L’hypothèse « il faut rire pour survivre » résiste-elle à l’épreuve de la réalité? [2/2]

Je ne sais toujours pas si les étudiant·es à qui j’enseigne la théologie pratique lisent mon blogue.

Mais ce deuxième article pourrait lui aussi intéresser celles et ceux qui suivent mon cours «Education à/de/dans/par la foi. Pédagogie, adogogie, anthropogogie de la religion». Je rappelle que nous y discutons méthode en posant des affirmations à propos de la catéchèse comme des hypothèses et en regardant si elles résistent à l’épreuve de la réalité. C’est la méthode du rationalisme critique, adaptée à la théologie par Pierre Paroz, notamment dans son ouvrage Foi et raison, Labor et Fides, 1985).

Dans un livre un peu étrange, un dialogue me fournit un exemple de cette démarche.

– « Parfois, dit-il, je ne comprends pas comment nous tenons.

Mue par une longue habitude de la compassion, Bernard pose une main rassurante sur son épaule.

— Nous continuons parce que nous n’avons pas le choix, dit-il.

Master B. le regarde avec de grands yeux tristes et soupire.

— Le meilleur moyen de tenir est peut-être de considérer l’existence sur Terre comme une vaste blague, une création d’une stupidité tellement énorme que la seule façon de vivre est de rire jusqu’à en perdre haleine. »

Meg Rosoff, Au commencement, il y avait Bob. Hachette 2012, p. 321

Je me demande si l’hypothèse « la seule manière de tenir ou de continuer dans une création d’une énorme stupidité, c’est d’être capable de rire jusqu’à en perdre haleine » résiste à l’épreuve de la vérité ! Et je propose une démarche en deux temps :

  1. La première partie — la création dans laquelle nous vivons est d’une énorme stupidité — ne me semble pas entièrement démentie par les faits (évidemment, écrire « création » est une confession de foi en un créateur ou une créatrice, une affirmation que je devrais aussi mettre à l’épreuve de la réalité).
  2. Ce qui devrait se discuter, c’est premièrement de savoir si rire jusqu’à perdre haleine est une bonne manière de tenir ; et deuxièmement, si c’est la meilleure manière de tenir.

Lors du prochain cours, je demanderai à mes étudiant·es ce qu’ils et elles en pensent.

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