Saurez-vous identifier les 12 chansons? #Concours #PrixAGagner

Depuis le 19 février, en marge du séminaire master Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, j’ai écrit 12 chroniques à propos de la transmission sensorielle de « Dieu ». J’ai donné à chaque chronique le titre d’une chanson francophone. Aujourd’hui, je lance un concours qui tient en une question:

 Saurez-vous identifier les 12 chansons?

Aux trois premières personnes qui identifieront les 12 chansons en indiquant le titre exact et en citant un·e interprète de chacune d’entre elle, j’enverrai un des 10 livres que j’ai publiés.

Envoyez vos réponses par courriel: olivier.bauer@unil.ch!

Les 12 chansons à identifier (et les 12 chroniques à lire):

  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

Suis-je le seul à penser ça ?

Jeudi soir, comprenant que les lieux de culte vont rouvrir en Suisse comme en France, je gazouille ceci :

Les communautés chrétiennes ne devraient pas réouvrir leurs lieux de #culte tant que les lieux de #culture n’ont pas eux aussi le droit de réouvrir. #Covid_19 #Deconfinement @EKS_EERS @EPUdF @Cath_point_ch @Eglisecatho

Je pensais naïvement que d’autres que moi avait ce même souci des autres; j’espérais que mon gazouillis serait repris et partagé. Pour plus d’efficacité, je l’ai même adressé aux comptes de quelques Églises chrétiennes et ajouté des dièses et des mots clics d’actualité.

Mais non ! Sur 672 comptes abonnés, mon message n’a eu qu’un « retweet » et un « j’aime » pour lesquels je suis reconnaissant.

Ce qui me désole, ce n’est pas que mon message ait eu peu de succès. Mais c’est qu’il me laisse avec la triste impression que les Églises chrétiennes sont corporatistes et qu’elles ne défendent que leur propre intérêt.


Pour savoir ce qu’on pense « hors Église », on peut écouter le billet de l’humoriste Charles Nouveau sur France Inter: « Églises vs. théâtres »

Savoir prendre de la distance sociale avec soi-même

Il arrive au théologien du quotidien de courir. Ce matin, il l’a fait. Juste derrière quatre personnes qui marchaient côte-à-côte, il entend un coureur apostropher le groupe:

— Et la distance sociale?

L’un des membres du groupe lui réplique:

— C’est facile de la respecter quand on est seul!

Le cerveau stimulé par la course, le théologien du quotidien ajoute habilement:

— Encore faut-il savoir prendre de la distance avec soi-même.


Pour justifier son salaire de professeur d’université, il précise qu’il s’inspirait d’un livre du philosophe protestant Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Seuil, 1990. Par solidarité, mais sans savoir si le téléchargement est légal, il signale que le livre est disponible en libre accès sur le site palimpsestes.fr.

« Y’a qu’un Jésus digne de ce nom »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom »

Je me souviens avoir lu, il y a presque vingt ans, l’article d’un jeune théologien que j’avais jugé prometteur — je sais qu’il a fait du chemin depuis… —. Détournant la célèbre déclaration d’Antoine de Saint-Exupéry « L’essentiel est invisible pour les yeux », l’auteur affirmait que « L’essentiel est inaudible aux oreilles ». Il plaidait — déjà ! — pour que la prédication transmette Dieu — il ne mettait pas de guillemets à l’époque — à tous les sens. L’idée m’avait séduit, mais je ne l’ai que très exceptionnellement mise en pratique. Je sais ce qui est bien, mais je ne le fais pas ; pas toujours…

Mais je lui donne raison. L’essentiel est aussi inaudible aux oreilles qu’invisible à l’œil, inodore au nez, insipide à la bouche, immatériel aux mains, imperceptible au corps. L’essentiel est ailleurs, l’essentiel est autre ; l’essentiel nous échappe, l’essentiel se dérobe. S’il y a « Dieu », c’est au-delà de ce que nous pouvons percevoir. Mais s’il y a révélation de « Dieu », elle se donne dans ce que nous pouvons percevoir.

La théologie classique résume cette apparente contradiction dans une question : « Le fini est-il capable de porter l’infini ? » — « l’essentiel », « l’infini », j’aurais pu ajouter « l’absolu » ou « l’ultime », je prends soin de varier mes termes de peur d’enfermer « Dieu » dans un seul concept, dans une seule idole —. J’y apporte ma réponse. Et c’est ainsi, et c’est ici que la confession d’un autre pasteur B. devient confession de sa foi :

Je crois qu’il y a un infini. Je le crois parce que j’ai envie de le croire, parce que j’ai besoin de le croire. Je le crois parce que c’est ainsi que je m’accepte être fini. Je le crois parce que certaines images, certains sons, certains goûts, certaines odeurs, certaines matières, certaines perceptions sont pour moi les traces de ce que le fini peut être, de ce que le fini doit être plutôt que de ce qu’il est.

