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Ponce Pilate «immergé» à Lausanne?

Je lis La légende dorée de Jacques de Voragine (1230-1298). L’ouvrage raconte la vie des saints du calendrier et situe les fêtes liturgiques. Au jour de «La passion de Notre-Seigneur», l’auteur insère le récit de la vie de Ponce-Pilate, de sa mort et de sa vie après sa mort.

Je suis surpris de découvrir qu’il serait enseveli à Lausanne, la ville suisse où j’habite.

«Ce qu’apprenant, Pilate prit son couteau et se tua. Son cadavre fut attaché à une grosse pierre et lancé dans le Tibre; mais les esprits malins et sordides s’emparèrent avec joie de ce corps malin et sordide; tantôt le plongeant dans l’eau, tantôt le ravissant dans les airs, ils causaient d’innombrables, tempêtes, etc., dont tout le monde était effrayé. Aussi les Romains retirèrent-ils du Tibre ce cadavre malfaisant et l’envoyèrent-ils à Vienne par dérision, pour y être plongé dans le Rhône, car le nom de Vienne provient de Via gehennae, qui veut dire: Voie de la malédiction. Mais là encore, les mauvais esprits recommencèrent leurs tours, si bien que les habitants de Vienne, pressés de se défaire de ce vase de malédiction, l’ensevelirent sur le territoire de la ville de Lausanne. Mais les habitants de cette ville, voulant eux aussi s’en débarrasser, le jetèrent au fond d’un puits entouré de hautes montagnes, et l’on dit que, aujourd’hui encore, on voir bouillonner, en ce lieu, des machinations diaboliques.» Jacques de Voragine (1998). La Légende dorée. Éditions du Seuil (Paris): 249

Le coresponsable de la mort de Jésus serait donc immergé (je ne peux pas écrire « enterré ») près de chez moi. J’ai besoin d’en savoir plus. Alors, je mène l’enquête et je découvre que Jacques de Voragine a raison, mais qu’il lui manque la fin de l’histoire. Car le cadavre de Pilate n’est pas resté à Lausanne; car les Lausannois ont réussi à s’en débarrasser. Ce « puits entouré de hautes montagnes » n’est pas le lac Léman, pas plus qu’il n’est situé au bord du lac Léman.

Je lis, dans un livre écrit en 1913 par Gustave Bettex et Édouard Guillon, que le cadavre de Pilate a été immergé près de Lucerne, au pied du Pilatus, au pied du mont Pilate. Voilà qui semble parfaitement logique.

«Ponce-Pilate, accablé sous les remords d’avoir fait périr le Christ et condamné à mort pour d’autres injustices, aurait prévenu le châtiment par le suicide. Ponce-Pilate, accablé sous les remords d’avoir fait périr le Christ et condamné à mort pour d’autres injustices, aurait prévenu le châtiment par le suicide. Son cadavre fut précipité dans le Tibre, avec une pierre pour l’empêcher de surnager. Mais le Tibre ne voulut pas de lui et le rejeta avec dégoût. On le porta alors à Vienne, en Dauphiné, où son souvenir et conservé par une pierre tombale, et on le jeta dans le Rhône qui s’indigna, lui aussi, de charrier cet impur débris. Qu’en faire? On l’envoya, on ne sait pourquoi, à Lucerne, qui ne fut guère flattée du cadeau et qui ne trouva rien de mieux, pour s’en délivrer, que d’aller le jeter dans le petit lac de Fracmont [l’ancien nom du mont Pilate].» Gustave Bettex et Édouard Guillon (1913). Les Alpes suisses dans la littérature et dans l’art. Fernand Matty (Montreux): 266-267

Je comprends que Bettex et Guillon connaissent le début et la fin, mais qu’il leur manque une étape. Et je remets les deux textes ensemble pour reconstruire toute l’histoire. Parti de Rome et du Tibre, le cadavre de Ponce-Pilate est passé par Vienne et le Rhône, Lausanne et le lac Léman pour finir à Lucerne dans le lac des Quatre-Cantons.

Ainsi celui qui s’est lavé les mains au moment «crucial» peut maintenant se les nettoyer aussi souvent qu’il le désire et pour l’éternité.


P.S. Je dois à la vérité de mentionner que d’autres légendes situent dans d’autres endroits le cadavre de Ponce-Pilate. Mais évidemment, elles sont toutes beaucoup moins crédibles.

