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Livre # 5 le 1er août 2021: « Où cours-tu? Ne sais-tu pas que le monde est en toi? »

Août 2021

Christiane Singer (2001), Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le monde est en toi ? Livre de Poche, 153 pages.

Une citation percutante

« La devise des grandes entreprises de pompes funèbres américaines : “Mourrez et nous ferons le reste” est dans notre société contemporaine transformée en un : “Naissez et nous ferons le reste !” J’entends là un ordre diabolique de dépossession. Voilà ce pacte qu’à un moment donné nous avons conclu : “Tu promets d’oublier que tu es un enfant de Dieu et de devenir un malheureux citoyen ?” “Oui, je promets.” “Tu promets d’oublier que le monde t’a été confié et de sombrer dans une impuissance profonde ?” “Oui, je promets.” “Tu promets de toujours confier à quelqu’un d’autre la responsabilité de ta propre vie, à ton époux, à un professeur, à un prêtre, ou à un médecin ou, en cas d’émancipation ou d’athéisme, à la publicité ou à la mode ?” “Oui, je le jure.” Ce qui a l’air d’une parodie est la réalité de notre existence. La plus grande part de notre énergie, nous l’utilisons pour oublier ce que nous savons. » (p. 58)

Le livre

Le titre du livre vient d’une citation du mystique allemand Angelus Silesius (1624-1677) : « Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi : et chercher Dieu ailleurs, c’est le manquer toujours », une citation offerte à Christiane Singer par Hildegund Graubner, elle tient à la nommer.

Ce qui forme le livre, c’est la réunion de 14 courts textes écrits ou prononcés par Christiane Singer à diverses occasion et, probablement, à divers moments de son existence. Ce qui forme le livre, c’est une seule conviction : rien ne sert de s’enfuir, il faut faire face, car, pour le meilleur et pour le pire, le monde est en chacun·e de nous, le monde est ce que j’en fais. Voici, en quelque mots, comment l’autrice décline cette conviction.

  1. « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? ». Il convient de dépasser la lamentation et l’indignation pour s’engager dans la transformation : « tout ce que je ne mettrai pas au monde de gratitude et de célébration n’y sera pas. » (p.15)
  2. « Les sens nous livrent le sens ». On ne peut percevoir le monde à travers les écrans. C’est en touchant, c’est en sentant que l’on peut faire l’expérience de Dieu, que l’on peut « naître à ce qui est. » (p.26)
  3. « La traversée de la nuit ». Contrairement à ce que la rationalité veut nous faire croire, le réel est toujours en mouvement, il est toujours fait d’antagonismes : « l’aspect caché/l’aspect visible, le clair/l’obscur, le dedans/le dehors, la vie/la mort. » (p.31)
  4. « Le sens de la vie ». Certes, un mur sépare les mondes visibles et invisibles, mais il suinte le sens comme d’autres murs l’humidité. La vie est un nœud ; comme « tu ne sais jamais à quoi le fil que tu tiens est relié de l’autre côté », il te faut faire de chaque geste, de chaque mot l’instant de ton salut (p.45).
  5. « Les corps conducteurs ». C’est de l’amour qu’il est question ; de l’amour, « notre état naturel » (p.54) ; de l’amour, éros et tendresse ; de l’amour entre quatre êtres irrémédiablement autres : soi-même et la personne qui est aimée, la personne qu’on aime et la personne aimée.
  6. « Parle-moi d’amour ». « Notre ordre social et industriel » (p.61) cherche à éteindre dans les regards des animaux et des enfant les signes de la Présence.
  7. « Histoire d’enfants ». Inspirons-nous des enfants qui sont heureux simplement parce qu’ils sont vivants.
  8. « La mémoire vive ». La mémoire qui fait vivre, c’est celle des cœurs qui continuent de battre et qui « perpétuent le code secret de la résurrection » (p.89) plutôt que celle qui commémore la méchanceté, l’acharnement, la cruauté, la guerre, la haine, ou le matérialsime.
  9. « Utopie ». Je dois me mettre en marche car je peux être le cocréateur du devenir d’un monde de lumière… tout en sachant qu’évidemment, je n’y parviendrai pas.
  10. « Le massacre des innocents ». « Le monde du dehors ne reflète que l’état du monde intérieur. » (p.99)
  11. « La leçon de violon ». Comme le violon permet la musique, la matière permet d’atteindre ce qui est caché, « ce monde vibrant et divin » (p.122) ; l’invisible se rend visible, l’inaudible audible, la non-saveur saveur, l’incaressable tangible.
  12. « Les deux sœurs ». La vie et la mort vont main dans la main ; ainsi la mort « remet la vie en marche » (p.127), m’arrache « ce que je crois posséder » (p.130), « déchire les entraves qui nous empêchent d’aller vers autrui » (p.131).
  13. « Les saisons du corps ». La vie suit toujours son cours ; elle « ne commence de faire mal que si nous ne nous laissons pas porter par son courant » (p.134).
  14. « Un autre monde est possible ». Il n’est pas à chercher vers l’avenir, mais vers l’invisible.

