Aumônerie sportive: question de reconnaissance

Au cours d’un entretien à la Radio suisse romande (Sport et religion sont-ils faits pour s’entendre?), j’ai tout à coup compris comment formuler ce que l’aumônerie peut apporter aux sportives et aux sportifs.

Sandrine Ray, la seule aumônière en Suisse romande, avait préparé le terrain lors d’une conférence à l’Université de Lausanne («Expérience d’aumônerie en club et aux jeux»). Elle avait signalé que l’aumônier ou l’aumônier est la seule personne dans l’entourage d’un·e athlète à s’intéresser à l’être humain qu’il ou elle est. Car il ou elle n’a pas pour objectif de lui permettre d’être plus performant, mais simplement de l’aider à mieux vivre.

Tout tourne alors autour de la notion de reconnaissance: pour quoi (en deux mots) un·e athlète est-il, est-elle reconnu·e? La plupart du temps et pour la plupart des gens, c’est pour ce qu’il, qu’elle fait: reconnu·e par le public pour sa performance; reconnu·e par les médias pour ses résultats; reconnu·e par un pays pour les médailles qu’il, qu’elle remporte; reconnu·e par un club pour l’argent qu’il, qu’elle rapporte; reconnu·e par les partisans pour le plaisir qu’il, qu’elle leur donne; peut-être même reconnu·e par sa famille pour la gloire qu’il, qu’elle lui apporte.

L’aumônière, l’aumônier rappelle à l’athlète qu’il, qu’elle est d’abord un être humain ; reconnu·e simplement pour ce qu’il, qu’elle est; reconnu·e, quels que soient sa performance et ses résultats; reconnue·e qu’il, qu’elle gagne ou qu’il, qu’elle perde; reconnu·e peu importe qu’il, qu’elle réussisse ou qu’il, qu’elle rate; reconnu·e parce qu’il est, parce qu’elle est un être humain.

Et l’aumônière, et l’aumônier rappelle à l’athlète que si la reconnaissance ne vient pas — ou quand la reconnaissance ne viendra plus — ni du public, ni des médias, ni de son entourage, ni de son pays, ni de sa famille, elle lui vient toujours de Dieu. Pas pour ce qu’il, qu’elle fait, simplement parce qu’il, qu’elle est. Et parce qu’il, qu’elle est toujours reconnu·e par Dieu, l’athlète peut toujours être fière d’elle, fier de lui.

Quelle responsabilité protestante dans l’assassinat d’Arthur Bloch à Payerne en 1942?

Cinq jeunes hommes de Payerne décident d’assassiner un Juif; un peu au hasard, ils choisissent Arthur Bloch. Le 16 avril 1942, ils l’exécutent et découpent son cadavre en morceaux.

Dans le cadre de mon séminaire de Master en théologie pratique « 491 ans de théologie pratique et de pratiques théologiques protestantes en Suisse romande », je propose une séance publique avec la projection du film Un juif pour l’exemple (Berger, J. (2016). Un juif pour l’exemple. VEGA Distributione) en présence de son réalisateur, Jacob Berger (lire sa biographie sur Wikipedia).

Vous pouvez lire ou télécharger le texte de mon exposé: Quelle responsabilité protestante dans l’assassinat d’Arthur Bloch à Payerne en 1942?


Plus de Réforme, c’est moins de fêtes!

© Olivier Bauer, 2018

Le salaire des pasteur·es au 21e siècle: trop ou trop peu?

Mon article d’hier rapportant trois anecdotes historiques sur le salaire des pasteurs m’a donné l’idée de proposer un état des lieux sur les salaires des pasteur·es au 21e siècle. La chose n’est pas facile car toutes les Églises n’offrent pas ou pas aisément cette information. Avec un peu de persévérance et de savoir-faire, j’ai trouvé des chiffres fiables – et publics! – pour cinq Églises réformées francophones (Suisse, France et Canada) et pour l’Église catholique en Suisse romande. Les montants correspondent aux salaires mensuels.

J’intégrerai volontiers les salaires pastoraux que l’on m’indiquera.

Attention, ces chiffres sont à comparer avec modération et quelques précautions:

  1. Parce que le temps de travail varie d’un pays à l’autre;
  2. Parce qu’au salaire en argent, s’ajoutent parfois des avantages en nature: logement, voiture de fonction, etc.;
  3. Parce que les revenus effectifs dépendent des cotisations sociales, des assurances de santé, des taux d’imposition, des allocations familiales, etc. qui diffèrent selon les pays;
  4. Parce que le coût de la vie et partant le pouvoir d’achat varient fortement entre les pays concernés.

