Placez Marie dans votre crèche! (Théologie moins pratique)

Pour marquer Noël (le 25 décembre) et l’Avent (les quatre dimanches avant Noël), je vous propose chaque lundi un texte à ce propos.

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Même s’il existe des crèches sans Marie (lire le mémoire de Jonas St-Martin sur les crèches de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal) et même si vous êtes protestant (lire le triple refus protestant du pape, de la messe et de Marie dans mon article « Être protestant-e ou être réformé-e?« ), je vous recommande quand-même de placer Marie dans votre crèche.

D’abord parce qu’elle est un personnage biblique, et même un personnage biblique important. Contrairement à Joseph, qui disparaît peu après la naissance de Jésus, Marie reste sur la scène jusqu’au bout. On la retrouve à plusieurs reprises dans les évangiles: elle est avec son fils aux noces de Cana; elle se fait rabrouer lorsqu’elle vient le chercher; elle est pourtant encore là au pied de la croix. On la rencontre même au début des Actes des apôtres, membre du groupe qui se rassemblent à Jérusalem après la résurrection de leur Seigneur. Ensuite, parce que Marie mène un peu de féminité dans un christianisme qui, parfois, en manque cruellement.
Mais quelle Marie faut-il placer dans votre crèche? La Vierge Marie? La Mère de Dieu? Notre-Dame? Ou encore une autre Marie? Je vais examiner ces figures les unes après les autres.