P.P.S Pour conserver ma crédibilité universitaire, je mentionne deux sources, dont une en latin (je n’ai pas trouvé de traduction en français)!

Eusèbe de Césarée, au 4e siècle:

«Il n’est pas à propos d’omettre ce que l’on raconte de Pilate qui vivrait au temps du Sauveur. On dit que sous Gaïus, dont nous avons vu l’époque, de tels malheurs fondirent sur lui qu’il devint par force son propre meurtrier et son propre bourreau : la justice divine ne parut mettre envers lui aucun retard. Ceci nous est raconté par les écrivains grecs qu’ils nous ont laissé la suite des olympiades avec les événements survenus à leur date.» Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Livre 2 chapitre 7,1. Texte grec et traduction française par Émile Grapin (1905-1913). A. Picard et fils (Paris): 145

Mors Pilati qui Iesum condemnavit, probablement au 6e siècle:

«Cognita Caesar morte Pilati dixit Vere mortuus est morte turpissima, cui manus propria non percepit. Moli igitur ingenti alligatur et in Tiberim fluvium immergitur. Spiritus vero maligni et sordidi corpori maligno et sordido congaudentes omnes in aquis movebantur, et fulgura et tempestates, tonitrua et grandines in aere terribiliter gerebant, ita ut cuncti timore horribili tenerentur. Quapropter Romani ipsum a Tiberis fluvio extrabentes, derisionis causa ipsum in Viennam deportaverunt et Rhodani fluvio immerserunt : Vienna enim dicitur quasi via gehennae, quia erat tunc locus maledictionis. Sed ibi nequam spiritus affuerunt, ibidem eadem operantes. Homines ego illi tantam infestationem daemonum non sustinentes, vas illud maledictionis a se removerunt et illud sepeliendum Losaniae territorio commiserunt. Qui cum nimis praefatis infestationibus gravarentur, ipsum a se removerunt et in quodam puteo montibus circumsepto immerserunt, ubi adhuc relatione quorumdam quaedam diabolicae machinationes ebullire dicuntur.» Mors Pilati. Dans Evangelia Apocrypha, édité par Constantin Tischendorf (1813). Avenarius et Mendelssohn (Leipzig): 435

La tombe de la « FAMILLE DIEU » et la « SÉPULTURE MARIE »

J’aime me promener dans les cimetières. J’y fais souvent des découvertes. Comme cette pierre tombale dans le cimetière de Colombe, en Île de France, et son inscription presqu’effacée, « FAMILLE DIEU ».


Le théologien du quotidien peut en déduire:

  1. Que Dieu existe ou au moins qu’il a existé.
  2. Qu’il a eu une famille.
  3. Qu’il est mort et enterré près de Paris.
  4. Qu’il y a des gens pour entretenir sa tombe.

Ce que le théologien du quotidien ne s’explique pas, c’est qu’il faille traverser l’allée pour trouver la « SÉPULTURE MARIE ». Pourquoi est-elle enterrée à part? Ne fait-elle pas partie de la « FAMILE DIEU »?

Le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

J’ai déjà parlé de l’utilisation d’une Cène pour la publicité du Bal en blanc, un festival de musique électronique tenu à Montréal chaque année à Pâques (lire l’article: « La Cène: Époque contemporaine »). Je viens de découvrir l’utilisation d’une Maiestas Domini pour la publicité d’Electron, le « Geneva’s festival of electronic cultures » qui se tient à Genève aux mêmes dates. Que les événements se tiennent à Pâques semble donc inspirer les publicitaires…

Affiche du festival Electron (Genève, 2017)

Affiche de la 14e semaine Bal en Blanc (Montréal, 2008)

Ce qui me frappe c’est la manière dont la « culture électronique » récupère des images christiques, mais qu’elle les décale, évidemment.

  • L’affiche du Bal en Blanc fait de la Cène une tablée de personnes qui brillent par leur diversité sexuelle (hommes et femmes, LGBTQ+), ethnique (il n’y a toutefois pas de noir) et religieuse (signes ostensibles de judaïsme, d’islam et d’hindouisme); mais qui ne brillent pas par leur diversité physique (toutes jeunes, minces et belles); elle fait du Christ un DJ, touchant de sa main droite ses écouteurs, posant la main gauche sur une double platine (au lieu d’un plat).
  • L’affiche d’Electro fait du Christ en majesté, un prêtre (identifié par le col noir qui dépasse de son aube blanche), jeune, mince, à l’allure boudeuse; elle fait du prêtre un Seigneur rayonnant (inscrit dans une mandorle en forme de cadre kitsch), levant trois doigts (ou deux doigts et demi) de sa main droite; elle fait du Christ un DJ, écouteurs sur les oreilles et serrant sur son cœur un disque vinyle noir (au lieu du livre traditionnel)

