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Livre # 4 le 1er juin 2021 : « Être père avec saint Joseph. »

Fabrice Hadjadj (2021). Être père avec saint Joseph. Petit guide de l’aventurier des temps postmodernes. Magnificat, 275 pages.

UNE CITATION PERCUTANTE

« Chez le père, la peur de mourir n’est pas seulement pour lui. Elle est aussi de ne plus pouvoir être là pour sa famille. Avant d’être père, j’avais très peur de la mort. Maintenant que je suis père, sans pour autant être devenu sans peur (ni reproche), je suis prêt à mourir pour ma femme et mes enfants, mais je crains aussi la mort qui les priverait de mon soutien : je dois prendre soin de moi afin de prendre soin d’eux. » p. 266

LE LIVRE

Ce livre résulte de la commande d’un éditeur : « Je dois l’avouer, j’ai accepté d’écrire ce livre pour des raisons alimentaires » (p.217).

Et la faim a poussé Fabrice Hadjadj à écrire douze leçons sur la paternité, mêlant habilement l’histoire de Joseph — et celle de Marie et celle de Jésus qui lui sont inextricablement liées — avec d’autres textes des deux Testaments, avec des textes profanes et surtout avec sa propre expérience de fils, de mari et de père. Il le fait dans une perspective clairement réactionnaire : comme l’auteur n’aime pas le monde tel qu’il est et il n’adhère pas à ce qu’on en dit, il réagit pour faire du monde autre chose que ce qu’il est devenu, pour lui donner un autre sens, celui d’un catholicisme plutôt traditionaliste. J’y reviendrai dans ma critique. Mais pour l’instant, je me contente de le citer :

« C’est parce que sa paternité est la plus pure et la plus radicale que Joseph peut nous guider en ces temps extrêmes. » (p.23)

Les titres des leçons exposent bien le propos du livre : pour devenir père, Joseph a dû « d’abord être fils » (leçon I), puis « séduire la Vierge Marie » (leçon II), sans « rien comprendre à sa femme » (leçon III) ; il a dû « bien dormir » (leçon IV), « aménager une étable » (leçon V), « donner un nom » (leçon VI) et « sauver le Sauveur » (leçon VII) ; il a dû « se faire obéir par Dieu » (leçon VIII), « raconter des histoires » (leçon IX), « travailler dans la charpente » (leçon X), « chercher son enfant dans l’angoisse » (leçon XI) ; enfin « apprendre à mourir » (leçon XII).

J’ajoute que j’ai retrouvé dans le livre une profonde proximité entre tradition biblique et psychanalyse : le père est celui que la femme désire ; le père est celui qui donne le nom à l’enfant ; le père est celui qui rappelle la loi. Est-ce Fabrice Hadjadj qui nourrit sa lecture biblique de psychanalyse ? Je pense plutôt que c’est la psychanalyse qui s’est largement nourrie de la pensée biblique. Sigmund Freud n’était-il pas juif ?

CE QUI PEUT SÉDUIRE

Le thème d’abord, cette idée de chercher dans la foi chrétienne et dans la théologie qui la réfléchit peut aider à devenir ce que personne ne nous apprend à être, un père. Le contenu ensuite, ce monde traditionnel, ce monde rassurant où il n’y a qu’une seule manière d’être homme, qu’une seule manière d’être femme, qu’une seule manière d’être père, qu’une seule manière d’être mère, où chacun est et doit rester à la place que la tradition chrétienne, la culture lui a attribuée, une fois pour toutes.

MON AVIS

Les +

  • J’aime l’idée de considérer le père comme « l’aventurier » comme d’écrire un guide de la paternité en se fondant sur un personnage biblique aussi méconnu ou mal connu que Joseph, le père de Jésus « réduit à un accessoire ou à une fonction », dit « demi-père ou père à peu près », « idiot utile » (p.17). C’est une sorte d’antihéros paternel que je n’ai pas pris pour modèle lorsque je suis moi-même devenu père. Et pourtant, j’aurais dû. Joseph, découvert au travers du regard que Fabrice Hadjadj porte sur lui, de l’amour que Fabrice Hadjadj lui porte devient le modèle d’une vraie paternité, avec ses grandeurs et ses petitesses, avec ses réussites et ses échecs. Comme la mienne.
  • J’aime aussi la vaste connaissance biblique de l’auteur et son souci de trouver une traduction exacte pour certains termes hébreux ou grecs : cela pourrait paraître pédant, mais cela aide à mieux comprendre le texte.
  • J’aime enfin l’écriture pleine de jeux de mots et de clins d’œil.

