« Les meilleures ventes en christianisme » : novembre 2020

C’est un livre à succès qui est numéro 1 des ventes dans la catégorie « Christianisme » sur Amazon.fr au mois de novembre.

  • À découvrir le 15 novembre : Adrien Candiard (2020). Du fanatisme. Quand la religion est malade. Cerf, 89 pages.

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.

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À utiliser librement!

Un certain retour des mort·es II (pour les spécialistes)

Autour de la théologie et des pratiques protestantes autour de la mort et des mort·es (voir mon article « Un certain retour des mort·es »), j’ai oublié d’écrire que le protestantisme envisage lui aussi la possibilité de faire quelque chose pour les mort·es après leur mort ! J’en trouve l’expression pratique dans les liturgies protestantes des services funèbres qui prévoient une « remise du défunt », formulée par exemple dans ces termes :

« Remise du défunt ».« Pour remettre un défunt à Dieu »
« Seigneur, Dieu notre Père, toute notre espérance est en toi. C’est pourquoi nous te remettons N. [Tu connais sa foi.] Pardonne-lui toute faute, car tu es bon et tu aimes les hommes, et accueille-le/la auprès de toi dans l’attente de la résurrection. »« Dieu le Père t’a créé(e) à son image, Dieu le Fils t’a sauvé(e) par sa mort et sa résurrection, Dieu le Saint-Esprit t’a appelé(e) à la vie et t’a sanctifié(e). Que le Dieu de toute grâce te conduise à travers les ténèbres de la mort, qu’il te fasse miséricorde au jour du jugement et t’accorde la vie éternelle. Repose en paix. »
Liturgie des services funèbres selon les projets de 1993 et 1995 de la Communauté de travail des Commissions romandes de liturgieLe service funèbre. Églises luthériennes en France, Commission de Liturgie des Églises luthériennes en France, 1999

Mais que se passe-t-il alors si la personne défunte n’est pas remise ou mal remise à Dieu ? Dieu ne l’accueillerait-elle pas ? À mon avis, vouloir remettre le défunt à Dieu est une prétention illégitime. Les liturgies qui l’incluent ont tort. Elles ne devraient pas maintenir l’illusion que nous pourrions faire quelque chose pour les mort·es. Il faut les changer.

Pour une pratique plus protestante des services funèbres (ce qui signifie évidemment « plus conforme à ma théologie protestante »), on peut par exemple privilégier la liturgie de l’Église protestante unie de France dont le titre dit l’intention : Annonce de [la] Résurrection à l’occasion d’un décès [deuil] (disponible en libre accès sur le site de l’EPUdF). Elle aide les êtres humains à vivre leur deuil tout en laissant à Dieu le soin des mort·es.

Un certain retour des mort·es

Entraîné par le moment — Halloween, fête des Morts et Toussaint — je suis plus sensible à l’attention particulière portée à la mort et aux mort·es. Et je constate un certain retour de la mort et des mort·es dans les pratiques protestantes.

Or, traditionnellement, la théologie protestante sépare la vie et la mort. Elle affirme :

« Quand on est mort, on est mort. Tout se joue durant la vie. Chacun·e est responsable de son existence. On ne peut plus rien pour les personnes décédées. Il ne sert à rien de prier pour les mort·es, à rien de se faire baptiser en leur nom. Au cas où il y aurait quelque chose après la mort ou des quelques choses différents, qu’on en profite ou pas, qu’on soit récompensé ou puni, tout cela sera décidé au moment où l’on meurt. »

Dans la pratique, adoucissant l’ordre radical attribué à Jésus — « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t’en annoncer le règne de Dieu » (évangile de Luc, chapitre 9, verset 60) —, certaines Églises protestantes enterraient les mort·es au cimetière (parfois dans des « cimetières protestants » quand les catholiques refusaient d’enterrer des « hérétiques » dans la « terre sainte » des leurs). Cela fait, elles célébraient un culte avec les endeuillé·es pour remercier Dieu d’être vivant·e et pour rappeler à chacun·e son devoir de faire de sa vie une vie bonne et une vie belle.

