Sport et religion

Savoir prendre de la distance sociale avec soi-même

Il arrive au théologien du quotidien de courir. Ce matin, il l’a fait. Juste derrière quatre personnes qui marchaient côte-à-côte, il entend un coureur apostropher le groupe:

— Et la distance sociale?

L’un des membres du groupe lui réplique:

— C’est facile de la respecter quand on est seul!

Le cerveau stimulé par la course, le théologien du quotidien ajoute habilement:

— Encore faut-il savoir prendre de la distance avec soi-même.


Pour justifier son salaire de professeur d’université, il précise qu’il s’inspirait d’un livre du philosophe protestant Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Seuil, 1990. Par solidarité, mais sans savoir si le téléchargement est légal, il signale que le livre est disponible en libre accès sur le site palimpsestes.fr.

Devenir meilleur.e ou « meilleur.e que »?

Lors du 2nd Global Congress on Sport and Christianity, le théologien Miroslav Volf (visiter sa page personnelle sur Wikipedia) a résumé l’évangile dans une conception qui me convient parfaitement, dans le sport comme dans le reste de ma vie.

Je la reformule ainsi:

« Vraiment, il est juste et bon de vouloir devenir meilleur.e. Mais en vérité, je vous le dis, il est inutile et dangereux de vouloir devenir meilleur.e que quelqu’un.e d’autre. »

Ce qui fait toute une subtile différence.

La foi, c’est aussi la révolte

Lors du Second Global Congress on Sport and Christianity, une conférencière présente le rôle de la religiosité dans le processus psychologique de réhabilitation des athlètes après une blessure (je traduis et raccourcis son titre plus long et en anglais). Elle mentionne les «réponses affectives» et dresse la liste des «sentiments religieux». Je cite:

«Calme, sérénité, paix. Compassion et pardon. État d’esprit positif. Empathie. Gentillesse et humilité. Patience. Reconnaissance et gratitude. Harmonie.»

Toutes ces qualités facilitant la réhabilitation, elle conclut que la religiosité joue un rôle positif pour celles et ceux qui sont victimes de blessure.

Moi, je veux bien. Mais!

Mais dans mon Évangile à moi, la religiosité, c’est avoir confiance en Dieu. Et avoir confiance en Dieu c’est aussi l’angoisse, le désespoir, le sentiment d’injustice, l’insatisfaction, l’exigence et l’impatience. Avoir confiance en Dieu, c’est aussi la plainte, la colère, la révolte et la rébellion. Avoir confiance en Dieu, c’est aussi vouloir mieux pour le monde, pour les autres et pour soi-même. Avoir confiance en Dieu, c’est vouloir, c’est attendre toujours plus et même ce qui paraît impossible.

Et je crois que ce sont aussi des qualités et je crois qu’elles jouent un rôle positif pour la réhabilitation de celles et ceux qui sont victimes de blessure. Dans le sport comme partout.

Et s’il fallait plutôt prier pour les athlètes?

Pour revenir sur les vitraux mettant en valeur des athlètes (voir mon article Saint·es athlètes, priez pour nous!), je signale ce vitrail surnommé « Sports Bay » dans la cathédrale épiscopalienne Saint John the Divine à New York.

Saint John the Divine, Sports Bay (détail) ©gettyimages

Y figurent la représentation de sports populaires aux USA. De bas en haut et de gauche à droite, j’ai identifié :

  • la boxe, le bowling, le tir à l’arc, l’aviron et le tir au pistolet ;
  • le hockey sur glace, la course automobile, le football (américain), la chasse, la luge, le football (soccer) et le cricket ;
  • le base-ball, la natation, le basketball, le ski, la voile et le polo ;
  • le tennis, le patinage artistique, l’escrime, la pêche, le vélo et le golf.

Et celle de neuf épisodes bibliques plus ou moins liés au sport (de bas en haut et de gauche à droite) :

  • Ésaü chassant une biche (Genèse 27) et Élie courant plus vitre que le char d’Achab (1 Rois 18).
  • Jacob luttant avec un ange (Genèse 32) et Samson tuant un lion (Juges 14).
  • David tenant sa fronde à la main (1 Samuel 17) et les disciples tirant au sort le remplaçant de Judas (Actes 1).
  • Paul recevant la couronne du vainqueur (1 Corinthiens 9 et 2 Timothée 4) et proposant les chaussures de la paix, la ceinture de la vérité et le bouclier de la foi (Éphésiens 6).
  • Et dans la rosace, un cheval blanc que monte un cavalier s’appelant Fidèle et Véritable (Apocalypse 19).

Le site de la cathédrale précise l’intention du vitrail :

Qu’une cathédrale mette en valeur les sports et les loisirs peut sembler un choix improbable. Mais comme l’a dit le Très Révérend William T. Manning, évêque de New York au moment de la création du vitrail des sports [1928] : « Notre jeu et notre travail occupent une vraie place dans notre vie et dans notre prière ».

Convaincu par sa fille Elizabeth Manning qui avait assisté aux Jeux olympiques à Paris en 1924, il avait précisé :

Un sport propre, intègre et bien régulé est le moyen le plus puissant pour vivre en vérité et debout. Il fait s’exprimer et se développer les qualités qui sont essentielles à de nobles virilité et féminité.


(modifié le 21 octobre à 21h45)

Saint·es athlètes, priez pour nous!

La Française des jeux propose une application « Parions sport ». Pour sa campagne de publicité, elle n’hésite pas à surjouer la dimension religieuse du sport. Voyez plutôt!

Jesus shoes, une chaussure déjà culte

MSCHF, un digital culture studio de Brooklyn a transformé une chaussure de sport Nike pour en faire ce qu’elle a baptisé des « Jesus shoes ».

Inutile de chercher à l’acheter. Sitôt mise en vente, sitôt épuisée!