La Bible en BD (3): « Sacré Jésus! » et « Jésus revient! » par Tronchet

Pour prolonger une invitation à parler de « La Bible selon le Chat » par Philippe Geluck («Plus on est de fous, plus on lit» mardi 14 janvier, 13h-14h sur Ici, Radio-Canada, La Première), je présente quatre bandes dessinées directement inspirées par la Bible.

Voir aussi:

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Tronchet (1993). Sacré Jésus!. Delcourt et Tronchet (1996). Jésus revient!. Delcourt

Tronchet (1993). Sacré Jésus!. DelcourtTronchet (1996). Jésus revient!. Delcourt

L’auteur:

Tronchet (de son vrai nom Didier Vasseur) est né à Bethune en 1956. Dessinateur et scénariste, il est journaliste de formation. (Visiter son site)

« Le pitch« :

  • Sacré Jésus

Le premier album se présente comme une collection de petites histoires, (souvent une seule page) mettant en scène un Jésus tout nu (comme tous les personnages) dans des épisodes inspirés des récits évangéliques. Les pouvoirs spectaculaires de Jésus et sa totale inadaptation à son environnement forment le ressort comique récurrent de l’album. Jésus fait des miracles, mais (presque) toujours à contre-temps: il multiplie les lépreux au lieu de les guérir; il change l’eau en vin quand sa mère se douche; il multiplie les cartons en plein déménagement, etc. À la fin de ce premier album, on découvre que la croix que Jésus porte (ou par laquelle il est porté) est un objet plutôt gênant; que Jésus n’est pas mort, mais qu’il a feint de l’être; qu’il a perdu et ses pouvoirs et ses disciples; mais qu’il a bien l’intention de revenir.

  • Jésus revient

La conception du second album est complètement différente. C’est une histoire suivie qui raconte (en quatre épîtres) les déboires de Jésus lors de son retour incognito sur terre (il se fait appeler « Roger Lecriste, plombier-sanitaire »). Bien qu’il ait été réclamé par un groupe d’adeptes, son retour se passe mal. Il se fait jeter d’un bar avant qu’il ait eu le temps de changer l’eau en vin; jeter d’une église par un prêtre qu’il veut convaincre de rendre le christianisme plus joyeux et plus sexy; jeter d’un cirque parce que ses trucs ne sont pas assez spectaculaires. Il retrouve bien ses anciens compagnons, mais Moïse est devenu patron de bistrot, Saint-Thomas s’est installé comme opticien et Judas a prospéré dans le matériel de sécurité (ce qui ne l’empêche pas de dénoncer Jésus, une fois de plus). Jésus ne trouve de réconfort qu’auprès de Marie-Madeleine (je vous rassure ou vous déçois, un chaste réconfort), une zonarde avec laquelle il se met en ménage; avec laquelle il vit au milieu de « la lie de l’humanité »; avec laquelle il a un fils (mais, je vous rassure ou vous déçois,  sans relations sexuelles), un fils qui naît en hiver, dans une station-service. La fin de l’album laisse penser que l’histoire pourrait n’être qu’un éternel recommencement.

L’intérêt théologique:

Je m’arrête d’abord sur un détail très anatomique. Représenter Jésus nu à l’avantage de rendre visible son judaïsme (un rappel pas inutile vu l’histoire des relations entre juifs et chrétiens). Ceci dit, je vous préviens: les deux albums présentent des intérêts théologiques très différents.

  • Le premier album développe ce que j’appelle une « christologie a contrario« . Je m’explique. L’intérêt de Sacré Jésus, c’est que chaque page et chaque vignette montre précisément ce que Jésus n’est pas! J’en donne quelques exemples: Tronchet dessine un Jésus qui préfère sauver l’humanité en général plutôt qu’un seul homme qui se noie; mais le Jésus des évangiles est condamné à mort au nom du principe formulé par Caïphe: « il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas ». Tronchet dessine un Jésus qui refuse de sauver 582 personnes sur un bateau qui coule parce que « le week-end c’est sacré »; mais le Jésus des évangiles transgresse le repos du sabbat parce que « le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat ». Tronchet dessine un Jésus qui fait des miracles pour son propre profit; mais le Jésus des évangiles n’effectue jamais de miracles pour lui-meme ni pour sa propre gloire, puisqu’il interdit aux bénéficiaires d’en parler. Rétablir la vérité évangélique à partir de l’album de Tronchet me paraît être un beau défi, une noble tâche théologique et un parfaite activité d’animation biblique.
  • Le second album à quant à lui présente un intérêt théologique plus direct. Jésus revient met en scène ce qui pourrait bien être le sort de Jésus si jamais il revenait vraiment sur terre: succès auprès des marginaux, incompréhension et rejet non seulement dans la société, mais aussi et surtout parmi ceux qui se réclament de lui, les chrétiens et les Églises en premier lieu. Ainsi, je ne peux pas m’empêcher de choisir comme case à haute valeur théologique le moment précis où Jésus est chassé de son église.

La case à haute valeur théologique:

Tronchet (1996). Jésus revient. Delcourt

Tronchet (1996). Jésus revient. Delcourt

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Demain: La Bible en BD (4): La Bible par Loup

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