« Les papilles de Noël » (1/3): Cannelle, anis, gingembre et autres épices

En Suisse, je ne sais pas, mais à Montréal, depuis au moins quelques semaines, tout, absolument tout, sent la cannelle: les magasins et les marchés, les restaurants et les cafés, et les bougies; tout, absolument tout, a le goût de la cannelle: le thé et le chocolat, le vin chaud, les biscuits et les tartes aux pommes. Au moins à l’oreille, au moins sur la langue, Noël rime toujours avec cannelle. La cannelle, cette fine écorce un peu timide qui se replie sur elle-même, donne à ce qu’elle parfume un goût suave, une odeur capiteuse. Mais la cannelle est aussi doucereuse. Alors, on lui ajoute souvent, on lui ajoute volontiers d’autres épices, d’autres odeurs, d’autres saveurs : la noix de muscade, dure comme de la pierre, le clou de girofle, qui ne manque certes pas de piquant, la cardamome qui a toujours un grain et l’anis qui brille comme une étoile. Et la racine de gingembre avec sa forme improbable, et tous les agrumes du monde, du citron à l’orange, en passant par le cédrat.

Ces épices donnent du goût à l’Avent, à la Saint-Nicolas, à Noël. Et ce, quelque soit le sens qu’on donne à cette période de fête. Peu importe que ce soit une occasion de se réunir en famille, d’offrir des cadeaux à celles et ceux que l’on aime. Peu importe que ce soit une opportunité de témoigner sa solidarité avec celles et ceux qui en ont besoin ou de se souvenir que Dieu a voulu devenir un enfant. Les épices permettent de donner un goût particulier à ce temps de l’année. Remarquable unité gustative et olfactive. Esprit de tolérance, d’amour et de générosité, esprit de Noël.

Mais qu’est-ce qui explique au juste la place de choix qu’occupe les épices et précisément ces épices durant le temps de Noël? Certainement pas l’étable où Jésus est né. Car avec un bébé, un âne, un bœuf, des moutons et des bergers réunis dans quelques mètres carrés, l’étable devait sentir le fauve plus que la pâtisserie! Mais alors, pourquoi cette abondance d’épices pour le temps de Noël? Peut-être parce que ces épices furent longtemps un luxe, qu’elles étaient rares, qu’elles coûtaient cher et qu’il fallait une très grande occasion pour justifier une telle dépense. Peut-être aussi parce que ces épices viennent de l’Orient, d’un Orient lointain et mystérieux, comme ces savants ou ces mages qui offrirent à Jésus de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Alors, comme les trésors des mages, comme l’unique orange que nos arrière-arrière-grands parents recevaient le jour de Noël, ces épices seraient nos cadeaux. Des cadeaux que nous offririons à nos familles, à nos amis, à nos amours, à toutes celles et tous ceux qui en ont besoin. Alors toutes ces épices devraient nous permettre de sentir cet esprit de Noël, mélange de tolérance, d’amour et de générosité, de le sentir dans les magasins et sur les marchés, dans les restaurants et dans les cafés, par les bougies. Alors toutes ces épices devraient nous permettre de goûter cet esprit de Noël dans notre thé, dans notre chocolat, dans notre vin chaud, dans nos biscuits et dans nos tartes aux pommes. Et par le nez, et par la bouche, cet esprit de Noël pourrait entrer dans nos corps, dans nos cerveaux, nous nourrir et nous ravir.

Noël aurait alors, seulement et toujours, le goût du bonheur.


Écoutez la chronique sur le site de la Radio Télévision Suisse, La Première, Hautes Fréquences


Recette du chocolat chaud aux épices

Vous préparerez quatre tasses d’un bon chocolat chaud aux épices avec au moins cent grammes de chocolat noir, aussi noir que vous l’appréciez, ainsi qu’environ huit décilitres de lait. Mais vous veillerez d’abord à préparer les épices. Vous rassemblerez ainsi, selon votre goût, de la cannelle, du girofle, de la cardamome, un peu d’anis, du gingembre frais et toutes les épices qui vous font envie. Vous grillerez le tout à sec dans une poêle. Vous les moudrez, vous ajouterez de la muscade râpée et vous réserverez cette poudre odorante. Vous casserez le chocolat en morceaux, vous le ferez fondre à feu doux dans une casserole à fond épais. Quand le chocolat devient pâteux, vous ajouterez le lait, petit-à-petit, en remuant doucement pour que le mélange soit homogène. Vous ajouterez les épices, et vous laisserez le mélange s’épaissir un peu ou un peu plus selon votre envie. Vous servirez votre chocolat chaud aux épices encore brûlant. La seule difficulté de la recette réside dans le choix et le dosage des épices.


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