Mais la pratique protestante a changé. Depuis longtemps, puisque j’ai le plus souvent vécu et célébré des services funèbres avant l’ensevelissement du corps ou le dépôt des cendres, devant ou derrière le cercueil. Depuis moins longtemps, puisque de nombreuses Églises ou paroisses protestantes célèbrent au mois de novembre, des cultes pour les familles endeuillées, pour faire mémoire des paroissien·nes décédé·es dans l’année.

Est-ce théologiquement juste ? Est-ce pastoralement utile ? Honnêtement, je n’en sais rien. C’est en tous cas dans l’air du temps. Mais que ça marche ne suffit pas à rendre la pratique légitime. Pour que les pratiques autour de la mort et du deuil soient utiles, il faut que les discours autour de la mort et du deuil soient justes. Il faut au moins annoncer ou rappeler :

  1. Que la mort représente la fin de cette vie.
  2. Qu’il est possible que la mort ne soit pas la fin de toute vie !
  3. Qu’on ne peut plus rien faire pour les personnes mortes sinon se souvenir d’elles !
  4. Que c’est avant de mourir qu’il faut chercher à mener une bonne vie !
  5. Qu’il faut se soucier des personnes vivant·es avant qu’elles meurent.

Sur la mort, on peut aussi lire trois articles de mon blogue:

Il ne suffit pas de mettre Jésus dans une blague pour qu’elle soit drôle (âmes sensibles s’abstenir)

J’ai vu cette affiche dans la région de Lausanne :

C’est de l’humour évidemment. Mais le jeu de mot est si approximatif que la blague est nulle. Le Montreux Comedy (un festival d’humour) a sans doute pensé que faire une blague sur Jésus lui assurerait un maximum de publicité, surtout si des chrétien·nes fondamentalistes ou intégristes avaient la bonne idée de dénoncer leur publicité…

Mais il ne suffit pas de mettre Jésus dans une blague pour qu’elle soit drôle. L’agence de publicité aurait dû demander de l’aide. En matière de blague sur Jésus, les théologien·nes s’y connaissent. Permettez-moi d’en proposer quatre, que les âmes sensibles devraient s’abstenir de lire :

  1. Une toute simple mais subtile : Jésus Christ et la caravane passe.
  2. Une pour celles et ceux qui aiment le sport : Jésus va-t-il jouer dimanche prochain ? Non, il a été suspendu.
  3. Une devinette médicale un peu éculée : Pourquoi Jésus ne pouvait-il pas mettre de suppositoire ? Parce que les voies du Seigneur sont impénétrables !
  4. Une dernière, graveleuse : Deux prostituées se rencontrent. L’une porte un T-shirt sur lequel est écrit « Jésus ». L’autre lui dit : « Ça ne s’écrit pas comme ça, je suce ! »

Livre # 1 le premier octobre 2020 : « La Bible Segond 1910 »

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.

Octobre 2020

La Sainte Bible. Texte Segond 1910 (L. Segond, Trad.). (2008). Bibli’O.

Une citation percutante

« Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs et que l’huile ne manque point sur ta tête. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité ; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil. » pp. 672–673 (Ecclésiaste chapitre 9, versets 7 à 9)

