Sport et religion

Triathlon, sélection, fédération, piège à c…

J’ai écrit dans mon ouvrage Une théologie du Canadien que je ne pouvais pas faire du sport ma religion parce qu’il était trop sélectif. Je lui préfère le judéo-christianisme qui est électif, ne jugeant pas les gens sur leurs mérites.

Sur #RTSsport, je lis aujourd’hui une preuve attristante des limites du sport. L’article s’intitule: Triathlon: elles gagnent main dans la main puis sont disqualifiées.

C’est l’histoire de deux triathlètes britanniques, Jessica Learmonth et Georgia Taylor-Brown, qui en tête de leur course, franchissent ensemble la ligne d’arrivée.

Oui, mais…

« Arrivées main dans la main sur la ligne d’arrivée, la Fédération internationale (ITU) a toutefois décidé d’appliquer à la lettre le paragraphe 2.11.f de son règlement qui dit que: « des athlètes qui finissent la course à égalité de façon intentionnelle en ne faisant aucun effort pour séparer leur temps d’arrivée seront disqualifiés ». »

Qu’est-ce que le monde du sport peut parfois être triste et laid!

Que dit #Neymar en citant la Bible ?

Samedi dernier (13 juillet 2019), le footballeur brésilien Neymar Jr (découvrir sa biographie sur Wikipédia) a publié sur son compte Instagram (@neymarpai_) une vidéo ou il s’approprie un verset biblique (la regarder sur le site de L’Équipe):

«Toda arma forjada contra mim não prosperará, toda língua que ousar contra mim em juízo, Deus a condenara esta é a herança dos servos do Senhor, e o direito que procede Dele, diz o Senhor. Isaías 54:17»

Neymar s’approprie ce verset en remplaçant les «toi» par des «moi»; au lieu d’apostropher Dieu avec un «tu» et de le faire répondre avec un «je», il désigne Dieu par une troisième personne. Ce qui donne en français en mettant les modifications en évidence:

«Toute arme forgée contre moi ne pourra prospérer, toute langue qui s’élèvera en justice contre moi, Dieu la condamnera. Voilà le patrimoine des serviteurs du SEIGNEUR, la justice qui leur vient de Lui — déclaration du SEIGNEUR.» Ésaïe, chapitre 54, verset 17.

Qu’un joueur de football brésilien cite la Bible n’est pas exceptionnel. Beaucoup sont chrétiens évangéliques et aiment partager leur convictions.

Mais comme la vidéo contient un logo du FC Barcelone et que la rumeur veut que Neymar retourne dans ce club qu’il avait quitté en 2017 pour jouer au Paris Saint-Germain, les réseaux sociaux et les médias ont appliqué le verset d’Ésaïe à cette situation précisément.

Si je comprends bien (mais le théologien universitaire a parfois du mal à comprendre la théologie populaire), «toute arme forgée contre moi sera sans effet» devrait signifier que le contrat qui retient Neymar au PSG est une arme forgée contre lui, mais qu’elle ne l’empêchera pas de retourner jouer à Barcelone.

C’est peut-être exact. Mais je crois que la déclaration est plus large. Car Neymar est accusé d’un viol qu’il conteste, et qu’une blessure, peut-être «diplomatique», l’a empêché de jouer la Copa América que son pays vient de remporter.

Je dirais donc qu’avec cette citation biblique, Neymar fait une confession de foi: comme serviteur de Dieu, il bénéficie de la protection divine. Dieu transforme le mal qu’on lui fait en bien. Dieu lui rendra justice. Quoiqu’il arrive et dans tous les aspects de sa vie.

Des religions dans la finale de la #CoupeDavis et dans @LeMondefr

Le quotidien français Le Monde multiplie les métaphores religieuses pour évoquer la finale de la Coupe Davis de tennis: « Coupe Davis: une terre pas si promise« . Petit décryptage.

Aumônerie sportive: question de reconnaissance

Au cours d’un entretien à la Radio suisse romande (Sport et religion sont-ils faits pour s’entendre?), j’ai tout à coup compris comment formuler ce que l’aumônerie peut apporter aux sportives et aux sportifs.

Sandrine Ray, la seule aumônière en Suisse romande, avait préparé le terrain lors d’une conférence à l’Université de Lausanne («Expérience d’aumônerie en club et aux jeux»). Elle avait signalé que l’aumônier ou l’aumônier est la seule personne dans l’entourage d’un·e athlète à s’intéresser à l’être humain qu’il ou elle est. Car il ou elle n’a pas pour objectif de lui permettre d’être plus performant, mais simplement de l’aider à mieux vivre.

