Divers

Pour une mort qui n’est pas escamotée, visionnez « Death, Through a Nurse’s Eyes »!

Je reviens un instant sur l’éventualité d’une mort escamotée par les médias (voir mon article La mort escamotée?). Ce matin, Nicolas Demorand, coanimateur du 7-9 sur France Inter, signalait un court documentaire mis en ligne sur la page Opinion du New York Times:

Sockton, A., & King, L. (2021, février 24). Death, Through a Nurse’s Eyes. In Opinion Video. The New York Times. https://www.nytimes.com/2021/02/24/opinion/covid-icu-nurses-arizona.html

« The short film above allows you to experience the brutality of the pandemic from the perspective of nurses inside a Covid-19 intensive care unit. »
« Le court métrage ci-dessus vous permet de faire l’expérience de la brutalité de la pandémie, du point de vue des infirmières dans une unité de soins intensifs COVID-19 »

Mêlant des images filmées par une caméra fixée sur le ventre d’infirmières, les témoignage de ces mêmes infirmières et le récit d’un narrateur, cette courte vidéo (15 min. et 10 sec.) fait voir et entendre les derniers moments des malades et les soins qui leur sont prodigués.

Elle permet de partager les derniers moments des malades et l’engagement des soignantes.

Elle permet de comprendre ce que signifie mourir, mourir de la COVID-19 et mourir loin de sa famille – qui ne peut être présente qu’en visioconférence -, et sans les rites auquel on tient – le sacrement des malades est administré seulement par téléphone -.

La mort escamotée?

Laure Dasinières, journaliste pour Heidi.News (lire son article : Pourquoi la mort a disparu à la faveur de l’épidémie de Covid-19), me suggère une hypothèse : « En période de COVID-19, la mort et ses représentations seraient escamotées dans l’espace public et dans les médias ». Pas entièrement convaincu, je la mets à l’épreuve de quelques faits, pour voir si elle leur résiste.

La mort escamotée dans l’espace privé ?

Mais je commence par rappeler que la pandémie a forcé beaucoup d’entre nous à se confronter à la mort d’un·e proche, même si certaines morts ont été effectivement escamotées par l’impossibilité d’accompagner les mourant·es dans leurs derniers instants ou de prendre soin de leur cadavre.

La mort escamotée dans l’espace public ?

Il est vrai que les limites imposées, en particulier celles du nombre de participant·es aux funérailles ont pu rendre la mort plus abstraite. Car depuis un an, nous avons fréquenté moins de cimetières, vu moins de cadavres, moins de cercueils et moins d’urnes, réconforté moins de proches en pleurs, entendu moins de rappel de notre vulnérabilité. Et nous avons parfois dû participer à des obsèques à distance ce qui a limité les perceptions à la vue et à l’ouïe, ce qui a réduit notre émotion et peut-être escamoté un peu de la réalité de la mort.

Il est aussi vrai que les diverses variantes de confinements, la fermeture de commerces et l’obligation de faire des activités à distance ont pu conduire à relativiser l’importance de la mort. Pour certain·es, la mort physique est un moindre mal par rapport à l’impossibilité de travailler, de vivre des rapports sociaux et même de consommer. Le christianisme a pu contribuer à relativiser la mort au nom de l’espérance d’une vie après la mort garantie par la résurrection du Christ.

La mort escamotée dans les médias ?

Loin d’escamoter la mort, les médias l’ont littéralement mise « à la une » ! Pudiquement certes, mais ils l’ont fait. Que ce soit pour indiquer l’ampleur du drame, pour dresser le bilan quotidien du nombre de décès ou pour marquer des seuils symboliques. Mais il est vrai que la répétition du nombre des décès crée sans doute une certaine accoutumance à la mort et tend à la banaliser, si ce n’est à l’escamoter. J’en donne trois exemples récents :

L’Express: Un cimetière portugais débordé par les mort·es de la COVID-19.
Une du Temps avec l'indication du nombre de mort de la COVID-19
Le Temps: Bilan quotidien des décès dus à la COVID-19 en Suisse.
Une du New York Times comémmorant 500'000 mort·es de la Covid-19
New York Times: Symbolisation des 500’000 mort·es de la COVID-19 aux USA.

L’hypothèse d’une mort escamotée résiste-t-elle à l’épreuve de la réalité ?

