Voici comment un professeur à l’Université de Montréal occupe son temps de travail.

Pour être au clair sur mes activités en tant que professeur d’Université et sur le temps que j’y consacre, j’ai voulu dresser la liste de mes principales tâches et calculer le temps que chacune me prend.

L’Université de Montréal répartit ma tâche de professeur en quatre volets inégaux. Je dois consacrer 40% de mon temps à l’enseignement (quatre cours par année et la direction des étudiant-e-s), 40% à la recherche (demandes de subvention, recherches, conférences, publications), 10% au fonctionnement de l’institution (administration, comités de la Faculté et de l’Université) et 10% au rayonnement de l’Université (dans d’autres Universités, auprès des professionnel-le-s, auprès du grand public, dans les médias). Aucun temps de formation personnelle n’est prévu; mais, tous les six ans, j’ai droit à une année d’études et de recherches. Mon temps de travail n’est jamais spécifié, sauf sur un document destiné au service canadien de l’immigration, qui l’établit à 35 heures par semaine.

Dans mon travail de professeur à l’Université de Montréal, il y a d’abord ce que je suis obligé de faire, ce qui me prend un temps déterminé, ce que je ne peux pas ne pas faire: à titre d’exemple, un cours représente treize ou quatorze séances de trois heures; pour chaque cours, je dois corriger et évaluer au moins deux évaluations; chaque doctorant-e passe trois examens; je rencontre régulièrement les étudiant-e-s que je dirige; il y a une assemblée de Faculté ou une rencontre de professeur-e-s par mois. Comme ces exemples l’indiquent, ces activités obligatoires relèvent essentiellement des volets «enseignement» et «contribution au fonctionnement de l’institution». Comme il m’est possible d’estimer le temps que je consacre à ces tâches, voici ce que j’ai calculé pendant le trimestre d’automne 2014 (à mon avis, l’évaluation est plutôt en-dessous de la réalité). Pour faciliter le calcul, j’ai reparti toutes mes tâches en heures par semaine.

Total général: 34h 30min par semaine

  • Enseignement: 27 h 30 min

    • Enseignement d’un cours (préparation, enseignement, corrections, aide aux etudiant-e-s): 5h
    • Préparation d’un cours en ligne (lectures, création du plan de cours, réalisation des documents): 5h
    • Préparation et mise à jour de deux cours pour le trimestre suivant (lectures, création du plan de cours, réalisation des documents, mise en ligne des documents): 4h
    • Direction de cinq étudiant-e-s en doctorat (rencontres, lectures et corrections des travaux, participation aux examens, vérification des formulaires): 5h
    • Direction de sept étudiant-e-s en maîtrise (rencontres, lecture et correction des travaux, participation aux examens, vérification des formulaires) 3h 30min
    • Évaluation de travaux de quatre étudiant-e-s de Cycles supérieurs (lectures, corrections, évaluations, participation aux jurys, participation à la soutenance, rédaction de rapports): 4h
    • Divers (tutorat des étudiant-e-s de premier cycle, rédaction de lettres de recommandation pour des etudiant-e-s, réalisation de publicités pour mes cours, etc.): 1h
  • Contribution au fonctionnement de l’institution: 7 h

    • Assemblée de Faculté et rencontres de professeurs (lecture des documents, participation à la réunion): 2h
    • Groupe de travail ad hoc (préparation de document, lecture des documents, participation aux réunions): 1h
    • Comités de l’Université de Montréal (déplacements, lecture des documents, participation aux réunions): 2h
    • Divers (administration, rapport d’activités, mise a jour du CV, etc.): 1h

Si l’enseignement correspond à 40% de ma tâche et que j’y consacre 27h30 par semaine et si la contribution au fonctionnement de l’Université représente 10% de ma tache et que j’y consacre 7h par semaine, cela signifie donc que je devrais travailler entre 68h45 et 70 h par semaine, soit près de dix heures par jour, sept jours par semaine.

Pour être précis, je signale que ce calcul ne tient pas compte du déséquilibre entre les trimestres. Ainsi, je consacre plus de temps à l’enseignement pendant les trimestres d’automne et d’hiver (du début septembre à la fin avril) et je consacre plus de temps à la recherche durant le trimestre d’été (mais il est très court, deux mois en mai et juin).