Je le reconnais, je l’avoue, je le confesse, j’ai passé 35 ans de ministère pastoral à prétendre transmettre un « Dieu » intransmissible, un « Dieu » qui se transmet tout seul, qui se transmet sans moi. En fait, de fait, je le réalise aujourd’hui, j’ai passé 35 ans de ministère pastoral comme un transmetteur de second degré ; ce n’est jamais « Dieu » que j’ai transmis, mais toujours sa transmission. J’ai transmis ce que j’avais reçu pas plus (et parfois moins). J’ai transmis aux oreilles — surtout —, à la vue, à la bouche, au nez à la peau comme aux muscles — un peu et probablement plus que ne le pense — les médiations d’une médiation, celle de Jésus exécuté mais ressuscité : fini, mais infini.

« Ce que personne n’a jamais vu ni entendu, ce à quoi personne n’a jamais pensé. Dieu l’a préparé pour celles et ceux qui l’aiment. » (Première lettre de Paul aux Corinthiens chapitre 2, verset 9)


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

Une église où l’on ne peut se réunir est de fait une église fermée.

J’apprends qu’en France les « lieux de culte » — une manière de qualifier église, synagogue, mosquée, temple, etc. — sont ouverts, mais qu’il est interdit de s’y réunir. Je me dis que la mesure n’a aucun sens pour le protestantisme. Car l’église n’existe que comme lieu de réunion d’une communauté et tant que dure la réunion de la communauté. À tout autre moment, l’église n’existe pas. Une église où l’on ne peut se réunir est de fait une église fermée. Et devrait le rester.


P.S. Pour mémoire, « église » vient du terme grec ek-klesia, « appelé hors de ». N’en déplaise à « l’autre pasteur B. » (lire « Quand au temple, nous serons »), le protestantisme a des églises. Mais, avant d’être un bâtiment, l’église est l’assemblée de celles et ceux qui sont appelé·es, hors de leur maison, hors de leur routine, hors de leur vie quotidienne.

« Quand au temple, nous serons »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


11. « Quand au temple, nous serons »

Je ne vous révélerai pas où j’exerce mon ministère. Mais quand je vous aurai dit ce que je vois entre le presbytère où j’habite et le temple où je célèbre, vous réussirez sans doute à identifier ma paroisse. Mais — j’ouvre une parenthèse —, écrire « presbytère » et « temple » plutôt que « cure » et « église » dit quelque chose de la famille religieuse à laquelle j’appartiens ; en l’occurrence, que je suis de confession protestante et de théologie libérale ; ils disent aussi que, dans ma volonté farouche de me démarquer du catholicisme – mysterium tremendum et fascinans, mystère terrifiant et fascinant (Rudolf Otto) — je fais de mon domicile celui du prêtre et du lieu de mon culte un lieu de sacrifice… — mais — je referme la parenthèse — et je passe, rapidement.

Si la taille compte — je parle des bâtiments évidemment —, alors, elle dit qui, dans ma ville, commande. Le plus haut bâtiment est une banque, le plus vaste un centre commercial et le plus visible le casino : argent roi. Mais Dieu soit loué, deux bâtiments imposants — mais pas tant que ça ! — relativisent ce jugement : un temple — protestant — et une église — catholique —. Oui, ils gaspillent de la place ; oui, ils coûtent cher à entretenir ; oui, ils sont sous-utilisés et surdimensionnés. Mais oui aussi, ils rééquilibrent la ville, ma ville, vers l’essentiel. Car si temple et église sont visiblement là pour être vus — parfois je les préférerais un peu plus modestes, comme l’église évangélique dans la zone commerciale discrète et pratique —, ils sont visiblement là pour montrer que des personnes se réunissent en communauté parce qu’elles croient que croire en « Dieu » rend leur vie meilleure. Celles et ceux qui ont des yeux pour voir l’invisible le comprennent ! Mais pour les autres, petite explication…

Mon temple comme cette église sont construits selon deux dimensions, verticale et horizontale. Verticale : le clocher s’effile, pointe vers le Ciel ; il conduit vers « autre chose », vers « quelqu’un·e d’autre », il suggère un lien à « Dieu ». Horizontale : le bâtiment s’allonge, s’élargit pour accueillir, pour réunir une communauté ; il rend solidaire.

Ce n’est qu’à l’intérieur que temple protestant et église catholique se distinguent. Beau symbole, d’abord l’unité — de façade ? —, ensuite la diversité. Et encore, d’abord, encore une similitude : des sièges pour accueillir des fidèles. Ensuite seulement une différence, minime ; au cœur de l’église catholique, là où tous les regards se dirigent, il y a le tabernacle — pour conserver les hosties consacrées — et l’autel — pour célébrer la messe ; c’est qu’au cœur de la foi catholique, il y a le sacrifice de la messe. Au centre de mon temple protestant, là où tous les regards se dirigent, il y a la chaire — pour commenter la Bible — ; c’est qu’au cœur de la foi protestante, il y a la transmission d’une Parole, celle d’un livre et des personnes qui le lisent. Celle de « Dieu ».


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)