Au culte protestant, mes ami·es!

Où peut-on rencontrer des gens connus et inconnus, passer deux heures dans un lieu historique, voir des bouquets, trembler pour une funambule, découvrir un texte vieux de 2000 ans, écouter un discours de motivation, du Bach et du Brel, de la flûte traversière et de l’orgue, chanter, manger du pain et boire du vin, faire un don pour aider les autres?

Où peut-on se sentir membre d’une communauté et se sentir béni?

Au culte protestant, mes ami·es!


Désolé la Bible, il n’y a pas de temps pour tuer

Dans une réunion d’Eglise, j’ai entendu ce texte tiré du livre biblique du Qohélet ou de l’Ecclésiaste comme il est traditionnellement nommé en christianisme.

« 1 Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel : 2 un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher le plant, 3 un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour saper et un temps pour bâtir, 4 un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, 5 un temps pour jeter des pierres et un temps pour amasser des pierres, un temps pour embrasser et un temps pour éviter d’embrasser, 6 un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, 7 un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, 8 un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps de guerre et un temps de paix. » Qohélet 3, Traduction œcuménique de la Bible

En général, j’aime bien le Qohélet et sa théologie un peu désabusée, si peu religieuse. Mais là, je dis non. Je ne dis pas non au texte dans son entier — j’aime cette alternance des temps —, mais je dis non au verset 3. Il n’y a pas de temps pour tuer. Il ne peut pas y avoir de temps pour tuer. Il ne doit pas y avoir de temps pour tuer.

Ce qui est écrit est écrit. Et Qohélet est responsable de son texte. Visiblement, il y a eu un temps où l’on a cru qu’il y avait un temps pour tuer. Et visiblement, il y a eu un temps où l’on a pensé que l’expression « il y a un temps pour tuer » méritait de figurer dans la Bible.

Mais comment dans une réunion d’Église au 21e siècle peut-on lire tranquillement, lire religieusement ce texte avec le verset 3? Comment dans une réunion d’Église peut-on écouter tranquillement, écouter religieusement ce texte avec le verset 3? Croit-on vraiment qu’il y ait un temps pour tuer? Et si oui, va-t-on en pofiter ? Suffit-il qu’une phrase figure dans la Bible pour qu’on la lise sans aucun sens critique?

Dans cette réunion d’Église, j’ai craqué. J’ai dit mon désaccord et mon désarroi. Je ne suis pas sûr d’avoir suscité autre chose que de l’incompréhension ou de la condescendance. D’où cet article sur mon blogue.


À propos de mes doutes sur l’autorité de la Bible, on peut lire ma prédication « La Bible ne parle pas, la Bible ne dit rien ».

Un cours cet automne: « 808 images médiévales de la Cène »

Cet automne, je donne à l’Université de Lausanne un cours intitulé « 808+ images médiévales de la Cène ».

Pour la première fois, j’y partage les résultats d’une recherche débutée en 2011 à l’Université de Montréal; poursuivie à Tours au Centre d’études supérieures de la Renaissance et à l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation; menée sur Internet et dans les églises, les couvents, musées et les bibliothèques d’Allemagne, d’Angleterre, d’Autriche, de Belgique, du Canada, du Danemark, d’Espagne, des États-Unis, de France, d’Italie, des Pays-Bas, du Portugal et de Suisse; et donc conclue en 2021 à l’Université de Lausanne.

La voici résumée en une mosaïque!

© Olivier Bauer 2021

Le cours est hybride ou co-modal, à la fois en présence et à distance. Il a lieu les vendredis 24 septembre, 8 et 22 octobre, 5 et 19 novembre, 3 et 17 décembre 2021 de 12h15 à 16h00.

Voici le cours, résumé en une phrase :

« 10 années de recherche à propos des aliments figurant sur des images médiévales de la Cène m’ont permis d’identifier, documenter et analyser 808 représentations échelonnées entre 500 et 1500. Le cours permettra de parcourir cet inventaire en rapport avec trois cadres théoriques — l’histoire de l’alimentation, celle des images et celle de l’eucharistie — et d’évaluer la valeur théologique des images et de quelques-uns de leurs éléments : place de Jésus et de Judas, forme de la table, aliments, etc. »

Vous pouvez lire ou télécharger le plan de cours (format PDF) en cliquant sur ce lien: « 808 images médiévales de la Cène ».

Mon cours est destiné aux étudiant·es de Master des facultés de théologie des universités de Genève et Lausanne. Mais je vous y accueille volontiers en tant qu’auditrices et auditeurs libres, c’est-à-dire sans évaluation, quelque soit votre niveau d’études ou votre formation. Vous pouvez le suivre en présence à l’Université de Lausanne ou à distance sur Zoom.

Si vous êtes intéressé·e à participer au cours, remplissez ce formulaire en écrivant brièvement qui vous êtes et quel est votre intérêt pour ce cours.

