art

Accroche-toi au pinceau, je retire l’échelle! (Version théologique)

Vous connaissez sûrement l’histoire éculée du type qui repeint son plafond. Un fou arrive qui lui dit: « Accroche-toi au pinceau, je retire l’échelle! » Et bien, figurez-vous qu’il en existe une version théologique. Et que ça peut marcher!

« Selon les Cantigas de Santa Maria compilées à la fin du XIIe siècle par le roi de Castille et de Léon Alphonse X le Sage, un peintre avait, sur les murs d’un église, représenté le diable sous les traits affreux qui caractérisent celui-ci. Cette fois, c’est le diable qui s’insurge contre la norme iconographique qui n’est pas à son avantage. Pour punir le peintre, il fait s’écrouler l’échafaudage sur lequel celui-ci est monté. Mais la Vierge Marie veille et permet que le peintre, qui a bien servi la vérité, reste suspendu au mur de l’église par son pinceau et échappe ainsi à la mort. » Jean-Claude Schmitt (2002). Le corps des images. Essais sur la culture visuelle du Moyen Âge, Gallimard: 146

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt.

Après sa subordonnée hypothétique «Si Dieu existe», Joann Sfar n’ajoute rien. Pas même trois points de suspension.

«Le carnet s’appelle Si Dieu existe. Je me suis dit qu’avec un titre aussi con, j’allais attirer du monde. »

Et d’ailleurs:

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p.212

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p.212

À 43 ans, Joann Sfar devrait avoir tout pour être heureux : ses bandes dessinées ont du succès – lire notamment sa série Le chat du Rabbin –, ses films ont du succès – voir notamment son Gainsbourg (Vie héroïque), – il collabore au Huffingtonpost.fr et il publie Si Dieu existe, son onzième carnet, un mélange de dessins (des crobars !) et de textes manuscrits où «il évoque son quotidien, sa famille, ses passions, ses coups de foudre et ses coups de gueule» et il «est en bonne santé». Seulement voilà, « il y a un an, [il] s’est séparé», « il y a six mois [son] papa est mort», et puis le 11 janvier 2015, «l’anniversaire de la mort de [sa] mère», «c’était le défilé pour les copains de CHARLIE HEBDO» (p. 6).

Il me semble que, dans ce contexte personnel et collectif, Joann Sfar met en évidence ce qui dans le quotidien fait changer le cours des choses: pour lui, pour les musulmans, pour la France. Serait-ce ce qui pourrait faire que «Dieu» existe? J’y reviendrai en conclusion.

Qu’est-ce qui change le cours des choses?

Pour Joann Sfar:

  • Esther qui le «sauve» en lui suggérant de se mettre à la capoeira.
  • Les chansons de Charles Trenet, un Big Band qui joue du jazz qui l’aident à pleurer.
  • La beauté des mannequins qu’il connaît, qu’il dessine et qui «ont toutes un côté premières de la classe.» (p. 87)
  • Marceline Loridan (86 ou 87 ans), une rescapée d’Auschwitz qui veut «parler du nazisme d’aujourd’hui.» (p. 200)
  • Sa «capuche de racaille» qui le «protège de la pluie.» (p. 221)

Pour les musulmans:

  • Des «voix musulmanes» venant «du Golfe» et disposant «de beaucoup de pétrodollars» qui peuvent apaiser l’islam (p. 16).
  • La génération future qui «aura soif d’émancipation.» (p. 127)
  • Un musulman qui «dit: “Le blasphème, c’est pas ma culture. Mais je suis ulcéré qu’on tue”.» (p. 193)

Pour la France (sous la forme d’un vœu ou d’un devoir):

  • Que «ce pays» parvienne à «créer pour ses enfants une cause plus attractive que l’islam fondamentaliste.» Car «la République aussi […] c’est une grande religion» (p. 70)
  • Qu’elle reste «un pays où la liberté des uns n’est pas limitée par la croyance des autres.» (p. 125).

Qu’est-ce qui peut changer le cours des choses (ou de qui «Dieu» est-il le nom)?