Le livre

  • Le livre : souple, grand comme un livre de poche.
  • La couverture : sobre, avec pour seule indication « LA SAINTE BIBLE » en lettres dorées.
  • Les pages : réimpression sur « papier Bible », très fin, de la traduction de Louis Segond revue et publiée en 1910, sans les notes de bas de page.
  • Le texte : comme toutes les Bibles, la Bible Segond 1910 (BS1910), contient les 39 livres de l’Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament (qui commence avec la naissance de Jésus) ; comme toutes les Bibles, elle répartit les livres de l’Ancien Testament en quatre collections : le Pentateuque, les livres historiques, les livres poétiques et les livres prophétiques ; mais, pas comme toutes les Bibles, elle est une Bible protestante qui ne contient pas les livres deutérocanoniques (pour en savoir plus, lire mon article «La Bible. Brève présentation»). La BS1910 donne des titres aux épisodes et propose des « parallèles », c’est-à-dire qu’elle indique d’autres passages bibliques sur le même thème. Pour le premier verset du premier chapitre du livre de la Genèse (Genèse 1,1), il renvoie par exemple à Né [hémie] 9:6 (qui évoque ce que l’Éternel a créé) et propose d’autres références spécifiquement liées au terme « commencement ».

BibleSegond1910_Genese1

Pour mémoire, les 66 livres de la Bible ont été écrits en hébreu pour l’Ancien Testament et en grec pour le Nouveau Testament ; ils sont régulièrement retraduits. Toute traduction étant une trahison, le choix des mots n’est pas indifférent ; il dépend de la langue originale, évidemment, mais aussi de choix théologique. Genèse 1,1 en offre un bon exemple.

Traduction Bible Segond 1910 : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »

Traduction œcuménique de la Bible 2010 : « Commencement de la création par Dieu du ciel et de la terre. »

La traduction de la BS1910 évoque une création qui s’est produite une seule fois (« au commencement ») dans le passé (« Dieu créa »). Celle de la TOB donne une tout autre impression, celle d’une création dynamique, d’une création qui est encore dans son commencement, d’une création dont le commencement ne sera jamais fini.

Ce qui peut séduire

Qu’est-ce qui peut séduire dans la Bible, cette collection de livres probablement écrits il y a près de 3000 ans pour le plus ancien et 2000 ans pour le plus récent (pour en savoir plus, lire mon article « La Bible. Brève chronologie ») ? Je crois que certain·es la lisent par devoir, parce que c’est ce que l’on doit faire quand on est chrétien·ne, parce que c’est ce que l’on doit lire pour savoir comment se comporter dans l’existence, pour être sauvé·e, pour aller au paradis. Je crois que d’autres la lisent ou lisent certains textes par plaisir, pour leur intrigue ou leur poésie et surtout parce qu’on peut se reconnaître dans les grandeurs et les petitesses des personnages, parce qu’on peut y trouver l’ébauche d’un sens à ce qui nous arrive à nous les êtres humains.

Qu’est-ce qui peut séduire dans la BS1910 ? Souple, bien reliée, elle réussit un bon compromis entre la taille du livre et celle des caractères  ce qui la rend pratique à lire et à transporter. On peut la mettre dans un sac et la lire n’importe où ; elle reste ouverte tenue dans la main. Mais la séduction est plus profonde. La « traduction Segond » s’est vite imposée comme la Bible protestante. Car jusqu’à la parution de la Traduction œcuménique de la Bible (1975) et de la Bible en français courant (1982), c’est elle que les Églises protestantes francophones ont utilisée presque exclusivement. Depuis près de 150 ans, elle a ainsi forgé l’imaginaire protestant. Pour les chrétien·nes à tendance conservatrice ou évangélique, pour beaucoup de protestant·es d’Afrique et des Caraïbes, elle est « la vraie version de la Bible » ; en caricaturant un peu, Dieu a littéralement dicté sa Parole dans les lettres, les mots, les phrases et les chapitres de la BS1910.

Qui la BS1910 peut-elle séduire? Le document « Les bibles françaises comment choisir ? » (télécharger le document sur le site de la Maison de la Bible), véritable test comparatif des différentes versions, caractérise la BS1910 ainsi : « volonté de respecter la structure de la phrase originale ; emploi d’un vocabulaire et de conjugaisons vieillis. Niveau de langage : élevé. Convient plus particulièrement à : des adultes habitués des bancs d’église. »

Mon avis

Je suis franc, je n’ai pas relu la Bible pour rédiger cet article ; je suis honnête, je ne l’ai même jamais lue en entier ; ce qui me permet d’être encore surpris.