Combinées, les deux affiches délivrent un message clair: le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

La trace laissée par le pied de Jésus au moment de l’Ascension (encore Jésus selon l’islam)

Lors d’un voyage d’étude à Jérusalem, j’ai pu voir, sur le Mont des Oliviers, la trace du pied de Jésus, imprimée dans la pierre au moment de l’Ascension. Elle est intéressante à deux titres:

  • Pour les fondamentalistes, elle permet de connaître la pointure de Jésus et de déterminer la puissance (en watts, s’il-vous-plait) qu’il a dégagé à ce moment précis de son existence;
  • Pour moi, elle montre le respect de l’islam pour la personne de Jésus. Car cette trace du pied de Jésus se trouve dans ce que l’on appelle « l’église de l’Ascension », qui est en fait une mosquée depuis 1198.
Dessin par Shirley Reed: http://www.mtolives.com/sites/chapel-of-the-ascension.html

Dessin par Shirley Reed

« Jésus selon l’islam » par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur

En marge de leur série télévisée « Jésus et l’islam », les écrivains Gérard Mordillat et Jérôme Prieur ont écrit un livre (Mordillat, G., Prieur, J., & Olender, M. (2015). Jésus selon Mahomet. Paris: Ed. du Seuil : Arte Ed.) présentant Jésus en islam (le titre est un peu trompeur, puisque les sources sont l’islam dans son intégralité, pas seulement le Coran). Deux citations permettent de résumer la thèse des auteurs :

« Le lecteur intrépide qui “à ses risques et périls”, s’aventure pour la première fois à lire le Coran a la surprise de voir Jésus, plus de six siècles après sa crucifixion à Jérusalem, refaire surface dans le texte saint des musulmans. » (15) [Il y est cité 22 ou 23 fois]

« Mais pourquoi Jésus ? Comme sur le terrain symbolique, Mahomet ne peut se réclamer directement d’Abraham, il voit en Jésus l’indispensable maillon intermédiaire qui peut le rattacher à la généalogie prophétique. Il y aura donc Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus, qui ouvre le chemin au prophète de l’islam. Du point de vue du Coran, les révélations reçues par Moïse, Jésus et Mahomet sont identiques. Il s’agit de rappeler chaque fois la religion originelle dont les croyants n’auraient pas dû dévier. Si les juifs avaient suivi la Torah et les prophètes, ils auraient reconnu Jésus comme messie. Et si les chrétiens en avaient fait autant, ils n’auraient jamais prétendu que Jésus était le fils de Dieu. Du point de vue du Coran, cela implique que les véritables juifs, les véritables chrétiens devraient être musulmans. » (174-175)

Invité à parler de cet ouvrage dans l’émission « Samedi et rien d’autre » sur Ici Radio-Canada, La Première, je présente ici leur « Jésus selon Mahomet », en combinant des citations de leur ouvrage et les textes du Coran auxquels ils se réfèrent. (J’ai choisi de citer le Coran d’après la traduction de Denise Masson (Anonymes, (1967). Le coran. Édition et traduction de l’arabe par Masson, D. Paris: Gallimard.)


Si vous le préférez, vous pouvez écouter mon intervention: « Jésus selon Mahomet : un nouvel éclairage sur le christianisme. » Samedi et rien d’autre, Ici Radio-Canada: 30 janvier 2016


 

Jésus en islam, son origine

L’histoire de Jésus commence avant même sa naissance, par l’évocation de la naissance de sa mère, Marie, fille de ‘Imran.

Le Coran : « La femme de ‘Imran dit : “Mon Seigneur ! Je te consacre ce qui est dans mon sein ; accepte-le de ma part. Tu es, en vérité, celui qui entend et qui sait”. Après avoir mis sa fille au monde, elle dit : “Mon Seigneur ! J’ai mis au monde une fille. – Dieu savait ce qu’elle avait enfanté : un garçon n’est pas semblable à une fille – «“Je l’appelle Marie, je la mets sous ta protection, elle et sa descendance, contre Satan, le reprouvé”. » sourate III, versets 35-36

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Les versets suivants et la suite du texte sont programmatiques, enchâssant un récit de la vie de Jésus dans celui de l’enfance de Marie, comme si l’histoire de l’une était enceinte de l’histoire de l’autre, le présent du futur. » (120)

Marie est choisie pour donner naissance à Jésus, non pas dans une conception ordinaire, mais dans un processus aussi mystérieux qu’extraordinaire.