Et le christianisme dans tout cela ? Le livre de Christiane Singer est pétri de références bibliques et théologiques. Parfois explicites, souvent allusives. C’est un livre nourri par une confiance en Dieu ; Dieu qui peut porter d’autres noms, Dieu qui dépasse et déborde largement les bornes que le christianisme veut lui fixer. « Déborde » ou « dévore » comme me l’a suggéré le correcteur d’orthographe, excellent théologien pour me proposer cette image de Dieu qui dévore les limites qu’on prétend lui fixer.

Ce qui peut séduire

Le livre étant déjà ancien et n’ayant figuré que très brièvement parmi les meilleurs ventes sur Amazon.fr, je peux imaginer qu’une occasion spéciale – un groupe de lecture, une formation, etc. – en ont favorisé la vente. Ce qui est une très bonne nouvelle pour un livre aussi important.

Mon avis

(+)

J’aime la manière dont Christiane Singer tisse des liens entre les mondes visibles et invisibles.

J’aime quand elle écrit qu’elle n’a « plus l’ambition d’avoir raison » (p.89), qu’il lui « importe peu de persuader qui que ce soit de quoi que ce soit » (p.90), qu’il « ne s’agit pas d’être effleuré par cette “thèse intéressante” mais d’être atteint dans la chair de sa chair » (p. 101).

J’aime l’impressionnante culture de Christiane Singer, à la fois musicale et littéraire, spirituelle et  philosophique, sa fine connaissance des religions, christianisme, judaïsme, islam, hindouisme et bouddhisme. Une culture non pas livresque, jamais pédante mais qu’elle utilise en cas de nécessité, c’est-à-dire quand la vie et la mort la réclame.

(-)

Je cherche encore les moins !

L’autrice

Dans son texte, j’ai découvert que Christiane Singer est née et a grandi à Marseille ; que son père a vécu à Vienne et qu’il a voulu mourir debout à 93 ans ; qu’elle a une grande sœur ; qu’elle a des fils dont un s’appelle Raphaël ; qu’elle vit à Rastenberg dans une maison avec un tilleul et des vaches, non loin de la tombe de la mère d’Adolf Hitler ; qu’elle soigne et qu’elle intervient dans des séminaires de soignante·es ; qu’elle se sent redevable de l’enseignement du comte von Durkhiem, un personnage complexe dont il vaut la peine de lire la biographie, par exemple sur Wikipedia.

La notice biographique m’a en outre appris qu’elle est née en 1943, qu’elle a enseigné à l’université et qu’elle est morte à Vienne en 2007. L’encyclopédie Wikipedia lui consacre une courte notice : « Christiane Singer ».

La maison d’édition

Le livre a d’abord paru aux éditions Albin Michel, dans le département « Spiritualités ». C’est la version « de poche » qui figure en tête du palmarès des ventes. Je n’ai pas grand chose à écrire sur Le Livre de Poche, sinon à rappeler que la maison d’édition republie en petit format et à moindre prix des livres à succès.


Ouvrages déjà traités:

« Les meilleures ventes en christianisme »: Août 2021

Retour en Europe pour le douzième et dernier livre de la série. Les livres #1 et #3 étant des Bibles en version Segond et le livre #2 et #4 étant le même livre qui n’est ni français, ni chrétien, je traiterai du livre classé numéro 5 dans la rubrique « Christianisme » sur Amazon.fr:

  • À découvrir le 15 août : Christiane Singer (2004), Où cours-tu? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi? Le Livre de Poche, 152 pages

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr (et pour l’été sur Amazon.ca). Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.


Ouvrages déjà traités:

Livre # 1 le 1er juillet 2021 : « Que ton règne vienne : les ennemis du Royaume »

Juillet 2021

Gregory Toussaint (2021), Que ton règne vienne, volume 3 : Les ennemis du Royaume. Pastor G Library, édition numérique, 199 pages.

