite son salut, mais Dieu le donne gratuitement (Sola gratia) et l’être humain peut lui faire confiance (Sola fide).
    • La Bible est le seul juge de la théologie (Sola Scriptura).
  • En protestantisme, le mot-clef, c’est celui de « liberté » : liberté de croire librement parce que Dieu donne à chacune et à chacun son Saint-Esprit (Témoignage intérieur du Saint Esprit ou TISE).

Question 5: « De quelle liberté parlons-nous? »

  • En bon protestant, je vais chercher la réponse dans la Bible.
  • Selon l’Évangile de Jean (chapitre 8), Dieu libère du péché, c’est-à-dire de ce qui nous empêche d’être pleinement et  véritablement humain. Dieu libère de l’obligation de « bien faire », de « réussir sa vie ».
  • Être chrétien-ne permet d’admettre que l’on est à la fois juste et pécheur (Simul justus simul peccator), c’est-à-dire, finalement, terriblement humain-e.

Question 6: « La liberté chrétienne n’est-elle que spirituelle? »

  • Non, elle est aussi sociale et politique.
  • Tout au long de la Bible, Dieu voit la misère, entend les cris; il guérit les malades; il libère les prisonniers; il ramène les exilés.
  • Il encourage à réformer la société, à la rendre plus juste, plus humaine.

Je peux maintenant répondre à ma question à la fois ultime question fondamentale:

Ultime question fondamentale: « Être protestant-e ou être réformé-e? »

  • Protester est toujours plus facile que réformer.
  • Je suis moi-même souvent plus protestant que réformé (dans ce domaine aussi, je suis imparfait).
  • Mais pour permettre la liberté que Dieu donne, je dois toujours rester un protestant-réformé.
  • Protester est mon droit; réformer est mon devoir.
—–
Reprises de cet article
  • Cet article figure sur le site de Protestinfo « agence de presse protestante », le 23 octobre 2013 (lire)
  • Il a été repris et âprement discuté sur le site Actu-chretienne.net « LE 1ER WEBZINE EVANGELIQUE FRANCOPHONE » (lire)

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