Le Coran : « Les anges dirent : “Ô Marie ! Dieu t’a choisie, en vérité ; il t’a purifiée ; il t’a choisie de préférence à toutes les femmes de l’univers.” » III, 42

Ce qui fait de Marie une vierge, mais aussi une mère célibataire. Et ceux qui ne croient pas à la thèse d’une naissance virginale peuvent supputer sur l’identité du père de Jésus.

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Or malgré les risques que cette “calomnie” fait peser sur la moralité de Marie, contre toute attente, l’expression “Fils de Marie”, va servir à caractériser Jésus dans le Coran. » (102)

Après la grossesse, vient l’accouchement.

Le Coran : « Elle [Marie] devint enceinte de l’enfant puis elle se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier. Elle dit : “Malheur à moi ! Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée”. L’enfant qui se trouvait à ses pieds l’appela : “Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds. Secoue vers toi le tronc du palmier ; il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange, bois et cesse de pleurer. » XIX, 22-26

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Douleurs physiques ou psychiques ignorées du Nouveau Testament. Or ce n’est pas dans une mangeoire ou une crèche que Marie enfante, c’et au milieu du désert, à l’ombre d’un miraculeux palmier, comme si l’épisode transposait l’épisode de la fuite en Égypte selon l’évangile de Luc – épisode qui, en revanche, n’apparaît pas dans le Coran. » (121)

À cette naissance bien humaine, le Coran en ajoute une seconde, entièrement divine. (Je ne parviens pas à harmoniser ces deux versions, sauf à en faire deux théologies différentes.)

Le Coran : « Oui, il en est de Jésus comme Adam auprès de Dieu : Dieu l’a créé de terre, puis il leur a dit : “Sois”, et il est. » III, 59

Commentaire de Mordillat & Prieur : « L’islam en formation se nourrit aux mêmes mythologies que les chrétiens. Avec Jésus, son merveilleux surenchérit même sur le merveilleux chrétien : le Jésus coranique n’a plus besoin de père, adoptif ou surnaturel, à la différence du christianisme, pas plus qu’il ne connaît la souffrance et la mort avant la résurrection. Dieu modèle son existence comme bon lui semble, selon sa seule volonté. Sur ce plan, personne d’autre ne peut lui être comparé, pas même Mahomet. » (165)

Et Mordillat & Prieur de conclure sur l’origine de Jésus :

« Pour le Coran, insister sur la filiation par Marie, c’est insister sur la condition humaine, purement humaine de Jésus. C’est le moyen de ruiner la conception chrétienne du Christ, à la fois homme et Dieu. Le titre “fils de Marie” est à l’épicentre de la rupture entre islam et christianisme. » (108)

Mais le Coran fixe encore une autre limite, un autre interdit : pas question de déifier Marie. Un interdit posé sous forme de question purement rhétorique.

Le Coran : « Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui as dit aux hommes : ‘Prenez, moi et ma mère, pour deux divinités, en dessous de Dieu ?’” Jésus dit : “Gloire à toi ! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire”. » V, 116

Jésus en islam, sa vie

Des la vie de Jésus, l’islam ne dit pas grand chose.

  • Il spécule sur son apparence physique :

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Du côté musulman, les hadîths ont tout autant cherché à donner à voir Jésus dans le registre des “portraits à ressemblance évitée” chers au peintre Jean Dubuffet : “Reconnaissez-le quand vous le verrez. C’est un homme de taille moyenne, son teint est clair, mêlé de rouge” (Abû Dâwûd). Ou encore : “Son teint est clair, mêlé de rouge. Il portera un vêtement fait de deux pièces d’étoffe jaune. Sa chevelure semblera ruisselante, bien quelle ne soit pas mouillée (Ahmand ibn Hanbal, Musnad) ; voire : “Il a des cheveux châtains et bouclés et de larges épaules (Suyûtî, Nuzûl, ‘Isa ibn Maryam Akhir al-Zaman, no 182). S’il est souvent blond aux yeux bleus pour les chrétiens occidentaux, Jésus sera roux dans la Tradition musulmane – la racine de son nom (‘Isâ) signifiant en arabe “couleur fauve”. » (78)

  • Il insiste sur les pouvoirs extraordinaires de Jésus, tout en rappelant soigneusement que le mérite en revient à Dieu.