  • Faut-il placer « la Vierge Marie » dans votre crèche? (Je ne parviens pas à écrire l’ambigu « Mettez Marie! ») Si par la Vierge Marie, vous entendez celle qui, selon les évangiles selon Matthieu chapitre 1, versets 18-24, et selon Luc chapitre 1, versets 26-36 (Trouver une traduction française) était vierge au moment de la conception de Jésus, alors, la réponse est indiscutablement oui. Des deux évangiles, c’est Luc qui affirme le plus fortement cette virginité. Marie demande à l’ange: « Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge? » Luc 1, 34. Et l’ange lui répond: « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ». C’est clair, même si justement, le récit reste un peu obscur. Cette « ombre » me semble évocatrice de la part d’ombre justement qui entoure cette naissance. La manière dont elle pourrait concevoir ce fils est d’ailleurs la seule chose qui intrigue Marie. Qu’on appelle son fils, « Fils du Très Haut », que le Seigneur Dieu lui donne le trône de David, qu’il règne pour toujours sur la maison de Jacob, que son règne n’ait pas de fin, Marie semble trouver cela normal. Ce qui l’intrigue, c’est la manière dont il pourrait bien être conçu. Mais si par Marie la Vierge, vous entendez celle qui aurait elle-même été conçue sans péché (Immaculée Conception), celle qui serait restée vierge toue sa vie (Virginité Perpétuelle) et celle à qui Dieu aurait évité de mourir (Assomption chez les Catholiques ou Endormissement chez les Orthodoxes), alors là, je trouve que c’est pousser le bouchon beaucoup trop loin. On peut, bien entendu, croire ce que l’on veut, mais ces dogmes-là (Immaculé Conception, Virginité Perpétuelle et Assomption ou Endormissement) n’ont absolument et définitivement aucun fondement biblique. Au contraire, les évangiles nous parlent des frères et sœurs de Jésus, et comment imaginer qu’ils n’ont pas été conçus et qu’ils ne sont pas nés comme vous et moi. Et nous n’avons pas la moindre information sur la fin de Marie. Parce qu’il serait difficile de comprendre que les évangiles ou que les actes des apôtres aient caché une fin miraculeuse de Marie, nous devons plutôt penser qu’elle est morte comme n’importe quel être humain.
  • Faut-il placer « la mère de Dieu » dans votre crèche? Oui, sans aucune hésitation. Et l’affirmation « Marie est la mère de Dieu » dit beaucoup à propos de Dieu. Élisabeth ne s’y est pas trompé, elle qui accueille Marie par ces mots: « Comment met-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur? » Luc 1, 43. La formulation est excellente. Marie n’est pas la mère de Dieu. Marie est « la mère de mon Dieu ». Irénée, un Père de l’Église, l’un de ces théologiens qui ont pensé le christianisme dans les premiers siècles a écrit: « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne fils de Dieu ». J’aime bien la formulation, ce parallélisme: « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne fils de Dieu ». Pas de fausse promesse: l’homme ne devient pas Dieu, mais fils de Dieu. Si Dieu a une mère, si la mère de Dieu est cette jeune femme ordinaire, alors mon Dieu est un Dieu proche, qui me ressemble, qui sait ce dont j’ai besoin. Les évangiles soulignent de plusieurs manières la réalité de l’humanité de Jésus. Les deux les plus convaincantes sont le récit de sa naissance et le récit de sa mort. Confesser que Marie est la « mère de Dieu », c’est confesser que « le Fils de Dieu s’est fait homme » et espérer « que l’homme devienne fils de Dieu ».
  • Faut-il placer « Notre-Dame » dans votre crèche? J’en viens à ce qui nous concerne directement. Les deux premières Marie précisaient sa relation entre elle et Jésus. La troisième va me permettre de préciser la relation qui se noue entre elle et nous, les Chrétiens du 21e siècle. Le titre que l’on donne à Marie n’est pas innocent. L’appeler Notre-Dame est évidemment une marine de respect. Il correspond bien au respect dont lui témoigne Élisabeth: « Tu es bénie entre toutes les femmes ». Ce n’est quand même pas rien! J’apprécie aussi dans le titre « Notre-Dame », ses variations locales. « Notre-Dame à Québec », « Notre-Dame de Paris », « Notre-Dame des Victoires de Yaoundé », « Nuestra-Siñora de Guadalupe » ou « Our Lady, Queen of the Americas ». Elles nous rappellent que ce vieil événement de Noël, cette vielle historie d’une mère et de son enfant a des conséquences sur la terre entière. Elles nous rappellent que la mère de Dieu est aussi de Québec, de Paris, de Yaoundé ou des Amériques, comme elle est de Palestine ou d’Israël. Mais en même temps, le titre de « Notre-Dame » ne me parait pas rendre justice à la manière dont Marie elle-même se comprend: « Je suis la servante du Seigneur » Luc 1, 38; « Dieu a porté son regard sur son humble servante » Luc 1, 48. Je ne trouve pas là la trace de cette grandeur que j’associerais à « Notre-Dame ». Marie se comprend comme une femme ordinaire que rien ne prédispose à recevoir la grâce que Dieu lui fait.
  • Faut-il placer une autre Marie dans votre crèche? J’imagine encore deux titres dont on use (pourrait user ou devrait user) pour désigner Marie. Elle pourrait être « notre mère » ou « notre sœur ». J’avoue franchement que ma préférence va à notre sœur. Pour moi, Marie est notre sœur en Christ. Pas une mère qui aurait des avantages sur chacun d’entre nous, pas une mère qui serait un peu plus près de Dieu que les autres femmes. Je soupçonne dans l’expression « Marie notre mère », la volonté de suggérer que Marie aurait un rôle particulier. Située entre Dieu et les êtres humains, elle aurait un peu d’influence sur Dieu, elle pourrait coopérer à notre salut. Mais Marie n’est pas plus proche de Dieu que n’importe qui d’autre. Elle est ma sœur en divinité comme en humanité, même si je lui accorde volontiers un avantage: elle est la première à avoir cru que le fils qu’elle portait pouvait être Dieu: « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit » Luc 1, 37, la première à avoir témoigné de l’alliance réconciliée que Dieu établit avec l’humanité dans un psaume admirable (Luc 1, 46-55). Pour tout cela, j’ai envie de l’appeler ma sœur aînée.

Placez donc Marie, vierge, mère de Dieu ou notre Dame dans votre crèche! Placez-la avec le respect que mérite une sœur aînée. Pas plus, mais pas moins!

Réflexions inspirées par la lecture de Leplay, Michel (2003). Le protestantisme et Marie: une belle éclaircie. Genève, Labor et Fides

(Lundi prochain: Joseph)

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