Les –

Évidemment, l’auteur introduit dans le texte biblique une part de ses a priori ; comment sait-il par exemple que « devant Marie, le moindre geste de drague eût été répugnant » (p.55) ? Mais ce ne sont là que des détails, des biais inévitables.

Très tôt dans ma lecture, j’ai été perturbé par la vision réactionnaire et simpliste que propose Fabrice Hadjadj quand il évoque l’homme et la femme, le père et la mère, quand il les enferme dans des rôles traditionnels et stéréotypés. Prises séparément, certaines affirmations sont déjà dérangeantes, mais prises ensemble, elles me sont devenues insupportables. Je recopie quelques citations et je vous laisse en penser ce que vous voulez :

  1. « Avant ces jours, on devenait le plus souvent père par surprise. La femme vous arrachait à vos initiatives d’entrepreneur pour vous entraîner dans son désir d’enfant. » (p.24)
  2. Le coup de foudre « ressemble à un guet-apens. Et ce n’est que le premier : après être devenu époux par embuscade, on devient papa par surprise. » (p.50)
  3. « J’ai des réticences à tenir un discours qui ressemble à la morale de Miss France : “Il faut croire en ses rêves !” [à prononcer avec un accent tonique sur “croire” et des trémolos dans la voix]. » (p.99)
  4. « Le père appelle son fils à la boxe. Et la boxe correspond au sacrement de la maturité. Si le baptême est plutôt maternel, puisqu’il est une naissance, la confirmation est plutôt paternelle, puisqu’elle est un affermissement qui, selon le pape Melchiade, “donne des armes et prépare aux combats”. » (p.162)
  5. « Face à des agresseurs, les pères de famille ne peuvent pas se permettre de courir au martyr. Ce serait trop simple. Ils ont l’obligation de constituer des milices armes et de défendre jusqu’à leur belle-mère. » (p.163)
  6. « La petite fille s’émerveille de sa maison de poupées plus que du manoir familial, parce qu’elle est à la mesure de sa créativité. Le petit garçon préfère son château de carton-pâte au palais de Windsor, parce qu’il peut assumer la mission de le défendre. » (p.168)
  7. « Ma femme, en soutier, s’occupe du linge dans la buanderie : contre cette hydre de chiffons dont les têtes repoussent tous les jours, le combat est sans fin. Quand vous avez neuf rejetons, votre épouse ne suffit pas à la roue. » (p.173-174)
  8. « On n’éduque pas les filles comme les garçons (cette phrase que j’ai dite à Esther : “tu es très belle, ma chérie, grâce à toi je vais pouvoir en partie satisfaire mon désir d’avoir des gendres” serait assez mal comprise par Jacob). » (p.177)
  9. « La voix de la mère est torah, parce que la mère porte la vie dans son sein. La voix du père est moussar — qui peut aussi se traduire par “châtiment” ou “discipline” — parce que le père, d’un tutélaire coup de pied au derrière, pousse la vie à se risquer dehors. » (p.179)
  10. « Qu’est-ce qu’un père, de nos jours, peut transmettre à son fils ? » (p.195)
  11. « Aussi, là où Nicodème mentionne la mère et le retour au sein, Jésus répond par le Père et l’amour du monde. » (p.270)

Je ne m’étonne donc pas vraiment que Fabrice Hadjadj propose comme modèle de la relation père fils, un roman de Cormac McCarthy où « un père et son fils marchent avec un Caddie dans un monde dévasté. La mère s’est suicidée depuis longtemps, ne supportant pas d’avoir donné la vie dans cette ruine » (p.209). Et qu’il conclue qu’il « a fallu le désastre » — l’apocalypse ou le suicide de l’épouse/mère ? — « pour les rendre disponible l’un à l’autre » (p.210).