Le Coran : « Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie ! Rappelle-toi mes bienfaits à ton égard et à l’égard de ta mère. Je t’ai fortifié par l’esprit de sainteté. Dès le berceau, tu parlais aux hommes comme un vieillard”. Je t’ai enseigné le Livre de la Sagesse, la Tora et l’Évangile. Tu crées, de terre, une forme d’oiseau – avec ma permission – Tu souffles en elle, et elle est : oiseau – avec ma permission – Tu guéris le muet et le lépreux – avec ma permission – Tu ressuscites les morts – avec ma permission – J’ai éloigné de toi les fils d’Israël. Quand tu es venu à eux avec des preuves irréfutables, ceux d’entre eux qui étaient incrédules dirent : “Ce n’est évidemment que de la magie !” » V, 110

Si les miracles renforcent l’incrédulité des incrédules, pour les croyants, ses miracles doivent à la fois prouver sa relation privilégiée à Dieu et les pouvoirs de ce Dieu.

Le Coran : « Les Apôtres dirent : “Ô Jésus, fils de Marie ! Ton Seigneur peut-il, du ciel, faire descendre sur nous une Table bien servie ?” Il dit : “Craignez Dieu, si vous êtes croyants !” Ils dirent : Nous voulons en manger et que nos cœurs soient rassurés ; nous voulons être sûrs que tu nous a dit la vérité, et nous trouver parmi les témoins”. Jésus fils de Marie, dit : “Ô Dieu, notre Seigneur ! Du ciel, fais descendre sur nous une Table servie ! Ce sera pour nous une fête, – pour le premier et pour le dernier d’entre nous – et un Signe venu de toi. Pourvois-nous des choses nécessaires à la vie ; tu es le meilleur des dispensateurs de tous les biens”. » V, 112-114

Jésus en islam, sa « fin »

En islam, Jésus ne meurt pas. Ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs !

Le Coran : « Et parce qu’ils [« les gens du Livre », ici les juifs] ont dit : “Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le prophète de dieu”. Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. » IV, 157

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Pour les musulmans, quelles que soient les interprétations données à la sourate IV, la crucifixion de Jésus n’a été finalement qu’une illusion. […] Allah ne peut pas laisser mourir son envoyé. » (67)

Mordillat & Prieur se font précis et synthétique :

« On peut répertorier parmi la vingtaine d’interprétations anciennes que rapportent les recueils du Hadîth trois scénarios principaux. Dans un premier, les juifs se trompent de victime en exécutant un quidam à la place de Jésus ; dans le deuxième, un disciple s’offre volontairement pour remplacer son maître ; dans le troisième cas, Jésus se métamorphose et, échappant miraculeusement à ses bourreaux, se venge de ceux qui ont voulu sa mort. » (46)

Mais alors, qu’est-il arrivé à Jésus, s’il n’est pas mort sur la croix ?

  • Ce que Dieu avait promis…

Le Coran : « Dieu dit : “Ô Jésus ! Je vais en vérité te rappeler à moi ; t’élever vers moi, te délivrer des incrédules. » III, 55

  • … Dieu l’a fait !

Le Coran : « Mais Dieu l’a élevé à lui : Dieu est puissant et juste. » IV, 158

Il reste cependant une mention problématique, ce verset où le Coran semble envisager la mort de Jésus. (Qu’en faire ? Je ne sais pas!)

Le Coran : « Que la Paix soit sur moi [« le nouveau né », c’est-à-dire Jésus], le jour où je naquis ; le jour où je mourrai ; le jour où je serai ressuscité”. » XIX, 33

Jésus en islam, sa destinée

En islam, Jésus doit remplir un rôle bien spécifique :

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Dans la Tradition musulmane, Jésus doit revenir à l’heure du jugement pour accomplir une tâche essentielle : tuer l’Antéchrist, autre figure que se partagent le christianisme et l’islam sous la forme du Dajjâl (“l’imposteur” ou “le menteur” en arabe). » (89)

Et c’est alors, alors seulement qu’il pourra finir sa vie humaine :

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Après avoir vaincu le Dajjâl, Jésus se mariera, aura des enfants et sera enterré à côté de Mahomet jusqu’au moment de la résurrection générale. » (97)

Jésus en islam, son statut

Il reste encore à préciser le statut de Jésus en islam.

