Joseph Ratzinger vs. Hans Küng: le Jésus de Küng (3)

Invité à parler de « Jésus », le livre par lequel le théologien catholique suisse Hans Küng réplique à Benoît XVI-Joseph Ratzinger (« Samedi et rien d’autre » samedi 22 février 2014 sur Ici Radio-Canada, La Première), je rédige quatre articles sur ce match qui oppose deux géants de la théologie catholique, deux théologiens germanophones que la vie aurait dû réunir, mais que la théologie aura séparés (à moins que ce ne soit le contraire). J’y ajoute un cinquième article à propos d’un débat que j’ai moi-même engagé avec Joseph Ratzinger, il y a un peu plus de 10 ans.

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Pour répondre au deux livres sur Jésus écrit par Benoît XVI -Joseph Ratzinger, le théologien catholique Hans Küng a repris et republié la partie consacrée au Christ de son livre Être chrétien, paru en français en 1978.

  • Küng, Hans. 2014. Jésus. Paris: Seuil, 2014. 288 pages

Dès l’introduction, il annonce clairement son objectif:

« Celui qui cherche dans le Nouveau Testament le Christ dogmatique, qu’il lise Ratzinger; celui qui cherche le Jésus historique et la proclamation des premiers chrétiens, qu’il lise Küng. » 11

Présenter l’alternative en ces termes devrait rendre le choix facile!

Quel est le Jésus de Küng?

« Le Christ des chrétiens est une personne tout à fait concrète, humaine, historique: le Christ des chrétiens n’est personne d’autre que Jésus de Nazareth. » 24

Il est une « personne historique concrète » qui possède « un côté provocant » 268, une « force de persuasion » 269, une « capacité à réaliser » 270, bref qui « fait autorité » 272.

Comment Küng construit-il son Jésus?

Malgré le fait qu’il ne propose aucune citation biblique, Küng construit son Jésus à partir des évangiles, « des témoignages de foi engagés et engageants », qui voient Jésus « avec les yeux de la foi » 36. Il organise son livre en six grands chapitres.

  1. À partir des « coordonnées sociales » de l’époque de Jésus, Küng dégage l’originalité du personnage. Jésus est un juif du premier siècle qui s’oppose tant à « l’establishment » (Jésus n’est pas un prêtre, ni un théologien; il n’est ni « l’homme de l’établissement ecclésiastique ou social » 40, ni un « membre ni sympathisant du parti au pouvoir, conservateur ou libéral » 43), qu’à la révolution (Jésus n’est pas « un guérillero, un putschiste, un agitateur politique » 54; il « annonce le règne illimité et direct de Dieu lui-même sur le monde, un règne déjà normatif maintenant mais établi sans violence » 55), qu’à l’ascèse (« Jésus ne vit pas à l’écart du monde » 68; il « n’a pas une conception dualiste du réel » 69; il n’a « aucune organisation hiérarchisée » 72; il « ne propose [pas] une règle religieuse » 73). Il s’oppose même au compromis entre ces différentes tendances: « Jésus n’a pas été un moraliste pieux et fidèle à la Loi » 85, il ne pratique pas le « jeûne ascétique » 86, il ne craint pas le sabbat, il refuse que le péché soit édulcoré par la casuistique ou l’idée de mérite 91.
  2. Jésus défend « la cause de Dieu ». Il annonce et apporte le royaume de Dieu, un royaume « dont seules des images peuvent donner l’idée », mais « un royaume de justice totale, de liberté sans pareille, d’amour ininterrompu, de réconciliation universelle, de paix éternelle », bref « le temps du salut » 99.
  3. En même temps, Jésus défend « la cause de l’homme ». Il « attend ni plus ni moins que l’homme axe radicalement toute sa vie sur Dieu » 132. Il montre, à travers sa parole et son action, l’amour de Dieu: « non pas le châtiment des méchants, mais la justification des pécheurs. » 172
  4. La « prétention incroyable » 175 de Jésus va conduire au « conflit ». Un conflit justifié dans la mesure où « cet homme a violé à peu près tout ce qui était sacré pour ce peuple, pour cette société, pour ses représentants » 182. Conséquence logique, il est condamné à mort comme « roi (c’est-à-dire Messie) des juifs », « livré aux outrages de la soldatesque romaine » (les responsabilités sont ainsi partagées) et exécuté, ce que les évangiles racontent dans un laconique « Et ils le crucifièrent » 208.
  5. Mais, et c’est « le point le plus problématique de nos développements sur Jésus de Nazareth » 219, l’histoire ne s’arrête pas avec la mort de Jésus. Elle continue par « la vie nouvelle ». Küng fonde son chapitre sur « un fait historique attesté » 220, non pas la résurrection elle-même, mais le fait qu’après la mort de Jésus est apparu « le mouvement qui se réclame de lui » 220. Cette réalité historique oblige à se poser des « questions inévitables »: « Comment en est-on venu, après une fin aussi catastrophique, à un nouveau commencement »? 220 « Comment se fait-il que ce maître d’hérésie condamné est devenu le Messie d’Israël et donc le Christ? » 221 Küng prend acte d’un fait: après la résurrection, « celui qui appelait à la foi est devenu le contenu de la foi. » 245
  6. Küng conclut son ouvrage en tirant « les conséquences pour la vie concrète du chrétien ». Il les exprime en trois points relatifs à la souffrance: « ne pas rechercher la souffrance, mais la supporter » 265, « non seulement supporter la souffrance, mais la combattre » 265, « non seulement combattre la souffrance, mais l’assumer » 266.

Il est évident que Hans Küng, comme Benoît Ratzinger, a trouvé le Jésus qu’il cherchait. Pas plus que le Jésus de Benoît Ratzinger n’était le Jésus authentique, son Jésus n’est pas le Jésus historique. Je le sais, et peu importe si je préfère le Jésus de Hans Küng à celui de Benoît Ratzinger, peut-être simplement parce qu’il ressemble plus à mon propre Jésus, à celui dont j’ai besoin.

5 commentaires

      1. … selon vous ! 🙂

        Paul pensait lui aussi que Jésus était ‘inattignable’. Et pourtant il y a eu ‘le chemin de Damas’.

        Depuis, bien des chrétiens ont vécu ‘le chemin de Damas’. Ce n’est pas parce que vous-mêmes n’y croyez pas que d’autres n’ont pas ‘atteind le réel Jésus’ …

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