Placez des bergers dans votre crèche! (Théologie moins pratique)

Pour marquer Noël (le 25 décembre) et l’Avent (les quatre dimanches avant Noël), je vous propose chaque lundi un texte à ce propos.

Lire aussi:

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« Moi, je suis le berger. J’ai un joli filet de voix. Je fais rire personne. Je parle seul, je sens mauvais, j’ai pas d’amis. Enfin, j’en ai qu’un, c’est mon chien. »
Yvan Audouard, La Pastorale des santons de Provence. Gulf Stream & Le Cerf, 2001: p. 20 (Écouter sur Youtube)

Placer des bergers dans votre crèche, c’est entrer dans l’univers de l’évangile selon Luc, chapitre 2, versets 1 à 21 (Trouver une traduction en français). C’est partir pour Bethléhem, petite ville de Judée, « à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie » verset 2. Mais c’est aussi aller là où se rencontrent le local et l’universel (les « bergers qui vivaient aux champs » v.8 et « tout le peuple » v.10), le ciel et terre (les anges et les bergers), la force et la faiblesse (César Auguste et « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire), la nuit et la lumière.

Plus encore, placer des bergers, dans votre crèche, c’est annoncer au moins quatre bonnes nouvelles .

  1. C’est dire à celles et ceux qui seraient inquiets de ne pas savoir comment vivre leur foi: « Regardez les bergers, ils écoutent, ils croient, ils voient, ils racontent, ils louent Dieu! » C’est leur dire qu’il n’est pas compliqué d’être chrétien; leur dire qu’il suffit de regarder le monde, d’y discerner l’action de Dieu, d’écouter Dieu qui donne lui-même le sens de son action, de témoigner de cette action et de remercier Dieu de l’avoir faite.
  2. C’est dire à celles et ceux qui seraient inquiets de ne pas savoir comment établir une relation avec Dieu: « Noël a mis les anges au chômage; il n’y a plus ni séparation, ni opposition entre le ciel et la terre. Dieu est entré dans notre monde. » C’est leur dire qu’il n’y a plus besoin d’intermédiaire entre Dieu et les êtres humains, aucune personne (aucun théologien, aucun ecclésiastique), aucun lieu (aucune église), aucun temps (aucun dimanche, aucune fête liturgique); leur dire encore, leur dire autrement, que chaque personne (même et surtout des bergers qui vivent aux champs), chaque lieu (même et surtout une mangeoire), chaque temps (même et surtout une nuit que des bergers passent auprès de leur troupeau) peuvent révéler (au moins un peu) qui est Dieu.
  3. C’est dire à celles et ceux qui seraient inquiets de savoir s’ils méritent l’amour de Dieu: « L’ange préfère s’adresser aux bergers plutôt qu’à l’empereur César Auguste ou au gouverneur Quirinius. » C’est leur dire que l’évangile est pour chacune et chacun; leur dire que l’évangile n’a rien d’élitiste; leur dire même plus, que celles et ceux qui se croient puissants, forts ou intelligents risquent bien de passer à côté de l’évangile.
  4. C’est dire à celles et ceux qui seraient inquiets de ne pas voir de grandes actions de Dieu: « Dieu commence par en bas; il change le monde en donnant de la valeur au fragile, au provisoire, au petit, au faible. » C’est leur dire qu’ils ne doivent pas attendre un miracle qui tombe du ciel; leur dire qu’il leur faut espérer d’en bas, depuis leur terre, depuis leur vie; leur dire encore que Dieu intervient dans la fragilité, dans la beauté de nos existences (ce qui est fragile peut être beau); leur dire enfin que c’est au cœur de nos vies que nous pouvons ressentir la chaleur et la lumière de Dieu.

Placer des bergers dans votre crèche, c’est dire que Dieu ne nous tire pas par la main (au risque de nous déboîter l’épaule ou de nous traîner par terre) mais qu’il nous pousse, gentiment, dans le dos.

(Lundi prochain: Les mages)

3 commentaires

  1. « Il n’y a plus besoin d’intermédiaire entre Dieu et les humains. »
    Oui.
    Je suis pleinement d’accord avec cela. Et je ne sais pas très bien le dire comme pasteur. J’ai l’impression qu’on compte sur moi pour jouer cet intermédiaire. Je suis au bénéfice d’un salaire que mon Eglise me verse pour animer la transmission de ce message et l’accompagnement des personnes qui font recours à l’Eglise ou qui en font partie.
    Je suis et je reste en tension entre les bergers placés dans ma crèche et l’organisation humaine dans laquelle je suis aussi inscrit.

    1. Merci David, c’est un bon commentaire.
      Pour dire vrai, dans une première version, je n’avais pas écrit « pasteur », mais seulement « prêtre ». Et je me suis souvenu que certains pasteurs aimaient jouer ce rôle d’intermédiaire ente Dieu et les homme et que certains protestants aimaient que les pasteurs jouent ce rôle, y compris dans l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (je le sais par mauvaise expérience).
      Cela dit, je crois (et cette fois de bonne expérience) que les pasteurs sont utiles, voire nécessaires. Ne serait-ce que pour rappeler qu’ils sont inutiles, puisque que l’essentiel se joue directement entre Dieu et chacune et chacun d’entre nous, et non nécessaires, puisque nous sommes tous appelés à annoncer l’évangile.

      Pour ne pas allonger ma réponse, je me permets de te signaler un texte ou j’ai synthétisé mes réflexions autour de ces questions (celles de l’Église, de la communauté, du pasteur et de l’individu):
      Bauer, O. (2007). « Vers une communauté d’individus. Le cas de l’Église protestante francophone de Washington, DC. » dans Église et communauté, J. Richard et M. Dumais (éd.). Montréal, Fides, coll. Héritage et projet 73: pages 59-78

      Il est disponible librement (et sans risque) sur le dépôt institutionnel de l’Université de Montréal, à l’adresse: https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/3667

      En voici le résumé:
      « De 2003 à 2006, j’ai été le pasteur de l’Église protestante francophone de Washington, DC (EPFW). Fondée en 1927, l’EPFW est une Église complètement autonome sur les plans institutionnel, financier et théologique. Elle compte une centaine de foyers-membres et une centaine de foyers-amis: Européens, Africains et Américains. Deux forces opposées s’exercent dans l’EPFW: une force centrifuge qui sépare les individus et une force centripète qui les réunit en communauté. La force centripète comprend, entre autres, le protestantisme, le désir de se retrouver entre gens de la même origine, la volonté de continuer à utiliser la langue française, le goût pour les rencontres interculturelles et le climat religieux américain. La force centrifuge se compose notamment de la diversité des origines ethniques et religieuses, de la dispersion géographique, de la brièveté des séjours à Washington et de l’hyperactivité généralisée. Dans cet article, je présente la manière dont nous – pasteur, Conseil de paroisse, responsables-laïcs et communauté – avons essayé de rassembler des individus en une communauté et les références théologiques qui m’ont aidé dans mon travail. »

      1. Merci! Ta réponse m’aide dans ma réflexion. Les exemples de l’EPFW, extrêmes à certains égards, sont des reflets des différences culturelles également présentes parmi les paroissiens de l’EREN (Eglise Réformée Evangélique du canton de Neuchâtel, en Suisse) et j’aime l’idée d’un effort qui va vers le rassemblement d’individus en une communauté. Je pense reprendre cette discussion avec mes collègues pasteurEs.

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