Sources:

Se fier à un réseau ou à un Dieu quand il est «non fiable»?

Aujourd’hui, le théologien du quotidien s’essaye à faire de la théologie à partir de sa connexion réseau.

Voici l’information qu’il a obtenue lorsqu’il a tenté de se connecter à «eduroam», le réseau des Universités.

Il met l’image en mots: le réseau n’est pas fiable, mais on lui propose de s’y fier. Étrange paradoxe! (Ou alors c’est qu’il doit se fier au fait que le réseau ne soit pas fiable; «on vous aura prévenu, vous n’aurez pas de surprise, une chose au moins est digne de confiance, le réseau ne sera jamais fiable!»)

Et la théologie dans tout cela? Elle se niche dans l’adjectif «fiable» et dans le verbe «se fier». Car «se fier» égale «faire confiance» et «faire confiance» égale «croire». Et « croire » concerne bien la théologie. De manière générale, croire, c’est faire confiance; en théologie chrétienne, croire, c’est faire confiance à Dieu. Et si l’on s’y fie, c’est qu’on croit qu’il est fiable, fidèle, crédible ou digne de confiance. Dans le Nouveau Testament, la première lettre à Timothée le formule en ces termes:

«Elle est digne de confiance, cette parole, et mérite d’être pleinement accueillie par tous : Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis, moi, le premier.» (Nouveau Testament, première lettre à Timothée, chapitre 1, verset 15)

Si la foi est confiance, elle est aussi fidélité. Parce que Dieu se montre fiable, celui ou celle qui lui fait confiance doit se montrer fidèle. Dans la Bible juive, le livre du prophète Osée exprime la relation entre Israël et son Dieu en matière de fidélité conjugale. Dieu, qui est fidèle, dit de son peuple qui le trompe (ici, le peuple est féminin, c’est le «elle»; vision patriarcale où Dieu est fidèle, donc un homme, où c’est seule la femme peut être adultère…):

«Je lui ferai rendre compte des jours des Baals auxquels elle brûlait des offrandes: elle se parait de ses anneaux et de ses bijoux, elle courait après ses amants et moi, elle m’oubliait! – oracle du SEIGNEUR. Eh bien, c’est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je regagnerai sa confiance.» (Bible juive, livre d’Osée, chapitre 2, versets 15-16)

Et le théologien du quotidien a lui-même développé l’idée d’une éducation chrétienne comme éducation à la confiance. Voici un extrait d’un article paru dans les Cahiers de l’ILTP, la revue de l’Institut lémanique de théologie pratique: O. Bauer — Une éducation à la foi, de la foi, dans la foi et par la foi — 2017:

«Comme toutes les religions, le christianisme donne lui aussi un sujet et des objets spécifiques à la foi. Le théologien allemand Rudolf Bultmann en rappelle la spécificité : “Le propre de la foi chrétienne est de reconnaître Jésus comme Seigneur (reconnaître signifie ici: ‘tenir pour certain’) en même temps qu’on confesse le miracle de sa résurrection” (Bultmann, 1976: 73). Être chrétien, c’est donc faire confiance à Dieu, sans pouvoir en donner d’autres justifications, ni d’autres raisons que d’affirmer : “Je tiens pour vrai que Dieu s’est montré absolument fidèle, puisqu’il a ressuscité Jésus que des hommes avaient crucifié”. C’est donc la fidélité de Dieu qui provoque la confiance du chrétien. Et c’est donc bien la foi reçue passivement (fides qua creditur) qui lui permet de croire. Mais cette dimension passive de la foi chrétienne s’accompagne d’une dimension active. Car la fidélité de Dieu exige qu’en retour, le chrétien se montre lui aussi fiable (Ortigues, sans date : 2). J’ajoute que ce critère de fiabilité (ou de crédibilité) vaut tout autant pour les croyances, les dogmes, les éthiques, les praxis (fides quae creditur). Pour pouvoir être crus, il faut que les contenus de la foi soient crédibles, c’est-à-dire qu’ils s’intègrent aux savoirs partagés et répondent aux exigences des contextes sociaux et culturels particuliers. En même temps, il faut qu’ils restent fidèles (nous restons dans le champ sémantique de la foi) à l’Évangile, dans ses interprétations chrétiennes confessionnelles.»

Et si vous vous posez encore des questions sur sa connexion réseau (vous ne devriez pas, car seule la théologie importe), sachez que le théologien du quotidien a cliqué sur «se fier»! Sachez aussi qu’il s’efforce d’être plus rigoureux dans sa foi!