  • Les idées: «En France, grâce aux grecs, grâce à Spinoza, grâce aux Lumières, nous habitons les habitants du ciel des IDÉES. Nous savons que ces dieux, les IDÉES, sont des outils pour appréhender le monde. Ces éléments sont sacrés à mes yeux mais chacun a le droit de s’en emparer, de les discuter, de les nier ou d’en rire.» (p. 27)
  • Les personnages imaginaires que Joann Sfar se crée en vis-à-vis: le chat du Rabbin qui l’aide à dessiner… le chat du Rabbin; un corbeau qui «incarne à la fois [son] chagrin et aussi les ailes noirs des bigots.» (p. 40); un rabbin de sexe féminin («my own private Rabbi… with benefits») inspirée par Barbara Streisand, qui «couche avec [lui] dans ses dessins et à qui [il] parle tout le temps.» (p. 110-117).
  • Et Dieu! Quel Dieu? Ce Dieu!

«Las de prier mon amour du prochain, je rêve simplement d’un peu de justice divine. Ce Dieu dont on m’a dit pendant toute mon enfance qu’il punissait les méchants, où est-il? Je n’ai pas besoin, dans mes moments de désarroi, du Dieu absent et en creux de Levinas. Je veux le Dieu des petits enfants, avec une barbe de Père Noël, une main qui caresse et aussi une panoplie de Batman au cas où on le ferait vraiment chier.» (p. 205)

Peut-on faire quelque chose dans le cours des choses?

Faire confiance: «La foi peut se concevoir sans Dieu, sans corpus religieux. Elle tient dans cet espoir qui rend la vie paisible: Lorsque je ferai un pas en avant, la terre ne se dérobera pas sous mes pieds.» (p. 68)

«Parvenir à sortir d’une lecture religieuse du monde.» Mais «ça n’arrivera pas. Pardon. […] Je rêve que les fondamentalistes abandonnent leurs croyances et il se produit l’inverse: par désespoir, c’est moi qui me remets à faire des prières.» (p. 204)

Et peut-être, mais c’est l’ajout du pasteur qui sommeille en moi, faire advenir Dieu aux autres, sinon le faire exister (comme Levinas, je crois en un Dieu absent et creux; en ce sens, il «n’existe» pas). Comme un certain chat, comme un certain corbeau, comme une certaine rabbin… Comme un certain Joann Sfar!

Et de toutes façons:

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p. 1

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p. 1

Pop théologie: Céline Dion est une chanteuse protestante.

Dans son ouvrage Pop Théologie, Mark Alizart, né le 14 avril 1975 à Londres (pour Marie-Louise Arsenault), philosophe et «acteur de la vie culturelle française» (selon Wikipedia), procède à une lecture théologique de la culture pop dont il fait apparaître la dimension protestante. À l’occasion d’une invitation à l’émission «Plus on et de fous, plus on lit» à la radio de Radio-Canada, je présente ici les quatre raisons qui font de Céline Dion, née le 30 mars 1968 à Charlemagne, une chanteuse protestante (pages 165-166):

  1. La musique pop, sa musique, descend en droite ligne du gospel, un genre musical inventé par les esclaves protestants noirs au 19ème siècle.
  2. «De Georges Michael à Stevie Wonder, en passant par Ray Charles», les mots sont empruntés à la liturgie: Faith, Love, Heart.
  3. «La célébrité est toujours, paradoxalement, corrélée à l’authenticité (“rester soi-même” semble être le secret de la réussite de toutes les stars)».
  4. Les titres des chansons de Céline Dion évoquent aussi bien les «chants d’église» que les «bluettes pour adolescents»: „My heart will go on“, „Love Can Move Mountains”, „Halfway To Heaven”, „I’m Alive”, etc.

À suivre!


Lire aussi:

Pop théologie: Harry Potter est un personnage protestant.