  • Il est le messie…

Le Coran : « Ils [« les Chrétiens »] ont pris leurs docteurs et leurs moines ainsi que le Messie, fils de Marie, comme seigneurs, au lieu de Dieu. » IX, 31

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Dans le livre sacré des musulmans, Jésus est le seul à porter le qualificatif d’al-Masîh, “messie” (III, 45 ; IV, 157 ; V, 17 ; IX, 30-31). » 69.

  • … Qui doit annoncer la Fin des temps:

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Le rôle du messie Jésus se résume alors à garantir l’annonce coranique de la Fin des temps dont Jésus est le héraut. » 70-71

Le Coran : « Jésus est en vérité, l’annonce de l’Heure. N’en doutez pas, suivez-moi. Voilà un chemin droit ! » XXXXIII, 61

  • Il est prophète…

Le Coran :« J’ai révélé aux Apôtres : “Croyez en moi et en mon Prophète”. V, 111

  • … L’un des prophètes

Le Coran : « Dis : “Nous croyons en Dieu ; à ce qui nous a été révélé ; à ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Jacob et aux tribus ; à ce qui a été donné à Moïse, à Jésus, aux prophètes de la part de leur Seigneur. Nous n’avons pas de préférence pour l’un d’entre eux : nous sommes soumis à Dieu”. » III, 84

  • … L’avant-dernier des prophètes :

Commentaire de Mordillat & Prieur : « Après Abraham, après Noé, après Moïse dans la tradition juive, après Jésus dans la tradition chrétienne, Mahomet est “le sceau des prophètes”. Selon la logique du Coran, tous les prophètes qui l’ont précédé l’annonçaient. Mahomet est l’ultime détenteur des révélations divines. » (171)

Certes en islam, il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet et son prophète. Pourtant, Mordillat &Prieur laissent planer un doute, un doute qu’exprime leur lecture de l’inscription du Dôme du Rocher, la grande mosquée de Jérusalem, « une inscription de deux cent quarante mètres de long en mosaïque dorée sur fond bleu, en écriture coufique » (232) datant de 691 ou 692.

« Mais la désignation de Jésus [sur « l’inscription du Dôme du Rocher »] fait comparativement l’objet d’une plus grande élaboration que celle réservée à Mahomet : “Le Messie, Jésus, fils de Marie, est messager de Dieu. Son verbe qu’il a jeté en Marie, un esprit émanant de lui.” Dans un autre passage, on lit : “Ô Dieu, bénis ton messager et ton serviteur, Jésus, fils de Marie, et protège-le du jour de sa naissance jusqu’au jour de sa mort où il sera ressuscité vivant.” Ou encore : “C’et lui, Jésus, fils de Marie, la parole de vérité de laquelle il doute.” Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les développements les plus élaborés d’une manière rhétorique sont ceux qui concernent Jésus. Quand il est dit : “Béni soit l’envoyé de Dieu, Dieu et ses anges bénissent le Prophète”, certes, il s’agit d’élever Mahomet et de lui donner l’ascendant sur Jésus, mais force est de constater que Jésus, explicitement ou implicitement, occupe une place singulière dans l’inscription. Ce qui indique peut-être que le personnage de Jésus était incontournable à l’époque d’Abd al-M’alik ou que demeurait une hésitation quant à son statut dans l’islam naissant.  » (241)


Mon blogue commence à fourmiller de références sur Jésus. On peut y lire notamment :

«Noël n’est plus la seule propriété des chrétiens»

Thierry Meyer, le rédacteur en chef du quotidien suisse 24 Heures a eu la gentillesse de me demander ce que je pensais de Noël. Voici le début de l’entretien:

Nativité. Le théologien Olivier Bauer explique les mutations d’une fête qui passe invariablement par un repas, où traditions et symboles se mêlent aux nécessités pratiques.

«Aujourd’hui, Noël est ce que l’on peut appeler un «matrimoine», avec m comme Marie: à l’opposé d’un patrimoine, c’est devenu une somme d’éléments sans propriétaire, composée de représentations tangibles, d’immatériel, d’expériences collectives et individuelles, de mémoire, de traditions, en gestation perpétuelle. Il n’y a pas de vrai ou de faux Noël. Ce n’est plus la propriété exclusive des chrétiens.»

Cliquer pour lire la suite de l’entretien.


Joyeux Noël à tous et à toutes!