Derniers Repas

Parmi tous les aspects du thème «alimentation et spiritualité», celui du «Dernier Repas» paraît particulièrement significatif. Sa proximité avec la mort (qu’elle soit réelle ou symbolique), partant avec le dénouement d’une existence, lui confère une valeur spirituelle indéniable.
On retrouve d’abord ce motif dans des philosophies (Le banquet de Platon), dans des spiritualités disparues, en particulier dans la mythologie égyptienne (dernier repas d’Osiris) et dans les cultes à Mystères, dont celui de Dionysos et le culte de Mitra. On retrouve évidemment ce motif dans le christianisme, où les quatre évangiles mettent en scène le dernier repas de Jésus avant sa crucifixion. Les Églises chrétiennes (la franc-maçonnerie aussi) en ont tiré un rite qu’elles célèbrent depuis : l’Eucharistie ou la Cène (aux origines à la fois juives et grecques). On retrouve aussi ce motif dans le bouddhisme, autour du dernier repas du Bouddha dont le menu reste discuté: il aurait mangé du sūkara-maddava un hapax qui pourrait indiquer un plat à base de porc, ce qui pourrait remettre en cause le bouddhisme végétarisme. Il est encore un élément essentiel des funérailles (le fromage et le vin des enterrements dans les Alpes suisses; les aliments offerts aux morts en Afrique ou en Asie). Enfin, les derniers repas peuvent être plus symboliques et précéder un départ (en judaïsme le Seder de Pessah) ou une période de jeûne (en judaïsme Se’ouda Ha-Mafseket avant le jeûne du 9 Av, en catholicisme Mardi-Gras avant le début du Carême et en islam As-Sahûr avant l’aube pendant le Ramadan).
La prégnance du motif du Dernier Repas dans l’imaginaire le rend particulièrement intéressant dans une perspective culturelle. Nous le retrouvons dans la peinture (notamment le Cenacolo de Leonardo da Vinci et ses réinterprétations par Salvador Dali, Frida Kahlo ou Gérard Rancinan, dans des publicités pour Volkswagen ou Girbaud, dans séries télévisées comme M.A.S.H., Lost, Les Simpsons, etc.), dans la littérature (La Panne de Friedrich Dürrenmatt, Le festin de Babette de Karen Blixen), le cinéma (La Grande Bouffe de Marco Ferreri, Les Invasions barbares de Denys Arcand, The Cook, the Thief, His Wife & Her Lover de Peter Greenaway), dans la chanson (À mon dernier repas par Jacques Brel, Le chat du café des artistes par Jean-Pierre Ferland, Mon bistrot préféré par Renaud).
Quant à la gastronomie, l’impossibilité matérielle de cuisiner son dernier repas paradoxalement renforce son intérêt. Car, mis à part les condamnés à mort (quelques uns de leur derniers repas ont été mis en scène et photographiés par James Reynolds) et les candidats au suicide, personne ne peut ni prévoir ni décider ce qu’il/elle mangera lors de son dernier repas. La mort survient généralement de manière inattendue et, dans les cas de mort par maladie ou de vieillesse, les menus des derniers repas sont généralement dictés par des considérations médicales. Il n’empêche! «Qu’aimeriez-vous manger pour votre dernier repas?» est une question à laquelle tout le monde peut répondre Et Mélanie Dunea a publié deux livres avec les réponses que des grands chefs donnent à cette question.

Articles scientifiques:

  • Bauer, O., & Labonté, N. (à paraître 2016). Le Cenacolo de Leonardo da Vinci: un trompe-la-bouche. Théologiques, 19 pages.
  • Bauer, O. (à paraître en 2016). L’avant-dernière Cène. Théologiques, 15 pages.

Sur mon blogue:

  • Olivier Bauer (2015, avril). Après le Dernier Repas. Une théologie au quotidien, olivierbauer.org
  • Olivier Bauer (2012, août). Dernier repas (1). Une théologie au quotidien, olivierbauer.org
  • Olivier Bauer (2012, septembre). Dernier repas (2). Une théologie au quotidien, olivierbauer.org
  • Olivier Bauer (2012, septembre). Dernier repas (3). Une théologie au quotidien, olivierbauer.org
  • Olivier Bauer (2012, septembre). Dernier repas (4 et fin). Une théologie au quotidien, olivierbauer.org