Comme je ne suis pas disposé à travailler dix heures par jour, sept heures par semaine pour l’Université de Montréal, je dois parer au plus pressé et couper dans les taches qui ne sont pas obligatoires. Ce qui signifie que je dois couper dans les deux autres volets de ma tâche. Et, au vu des pourcentages respectifs, je coupe plus dans la recherche (qui est pourtant évidemment l’une des raisons d’être des Universités et de leurs professeur-e-s) que dans le rayonnement de l’Université.

Je ne suis pas capable de calculer exactement le temps que je consacre à ces deux volets. Mais je peux indiquer ce que j’ai fait en recherche et pour le rayonnement de l’Université depuis le début du trimestre d’automne, en septembre 2014.

  • Recherche:

    • J’ai participé à deux colloques internationaux où j’ai présenté chaque fois un exposé: sur le sport et la religion à l’Université Libre de Bruxelles, sur l’alimentation et la spiritualité à Brown University (USA).
    • J’ai donné une conférence à l’Université Laval à Québec sur les liturgies de l’Église Unie du Canada.
    • J’ai écrit un article en anglais sur la place du bagel et de la smoked meat dans le patrimoine culinaire de Montréal.
    • J’ai écrit deux chapitres pour des collectifs sur les rites, l’un sur les liturgies de l’Église Unie du Canada, l’autre sur la place et la fonction de celles et ceux qui participent aux rites.
    • J’ai poursuivi la rédaction de mon livre sur les aliments figurant sur des images médiévales de la Cène.
    • J’ai soumis une proposition pour un chapitre de livre et une proposition pour une conférence internationale.
    • J’ai conçu un numéro de la revue Théologiques sur le Dernier Repas, sollicité et réuni dix contributeurs/trices pour le réaliser, lu et évalué trois premiers articles.
  • Rayonnement de l’Université:

    • J’ai rencontré des professeurs du Centre d’étude des religions et de la laïcité et de l’Institut d’études du judaïsme à l’Université Libre de Bruxelles et de la Faculté de théologie protestante de Bruxelles, du Dipartimento di Scienze Giuridiche de l’Università degli Studi Firenze.
    • J’ai évalué un projet de recherche pour le Fonds National de la Recherche Scientifique en Suisse.
    • J’ai présenté deux chroniques littéraires (Radio-Canada) et trois chroniques religieuses (Radio Suisse romande) et je suis intervenu trois autres fois dans des médias.
    • J’ai publié une cinquantaine d’articles sur mon blogue.

Voilà comment un professeur à l’Université de Montréal occupe son temps de travail.

6 commentaires

  1. Votre calendrier de travail reflète tout à fait la semaine et le trimestre d’un prof universitaire dévoué et consciencieux. Je ne sais pas comment les espaces de travail sont organisés sur votre campus mais je peux vous dire que sur celui de mon université (York U) les activités quotidiennes d’un prof peuvent être réparties sur la totalité du campus, ce qui fait que les déplacements d’une activité à l’autre peuvent représenter jusqu’à 5km par jour. Ce n’est pas vraiment une marche de santé car nous transportons souvent jusqu’à 10-12kg de documents (travaux étudiants, manuels, photocopies pour le cours en vue, etc) et que les délais entre deux activités sont souvent si courts qu’on a ni le temps de prendre un café ou de satisfaire les besoins physiologiques élémentaires. Parfois j’ai eu deux cours de 3 hrs un à la suite de l’autre avec 15-20 min de déplacements avant le premier, entre les deux et après le dernier. Cela fait 7hrs sur la sellette ! Et parfois une réunion houleuse après cela. On rentre chez soi en petits morceaux et le lendemain on est vidé, surtout lorsqu’on passe la soixantaine. En tout cas, merci infiniment pour votre article.

    1. Voila une réaction structurée, argumentée, étoffée … qui ne manquera pas d’ajouter de la valeur à cet article éclairant.

      Cela étant, cette « contribution » marque le fossé entre la perception par certains de ce que peut être l’implication personnelle d’individus consciencieux dans des métiers devenus de plus en plus ingrats dans l’espace public.

      L’éducation et l’enseignement sont devenus les parents pauvres d’un système basé sur un retour sur investissement immédiat et où ce qui ne se valorise pas en terme monétaire immédiat n’a plus de « valeur ».

      Malheureusement, je crains des réveils douloureux pour les générations à venir, dès lors qu’une récession économique généralisée nous mettra face à un devoir de repenser notre avenir … avec des têtes autrement structurées…

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