L’hypothèse « En période de COVID-19, la mort et ses représentations seraient escamotées dans l’espace public et dans les médias » ne résiste qu’à moitié à la mise à l’épreuve de la réalité. Il est vrai que la mort a pu être escamotée dans l’espace public. Mais il est faux qu’elle l’ait été dans les médias.

Si la mort était escamotée serait-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Il me reste encore une dernière mise à l’épreuve de l’hypothèse, une mise à l’épreuve subjective cette fois, une mise à l’épreuve qui implique le sujet que je suis. Elle n’y résiste pas. Que la mort soit escamotée peut être rassurant, agréable, réconfortant. Mais c’est illusoire et trompeur. Car ce n’est évidemment jamais la mort qui est escamotée, mais seulement sa représentation publique et médiatique. Tant qu’il y a des mort·es, tant que la mort est présente dans les espaces intimes et privés, il faut qu’elle le soit aussi dans l’espace public et dans les médias. Il faut la présenter et la représenter pour rappeler sa mortalité à qui se croit immortel. Il faut la présenter et la représenter pour rappeler sa cruauté à qui a l’espoir de la résurrection. Il faut la présenter et la représenter pour rappeler combien la vie peut valoir la peine d’être vécue, combien il est nécessaire de la protéger.


Sur la mort et le mourir, on peut aussi lire sur mon blogue:

Livre # 3 le 1er février 2021 : « Conversations avec Dieu » par Neale Donald Walsh

Février 2021

La Bible Segond et le Missel des dimanches étant respectivement numéros 1 et 2 le 1er février 2021 (voir mes articles Livre # 1 le premier octobre 2020 : « La Bible Segond 1910 » et Livre # 1 le 1er décembre 2020 : « Missel des dimanches 2021 »), je traite du numéro 3 :

Walsh, N. D. (2003). Conversations avec Dieu — Un dialogue hors du commun (M. Saint-Germain, Trad. ; Vol. 1). J’ai Lu. 252 pages

Une citation percutante

« Ce livre traite de la plupart des questions, sinon toutes, que nous nous sommes posées sur la vie et l’amour, le but et la fonction, les gens et les relations, le bien et le mal, la culpabilité et le péché, le pardon et la rédemption, la voie qui mène à Dieu et le chemin de l’enfer… de tout. Il aborde directement le sexe, le pouvoir, l’argent, les enfants, le mariage, le divorce, le travail, la santé, l’au-delà, le pré-maintenant… tout. Il explore la guerre et la paix, la connaissance et l’ignorance, le fait de donner et le fait de recevoir, la joie et la peine. Il envisage le concret et l’abstrait, le visible et l’invisible, la vérité et l’absence de vérité. » (p.10)

Le livre

Dans son introduction, l’auteur décrit la naissance de son livre en cinq temps (p.9-12) :

  1. « Ce livre s’est manifesté à moi. »
  2. « Ma vie serait probablement plus simple si j’avais gardé tout cela pour moi. »
  3. « Malgré les inconvénients que ce live pourrait me causer […], il ne m’est plus possible d’arrêter ce processus. »
  4. « Il fallait le publier car c’est un cadeau merveilleux. »
  5. « Ce livre est “le dernier mot de Dieu à propos de tout.” »

Dans le livre, un « je » pose des questions à Dieu qui lui répond. Ce qui donne un long dialogue (le livre et le premier d’une trilogie à laquelle s’est ajouté un tome 4) entre « je » et un Dieu aussi désigné comme Dieu le Père ou le Créateur, mais aussi la Divinité ou la Déité, la Source, le Grand Invisible, l’Énergie elle-même, « Tout Ce Qui Est et Tout Ce Qui N’est Pas ».

Le livre est long, parfois compliqué, mais le cœur du message est simple. Renforcement positif, développement personnel : nous sommes une part de Dieu ; notre potentiel est illimité ; nous l’avons oublié ; nous devons nous le rappeler ; nous devons choisir entre la peur et l’amour ; tout ce qui nous arrive résulte de nos choix.