L’AUTEUR

Dans son ouvrage, Fabrice Hadjadj livre beaucoup de lui-même. J’ai appris qu’il est né à Nanterre « dans une famille juive tunisienne de gauche » (p.25), que par son prénom, il aurait « un rapport avec saint Fabrice, premier évêque de Porto, martyr de Tolède, et avec Fabrice Del Dongo, le héros de la Chartreuse de Parme » ; qu’il a « foi en la Providence » (p.46), que sa femme s’appelle Siffreine et qu’elle est « une catholique grenobloise royaliste » (p.25), qu’il « est né comme père à trente-et-un ans, à Brignoles dans le Var, quelque part entrer un test de grossesse et un officier de mairie » (p.44), que leur famille compte neuf enfants (l’ainé s’appelle Jacob, les cinq filles Abigaël, Élisabeth, Esther, Judith et Marthe, les autres garçons Pierre, Moïse et il m’en manque un) ; qu’il s’est converti à sept ans, lorsqu’il a découvert dans le monde « post-soixante-huitard de [s]on enfance » « la relation au maître » et qu’il est entré « dans une discipline vivante » (p.160) que valorise la pratique du karaté ; qu’il lit le Talmud et Fratelli Tutti du pape François, Emmanuel Levinas et Tolkien, qu’il fréquente les grands lieux du catholicisme fribourgeois — le sanctuaire Notre-Dame du Mont-Carmel à Bourguillon — et ses grands personnages — « le père abbé d’Hauterive me l’a rappelé » (p.78) —, et qu’il s’endort lors des adorations eucharistiques ; que « pour écrire ces lignes », il a « sous les yeux une petite statue de Joseph dormant » (p.89) : qu’il a été successivement rentier et fonctionnaire avant d’avoir « trouvé un travail en Suisse » (p.217-218).

LA MAISON D’ÉDITION

Selon leur site Internet, les éditions Magnificat se fixent pour mission « d’offrir à tous le trésor de la liturgie des heures », de fournir « un excellent programme de prières quotidiennes accompagnant les textes officiels de la messe » en édition papier comme en édition numérique. La maison d’édition propose des livres, des beaux livres, des bandes dessinées, des CD, des partitions, des calendriers et des cartes.


Ouvrages déjà traités:

Il n’y a plus ni homme, ni femme, ni couple hétérosexuel, ni couple homosexuel. Il n’y a plus que des gens qui s’aiment, il n’y a plus que des gens heureux.

À l’occasion de l’avant-première des capsules vidéos en faveur du mariage pour tou·te·s proposées par le Groupe Église Inclusive de l’Église Évangélique Reformée du canton de Vaud, je propose le texte de ma contribution.


Je ne prétends pas ici définir la théologie évangélique du mariage, mais présenter une théologie protestante du mariage, que j’estime à la fois fidèle à l’Évangile et pertinente dans la société contemporaine.

1.     Réflexions protestantes sur le mariage civil

  1. Les Églises protestantes distinguent le mariage et le rite ecclésial de bénédiction d’un couple.
    • Le mariage est la reconnaissance juridique et sociale d’un couple ; il ne dépend pas de l’amour des conjoint·es.
    • Il est aussi chargé de valeurs symboliques puisque des couples y célèbrent publiquement leur amour
    • La bénédiction d’un couple est investie de valeur spirituelle ; elle met en scène publiquement la reconnaissance de la fragilité du couple et la confiance que Dieu peut permettre d’assumer cette fragilité et de vivre avec elle.
    • Elle est aussi chargée de valeurs symboliques et sociales puisque des couples l’utilisent pour témoigner publiquement de leur amour et attester publiquement leur statut de couple.
  2. Les Églises protestantes, parfois avec réticence, laissent aux États la reconnaissance juridique des couples ; elles prétendent participer à leur reconnaissance sociale.
  3. Le mariage pour tou·te·s est un mariage civil ; il donne aux couples formés de deux conjoint·es de même sexe qui choisissent de se marier les mêmes devoirs et les mêmes droits qu’aux couples formés de deux conjoint·es de sexe différent qui choisissent de se marier.
  4. Chaque Église chrétienne reste libre de ne pas reconnaître les couples formés de deux conjoint·es de sexe dans sa théologie, de ne pas bénir leur mariage dans sa pratique.