Une citation percutante

« Lorsque nous tenons compte de ce contexte, les premiers versets de la Genèse deviennent plus intelligibles pour nous. Nous comprenons maintenant pourquoi la terre était « informe et vide », décrivant un état de «désolation». Le Dieu parfait ne l’a pas créé dans cet état. La terre originelle a été parfaitement créée. C’est la chute de Lucifer et son jugement consécutif qui ont transformé la terre en un tohu-bohu. De même, les ténèbres, pour lesquelles nous n’avions aucune explication dans la Genèse, en ont maintenant une. Elles ont également fait partie du jugement qui s’est abattu sur le royaume. » (1er septembre)

Le livre

Comme son titre l’indique, l’ouvrage est le troisième tome d’une série qui devrait logiquement en compter quatre. Il est publié simultanément en français et en anglais.

Organisé en réflexions journalières, il conduit du 1er juillet au 30 septembre. Chaque jour,, il propose une réflexion, une prière, une « application » – c’est-à-dire une question à laquelle répondre, un engagement à prendre ou une réflexion à mener – et l’indication des livres bibliques à lire en ce jour pour pouvoir lire « la Bible en un an ». Un lien pernet de soumettre en deux clics une « dévotion » ou une « prière » à Tabernacle of Glory, l’Église de Gregory Toussaint.

L’objectif du livre est donné à la fin :

« Apprenons comment nous pouvons être de bons citoyens du Royaume Céleste, et comment nous pouvons lui être utiles dès maintenant et pour l’éternité. (Épilogue)

Je reconstruis ainsi le contenu du livre.

1er-8 juillet : la thèse de Gregory Toussaint. La création racontée au début du livre de la Genèse n’est pas la première, mais la deuxième création ; le commencement est en fait un recommencement ; Dieu recrée une nouvelle terre à partir d’une « terre informe et vide ». Et si Dieu a dû créer une seconde terre, c’est que Lucifer ou Satan (qui forment une seule entité avec tout ce que la Bible juge mauvais : le serpent, le dragon, le Léviathan, Judas, etc.) s’était emparé de la première.

9-22 juillet : Qui est Lucifer ? Comme celui-ci se cache derrière des personnes, il est possible de lui attribuer ce que la Bible dit de Satan ou du diable, mais aussi – et l’auteur s’en inspire beaucoup – les reproches adressés aux rois de Tyr (livre d’Ézéchiel, chapitre 28) ou de Babylone (livre de Jérémie, chapitre 14). Il est un ange, créé par Dieu parfait, intelligent, beau, musical, puissant. Il était roi sur la Terre et comme prêtre, il « échangeait les bénédictions de Dieu contre l’adoration ». (22 juillet)

23 juillet-7 août : Lucifer se rebelle. Par orgueil, il veut s’emparer du royaume de Dieu. « Mais il s’est lourdement trompé ! » (31 juillet)

8-15 août : Dieu le punit. Il détruit son Royaume, rend la terre informe par un tremblement de terre, vide et obscure ; elle est inondée, les anges sont déchus.


16-30 août : Lucifer fonde son royaume sur la Terre. Il utilise le Léviathan, « serpent tortueux et orgueilleux », Rahab, « la grande prostituée » et le Béhémoth, « taureau satanique » qui vivent dans l’abîme ; il  confie des pouvoirs et des fonctions aux « anges déchus », aux « âmes déchues » et aux « hommes déchus ».

La Terre, et l’abîme dans lequel se trouve le Léviathan, le Béhémoth et Rahab
Les démons dans le Royaume de Satan: anges déchus, âmes déchues et hommes déchus

1er-6 septembre : Dieu « subjugue Satan » et assujettit le Léviathan (l’orgueil), Rahab (la luxure) et le Béhémoth (la cupidité). Il limite le Léviathan à la mer et à la nuit. Il limite Satan à régner sur les lieux arides et les montagnes.

7-13 septembre : Dieu crée Adam en tant que fils, que roi et que prêtre. Il lui confie la garde du jardin, la responsabilité de l’étendre et le pouvoir d’assujettir la terre.

14-18 septembre : Satan contre-attaque. Il suscite chez Adam et Ève – c’est la seule mention d’Ève – la convoitise de la chair (« satisfaire nos désirs légitimes et illégitimes »), des yeux (« l’avidité ou la cupidité ») et de la vie (l’orgueil, « être indépendant de Dieu »).

19-29 septembre : Adam trahit et Satan reprend le pouvoir. « Le jour où Adam a péché, il a remis le royaume à Satan » (20 septembre). Adam connaît alors la mort, la guerre, la pauvreté, les catastrophes naturelles et la maladie.

30 septembre. Gregory Toussaint finit son ouvrage par une promesse : « La postérité de la femme vaincra ».

Ce qui peut séduire

Depuis septembre 2020, c’est déjà le troisième « meilleur vendeur » rédigé pour une lecture quotidienne ; c’est sans doute que cette manière de faire plaît.

Paru à la fin du mois de juin, l’ouvrage était à acheter avant le 1er juillet… ou alors l’année prochaine… ou encore l’année suivante.

Comme le pasteur Grégory est une entreprise d’évangélisation – il dirige une grande Église haïtienne à Miami et possède une station de radio – j’imagine que ses fidèles achètent aussi ses livres. Et qu’il les incite à le faire !

Mon avis

Les +

  • J’ai apprécié la forme concise et pratique du livre. L’auteur va à l’essentiel ; il découpe son message en courte séquence pour proposer chaque jour une idée théologique ; il propose à la lectrice ou au lecteur de l’appliquer dans sa vie concrète. Faire figurer, jour après jour, un lien vers l’Église Tabernacle of Glory permet de mettre en réseau les différentes activité du pasteur Grégory Toussaint.
  • Théologiquement, j’ai par exemple apprécié qu’il élargisse la fécondité (Soyez féconds ! » Genèse 1,28 ) par-delà la procréation (12 septembre).

Les –

  • J’ai trouvé difficile d’entrer dans la pensée de l’auteur. Assumant ma théologie universitaire – ce qui, je le sais, la rend suspecte pour certain·es –, je ne parviens pas à considérer que tous les livres de la Bible disent la même chose et que n’importe lequel d’entre eux permet d’expliquer n’importe quel autre. Quand je pense qu’ils ont été écrits sur presque mille ans – environ entre -800 et +100 – et quand je réalise ce qu’on pensait en 1021 et ce qu’on pense aujourd’hui, je me dis que la pensée a forcément considérablement évolué entre les récits bibliques les plus anciens et les plus récents. Alors non, « Lucifer » n’est pas la même chose que « Satan » ; non, ce qui est attribué au roi de Tyr ne les concernent pas, au moins pas directement ; et non, l’auteur·e de la Genèse ne connaissait pas l’Apocalypse (mais l’auteur·e de l’Apocalypse connaissait la Genèse et il a pu s’en inspirer).
  • Au-delà des questions théologiques, j’ai été fortement dérangé par deux affirmations de Grégory Toussaint :
    • Alors que dans tout son livre, il dénonce l’orgueil de Lucifer qui cherche à prendre la place de Dieu, comment peut-il confondre l’autorité de Dieu et celle des dirigeants d’une Église ? Il écrit : « Vous arrive-t-il de remettre en question la décision d’un leader ou d’une personne en autorité et de dire du mal d’eux ? Si c’est le cas, vous avez peut-être la semence de la rébellion dans votre cœur. Priez pour que Dieu la déracine et la remplace par son Esprit » (27 juillet). Pour ma part, je demanderais plutôt à Dieu de donner à chacun·e la sagesse et le courage de remettre en question les mauvaises décisions, même si elles sont celles des pasteur·es… et de donner aux pasteur·es l’humilité d’accepter les critiques.
    • Dans un impératif très catégorique, Grégory Toussaint affirme : « Tout ce que vous touchez doit prospérer » (26 septembre). Et si ce n’est pas le cas ? Éternel reproche à cette exigence de prospérité, quel est l’impact d’une telle exigence sur celles et ceux qui malgré toute leur foi ne prospèrent pas ? Éternelle conséquence, elle ajoute à la pauvreté le poids de la culpabilité : Dieu fait prospérer ses enfants ; je ne prospère pas ; donc je ne suis pas un enfant de Dieu. Mais dans la théologie de Grégory Toussaint, il suffit de dire pour que les choses soient, d’où l’usage de performatifs, avec toute l’autorité pastorale – « Je déclare que Celui qui est capable de vous empêcher de trébucher gardera votre foi forte! » (7 juillet) – ou à titre personnel : « Je proclame ma guérison » (29 septembre).
  • La forme du livre est un peu bâclée. La mise en page et minimale, il manque des références, il reste des erreurs et des coquilles, etc.

L’auteur

Une biographie de l’auteur figure à la fin de l’ouvrage ; Grégory Toussaint y souligne ses succès :

« Gregory Toussaint est le pasteur titulaire du Tabernacle de Gloire à Miami. Cette église, qui compte plus de 12 campus dans différentes villes du monde. Pasteur Greg est connu pour être un talentueux enseignant et il prêche chaque semaine en quatre langues, le créole, l’anglais, le français et l’espagnol. Il est également un écrivain prolifique qui a produit plus de 30 ouvrages. Dix d’entre eux ont été des livres à succès sur Amazon. Gregory Toussaint est également un évangéliste qui organise des conférences et des croisades à grande échelle dans différentes parties du monde. Il agit puissamment dans le surnaturel, en particulier dans les domaines de la guérison, de la délivrance et du prophétique. Pasteur Toussaint est également impliqué dans l’humanitaire en Haïti, en République Dominicaine et au Ghana. Il est diplômé en commerce, en droit et en théologie. Il est marié à Patricia Toussaint et a deux enfants. Son but dans la vie est de montrer la gloire de Dieu partout où il va. »

La maison d’édition

Pastor G Library est la maison d’édition des livres de Grégory Toussaint et d’eux seulement. On trouve quelques titres sur ce site Internet.


Ouvrages déjà traités:

« Les meilleures ventes en christianisme »: juillet 2021

Changement ce mois-ci puisque les aléas de la vie me font lire le livre en français classé numéro 1 dans la rubrique « Livres et bibles chrétiens » sur Amazon.ca:

  • À découvrir le 15 juillet : Gregory Toussaint (2021). Que Ton Règne Vienne, Volume 3: Les Ennemis du Royaume. Pastor G Editions, 210 pages

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr (et pour l’été sur Amazon.ca). Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.


Ouvrages déjà traités:

Livre # 4 le 1er juin 2021 : « Être père avec saint Joseph. »

Fabrice Hadjadj (2021). Être père avec saint Joseph. Petit guide de l’aventurier des temps postmodernes. Magnificat, 275 pages.

UNE CITATION PERCUTANTE

« Chez le père, la peur de mourir n’est pas seulement pour lui. Elle est aussi de ne plus pouvoir être là pour sa famille. Avant d’être père, j’avais très peur de la mort. Maintenant que je suis père, sans pour autant être devenu sans peur (ni reproche), je suis prêt à mourir pour ma femme et mes enfants, mais je crains aussi la mort qui les priverait de mon soutien : je dois prendre soin de moi afin de prendre soin d’eux. » p. 266

LE LIVRE

Ce livre résulte de la commande d’un éditeur : « Je dois l’avouer, j’ai accepté d’écrire ce livre pour des raisons alimentaires » (p.217).

Et la faim a poussé Fabrice Hadjadj à écrire douze leçons sur la paternité, mêlant habilement l’histoire de Joseph — et celle de Marie et celle de Jésus qui lui sont inextricablement liées — avec d’autres textes des deux Testaments, avec des textes profanes et surtout avec sa propre expérience de fils, de mari et de père. Il le fait dans une perspective clairement réactionnaire : comme l’auteur n’aime pas le monde tel qu’il est et il n’adhère pas à ce qu’on en dit, il réagit pour faire du monde autre chose que ce qu’il est devenu, pour lui donner un autre sens, celui d’un catholicisme plutôt traditionaliste. J’y reviendrai dans ma critique. Mais pour l’instant, je me contente de le citer :

« C’est parce que sa paternité est la plus pure et la plus radicale que Joseph peut nous guider en ces temps extrêmes. » (p.23)

Les titres des leçons exposent bien le propos du livre : pour devenir père, Joseph a dû « d’abord être fils » (leçon I), puis « séduire la Vierge Marie » (leçon II), sans « rien comprendre à sa femme » (leçon III) ; il a dû « bien dormir » (leçon IV), « aménager une étable » (leçon V), « donner un nom » (leçon VI) et « sauver le Sauveur » (leçon VII) ; il a dû « se faire obéir par Dieu » (leçon VIII), « raconter des histoires » (leçon IX), « travailler dans la charpente » (leçon X), « chercher son enfant dans l’angoisse » (leçon XI) ; enfin « apprendre à mourir » (leçon XII).

J’ajoute que j’ai retrouvé dans le livre une profonde proximité entre tradition biblique et psychanalyse : le père est celui que la femme désire ; le père est celui qui donne le nom à l’enfant ; le père est celui qui rappelle la loi. Est-ce Fabrice Hadjadj qui nourrit sa lecture biblique de psychanalyse ? Je pense plutôt que c’est la psychanalyse qui s’est largement nourrie de la pensée biblique. Sigmund Freud n’était-il pas juif ?

CE QUI PEUT SÉDUIRE

Le thème d’abord, cette idée de chercher dans la foi chrétienne et dans la théologie qui la réfléchit peut aider à devenir ce que personne ne nous apprend à être, un père. Le contenu ensuite, ce monde traditionnel, ce monde rassurant où il n’y a qu’une seule manière d’être homme, qu’une seule manière d’être femme, qu’une seule manière d’être père, qu’une seule manière d’être mère, où chacun est et doit rester à la place que la tradition chrétienne, la culture lui a attribuée, une fois pour toutes.

MON AVIS

Les +

  • J’aime l’idée de considérer le père comme « l’aventurier » comme d’écrire un guide de la paternité en se fondant sur un personnage biblique aussi méconnu ou mal connu que Joseph, le père de Jésus « réduit à un accessoire ou à une fonction », dit « demi-père ou père à peu près », « idiot utile » (p.17). C’est une sorte d’antihéros paternel que je n’ai pas pris pour modèle lorsque je suis moi-même devenu père. Et pourtant, j’aurais dû. Joseph, découvert au travers du regard que Fabrice Hadjadj porte sur lui, de l’amour que Fabrice Hadjadj lui porte devient le modèle d’une vraie paternité, avec ses grandeurs et ses petitesses, avec ses réussites et ses échecs. Comme la mienne.
  • J’aime aussi la vaste connaissance biblique de l’auteur et son souci de trouver une traduction exacte pour certains termes hébreux ou grecs : cela pourrait paraître pédant, mais cela aide à mieux comprendre le texte.
  • J’aime enfin l’écriture pleine de jeux de mots et de clins d’œil.

Les –

Évidemment, l’auteur introduit dans le texte biblique une part de ses a priori ; comment sait-il par exemple que « devant Marie, le moindre geste de drague eût été répugnant » (p.55) ? Mais ce ne sont là que des détails, des biais inévitables.

Très tôt dans ma lecture, j’ai été perturbé par la vision réactionnaire et simpliste que propose Fabrice Hadjadj quand il évoque l’homme et la femme, le père et la mère, quand il les enferme dans des rôles traditionnels et stéréotypés. Prises séparément, certaines affirmations sont déjà dérangeantes, mais prises ensemble, elles me sont devenues insupportables. Je recopie quelques citations et je vous laisse en penser ce que vous voulez :

  1. « Avant ces jours, on devenait le plus souvent père par surprise. La femme vous arrachait à vos initiatives d’entrepreneur pour vous entraîner dans son désir d’enfant. » (p.24)
  2. Le coup de foudre « ressemble à un guet-apens. Et ce n’est que le premier : après être devenu époux par embuscade, on devient papa par surprise. » (p.50)
  3. « J’ai des réticences à tenir un discours qui ressemble à la morale de Miss France : “Il faut croire en ses rêves !” [à prononcer avec un accent tonique sur “croire” et des trémolos dans la voix]. » (p.99)
  4. « Le père appelle son fils à la boxe. Et la boxe correspond au sacrement de la maturité. Si le baptême est plutôt maternel, puisqu’il est une naissance, la confirmation est plutôt paternelle, puisqu’elle est un affermissement qui, selon le pape Melchiade, “donne des armes et prépare aux combats”. » (p.162)
  5. « Face à des agresseurs, les pères de famille ne peuvent pas se permettre de courir au martyr. Ce serait trop simple. Ils ont l’obligation de constituer des milices armes et de défendre jusqu’à leur belle-mère. » (p.163)
  6. « La petite fille s’émerveille de sa maison de poupées plus que du manoir familial, parce qu’elle est à la mesure de sa créativité. Le petit garçon préfère son château de carton-pâte au palais de Windsor, parce qu’il peut assumer la mission de le défendre. » (p.168)
  7. « Ma femme, en soutier, s’occupe du linge dans la buanderie : contre cette hydre de chiffons dont les têtes repoussent tous les jours, le combat est sans fin. Quand vous avez neuf rejetons, votre épouse ne suffit pas à la roue. » (p.173-174)
  8. « On n’éduque pas les filles comme les garçons (cette phrase que j’ai dite à Esther : “tu es très belle, ma chérie, grâce à toi je vais pouvoir en partie satisfaire mon désir d’avoir des gendres” serait assez mal comprise par Jacob). » (p.177)
  9. « La voix de la mère est torah, parce que la mère porte la vie dans son sein. La voix du père est moussar — qui peut aussi se traduire par “châtiment” ou “discipline” — parce que le père, d’un tutélaire coup de pied au derrière, pousse la vie à se risquer dehors. » (p.179)
  10. « Qu’est-ce qu’un père, de nos jours, peut transmettre à son fils ? » (p.195)
  11. « Aussi, là où Nicodème mentionne la mère et le retour au sein, Jésus répond par le Père et l’amour du monde. » (p.270)

Je ne m’étonne donc pas vraiment que Fabrice Hadjadj propose comme modèle de la relation père fils, un roman de Cormac McCarthy où « un père et son fils marchent avec un Caddie dans un monde dévasté. La mère s’est suicidée depuis longtemps, ne supportant pas d’avoir donné la vie dans cette ruine » (p.209). Et qu’il conclue qu’il « a fallu le désastre » — l’apocalypse ou le suicide de l’épouse/mère ? — « pour les rendre disponible l’un à l’autre » (p.210).

L’AUTEUR

Dans son ouvrage, Fabrice Hadjadj livre beaucoup de lui-même. J’ai appris qu’il est né à Nanterre « dans une famille juive tunisienne de gauche » (p.25), que par son prénom, il aurait « un rapport avec saint Fabrice, premier évêque de Porto, martyr de Tolède, et avec Fabrice Del Dongo, le héros de la Chartreuse de Parme » ; qu’il a « foi en la Providence » (p.46), que sa femme s’appelle Siffreine et qu’elle est « une catholique grenobloise royaliste » (p.25), qu’il « est né comme père à trente-et-un ans, à Brignoles dans le Var, quelque part entrer un test de grossesse et un officier de mairie » (p.44), que leur famille compte neuf enfants (l’ainé s’appelle Jacob, les cinq filles Abigaël, Élisabeth, Esther, Judith et Marthe, les autres garçons Pierre, Moïse et il m’en manque un) ; qu’il s’est converti à sept ans, lorsqu’il a découvert dans le monde « post-soixante-huitard de [s]on enfance » « la relation au maître » et qu’il est entré « dans une discipline vivante » (p.160) que valorise la pratique du karaté ; qu’il lit le Talmud et Fratelli Tutti du pape François, Emmanuel Levinas et Tolkien, qu’il fréquente les grands lieux du catholicisme fribourgeois — le sanctuaire Notre-Dame du Mont-Carmel à Bourguillon — et ses grands personnages — « le père abbé d’Hauterive me l’a rappelé » (p.78) —, et qu’il s’endort lors des adorations eucharistiques ; que « pour écrire ces lignes », il a « sous les yeux une petite statue de Joseph dormant » (p.89) : qu’il a été successivement rentier et fonctionnaire avant d’avoir « trouvé un travail en Suisse » (p.217-218).

LA MAISON D’ÉDITION

Selon leur site Internet, les éditions Magnificat se fixent pour mission « d’offrir à tous le trésor de la liturgie des heures », de fournir « un excellent programme de prières quotidiennes accompagnant les textes officiels de la messe » en édition papier comme en édition numérique. La maison d’édition propose des livres, des beaux livres, des bandes dessinées, des CD, des partitions, des calendriers et des cartes.


Ouvrages déjà traités:

Il n’y a plus ni homme, ni femme, ni couple hétérosexuel, ni couple homosexuel. Il n’y a plus que des gens qui s’aiment, il n’y a plus que des gens heureux.

À l’occasion de l’avant-première des capsules vidéos en faveur du mariage pour tou·te·s proposées par le Groupe Église Inclusive de l’Église Évangélique Reformée du canton de Vaud, je propose le texte de ma contribution.


Je ne prétends pas ici définir la théologie évangélique du mariage, mais présenter une théologie protestante du mariage, que j’estime à la fois fidèle à l’Évangile et pertinente dans la société contemporaine.

1.     Réflexions protestantes sur le mariage civil

  1. Les Églises protestantes distinguent le mariage et le rite ecclésial de bénédiction d’un couple.
    • Le mariage est la reconnaissance juridique et sociale d’un couple ; il ne dépend pas de l’amour des conjoint·es.
    • Il est aussi chargé de valeurs symboliques puisque des couples y célèbrent publiquement leur amour
    • La bénédiction d’un couple est investie de valeur spirituelle ; elle met en scène publiquement la reconnaissance de la fragilité du couple et la confiance que Dieu peut permettre d’assumer cette fragilité et de vivre avec elle.
    • Elle est aussi chargée de valeurs symboliques et sociales puisque des couples l’utilisent pour témoigner publiquement de leur amour et attester publiquement leur statut de couple.
  2. Les Églises protestantes, parfois avec réticence, laissent aux États la reconnaissance juridique des couples ; elles prétendent participer à leur reconnaissance sociale.
  3. Le mariage pour tou·te·s est un mariage civil ; il donne aux couples formés de deux conjoint·es de même sexe qui choisissent de se marier les mêmes devoirs et les mêmes droits qu’aux couples formés de deux conjoint·es de sexe différent qui choisissent de se marier.
  4. Chaque Église chrétienne reste libre de ne pas reconnaître les couples formés de deux conjoint·es de sexe dans sa théologie, de ne pas bénir leur mariage dans sa pratique.