Tout tourne alors autour de la notion de reconnaissance: pour quoi (en deux mots) un·e athlète est-il, est-elle reconnu·e? La plupart du temps et pour la plupart des gens, c’est pour ce qu’il, qu’elle fait: reconnu·e par le public pour sa performance; reconnu·e par les médias pour ses résultats; reconnu·e par un pays pour les médailles qu’il, qu’elle remporte; reconnu·e par un club pour l’argent qu’il, qu’elle rapporte; reconnu·e par les partisans pour le plaisir qu’il, qu’elle leur donne; peut-être même reconnu·e par sa famille pour la gloire qu’il, qu’elle lui apporte.

L’aumônière, l’aumônier rappelle à l’athlète qu’il, qu’elle est d’abord un être humain ; reconnu·e simplement pour ce qu’il, qu’elle est; reconnu·e, quels que soient sa performance et ses résultats; reconnue·e qu’il, qu’elle gagne ou qu’il, qu’elle perde; reconnu·e peu importe qu’il, qu’elle réussisse ou qu’il, qu’elle rate; reconnu·e parce qu’il est, parce qu’elle est un être humain.

Et l’aumônière, et l’aumônier rappelle à l’athlète que si la reconnaissance ne vient pas — ou quand la reconnaissance ne viendra plus — ni du public, ni des médias, ni de son entourage, ni de son pays, ni de sa famille, elle lui vient toujours de Dieu. Pas pour ce qu’il, qu’elle fait, simplement parce qu’il, qu’elle est. Et parce qu’il, qu’elle est toujours reconnu·e par Dieu, l’athlète peut toujours être fière d’elle, fier de lui.

Décryptons les métaphores religieuses utilisées dans le sport. Aujourd’hui : « Marcher sur l’eau »

J’ai repéré une nouvelle métaphore religieuse pour qualifier les exploits des sportifs et des sportives : ils ou elles « marchent sur l’eau ».

À l’évidence, une telle expression fait référence à cet épisode biblique où Jésus traverse un lac à la marche :

Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Et, après avoir renvoyé les foules, il monta dans la montagne pour prier à l’écart. Le soir venu, il était là, seul. La barque se trouvait déjà à plusieurs centaines de mètres de la terre ; elle était battue par les vagues, le vent étant contraire. Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C’est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris. Mais aussitôt, Jésus leur parla : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » S’adressant à lui, Pierre lui dit : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » — « Viens », dit-il. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. Mais, en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » (La Bible, évangile attribué à Matthieu, chapitre 14)

Le sens de l’expression est limpide : comme Jésus, la sportive ou le sportif qui marche sur l’eau se révèle plus fort·e que les lois de la nature. Comme Jésus, il ou elle est capable de maîtriser ce qu’en général personne ne peut maîtriser, de dominer les aléas, de faire disparaître la glorieuse incertitude du sport. Encore plus, il ou elle a le pouvoir de sauver une équipe que le doute pourrait (mais ne devrait pas) menacer !

Notons qu’il existe une autre manière de traverser l’eau à pied sec, celle qu’utilisent Moïse et le peuple d’Israël pour traverser la mer Rouge.

Moïse étendit la main sur la mer. Le SEIGNEUR refoula la mer toute la nuit par un vent d’est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent, et les fils d’Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux — tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers — jusqu’au milieu de la mer. (La Bible, livre de l’Exode, chapitre 14)

À ce jour, je n’ai pas repéré qu’elle soit utilisée dans les médias sportifs. Seuls les bateaux fendent les eaux, ce qui ne relève pas du miracle à proprement parler.

Mais je la suggère à qui voudra faire preuve d’originalité.


P.S. Par souci de cohérence et pour sauver ma crédibilité, je supplie le lecteur ou la lectrice de ne pas lire mon article « Pour mettre un frein à l’usage des métaphores religieuses dans les médias sportifs » !

L’évangile selon #Federer

Donc, on résume:

Parce que Roger Federer a été touché par la grâce…

Le quotidien suisse Le Matin affiche en manchette:

Manchette du Matin

… il est devenu immortel!

Le quotidien L'Equipe titre une photo de Roger Federer:

Titre de L’Équipe

Notons que, comme pour les quatre « évangiles de Jésus Christ », ce n’est pas le héros qui en est l’auteur.