Dans son ouvrage Pop Théologie, Mark Alizart, né le 14 avril 1975 à Londres (pour Marie-Louise Arsenault), philosophe et «acteur de la vie culturelle française» (selon Wikipedia), procède à une lecture théologique de la culture pop dont il fait apparaître la dimension protestante. À l’occasion d’une invitation à l’émission «Plus on et de fous, plus on lit» à la radio de Radio-Canada, je présente ici les quatre raisons qui font de Harry Potter, né le 31 juillet 1980 à Godric’s Hollow, un personnage protestant (page 169):

  1. «Élection, sacrifice, péché, mais aussi, et même surtout, cœur, amour, abandon…».
  2. Il est élu, mais il ne le sait pas; il a un don, mais il ne le croit pas.
  3. Son don requiert un travail; il doit «apprendre à maîtriser une magie dont la force est d’autant plus grande qu’elle est guidée par le désintéressement et l’amour».
  4. Son histoire est «celle du combat entre l’homme de la foi (l’homme qui a en même temps confiance et qui croit, privilège des simples d’esprit et des enfants) et l’homme de la loi (celui qui est dans la peur et la maîtrise, apanage des puissants et des intellectuels)».

À suivre!


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Pop théologie: Jackson Pollock est un peintre protestant.

Dans son ouvrage Pop Théologie, Mark Alizart, né le 14 avril 1975 à Londres (pour Marie-Louise Arsenault), philosophe et «acteur de la vie culturelle française» (selon Wikipedia), procède à une lecture théologique de la culture pop dont il fait apparaître la dimension protestante. À l’occasion d’une invitation à l’émission «Plus on et de fous, plus on lit» à la radio de Radio-Canada, je présente ici les trois raisons qui font de Jackson Pollock, né le 28 janvier 1912 à Cody, un peintre protestant (page 282):

  1. Pollock place sa toile à l’horizontale, préférant à la «verticalité ecclésiale» «tout en autorité, en tradition, en écoles, en musée-cathédrales» la libre circulation protestante.
  2. En jetant au sol la «relique peinte», en la rendant «au statut de simple objet», il la désacralise et réussit à transformer «les spectateurs en communauté pastorale».
  3. «Le geste radical de Pollock opère ainsi à la manière d’une Réforme à l’intérieur de l’art.»

À suivre!

 

Après le Dernier Repas

En étudiant les réinterprétations du Cenacolo de Léonard de Vinci, j’ai trouvé ce tableau de l’artiste catalan Joan Costa, exposé en 2008 dans une Église de Valence. À ma connaissance, c’est le seul,et unique artiste à avoir imaginé ce qui a pu se passer le lendemain du Dernier Repas. C’est mon cadeau pour ce « Jeudi saint »!

Joan Costa (2007). “Sacra limpieza. El día siguiente” (4,8 x 2,2 m.). Église de Las Escuelas Pías de Gandia (Valence, Espagne). (crédit: http://joancosta.net/joan-costa-galeria3/02g03-sacra-neteja-escolapia-de-gandia/#main)

Joan Costa (2007). “Sacra limpieza. El día siguiente” (4,8 x 2,2 m.). Église de Las Escuelas Pías de Gandia (Valence, Espagne). (crédit: http://joancosta.net/joan-costa-galeria3/02g03-sacra-neteja-escolapia-de-gandia/#main)

« La última creación del pintor gandiense Joan Costa es un cuadro de grandes dimensiones en el que ha empleado una temática poco utilizada dentro de la iconografía religiosa. Costa ha recreado en el lienzo que ya cuelga en la iglesia de las Escuelas Pías de Gandia el día después de la Última Cena de Jesucristo. Las protagonistas, en este caso las homenajeadas, son las mujeres anónimas que limpian el cenáculo.

El lienzo tiene una longitud de 4,80 metros y una altura de 2,20 y en él se observa a un grupo de 12 mujeres que están limpiando el cenáculo que Leonardo Da Vinci pintó para ambientar su conocida Última Cena, para un convento de Milán.

El lienzo pintado durante el verano pasado es un « autorregalo » de los escolapios para conmemorar el segundo centenario de la llegada de los escolapios a Gandia. El cenáculo de Da Vinci, con trece hombres dispuestos alrededor de la mesa era la representación de la autoridad y la virilidad. Pero a este espacio se le abren dos puertas de servicio por las que acceden mujeres que no salen en el relato evangélico y que « hoy en día siguen limpiando de forma anónima los templos ». En él se constata la madurez del pintor gandiense puesto que se puede comparar con el altar mayor del templo que fue pintado por el mismo autor cuando contaba 21 años. » Lasprovincias.es


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