Conjuguer l’Évangile (les modes)

Infinitif: faire comme si rien n’était jamais définitif ni le bien ni le mal.

Indicatif: j’indique, je témoigne, je raconte plutôt que de démontrer ou d’asséner.

Impératif: n’en abuse pas de crainte de faire à autrui ce qu’il ou elle n’aimerait pas que tu lui fasses!

Subjonctif: que je reconnaisse que la vérité est toujours subjective, car elle m’implique comme sujet!

Conditionnel: je le supprimerais, car l’amour de Dieu est inconditionnel.


  • Demain à 9 h : Conjuguer l’Évangile (les temps)

Un repas plus que parfait

Inspiré par l’émission télévisée « Un dîner presque parfait » (au Québec « Un souper presque parfait« ), je propose de nommer la cène, nom protestant d’un moment de communion où les chrétien·nes partagent du pain et du vin, je propose ce slogan: « Un repas plus que parfait ».

Un repas à consommer au présent, entre le passé pas si simple de la mort de Jésus et le futur antérieur d’un nouveau monde qui a déjà commencé.


Découvrez ou redécouvrez ce qu’est la cène protestante sur le site de L’Oratoire du Louvre, paroisse parisienne de l’Église protestante unie de France.

Penser sa mort

Quel signal routier choisiriez-vous pour signifier ce qu’est la mort pour vous?

Quand l’Église s’intéresse à nos fesses! (Attention, titre racoleur)

L’église protestante Sainte-Claire à Vevey, Suisse. © Olivier Bauer 2018

La paroisse protestante de Vevey (Église évangélique réformée du canton de Vaud) a remplacé les bancs de l’église Sainte-Claire  par des chaises apportées par des paroissien·nes. Le changement n’a pas été seulement cosmétique, mais aussi profond, comme on peut le lire sur le site de l’église Sainte-Claire (oui, le site de l’église, avec un petit « e ».)

De la nécessité de produire de l’ignorance en matière de religion

Reprenant une chanson de Régine et Serge Gainsbourg, je chante à mes étudiant·es en théologie: «Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça glissera mieux!» Car il faut produire de l’ignorance en matière de religion.

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on formait des croyant·es refusant d’avaler tout cru ce dont les religions veulent les gaver; si l’on formait des responsables religieux ouvrant les yeux sur ce que leurs institutions pensent et ne pensent pas, disent et ne disent pas, font et ne font pas!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que l’on doit penser ce que l’on croit; si l’on enseignait que la foi vient toujours avec le doute!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que toute vérité religieuse est subjective; si l’on enseignait que tout énoncé théologique est une hypothèse à mettre à l’épreuve de la vie et de la mort, de sa vie et de sa mort!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que croire n’est pas une maladie mentale; si l’on enseignait que croire, c’est simplement faire confiance et s’efforcer d’être fiable!

Imaginez ce qu’il adviendrait si chacun·e laissait l’autre libre de croire ou de ne pas croire; si chacun·e respectait l’autre dans ce qu’il croit ou ne croit pas!

Mais qui pourrait bien vouloir vivre dans un tel monde, advienne qu’il advienne?

Mieux vaut produire de l’ignorance en matière de religion.

«Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça glissera mieux!».


À propos de la théologie, on peut aussi lire sur mon blogue:


Régine. (1968). Ouvre la bouche, ferme les yeux. Paroles et musique de Serge Gainsbourg. Pathé.

«Est-il bien de faire autant attention à ce que l’on mange?»

Le quotidien français La Croix me demande de répondre à la question: «Est-il bien de faire autant attention à ce que l’on mange?» L’entretien paraîtra «dans quelque temps».

J’en profite pour réfléchir. Et comme tous les universitaires qui réfléchissent (il y en a quelques un·es), je préfère mettre en question la question plutôt que d’y répondre. Et je mets cette question doublement en question:

Qu’est-ce que «faire autant attention»?

S’il y a des extrêmes qui sont clairs (et encore, sont-ils toujours si clairs que cela?), le «autant» est une question de point de vue.

  • Un extrême serait de ne pas faire du tout attention à ce que l’on mange. Tout ce qui entre ferait ventre! Ce point de vue pourrait être motivé par une nécessité physiologique: ne pas mourir de faim ; par une maladie psychique, la boulimie par exemple; par un principe philosophique — on attribue à Socrate l’adage «il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger» — ou spirituel: le détachement impose aux moines et moniales bouddhistes, plutôt végétarien·nes, de manger de la viande si c’est ce que les gens mettent dans leurs bols.
  • L’autre extrême serait de faire scrupuleusement attention à ce que l’on mange. Ce point de vue pourrait être motivé par une maladie psychologique — comme l’anorexie, ou l’orthorexie — ou par une maladie spirituelle — un désir de perfection qui fait par exemple de la gourmandise un péché mortel auquel se condamne celui ou celle qui mange trop, trop tôt, trop cher, trop vite ou trop soigné —.
  • Entre les deux extrêmes on pourrait faire un peu attention à ce que l’on mange, très attention à ce que l’on mange, moins ou plus attention à ce que l’on mange, etc.

Chacun·e aura tendance à situer le «autant» en fonction de sa propre position et de ses propres convictions. Et nous aurons tou·tes tendance à penser que les autres font «trop» attention à ce qu’ils ou elles mangent et que nous faisons «normalement» attention à ce que nous mangeons.

Qu’est-ce qui est «bien»?

Cette mise en question pose la question des critères. J’en identifie au moins trois:

  1. Est-ce qu’il est «bien» de respecter une norme médicale, de manger uniquement ce qui est bon pour la santé?
  2. Est-ce qu’il est «bien» de respecter une norme éthique, de manger uniquement ce qu’il est juste de consommer?
  3. Est-ce qu’il est «bien» de respecter une norme gustative, de manger uniquement ce que l’on aime manger?

Des réponses

Je suis un universitaire, je mets en question les questions. Mais il m’arrive aussi d’apporter des réponses. Et quand j’ai des doutes, je cède parfois à la tentation d’assurer mes réponses en m’appuyant sur la Bible. Et pour cet article, je vais m’appuyer sur trois citations tirées des lettres de l’apôtre Paul; bien que vieilles de 2000 ans, elles restent toujours d’actualité!

  1. Comme Paul, je crois que «ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu: si nous n’en mangeons pas, nous n’avons rien de moins; si nous en mangeons, nous n’avons rien de plus» Le Nouveau Testament, première lettre de Paul aux Corinthiens chapitre 8, verset 8. Vous pouvez supprimer «Dieu» et le remplacer par le «Bien», la «Perfection», la «Vérité», etc. J’en tire comme principe que j’ai le droit de ne pas faire attention à ce que je mange et que j’ai exactement le même droit d’y faire un peu ou beaucoup attention.
  2. De fait, il me semble que nous faisons tou·tes au moins un peu attention à ce que nous mangeons. Avec Paul, je crois que «tout est permis, mais [même si] tout n’est pas utile; [que] tout est permis, [même si] tout n’est pas constructif.» Le Nouveau Testament, première lettre de Paul aux Corinthiens chapitre 10, verset 23. J’en tire comme principe qu’il peut être utile de faire attention à ce que l’on mange. Et qu’il peut être constructif de concilier les trois critères de la santé, de l’éthique et du goût. J’essaye donc de manger ce que j’aime, tout en me préoccupant de ma santé et des conséquences de mon mode d’alimentation sur la Création, de l’impact de ma manière de consommer sur les autres êtres vivants, qu’ils soient humains, animaux ou végétaux.
  3. J’écris «j’essaye de concilier», car, comme Paul, je sais que «je ne fais pas le bien que je veux, mais je pratique le mal que je ne veux pas.» Le Nouveau Testament, lettre de Paul aux Romains chapitre 7, verset 19