Par respect de la laïcité, à titre de citoyen suisse chrétien, je laisse à la Confédération helvétique la responsabilité de régler le mariage civil.

2.     Réflexions protestantes sur le mariage

  1. L’élargissement du mariage aux couples de même sexe est un changement de société ; il reconnaît une autre forme de conjugalité que le couple formé d’une femme et d’un homme.
  2. Mais un mariage pour tou·te·s ne fait que reconnaître une réalité, l’existence de couples de même sexe.
  3. Il est vrai que la seule reconnaissance des couples de sexe différent se fonde notamment sur une conception chrétienne de la sexualité légitime et de la conjugalité. 
  4. Mais l’histoire du christianisme montre que le couple éternel formé d’une femme et d’un homme marié n’est pas la seule forme de conjugalité valorisée par la théologie chrétienne ou reconnue par les Églises chrétiennes.
    • Le Nouveau Testament évoque rarement le mariage ; il n’évoque que des mariages entre une femme et un homme.
      • Il le fait sur un mode narratif dans les évangiles : Marie promise en mariage à Joseph, mariage à Cana, paraboles sur les noces, etc.
      • Il le fait sur un mode juridique : dans les évangiles à propos de la répudiation ; dans les épîtres, comme un droit (1 Timothée 4,3).
      • Il le fait sur un mode moral comme un moyen d’éviter la débauche ou de s’en protéger (1 Corinthiens 7,36-40).
      • Il donne des principes de la vie commune : Éphésiens 5,22 et 25 exigent que les femmes soient soumises à leur mari et que les maris aiment leur femme ; Hébreux 13,4 ordonne la fidélité des deux époux.
    • Aucun de ces éléments ne permet de le réserver aux seuls couples de sexe différent ; chacun peut aussi concerner des couples de même sexe.
    • La tradition chrétienne a passionnément discuté la forme et le fond du mariage : nécessite-t-il l’amour des conjoint·es ? Est-il indissoluble ? Peut-il être contraint ? Se conclut-il seulement dans l’acte sexuel ou dans la naissance d’un enfant ? L’infidélité est-elle un adultère ? Quelles sont les causes acceptables d’une séparation ? Peut-il unir deux personnes de religion ou de confession différente ?
  5. Par ailleurs, la théologie chrétienne reconnaît la primauté de l’amour — l’amour est plus grand que la foi et l’espérance (1 Corinthiens 13,13) —, et de l’amour inconditionnel — chacun·e est aimable puisque nous sommes chacune « à la fois juste et pécheresse » et chacun « à la fois juste et pécheur » —.
    • Que l’amour soit plus grand que la foi et que nous soyons toutes et tous à la fois justes et pécheresses ou pécheurs empêchent toutes discriminations, quel qu’en soit le motif.
    • Pr conséquent, même si nous pensions que l’homosexualité était un péché — ce qu’elle n’est pas à mon avis —, nous n’aurions pas le droit d’exclure les personnes homosexuelles de l’amour de Dieu et nous ne devrions pas nous permettre de les discriminer.

Par amour inconditionnel, à titre de citoyen suisse chrétien, je souhaite que la Confédération helvétique ouvre le mariage aux couples formés de conjoint·es de même sexe.

3.     Réflexions protestantes sur la place du christianisme dans la société suisse.

  1. Martin Luther aurait conseillé de remplir le monde de chrétien avant de vouloir le gouverner chrétiennement.
  2. Or, en 2018, moins de deux tiers des Suisse·sses se reconnaissaient comme chrétien·nes (63,9 %) ; et cette proportion va en diminuant rapidement.
  3. Ainsi, aucun christianisme ne peut imposer ce qu’il croit à l’ensemble de la population vivant en Suisse.

Par respect, même si je pensais que le mariage devait être réservé aux seuls couples formés de deux conjoint·es de sexe différent — ce que je ne pense pas —, à titre de citoyen suisse chrétien, je renoncerais à imposer mes conceptions chrétiennes à l’ensemble de mes compatriotes.

4.     Références :


Sur les préférences amoureuses pour une personne de même sexe ou de sexe différent, qu’elles se concrétisent ou non par un mariage, on peut lire sur mon blogue:

Pour aller encore plus loin, on peut lire mon article scientifique sur la manière dont deux conjoints de même sexe peuvent vivre leur rite de bénédiction (en libre accès sur Serval, le dépôt institutionnel de l’Université de Lausanne):