En attendant le cours ou à la place du cours, vous pouvez consulter ce que j’ai écrit, dit ou montré sur la Cène et sur des Cènes, sur mon blogue, en consultant la page « La Cène » ou dans des publications en libre accès :

Les oreilles du Christ

En rappel ou à découvrir, ces « oreilles de crisse » – « crisse » étant un euphémisme pour « Christ » – que l’on peut manger au Québec. Que les oreilles du Christ soient « pur porc » dit quelque chose d’une certaine volonté chrétienne de déjudaïser Jésus!

Livre # 5 le 1er août 2021: « Où cours-tu? Ne sais-tu pas que le monde est en toi? »

Août 2021

Christiane Singer (2001), Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le monde est en toi ? Livre de Poche, 153 pages.

Une citation percutante

« La devise des grandes entreprises de pompes funèbres américaines : “Mourrez et nous ferons le reste” est dans notre société contemporaine transformée en un : “Naissez et nous ferons le reste !” J’entends là un ordre diabolique de dépossession. Voilà ce pacte qu’à un moment donné nous avons conclu : “Tu promets d’oublier que tu es un enfant de Dieu et de devenir un malheureux citoyen ?” “Oui, je promets.” “Tu promets d’oublier que le monde t’a été confié et de sombrer dans une impuissance profonde ?” “Oui, je promets.” “Tu promets de toujours confier à quelqu’un d’autre la responsabilité de ta propre vie, à ton époux, à un professeur, à un prêtre, ou à un médecin ou, en cas d’émancipation ou d’athéisme, à la publicité ou à la mode ?” “Oui, je le jure.” Ce qui a l’air d’une parodie est la réalité de notre existence. La plus grande part de notre énergie, nous l’utilisons pour oublier ce que nous savons. » (p. 58)

Le livre

Le titre du livre vient d’une citation du mystique allemand Angelus Silesius (1624-1677) : « Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi : et chercher Dieu ailleurs, c’est le manquer toujours », une citation offerte à Christiane Singer par Hildegund Graubner, elle tient à la nommer.

Ce qui forme le livre, c’est la réunion de 14 courts textes écrits ou prononcés par Christiane Singer à diverses occasion et, probablement, à divers moments de son existence. Ce qui forme le livre, c’est une seule conviction : rien ne sert de s’enfuir, il faut faire face, car, pour le meilleur et pour le pire, le monde est en chacun·e de nous, le monde est ce que j’en fais. Voici, en quelque mots, comment l’autrice décline cette conviction.

  1. « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? ». Il convient de dépasser la lamentation et l’indignation pour s’engager dans la transformation : « tout ce que je ne mettrai pas au monde de gratitude et de célébration n’y sera pas. » (p.15)
  2. « Les sens nous livrent le sens ». On ne peut percevoir le monde à travers les écrans. C’est en touchant, c’est en sentant que l’on peut faire l’expérience de Dieu, que l’on peut « naître à ce qui est. » (p.26)
  3. « La traversée de la nuit ». Contrairement à ce que la rationalité veut nous faire croire, le réel est toujours en mouvement, il est toujours fait d’antagonismes : « l’aspect caché/l’aspect visible, le clair/l’obscur, le dedans/le dehors, la vie/la mort. » (p.31)
  4. « Le sens de la vie ». Certes, un mur sépare les mondes visibles et invisibles, mais il suinte le sens comme d’autres murs l’humidité. La vie est un nœud ; comme « tu ne sais jamais à quoi le fil que tu tiens est relié de l’autre côté », il te faut faire de chaque geste, de chaque mot l’instant de ton salut (p.45).
  5. « Les corps conducteurs ». C’est de l’amour qu’il est question ; de l’amour, « notre état naturel » (p.54) ; de l’amour, éros et tendresse ; de l’amour entre quatre êtres irrémédiablement autres : soi-même et la personne qui est aimée, la personne qu’on aime et la personne aimée.
  6. « Parle-moi d’amour ». « Notre ordre social et industriel » (p.61) cherche à éteindre dans les regards des animaux et des enfant les signes de la Présence.
  7. « Histoire d’enfants ». Inspirons-nous des enfants qui sont heureux simplement parce qu’ils sont vivants.
  8. « La mémoire vive ». La mémoire qui fait vivre, c’est celle des cœurs qui continuent de battre et qui « perpétuent le code secret de la résurrection » (p.89) plutôt que celle qui commémore la méchanceté, l’acharnement, la cruauté, la guerre, la haine, ou le matérialsime.
  9. « Utopie ». Je dois me mettre en marche car je peux être le cocréateur du devenir d’un monde de lumière… tout en sachant qu’évidemment, je n’y parviendrai pas.
  10. « Le massacre des innocents ». « Le monde du dehors ne reflète que l’état du monde intérieur. » (p.99)
  11. « La leçon de violon ». Comme le violon permet la musique, la matière permet d’atteindre ce qui est caché, « ce monde vibrant et divin » (p.122) ; l’invisible se rend visible, l’inaudible audible, la non-saveur saveur, l’incaressable tangible.
  12. « Les deux sœurs ». La vie et la mort vont main dans la main ; ainsi la mort « remet la vie en marche » (p.127), m’arrache « ce que je crois posséder » (p.130), « déchire les entraves qui nous empêchent d’aller vers autrui » (p.131).
  13. « Les saisons du corps ». La vie suit toujours son cours ; elle « ne commence de faire mal que si nous ne nous laissons pas porter par son courant » (p.134).
  14. « Un autre monde est possible ». Il n’est pas à chercher vers l’avenir, mais vers l’invisible.

Et le christianisme dans tout cela ? Le livre de Christiane Singer est pétri de références bibliques et théologiques. Parfois explicites, souvent allusives. C’est un livre nourri par une confiance en Dieu ; Dieu qui peut porter d’autres noms, Dieu qui dépasse et déborde largement les bornes que le christianisme veut lui fixer. « Déborde » ou « dévore » comme me l’a suggéré le correcteur d’orthographe, excellent théologien pour me proposer cette image de Dieu qui dévore les limites qu’on prétend lui fixer.

Ce qui peut séduire

Le livre étant déjà ancien et n’ayant figuré que très brièvement parmi les meilleurs ventes sur Amazon.fr, je peux imaginer qu’une occasion spéciale – un groupe de lecture, une formation, etc. – en ont favorisé la vente. Ce qui est une très bonne nouvelle pour un livre aussi important.

Mon avis

(+)

J’aime la manière dont Christiane Singer tisse des liens entre les mondes visibles et invisibles.

J’aime quand elle écrit qu’elle n’a « plus l’ambition d’avoir raison » (p.89), qu’il lui « importe peu de persuader qui que ce soit de quoi que ce soit » (p.90), qu’il « ne s’agit pas d’être effleuré par cette “thèse intéressante” mais d’être atteint dans la chair de sa chair » (p. 101).

J’aime l’impressionnante culture de Christiane Singer, à la fois musicale et littéraire, spirituelle et  philosophique, sa fine connaissance des religions, christianisme, judaïsme, islam, hindouisme et bouddhisme. Une culture non pas livresque, jamais pédante mais qu’elle utilise en cas de nécessité, c’est-à-dire quand la vie et la mort la réclame.

(-)

Je cherche encore les moins !

L’autrice

Dans son texte, j’ai découvert que Christiane Singer est née et a grandi à Marseille ; que son père a vécu à Vienne et qu’il a voulu mourir debout à 93 ans ; qu’elle a une grande sœur ; qu’elle a des fils dont un s’appelle Raphaël ; qu’elle vit à Rastenberg dans une maison avec un tilleul et des vaches, non loin de la tombe de la mère d’Adolf Hitler ; qu’elle soigne et qu’elle intervient dans des séminaires de soignante·es ; qu’elle se sent redevable de l’enseignement du comte von Durkhiem, un personnage complexe dont il vaut la peine de lire la biographie, par exemple sur Wikipedia.

La notice biographique m’a en outre appris qu’elle est née en 1943, qu’elle a enseigné à l’université et qu’elle est morte à Vienne en 2007. L’encyclopédie Wikipedia lui consacre une courte notice : « Christiane Singer ».

La maison d’édition

Le livre a d’abord paru aux éditions Albin Michel, dans le département « Spiritualités ». C’est la version « de poche » qui figure en tête du palmarès des ventes. Je n’ai pas grand chose à écrire sur Le Livre de Poche, sinon à rappeler que la maison d’édition republie en petit format et à moindre prix des livres à succès.


Ouvrages déjà traités:

En libre-accès: Bauer, O. (2021). Petite théologie au quotidien d’une pandémie. 83 pages

J’ajoute une nouvelle et douzième publication gratuite et en libre-accès:

Bauer, O. (2021). Petite théologie au quotidien d’une pandémie. 83 pages

Ça commence comme ça…

« Depuis mars 2020, sans vraiment l’avoir voulu, je me retrouve à faire sur mon blogue une petite théologie circonstancielle de la pandémie de la COVID-19. « Théologie circonstancielle  », l’expression peut sembler un peu compliquée, mais les deux mots sont appropriés : je fais une théologie, parce que j’interprète ce que je vis à partir de ma confiance en Dieu  ; ma théologie est circonstancielle parce que je réagis aux circonstances, à ce que je vois, entends ou lis, aux questions que des journalistes me posent, aux demandes que des Églises me font. Qu’elle soit circonstancielle la rend petite, modeste, fragmentée, évolutive, bref humaine.

Un an plus tard, en avril 2021, j’ai rassemblé les billets de mon blogue (« Une théologie au quotidien  », olivierbauer.org), mes gazouillis sur Twitter (@Bauer_Olivier) et mes citations dans les médias pour en faire une petite théologie d’une pandémie. J’ai choisi de les reproduire dans leur état original — à peine ai-je parfois corrigé quelques coquilles ou précisé un terme — et dans l’ordre chronologique — avec de très rares inversions pour former une thématique —. »

On peut télécharger le livre librement et gratuitement sur mon blogue: Bauer O. (2021). Petite théologie au quotidien d’une pandémie. Lausanne, 83 pages.