Arrivé à ce point, on peut se demander pourquoi Amazon.fr l’a placé dans la catégorie « Christianisme ». Je note d’abord que le site de vente en livre l’inclut aussi dans la catégorie « Canalisation du Nouvel Âge » et même « Cuisine & Vins », ce qui montre la rigueur des choix. Mais plus fondamentalement, l’auteur fonde son livre sur une culture largement chrétienne, qu’il vient corriger et contester. Il mentionne des concepts théologiques : la crucifixion, le péché, l’enfer, etc. ; il évoque des textes bibliques : « Bénis soient ceux qui sont centrés sur le Soi, car ils connaîtront Dieu » (cf. évangile attribué à Matthieu chapitre 5) ou « Tu peux imaginer quel genre d’énergie créatrice se déchaîne chaque fois que deux personnes ou plus se rassemblent en Mon nom » (cf. évangile attribué à Matthieu chapitre 18,20) ; il relit les dix commandements en les transformant en dix engagements : « 5. Tu sauras que tu as trouvé Dieu quand tu verras que tu ne tues pas (c’est-à-dire : tuer volontairement, sans raison) » (p. 122); mais si le christianisme l’inspire, l’auteur ne se montre jamais sectaire quant aux références religieuses qu’il mobilise ; s’il fait de nombreuses mentions de Jésus, il convoque aussi le Bouddha, Moïse ou Krishna. Et toujours, il conteste et corrige ce qui a été dit, fait, pensé, enseigné, comme en témoigne ce dialogue :

— « Mais ma vérité à propos de Dieu vient de Toi.

— Qui a dit cela ?

— D’autres.

— Quels autres ?

— Des leaders. Des pasteurs. Des rabbins. Des prêtres. Des livres. La Bible, pour l’amour du ciel !

– Ce ne sont pas des sources autorisées. » (p. 21)

Ce qui peut séduire

Si un livre vous donne les clefs pour être riche, en bonne santé et avoir du sexe heureux, allez-vous le lire ?

Mon avis

(—) « Qu’allez-vous pouvoir faire avec ce charabia Nouvel Âge ? » m’a demandé le libraire chez qui j’achetais le livre. Aujourd’hui, je lui répondrai: « Franchement pas grand-chose ! » Je n’aime pas la forme — l’auteur devrait prendre ses responsabilités et assumer ce qu’il veut transmettre — , je n’aime pas le fond : croire en Dieu ne garantit pas la prospérité. De plus, le message est immunisé, c’est-à-dire qu’il rend impossible toute discussion Essayez donc de contester une telle affirmation : j’ai voulu tout ce qui m’arrive et même si je n’ai pas voulu ce qui m’arrive, je l’ai quand même voulu ! Paradoxalement, pour un livre qui vise le renforcement positif, il prend le risque de culpabiliser et de frustrer. Car si tout est possible et qu’il me revient de me créer ce possible, alors à qui dois-je en vouloir, si j’échoue ? À moi, à moi-même, à moi seulement, à moi tout seul ! Je ressens dans ma chaire l’effet pervers d’un tel discours : la vie est difficile, mais en plus, c’est de ma faute !

(+) Je reconnais cependant deux mérites à ce livre. J’ai apprécié certaines de ses reformulations, par exemple quand l’auteur évoque l’Esprit comme désincarnation de Dieu (voir mon article L’Esprit comme désincarnation d’un Dieu incarné). Sa lecture m’a obligé à repasser ma théologie au peigne fin, en me demandant si elle résistait aux critiques formulées par Neale Donald Walsh. Car je l’admets: même ce livre peut me transmettre la parole de Dieu.

L’auteur

La lecture de l’ouvrage donne quelques informations sur l’auteur : il doit être chrétien, puisque Dieu évoque « ta religion chrétienne » (p.71). Deux pages de questions (p.93-94) disent beaucoup de ses centres d’intérêt. Un peu injustement, j’en sélectionne quelques-unes : « Que faut-il que je fasse […] pour obtenir un minimum de succès ? » « Pourquoi est-ce qu’on dirait que je ne peux jamais attirer suffisamment d’argent dans ma vie ? » « Comment puis-je résoudre certains des problèmes de santé que j’affronte ? » « Si je choisis de faire un travail de guérison dans le monde (l’œuvre de Dieu), puis-je faire cela et atteindre l’abondance financière ? » « Pourquoi as-tu fait du sexe une expérience humaine si bonne, si spectaculaire, si puissante, si nous devons nous en abstenir autant que possible ? ».

Sa page Wikipédia précise qu’il est né le 10 septembre 1943 à Milwaukee, dans le Wisconsin et « qu’il est principalement connu pour ses livres dans lesquels il transcrit ses “conversations” avec Dieu survenues à la suite d’un accident de voiture qui provoqua une crise majeure dans sa vie ». Elle ajoute que sa trilogie Conversations avec Dieu s’est vendue à 7 millions d’exemplaires dans le monde.