Par respect de la laïcité, à titre de citoyen suisse chrétien, je laisse à la Confédération helvétique la responsabilité de régler le mariage civil.

2.     Réflexions protestantes sur le mariage

  1. L’élargissement du mariage aux couples de même sexe est un changement de société ; il reconnaît une autre forme de conjugalité que le couple formé d’une femme et d’un homme.
  2. Mais un mariage pour tou·te·s ne fait que reconnaître une réalité, l’existence de couples de même sexe.
  3. Il est vrai que la seule reconnaissance des couples de sexe différent se fonde notamment sur une conception chrétienne de la sexualité légitime et de la conjugalité. 
  4. Mais l’histoire du christianisme montre que le couple éternel formé d’une femme et d’un homme marié n’est pas la seule forme de conjugalité valorisée par la théologie chrétienne ou reconnue par les Églises chrétiennes.
    • Le Nouveau Testament évoque rarement le mariage ; il n’évoque que des mariages entre une femme et un homme.
      • Il le fait sur un mode narratif dans les évangiles : Marie promise en mariage à Joseph, mariage à Cana, paraboles sur les noces, etc.
      • Il le fait sur un mode juridique : dans les évangiles à propos de la répudiation ; dans les épîtres, comme un droit (1 Timothée 4,3).
      • Il le fait sur un mode moral comme un moyen d’éviter la débauche ou de s’en protéger (1 Corinthiens 7,36-40).
      • Il donne des principes de la vie commune : Éphésiens 5,22 et 25 exigent que les femmes soient soumises à leur mari et que les maris aiment leur femme ; Hébreux 13,4 ordonne la fidélité des deux époux.
    • Aucun de ces éléments ne permet de le réserver aux seuls couples de sexe différent ; chacun peut aussi concerner des couples de même sexe.
    • La tradition chrétienne a passionnément discuté la forme et le fond du mariage : nécessite-t-il l’amour des conjoint·es ? Est-il indissoluble ? Peut-il être contraint ? Se conclut-il seulement dans l’acte sexuel ou dans la naissance d’un enfant ? L’infidélité est-elle un adultère ? Quelles sont les causes acceptables d’une séparation ? Peut-il unir deux personnes de religion ou de confession différente ?
  5. Par ailleurs, la théologie chrétienne reconnaît la primauté de l’amour — l’amour est plus grand que la foi et l’espérance (1 Corinthiens 13,13) —, et de l’amour inconditionnel — chacun·e est aimable puisque nous sommes chacune « à la fois juste et pécheresse » et chacun « à la fois juste et pécheur » —.
    • Que l’amour soit plus grand que la foi et que nous soyons toutes et tous à la fois justes et pécheresses ou pécheurs empêchent toutes discriminations, quel qu’en soit le motif.
    • Pr conséquent, même si nous pensions que l’homosexualité était un péché — ce qu’elle n’est pas à mon avis —, nous n’aurions pas le droit d’exclure les personnes homosexuelles de l’amour de Dieu et nous ne devrions pas nous permettre de les discriminer.

Par amour inconditionnel, à titre de citoyen suisse chrétien, je souhaite que la Confédération helvétique ouvre le mariage aux couples formés de conjoint·es de même sexe.

3.     Réflexions protestantes sur la place du christianisme dans la société suisse.

  1. Martin Luther aurait conseillé de remplir le monde de chrétien avant de vouloir le gouverner chrétiennement.
  2. Or, en 2018, moins de deux tiers des Suisse·sses se reconnaissaient comme chrétien·nes (63,9 %) ; et cette proportion va en diminuant rapidement.
  3. Ainsi, aucun christianisme ne peut imposer ce qu’il croit à l’ensemble de la population vivant en Suisse.

Par respect, même si je pensais que le mariage devait être réservé aux seuls couples formés de deux conjoint·es de sexe différent — ce que je ne pense pas —, à titre de citoyen suisse chrétien, je renoncerais à imposer mes conceptions chrétiennes à l’ensemble de mes compatriotes.

4.     Références :


Sur les préférences amoureuses pour une personne de même sexe ou de sexe différent, qu’elles se concrétisent ou non par un mariage, on peut lire sur mon blogue:

Pour aller encore plus loin, on peut lire mon article scientifique sur la manière dont deux conjoints de même sexe peuvent vivre leur rite de bénédiction (en libre accès sur Serval, le dépôt institutionnel de l’Université de Lausanne):

« Les meilleures ventes en christianisme »: juin 2021

Dilemme, ce mois-ci, car le livre classé numéro 1 dans la rubrique « Christianisme » sur Amazon.fr n’est pas un livre. Et comme j’ai déjà traité des livres classés numéro 2 (voir mon article Livre # 4 le 1er mai 2021 : « La Bible de ma communion ») et 3 (voir mon article Livre # 1 le 1er octobre 2020 : « La Bible Segond 1910 »), je traite du livre classé numéro 4 :

  • À découvrir le 15 juin : Fabrice Hadhadj (2021). Être père avec saint Joseph. Petit guide de l’aventurier des temps post-modernes. Magnificat, 274 pages.

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.


Ouvrages déjà traités:

Livre # 4 le 1er mai 2021 : « la Bible de ma communion »

Campagnac, F., Raimbault, C., Py-Renaudie, F., & Vanvolsem, É. (2015). La Bible de ma communion. Mame. 312 pages.

Une citation percutante

« Le peuple d’Israël sait que Dieu est avec lui. Quand il lui arrive un événement important, il pense que Dieu y est pour quelque chose. Alors, il réfléchit et il cherche à comprendre ce que Dieu a fait pour lui. Pour ne rien oublier, les parents racontent et répètent tout cela à leurs enfants, puis aux enfants de leurs enfants. Un jour, des savants décident de rassembler et d’écrire toute cette mémoire du peuple d’Israël. C’est un très gros et un très long travail : il dure plusieurs siècles. » (page 9)

Le livre

Appartenant au genre des « beaux livres », la Bible de ma communion se range dans un élégant coffret blanc. Sa couverture est rigide, avec un titre en lettres dorées et une tranche de la même couleur (ou de la même matière ?). Ses pages sont épaisses, son papier est glacé. Chaque page contient une ou des illustrations.

Côté contenu, elle propose une sélection d’histoires bibliques — 14 passages pour chacun des deux Testaments ; 101 des 141 pages du Nouveau Testament sont consacrées à Jésus, de sa naissance à son ascension — réécrites pour des enfants, raccourcies, simplifiées et toujours au présent : « Pendant cette période, il y a d’autres juges comme Gédéon. Il y a même une femme, Débora, dont tout le monde admire le courage » (page 72). Tous les passages sont introduits par un titre et par l’indication de la référence biblique, ce qui est pratique pour relire le texte dans une autre version. Certains passages sont des citations complètes de la Bible de la Liturgie et les paraphrases sont parfois entrecoupées de citations :

« Paul invente une image. Notre corps a plusieurs membres : une tête, deux jambes, deux bras, etc. Est-ce que cela fait plusieurs corps ? Non, bien sûr ! Eh bien, dit Paul, c’est pareil pour nous les chrétiens. Nous sommes tous différents, comme les membres, et nous sommes tous unis en un seul corps. “Or. Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps.” (1 Co 12,27). » (page 287)

Outre les récits bibliques, l’ouvrage contient des introductions, des commentaires des explication sur les « mots compliqués », des « pages spéciales [qui] aident à comprendre dans quel monde vivaient les gens de la Bible », et des annexes, notamment un index des personnages et des épisodes et un lexique des mots expliqués.

Au-delà de la qualité du livre — un beau livre est-il un bon choix ? J’y reviendrai —, ce qui compte dans une Bible pour enfants, c’est la qualité du texte et des illustrations. Pour les évaluer, je choisis un récit de circonstance, celui du don de l’Esprit à la Pentecôte.

Le texte

La Pentecôte Ac 2, 1-13

Cinquante jours après la Pâques, c’est la fête de la Pentecôte. Les apôtres sont tous réunis dans une maison de Jérusalem. Soudain, un grand bruit venant du ciel, semblable à un violent coup de vent, remplit toute la maison. Les apôtres voient apparaître une sorte de feu : il se sépare en petites flammes, en forme de langues qui se posent sur chacun d’eux.

Tous sont alors remplis de l’Esprit Saint. Voilà qu’ils ouvrent portes et fenêtres et qu’ils se précipitent dehors ! Et surtout, ils se mettent à parler à pleine voix en différentes langues, des langues de toute la terre !

Or la ville de Jérusalem est remplie de pèlerins. Ce sont des Juifs venus de tous les pays du monde pour la fête de la Pentecôte. En entendant le bruit, les gens se rassemblent devant la maison des apôtres. Ils n’en croient pas leurs oreilles : « Que se passe-t-il ? Ces hommes qui nous parlent sont des Galiléens, or chacun de nous les entend chanter la gloire de Dieu dans sa propre langue ! Pourtant, nous appartenons à tant de peuples différents. Parthes, Grecs, Égyptiens, Libyens, Romains, Arabes… » Mais d’autres personnes ricanent : « Ils ont bu trop de vin, voilà tout ! » (page 260)

Le choix d’inclure le récit de la Pentecôte est un bon choix, puisqu’il indique la manière de croire en Dieu en l’absence de Jésus. Et c’est ce la condition de l’enfant qui communie. La paraphrase me semble proche du texte biblique et les modifications me paraissent presque toutes justifiables ; à peine, l’ajout d’une mention sur l’ouverture des portes et des fenêtres me paraît inutile, celle des « langues de toute la terre » doit renforcer la valeur du miracle. L’évocation de la fête de la Pentecôte est un ajout qui prend son sens dans la note qui l’accompagne « La Pentecôte est une fête juive qui a lieu cinquante jours après la fête de la Pâque ». Je regrette que les « Juifs de naissance » ait disparu de la liste des personnes qui entendent chanter la gloire de Dieu dans leur propre langue.

L’illustration

À côté du texte figure cette illustration :

L’illustration est peinte à l’aquarelle, dans un style réaliste, à peine un peu enfantin. Ce qu’elle reprend, c’est certains points du texte : la maison — elle paraît petite et sans fenêtre —, la réunion des douze apôtres — à ce moment, Matthias a déjà remplacé Judas — et les flammes sous la forme desquelles se donne l’Esprit Saint. Ce qu’elle précise, ce sont les attitudes variées des apôtres : certains en prière, d’autre les yeux tournés vers le ciel, etc. Ce qu’elle ajoute, c’est la présence de Marie identifiable à la couleur bleue de sa robe bleue. Placée au milieu du groupe des apôtres, les mains jointes dans une position typique de prière catholique, elle est au centre de l’attention, de l’attention des apôtres comme de l’attention de celle ou celui qui regarde l’image.

Textes et images

C’est l’occasion de rappeler et de se rappeler que comme les traductions, les réécritures et les images interprètent et réinterprètent les textes « originaux » et leur donnent un autre sens, un nouveau sens, un sens différent.

Ce qui peut séduire

Le mois de mai représente sans doute le pic des ventes du livre. Car elle est faite pour être offerte à des enfants qui « font leur première communion », un sacrement célébré entre Pâques et Pentecôte. Les éditions Mame ont tout fait pour que leur Bible de ma communion — comme leur Petit catéchisme de ma communion ou leur Missel de ma communion — plaise. Mais comme beaucoup de livres d’enfants, elle doit plaire, non pas aux enfants, mais aux parents, aux marraines et aux parrains, à celles et ceux qui sont susceptibles de l’acheter pour l’offrir. C’est un cadeau catholique, mais pas trop — le petit catéchisme et le missel le sont évidemment plus —, avec lequel la personne qui l’offre manifeste un intérêt — réel ou de circonstance — pour la chose religieuse. La qualité du livre et son prix en font un cadeau tout à fait acceptable, pour qui l’offre et pour la famille qui le reçoit.

Mon avis

(+) Sachant que les éditions Mame proposent dans la même collection deux autres ouvrages, un catéchisme et un missel, je me réjouis que ce soit la Bible qui s’achète le plus ! J’apprécie le mélange de paraphrases et de citations. La paraphrase permet à l’enfant de comprendre ce qu’elle ou il lit. Les citations la ou le familiarisent avec les textes lus au cours de la messe. Comme toujours, j’aime les explications qui désacralisent des livres qu’il ne faudrait jamais nommer « Écritures Saintes ».

(–) La Bible de ma communion est un beau livre qui fait incontestablement un beau cadeau et un bel objet à placer dans une bibliothèque. Mais cette qualité et son prix la font-ils lire plus ou moins ? J’aurais tendance à dire plutôt moins et à penser qu’une Bible moins chère et même moins belle, une version plus pratique pourrait faire un meilleur cadeau. Elle serait peut-être moins intimidante, deviendrait peut-être un objet plus usuel qu’un enfant ouvrirait peut-être plus facilement et plus souvent pour la lire et la relire.

Les auteur·es

La Bible de ma communion mentionne et présente brièvement trois auteur·es : François Campagnac est un prêtre « passionné par la Bible », responsable de catéchèse et de formation biblique ; Christophe Raimbault est docteur en théologie et exégète biblique ; Fabienne Py-Renaudie est une docteure en histoire religieuse qui a mené des recherches sur les Bibles pour enfants. Leur rôle n’est pas précisé, mais j’imagine qu’elle et ils ont sélectionné les textes, les ont réécrits pour des enfants, ont rédigés les introductions, les notes et les commentaires.

Les illustrations sont l’œuvre d’Émilie Vanvolsem qui n’est pas présentée. En consultant son site Internet, j’ai appris qu’elle est une illustratrice jeunesse née en Belgique en 1978 et découvert qu’elle a illustré plusieurs ouvrages pour enfants parus aux éditions Mame, en particulier Le petit catéchisme de ma communion et Le missel de ma communion. Pour plus de renseignements, je vous recommande de consulter sa « bio dessinée par moi-même ».

La maison d’édition

Sur leur site Internet, les éditions Mame annoncent qu’elle publient des « livres de référence pour vivre, célébrer, penser et transmettre la culture et la foi chrétienne en famille comme en Église, d’une façon toujours nouvelle. » Elles sont une maison d’édition catholique qui publie deux livres à succès qui lui assurent une rente de situation : La Bible, traduction officielle liturgique et Le Catéchisme de l’Église catholique.


Ouvrages déjà traités:

7e ciel, enfer; des traces de culture chrétienne

Quand le quotidien vaudois 24 Heures veut signifier de possibles désillusions pour des personnes accrochées à la drogue ou au sexe, il recourt à des concepts qu’il emprunte au christianisme:

Pour qui ne maîtriserait pas cette culture chrétienne, elle appelle « enfer » un lieu à l’intérieur de la terre où souffrent celles et ceux que Dieu a jugé mauvais·es. Elle doit le « 7e ciel » au poète italien Dante Alighieri qui en fait l’un des meilleurs endroits du paradis, celui réservé aux « esprits contemplatifs ».

« Les meilleures ventes en christianisme »: mai 2021

Ce moi-ci, les livres classés numéros 1 et 2 dans la rubrique « Christianisme » sur Amazon.fr sont encore et toujours des Bibles dans la version Segond (voir mon article Livre # 1 le 1er octobre 2020 : « La Bible Segond 1910 »). Comme j’exclus le livre numéro 3 parce qu’il est écrit en anglais et qu’il n’a aucun rapport avec le christianisme, je traite du livre numéro 4:

  • À découvrir le 15 mai : La Bible de ma communion (2015). François Campagnac, Christophe Raimbault et Fabienne Py-Renaudie. Illustrations d’Émilie Vanvolsem. Mame, 312 pages

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.


Ouvrages déjà traités: