Où sont les femmes… pasteures?

J’ai reçu le dernier livre de mon collègue à l’Université de Strasbourg Jérôme Cottin: Cottin, J. (2020). Les pasteurs. Origines, intimité, perspectives. Labor et Fides (découvrir le livre sur le site de l’éditeur). Je me réjouis de le lire. Mais avant de l’ouvrir, je vois la couverture et là, je tique!

Couverture du livre Cottin, J. (2020). Les pasteurs. Origines, intimité, perspectives. Labor et Fides.

Je sais par expérience (je voulais que mon livre « Les cultes des protestants » s’intitule « Les cultes des protestant·e·s« ) que les éditions Labor et Fides refusent d’utiliser le langage inclusif, d’où le « pasteurs » seulement au masculin. Malheureusement la caricature renforce l’exclusivisme masculin et redouble l’invisibilisation des femmes pasteures.  D’autant plus dommage que Jérôme Cottin indique que son livre propose une étude complète du ministère pastoral et qu’il

« prend en compte ses évolutions récentes (sa féminisation) » 4e de couverture.

Dommage de ne pas le donner à voir!


Correction d’une coquille le 15 mars: « Malheureusement » au lieu de « Mais heureusement ». (Maudit soit le correcteur orthographique)

« Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


2.« Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose »

Oui, je sais, la Réforme protestante supprime tous les intermédiaires supposés — et posés — entre « Dieu » et les êtres humains ; triple refus : d’un homme, le pape, d’une femme, Marie et d’une chose, la messe (Laurent Gagnebin et André Gounelle). Oui, je sais que le protestantisme affirme une relation directe, personnelle et particulière entre chacun·e et son « Dieu ». Oui, je sais que le principe protestant « À Dieu seul la gloire ! » désacralise tout ce qui est créé, que ce soit par l’être humain ou par « Dieu » lui-même. Oui, je sais tout ça.

Ce qui ne m’empêche pas de penser que la relation à « Dieu » passe, passe toujours, passe forcément à travers des artefacts fabriqués par des êtres humains, mais fabriqués parce qu’ils s’imposent à elles, à eux. Des artefacts qui, dans les meilleurs des cas, pointent vers « Dieu », le font rencontrer, en indiquent quelques traits, quelques aspects. Pour le meilleur et pour le pire.

La messe est évidemment un artefact fabriqué surtout par des hommes — trop peu par des femmes — ; elle me signifie que Dieu se transmet en paroles et en gestes, en musique et en silence, en lumière et en couleur, en nourriture et en odeurs. « Marie » est un artefact fabriqué par les hommes — je devrais écrire certains hommes, mais c’est trop général — qui l’ont construite à partir du récit évangélique et de leur désir pour en faire le modèle des femmes que « Dieu » : soumises, disponibles, fidèles, mères et vierges tout à la fois ; mais « Marie » est en même temps un autre artefact, autrement fabriqué pour dire la place des femmes dans le cœur de Dieu, la place de Dieu dans le sein des femmes. Le pape est un artefact fabriqué par les dirigeants d’une Église qui cherchait à mettre « Dieu » dans sa cité, à monopoliser sa parole pour imposer le vrai, le juste, le bien, ou plutôt un « vrai », un « juste », un « bien », son « vrai », son « juste », son « bien ».

Le mot « Dieu » est aussi un artefact fabriqué par des êtres humains et je mets des guillemets pour le protéger. La Bible est aussi un artefact, livre fabriqué par des êtres humains, collection de témoignages où des communautés d’hommes et de femmes racontent leur « Dieu », un « Dieu » qui aime, qui libère, qui ramène à la maison, qui guérit et qui pardonne, mais un « Dieu » qui asservit, qui exile, qui punit, qui détruit.

Comme « il y a des mots qui font vivre » (Paul Eluard), il y a des visages, des images, des objets, des gestes, des goûts et des odeurs qui vivifient, qui me donnent de vivre avec « Dieu ». J’ajoute aussitôt qu’il y en a aussi — y compris parmi les plus religieux, les plus chrétiens et les plus évangéliques — que je trouve mortifères ou qui restent lettre morte.

Je le sais, car j’ai reçu et j’ai transmis et des uns et des autres.


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Dansons, joue contre joue» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)

Là où il est possible de percevoir « Dieu »

Pour nourrir mon enseignement, j’ai demandé sur Twitter où il était possible de percevoir « Dieu ». J’ai reçu peu de réponses, mais intéressantes en ce qu’elles balancent entre deux extrêmes, entre « la majesté de nos montagnes » et « la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus au travers du Nouveau Testament ». Si j’ajoute le visage de l’autre, je crois que tout est écrit…

Mon livre « 500 ans de Suisse romande protestante » disponible en libre accès

Mon dixième ouvrage « Bauer, O. (2020). 500 ans de Suisse romande protestante (1526-2019). Alphil Presses universitaires suisses » est disponible gratuitement et en libre accès sur le site de l’éditeur. Vous pouvez le lire en ligne ou le télécharger au format PDF.

Je remercie le Fonds national de la recherche scientifique qui subventionne cette publication.

Bonne lecture!

Comment célébrer la cène durant l’épidémie de coronavirus?

Pourquoi se poser la question? Parce que la cène exige des contacts et que les contacts augmentent les risques de transmettre et de contracter cette maladie.

Pourquoi chercher une réponse? Pour trouver une manière de faire qui respecte la dimension «communion» de la cène, tout en permettant à chaque participant·e de la vivre en paix.

Ma solution:

  • Pour le pain

Prédécouper des morceaux de pain en veillant aux conditions d’hygiène; les proposer dans des corbeilles; laisser les communiant·es les prendre.

  • Pour le vin

Remplir des gobelets individuels en veillant aux conditions d’hygiène; les proposer sur un plateau et laisser les communiant.es les prendre; préciser de ne pas boire immédiatement; quand tou·tes sont servi·es, inviter à boire tou·tes ensemble.


Sur la cène et le coronavirus, lire aussi sur mon blogue:

« Elle est ailleurs »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


2. « Elle est ailleurs »

Parfois, je me demande où est « Dieu ».

Parce qu’on me l’a enseigné à l’église comme à l’université, parce que je veux bien le croire, je réponds que « Dieu » est ailleurs, extérieur. Une extériorité géographique, mais aussi conceptuelle : « Dieu » est autre, tout autre, radicalement autre. Je l’ai religieusement répété depuis 30 ans. Mais avec une question récurrente : y a-t-il quand même un peu de « Dieu » en moi ?

Après, tout, le judéo-christianisme affirme qu’il a fait les humains à son image et le christianisme qu’il s’est incarné, littéralement « mis en corps » ! Les sourd·es chrétien·nes signent « Dieu » par un mouvement qui conduit un « d » pointé vers le ciel jusqu’à leur cœur ! « Dieu » y serait-il, de l’ordre du sentiment ? Ou logerait-il plutôt dans mes tripes, c’est-à-dire dans mes émotions ? Ou dans mon estomac, puisque le corps du Christ s’ingère lors de l’eucharistie ? Serait-il plutôt dans une âme, 21 ou 45 grammes de divin, respectivement la différence entre corps moribond et corps mort et la diminution de la masse corporelle mesurée lors d’une décorpororation ?

La foi venant de ce que l’on entend, « Dieu » entrerait-il dans mon cerveau par mes oreilles ? Dans mon cerveau reptilien comme un instinct de survie, pour tranquilliser et exciter  ? Dans mon cerveau limbique comme une émotion que je ne pourrais contrôler ? Ou dans mon cortex ? Plutôt dans mon hémisphère droit plus holistique, ce qui en ferait un « Dieu » à comprendre plutôt qu’à apprendre ? « Dieu » serait-il dans le lobe temporal qui générait la croyance ? On sait au moins quelles aires du cerveau activent la dévotion, la piété, la méditation, la prière, les exercices spirituels, l’extase ou la transe : lobe frontal : intuition et abstraction ; régions corticales : relations interpersonnelles ; lobe pariétal : altération du sens de soi.

Mais où est donc « Dieu » ? En moi ? Ailleurs ? En moi et ailleurs ? Voltaire l’avait déjà pressenti : « Dieu a créé l’homme à son image, il le lui a bien rendu ».

Il m’arrive d’éprouver des sensations, des sentiments, des émotions que je crois ne pas m’appartenir ; il m’arrive de faire l’expérience de réactions instinctives que je crois ne pas m’appartenir ; il m’arrive de posséder des connaissances et des compréhensions que je crois ne pas m’appartenir. Alors, je considère — mais peut-être que je m’en convaincs — qu’elles viennent d’un ailleurs, d’un autre que moi. Un ailleurs, un autre que par héritage, par habitude et par commodité, j’appelle, faute de mieux, « Dieu ». Si j’espère lui rendre ainsi un peu de ce qu’il m’a donné, je sais que je le crée aussi ainsi un peu à mon image. Je le regrette, mais je ne peux pas m’en empêcher, pas faire autrement, pas faire mieux. Alors je reçois les « Dieux » que d’autres créent à leurs images. Et je le répète : « Dieu » est autre ; elle est ailleurs.


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Dansons, joue contre joue» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)