Le site « Conversations with God » qui est une véritable entreprise spirituelle vend les produits de Neale Donald Walsh : des livres, des applis, des DVD, des cours à distance, des enregistrements audio, des cartes de vœux, des retraites, un programme de mentorat. Mais il y a aussi un onglet « free content », « contenu gratuit ».

Le traducteur Michel Saint-Germain est un journaliste et écrivain québécois (vois sa fiche sur LinkedIn).

La maison d’édition

Le livre est publié aux éditions J’ai Lu. Selon leur site, leur ambition est « d’offrir au plus grand nombre un panorama des différentes littératures actuelles ». Il est paru dans la collection Aventure secrète autoproclamée « LA collection historique d’ésotérisme en France ».


Ouvrages déjà présentés:

Corrigé le 15 février à 17h40.

« Les meilleures ventes en christianisme »: février 2021

Incroyable, mais vrai, les deux premiers livres dans la catégorie « Christianisme » sur Amazon.fr au mois de février sont deux livres qui ont déjà été numéro 1 (La Bible Segond et Le Missel des dimanches). Ce mois-ci, je traiterai donc du livre numéro 3, encore un livre de conversation avec une puissance supérieure: après Jésus, une conversation avec Dieu!

  • À découvrir le 15 février : Neale Donald Walsh (traduction de Michel Saint-Germain) (2003). Conversations avec Dieu – un dialogue hors du commun (tome 1). J’ai lu: 256 pages.

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.

Livre # 2 le 1er janvier 2021 : « Un moment avec Jésus chaque jour de l’année »

Janvier 2021

La Bible Segond 2010 étant de nouveau le meilleur vendeur au 1er janvier 2021, je traite du numéro 2: Sarah Young. Un moment avec Jésus chaque jour de l’année. Éditions Ourania. Édition du Kindle, 400 pages.

Une citation percutante

« 15 janvier : Mon visage brille sur toi, reflétant la paix qui dépasse tout ce que l’on peut comprendre. Tu as beau être au cœur d’un océan de problèmes, tu es face à face avec moi. C’est moi qui suis ta paix. Tant que tes pensées sont orientées vers moi, tu es en sécurité. Si tu gardes ton attention sur tes nombreux problèmes, tu finiras par t’écrouler sous le poids de tes fardeaux. Si cela arrive, crie simplement : “Jésus, aide-moi !” et je te relèverai. Plus tu vis près de moi, plus tu seras en sécurité. Les circonstances ont beau te ballotter et des vagues menaçantes déferler à l’horizon, garde le regard sur moi : je ne change jamais. Le temps d’arriver jusqu’à toi, les flots se seront ajustés à mes plans. Je suis constamment à tes côtés et je t’aide à affronter les vagues d’aujourd’hui. L’avenir est un fantôme qui cherche à t’effrayer. Ne te préoccupe pas de lui et reste tout près de moi. Philippiens 4.7 ; Matthieu 14.30 ; Hébreux 12.2 » (page 30)

Le livre

Après une introduction où l’auteure raconte ce qu’elle veut dire d’elle, de son inspiration et de la genèse de son livre, elle propose pour chaque mois puis pour chaque jour de l’année (oui, même pour le 29 février) une courte méditation qu’elle écrit en « je », au nom de Jésus. Son texte souligne en italique « les paroles mêmes de la Bible (qu’il s’agisse de paraphrases ou de véritables citations) ». Elle ajoute les références bibliques des versets qui lui revenaient en mémoire « durant [s] es temps d’écoute de Dieu ». Ils servent « d’appui au texte » ou qui permettent « d’approfondir le thème abordé » (p. 13).

  • La méthode: Sarah Young décrit sa méthode pour « chercher sérieusement Dieu ». « Je démarrais mes journées seule avec lui, équipée de ma Bible, de mon livre de méditations, de mon journal de prière, d’un stylo et d’un café. Alors que je restais simplement tranquille dans sa présence, il a commencé à se révéler à moi. Une heure ou deux avec lui, cela passait trop vite » (page 10). Elle s’est directement inspirée d’un autre livre, God Calling (en lire la présentation en anglais seulement), « écrit par deux “auditrices” anonymes : des femmes qui savaient attendre patiemment dans la présence de Dieu, cahier et stylo en main, pour retranscrire les messages qu’elles recevaient de sa part. Elles les ont écrits à la première personne, le “je” désignant Dieu. » Comme ces deux femmes, elle a « donc décidé de me mettre à son écoute [du Seigneur], un stylo à la main, et de mettre par écrit tout ce [qu’elle pensait] recevoir de sa part » (page 12). Elle conseille de lire ses textes « lentement et dans un endroit calme » en prenant « de quoi relever vos pensées ou impressions. » (page 14)
  • Le contenu: Sarah Young le dit et le répète, l’expérience de la présence divine apporte du « bien-être » (page 11), les « directives » sont « encourageantes », les messages abordent « la confiance, la peur et l’intimité avec Dieu » (page 12). Dieu veut la fortifier et l’encourager, la détourner des « “légères difficultés du moment présent” (2 Corinthiens 4.17) », le Seigneur qui « aspire plus que nous encore à de tels moments de calme ensemble » veut que nous abandonnions nos préoccupations (p. 13).

Ce qui peut séduire

Le livre est la traduction française de Jesus Calling® le® indiquant que le titre est devenu une marque de commerce. Selon le site jesuscalling.com, le livre se serait vendu à plus de 30 millions d’exemplaires. Il existe même sous la forme d’une application.

Le succès du livre me semble venir à la fois de sa forme et de son fond. De sa forme, puisqu’i propose une courte méditation pour chaque jour de l’année. Qu’il soit surtout acheté au début de l’année ne m’étonne donc pas. Il a l’avantage d’être réutilisable, puisqu’il n’est pas ms à jour. Il n’en existe qu’une seule version que l’on peut relire année après année. De son fond, parce qu’il transmet un message de réconfort et de renforcement positif : nous pouvons « jouir de la présence et de la paix de Jésus » (p. 13).

Enfin, le livre est porté par des influenceurs. En 2019, on a vu le footballeur français Olivier Giroud, posé en train de lire Un moment avec Jésus !

Photo parue dans Le Parisien le 7 septembre 2019.

Mon avis

(+) J’apprécie d’abord le fait qu’un livre écrit par une théologienne protestante devienne un succès de librairie. Je constate que les gens apprécient un livre simple, pratique, dont on peut lire une page chaque jour. Quant au fond, je trouve les méditations un peu sirupeuses, un peu mielleuses, un peu cheesy. Mais une théologie qui fait du bien peut-elle faire du mal ? Oui, comme je l’explique plus bas !

(– ) J’ai deux critiques à formuler, une sur la forme une sur le fond. De nombreux commentaires qui critiquent la méthode choisie par Sarah Young, cette prétention à écrire au nom de Jésus. Je les partage, car c’est bien ses messages qu’elle propose. Même s’ils lui viennent dans l’espace que lui ouvrent de longs temps de prières et de silence, même s’ils sont nourris par sa lecture fréquente et attentive de la Bible, ses messages sont et restent ses messages, ni plus ni moins. Ce qui ne leur enlève ni ne leur ajoute rien, mais en relativise la portée. Et qui rend plus difficiles les éventuelles critiques, puisqu’elles seraient alors des critiques de Jésus. Évidemment, un livre titré Sarah Young Calling ou Un moment avec Sarah Young serait moins vendeur… Plus fondamentalement, je trouve qu’avec son message très positif, l’autrice tombe dans l’escroquerie théologique. Car il est évidemment facile d’aborder la vie avec confiance et de vivre en paix quand on est une femme blanche étatsunienne diplômée qui, comme elle l’écrit, n’affronte que de « légères difficultés du moment présent » (référence à 2 Corinthiens 4,17) : attendre un visa pour l’Australie et se faire ôter deux mélanomes, toujours comme elle l’écrit. Mais pour beaucoup de chrétien·nes, la vie est difficile, voire horrible. Et faire croire que se mettre à l’écoute de Dieu suffirait à la rendre meilleure est faux, injuste, indigne et culpabilisant. Moi, je crois que Jésus n’est pas venu apporter seulement la paix, mais aussi l’épée, que le monde nous donne quelques raisons de nous de nous révolter et que nous sommes appelé·es à le rendre meilleur. C’est ce que je crois et je l’assume.

L’autrice

Dans son introduction, Sarah Young (lire sa biographie sur son site Internet) donne quelques indications sur sa vie, des éléments soigneusement choisis pour donner d’elle une image conforme à ce qu’une chrétienne doit être.