(+) Sur la Bible : je l’aime comme œuvre de fiction — sa vérité ne dépend pas du fait que ce qu’elle raconte se soit vraiment passé —, qui fait partie des grandes œuvres littéraires ; j’aime les mythes qu’elle propose, car ils m’aident à comprendre ce qui se joue dans mon existence : par exemple pourquoi puis-je aimer et haïr tout à la fois et en même temps ? Comment puis-je vivre avec mes échecs ? Je l’aime quand elle m’aide à devenir meilleur.

(+) Sur la BS1910 : je l’aime bien, surtout par attachement sentimental, car c’est la version que j’ai entendue puis lue depuis mon enfance ; et c’est dans cette version que je récite les quelques passages que je connais par cœur.

(–) Sur la Bible : je n’en aime pas tous les textes. Je n’aime pas les passages qui justifient des comportements inhumains en les prétendant voulus par Dieu ; je n’aime pas qu’on en fasse un livre historique qui raconterait des faits qui se sont « vraiment » passés ; je n’aime pas qu’on la sacralise ou la fétichise en prétendant qu’elle est littéralement la Parole de Dieu ; je n’aime pas qu’on y enferme Dieu et je ne souscris donc pas au principe protestant de la Sola scriptura, de l’Écriture seule (pour en savoir plus sur ma relation à la Bible, lire ma prédication «“La Bible ne parle pas, la Bible ne dit rien !” [1 prédication en 5 images seulement]»).

(–) Sur la BLS1910 : je n’apprécie pas ou plus son langage vieillot qui donne l’impression que la place de la Bible est dans un musée ; je n’aime pas son « Harmonie des Évangiles », cette annexe qui reconstruit une vie rêvée de Jésus en additionnant tous les récits des 4 évangiles ; elle gomme la richesse et la relativité de 4 évangiles différents coexistant dans un seul Nouveau Testament ; je n’aime pas la carte de géographie qui historicise un récit mythique, celui de la « marche d’Abraham » ; je me demande comment elle peut proposer une « variante d’itinéraire » pour un voyage qui ne s’est jamais produit ?

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Les auteur·es

Je sais — pas je crois ! — que les auteur·es des livres bibliques sont toutes et tous des êtres humains qui ont mis par écrit des expériences avec ce qu’elles et ils appelaient de noms que le français traduit par « Dieu » ; leurs propres expériences et celles de leurs communautés, en intégrant, arrangeant et réécrivant des récits qui en racontaient.

Le traducteur

Louis Segond est une figure importante du protestantisme francophone. Dans mon histoire de la Suisse romande protestante, j’ai écrit à son propos : « La Compagnie des pasteurs [de Genève] poursuit son œuvre de traduction biblique, confiant cette tâche à Jacques-Jean-Louis Segond (1810-1885), pasteur, professeur et hébraïsant. Sa traduction de l’Ancien Testament paraît en 1874 et celle du Nouveau Testament en 1880. Jugée d’abord “libérale”, la “Bible Segond” deviendra rapidement la Bible de référence de tous les courants protestants, appréciation unanime qui en fera un grand succès de librairie. » Bauer, O. (2020). 500 ans de Suisse romande protestante (1526-2019). Alphil Presses universitaires suisses, page 89 (télécharger gratuitement le livre sur le site de l’éditeur).

La maison d’édition

Bibli’o est la maison d’édition de l’Alliance biblique française. Sur son site www.editionsbiblio.fr, elle se présente ainsi : « La maison d’édition BIBLI’O est née en 2005. Elle est le fruit de la collaboration existante des Sociétés bibliques de France, Suisse, Belgique et Canada au sein de l’Alliance biblique universelle. » La version brochée de la BS1910 n’était pas la meilleure vente sur le site de l’éditeur le 1er octobre. C’était toujours une BS1910, mais l’« édition gros caractères en coffret », plus chère évidemment.


Ouvrage déjà  présenté: