La Bible en BD (1): « La Bible selon le Chat » par Geluck

Pour prolonger une invitation à parler de « La Bible selon le Chat » par Philippe Geluck («Plus on est de fous, plus on lit» mardi 14 janvier, 13h-14h sur Ici, Radio-Canada, La Première), je présente quatre bandes dessinées directement inspirées par la Bible.

Voir aussi:

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Geluck, Ph. (2013). La Bible selon le Chat. Casterman

Gelück, Ph. (2013). La Bible selon le Chat. Casterman

L’auteur:

Philippe Geluck est un dessinateur belge, né à Eterbeek en 1954. Il est aussi scénariste, acteur, chroniqueur médias, etc. C’est en 1983 qu’il a créé le Chat, son personnage fétiche, un chat anthropomorphique, philosophe pince-sans-rire et cynique. La Bible selon Le Chat est le dix-huitième album de ses aventures. (Visiter le site de Philippe Geluck)

« Le pitch« :

  • Livre premier:

Dieu, représenté sous les traits du Chat, crée un monde, selon un scénario largement inspiré par le premier chapitre de la Genèse. Mais tout dérape au sixième jour. Dieu innove et le récit prend un tour original et inattendu. Se sentant un peu seul, Dieu crée un mouton en ajoutant quatre pattes à un nuage. Le mouton (il s’appelle évidemment Pascal) deviendra Son ami (et peut-être plus « parce que affinités »!). Mais voici que la Mort (Elle est la compagne de Dieu) rentre de voyage. Dieu et la Mort vient un bref temps d’une vie de couple très stéréotypée. Tandis qu’Il crée les dinosaures, Elle lui prépare un ragoût de mouton (devinez lequel!), ce qui provoque Sa fureur. On croit d’abord qu’Il va La tuer; on croit ensuite qu’Ils vont se réconcilier, notamment dans une scène au contenu sexuellement (mais peu graphiquement) explicite; mais on voit qu’Il finit par La chasser. Un geste qui (par un détour qu’il faut voir pour croire) entraîne la disparition des dinosaures. À nouveau seul, à nouveau désespéré (mettez-vous à sa place: sa femme est partie et il a mangé son meilleur ami), Dieu a un éclair de génie (je ne peux écrire « une divine inspiration »): Il peut ressusciter son mouton. Et Il le fait. Porté par son enthousiasme, Il se remet à créer des animaux, mais cette fois à l’image de son mouton. C’est un échec lamentable et Dieu les fait tous disparaître. Lassé, Il se met au lit et dort pendant cent ans. C’est alors Pascal qui prend les choses en mains (en pattes plutôt). Il dessine tous les animaux de la création, des animaux que Dieu, à son réveil, créera selon ces modèles. Le livre premier se termine alors que Dieu, un peu éméché, réalise qu’il manque quelque chose (ou plutôt quelqu’un) dans sa création: un être qui puisse s’en occuper.

  • Livre second:

Dieu a donc décidé de créer l’être humain. Après quelques esquisses insatisfaisantes, Il retrouve le bébé qu’Ils avaient eu, la Mort et Lui, un bébé que la Mort Lui avait caché, un bébé que la Mort avait congelé (je sais, c’est un peu compliqué). Il le ressuscite donc. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des paradis possibles, s’Il n’avait pas négligé d’inviter sa mère au baptême du petit. La Mort se venge en jetant un sort au bébé: « Quoiqu’il fasse ou décide, il se comportera comme un con. En toute circonstance ». L’enfant (nommé Adam par un jeu de mot trop minable pour que le rapporte ici), grandit, élevé par Dieu et Son mouton. Comme il supporte mal les pommes, Dieu les lui interdit (ce qui ne sera pas sans conséquence sur la suite de l’histoire). Adam, devenu adolescent, éprouve de grosses envies sexuelles. Dieu se résout à créer pour lui une femme, une femme qu’Adam s’empresse de mettre dans… sa cuisine. Manque de bol (moi aussi, j’aurais du faire gagman!), sa femme lui prépare une succulente tarte aux pommes. Ayant ainsi enfreint l’interdiction divine, ils sont tous les deux condamnés à être chassés du paradis. Sur terre, ils croissent et se multiplient. Mais leur famille se révèle si mauvaise que Dieu décide de noyer toute la terre. Toutefois, Dieu n’étant pas que punition, Il charge Noé de construire une arche et d’y faire entrer un couple (« hétérosexuel », précise Dieu) de chaque animal. Mais ce nouveau départ ne change rien quant au fond. La malédiction de la Mort pèse toujours. Désespéré par l’humanité, Dieu préfère se retirer. Il choisit au hasard un porte-parole pour Le représenter. Le sort tombe sur la Belgique et c’est à Philippe Geluck qu’Il confie la tâche de propager Sa parole.

L’intérêt théologique:

La Bible selon le Chat n’est de loin pas la meilleure parodie biblique que j’ai lu. Si Geluck propose une sorte de condensé des premiers chapitres de la Genèse (il emprunte à Genèse 1 la création en six jours, à Genèse 2 la création d’un homme puis d’une femme, etc.), il prend beaucoup de liberté avec le texte biblique (Caïn et Abel se disputent une même bête qu’ils prétendent tous les deux avoir tuée; Adam et Ève aurait pris place incognito sur l’arche de Noé, etc.) ce qui diminue la pertinence de son propos. L’humour est parfois gratuit, ce qui n’est pas mal, mais qui en limite l’intérêt théologique. Cependant, l’album n’en est pas dénué.

Geluck donne par exemple une image très humaine de Dieu: Dieu se trompe, Dieu se fâche, Dieu mange, Dieu boit, Dieu exploite l’être humain, etc. Ce qui est drôle et pas contraire à la Bible. Elle parle d’un Dieu qui montre des émotions et qui s’adapte aux circonstances, en particulier au comportement imprévisible (parce que libre) des êtres humains. Dans cette perspective, Geluck décharge même Dieu d’une responsabilité qui lui est souvent imputée. En introduisant le personnage de la Mort dans l’histoire, il repartit les rôles: Dieu donne la vie et la Mort donne la mort. Ce qui est théologiquement discutable, même si cela rend Dieu plus sympathique. Plus profondément, La Bible selon le Chat vient nourrir deux réflexions théologiques fondamentales.

  1. Geluck inscrit son récit de la création dans un cadre plus large. Il montre, sans aucune ambiguïté, que son récit ne traite que d’une partie de la réalité: il y a forcément quelqu’un à qui Dieu a commandé le poisson qu’il mange et la femme de Dieu surgit d’un ailleurs qui n’est pas décrit. Il en va de même pour la Bible. Les récits bibliques de la création ne rendent pas compte de toute la réalité. À les lire, on comprend qu’il y a un extérieur au Jardin d’Éden. Il faut l’admettre ou alors accepter, par exemple, que c’est Ève (seule femme nommée dans le récit) que « connut » Caïn, que c’est avec sa mère qu’il eut ses enfants.
  2. Geluck place dans la bouche de la Mort une excellente définition du péché originel. Elle maudit l’homme en le condamnant en ces termes: « Quoiqu’il fasse ou décide, il se comportera comme un con. En toute circonstance ». C’est bien ça le péché. Non pas faire mal, mais croire que l’on peut bien faire. Et c’est donc à cette case que j’attribue la plus haute valeur théologique.

La case à haute valeur théologique:

Geluck, Ph. (2013). La Bible selon Le Chat. Casterman

Geluck, Ph. (2013). La Bible selon le Chat. Casterman

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Demain: La Bible en BD (2): Sacré comique par Goossens

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