La tour de Babel, une histoire bien terre-à-terre

On peut passer près de 40 ans dans la théologie, lire plusieurs fois l’histoire de la tour de Babel, une tour que les fils d’Adam prétendent construire jusqu’à ce que son sommet touche les cieux (Bible juive, livre de la Genèse, chapitre 11, versets 1 à 9), l’étudier et même prêcher sur ce texte. On peut, après ces 40 ans, lire sans se méfier l’excellent roman Âmes (découvrir le livre sur le site de la maison d’édition) de Tristan Garcia (lire sa page sur Wikipedia) et découvrir sans s’y attendre une autre manière de comprendre cet épisode biblique.

Je savais que a tour de Babel représente une histoire très humaine d’ambition, d’orgueil et de pouvoir. Dieu met fin à la construction pour protéger les humains et non pas pour les punir. Mais j’avais toujours cru que la hauteur de la tour devait permettre aux hommes d’égaler Dieu. Je n’avais imaginé que l’histoire était beaucoup plus terre-à-terre…

Le roi « nomme son fils, son substitut, à la tête de la garde royale, garant du chantier de construction de la tour d’En-men-lu-ana. Puis il parle de la tour : jusqu’à présent, les limites tracées par les murs et les murets marquaient les frontières du royaume ; désormais, le royaume s’étendra aussi loin qu’on pourra apercevoir le sommet de la tour à étages. Quiconque, dans la plaine et le désert, lèvera les yeux et verra la construction aux terrasses empilées devra dire : “Je suis le sujet du roi.” Plus haute sea la tour, plus vaste sera le pays. Et celui qui construira une tour haute jusqu’au ciel règnera sur la terre entière. » Tristan Garcia, Âmes. Histoire de la souffrance I, Gallimard, 2019, pp. 94-95

2 commentaires

  1. Merci de cette histoire

    Qui est étrange aussi en ceci quelle donne à penser que les rédacteurs de la Genèse connaissaient la rotondité de la terre.

    Sur une terre plate, tout sommet se voit de partout ; il suffit de lever les yeux.

    C’est quand on sait que la terre est ronde qu’on sait aussi que les objets lointains passent derrière l’horizon et que celui-ci grignote indéfiniment les sommets et les tours.

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    1. Bonjour Aldor,
      Je vous remercie pour le temps pris à commenter cet article. Surtout que je n’avais pas pensé aux implications de la tour sur la forme de la terre (on peut passer quarante ans et un jour…). Cependant, il me semble que c’est justement parce que la Genèse conçoit une terre plate qu’elle craint la tour. Car, comme vous l’écrivez, c’est bien exclusivement sur une terre plate que personne ne pourrait dire: « Je ne vois pas la tour, donc je ne suis pas sujet! » (sauf les aveugles, bien entendu).
      Avec mes salutations, Olivier

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