Fille d’un professeur d’université, diplômée en philosophie de l’université de Wellesley, elle a « presque achevé [s]on master à l’université de Tufts » puis obtenu un master en relation d’aide et études bibliques au Covenant Theological Seminary à Saint-Louis et encore « un autre diplôme en relation d’aide, à l’université d’État ». Elle a épousé Steve « missionnaire de troisième génération au Japon », un « mari bon et aimant ». Deux enfants, leur sont nés, une fille et un garçon « qui [font] la joie de [s] a vie ». Ils ont notamment vécu au Japon, à Atlanta et à Melbourne des lieux où elle a « soutenu son mari dans l’implantation d’Églises ». Elle a travaillé comme rédactrice technique en Virginie, « dans un centre chrétien » à Atlanta pour « aider des femmes profondément blessées à trouver la guérison en Christ » et à Melbourne, « pratiquant la relation d’aide avec des femmes australiennes qui, pour certaines, avaient un passé d’abus et de liens spirituels terribles ». Elle a subi « quatre interventions chirurgicales, dont deux pour enlever un mélanome ».

Elle raconte plusieurs phases qui me semblent être autant de conversions :

  • La lecture du livre de Francis A. Schaeffer Démission de la raison ayant répondu « à des questions [qu’elle avait] depuis longtemps considérées comme sans réponse », elle est partie pour loger et étudier dans une branche de la communauté chrétienne L’Abri, fondée par les époux Schaeffer dans les Alpes suisses, à Huémoz-sur-Ollon. Lors d’une promenade solitaire dans la forêt et la nuit, alors que « l’air était sec et glacial, vivifiant », elle a senti « un brouillard chaud l’envelopper » et elle a su qu’elle appartenait à Jésus.
  • Aux États-Unis, alors qu’elle « en plein deuil d’une relation amoureuse sérieuse », elle errait « sans buts dans les rues d’Atlanta » elle voit des livres dans une vitrine et se met à lire Beyond Ourselves de Catherine Marshall. Elle s’agenouille, elle sent « une présence pleine de paix et d’amour » et sait que Jésus est avec elle, « compatissant à [s] a peine de cœur ».
  • Pendant les 16 ans qui suivent, « pas une seule fois », elle n’expérimente « de façon tangible la présence de Jésus ». Mais elle lit The Secret of the Abiding Presence d’Andrew Murray et commence « à chercher sérieusement la présence de Dieu » : « il a commencé à se révéler à moi ».
  • Un jour qu’elle prie, elle se sent « soudainement enveloppée d’une lumière étincelante et d’une paix profonde », une expérience qu’elle n’a pas recherchée, mais qu’elle reçoit « avec reconnaissance ».
  • Quand elle lit God calling, elle se demande si elle aussi peut « recevoir des messages de la part de Dieu » et décide de se mettre à l’écoute de Dieu. Comme l’écoute de Dieu « fait grandir [s] on intimité avec lui plus que toute autre pratique spirituelle », elle décide de « transmettre certains messages reçus ».

Sur le site jesuscalling.com, elle indique qu’elle est membre d’une Église protestante étatsunienne, la Presbyterian Church in America.

La maison d’édition

Sur leur site Internet, Les éditions Ourania se présentent ainsi :

« Les éditions Ourania [du mot grec ouranos, le ciel] s’intéressent à la façon dont les réalités spirituelles peuvent influencer notre quotidien, que nous soyons croyants ou non. Elles proposent des biographies ainsi que des ouvrages de réflexion sur l’éthique et diverses problématiques actuelles dans le but d’accompagner un cheminement de foi. Leur force réside dans la capacité à proposer des histoires authentiques, des parcours de vie à a fois atypiques et profondément inspirantes. Au fil de pages se dessine un message d’espoir qui ne peut laisser quiconque indifférent. Chaque ouvrage est une invitation à entreprendre un voyage avec son auteur et ses réflexions. »

Ouvrages déjà  présentés:


« Les meilleures ventes en christianisme »: janvier 2021

Comme c’est encore une fois la Bible Segond 1910 qui est en tête des ventes dans la catégorie « Christianisme » sur Amazon.fr au mois de janvier (voir mon article Livre # 1 le premier octobre 2020 : « La Bible Segond 1910 », je lirai donc le numéro 2. Un livre que je n’aurais jamais lu de mon plein gré.

  • À découvrir le 15 janvier : Sarah Young (2014), Un moment avec Jésus : Chaque jour de l’année. Ourania, 400 pages.

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.