Bible

« Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


2.« Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose »

Oui, je sais, la Réforme protestante supprime tous les intermédiaires supposés — et posés — entre « Dieu » et les êtres humains ; triple refus : d’un homme, le pape, d’une femme, Marie et d’une chose, la messe (Laurent Gagnebin et André Gounelle). Oui, je sais que le protestantisme affirme une relation directe, personnelle et particulière entre chacun·e et son « Dieu ». Oui, je sais que le principe protestant « À Dieu seul la gloire ! » désacralise tout ce qui est créé, que ce soit par l’être humain ou par « Dieu » lui-même. Oui, je sais tout ça.

Ce qui ne m’empêche pas de penser que la relation à « Dieu » passe, passe toujours, passe forcément à travers des artefacts fabriqués par des êtres humains, mais fabriqués parce qu’ils s’imposent à elles, à eux. Des artefacts qui, dans les meilleurs des cas, pointent vers « Dieu », le font rencontrer, en indiquent quelques traits, quelques aspects. Pour le meilleur et pour le pire.

La messe est évidemment un artefact fabriqué surtout par des hommes — trop peu par des femmes — ; elle me signifie que Dieu se transmet en paroles et en gestes, en musique et en silence, en lumière et en couleur, en nourriture et en odeurs. « Marie » est un artefact fabriqué par les hommes — je devrais écrire certains hommes, mais c’est trop général — qui l’ont construite à partir du récit évangélique et de leur désir pour en faire le modèle des femmes que « Dieu » : soumises, disponibles, fidèles, mères et vierges tout à la fois ; mais « Marie » est en même temps un autre artefact, autrement fabriqué pour dire la place des femmes dans le cœur de Dieu, la place de Dieu dans le sein des femmes. Le pape est un artefact fabriqué par les dirigeants d’une Église qui cherchait à mettre « Dieu » dans sa cité, à monopoliser sa parole pour imposer le vrai, le juste, le bien, ou plutôt un « vrai », un « juste », un « bien », son « vrai », son « juste », son « bien ».

Le mot « Dieu » est aussi un artefact fabriqué par des êtres humains et je mets des guillemets pour le protéger. La Bible est aussi un artefact, livre fabriqué par des êtres humains, collection de témoignages où des communautés d’hommes et de femmes racontent leur « Dieu », un « Dieu » qui aime, qui libère, qui ramène à la maison, qui guérit et qui pardonne, mais un « Dieu » qui asservit, qui exile, qui punit, qui détruit.

Comme « il y a des mots qui font vivre » (Paul Eluard), il y a des visages, des images, des objets, des gestes, des goûts et des odeurs qui vivifient, qui me donnent de vivre avec « Dieu ». J’ajoute aussitôt qu’il y en a aussi — y compris parmi les plus religieux, les plus chrétiens et les plus évangéliques — que je trouve mortifères ou qui restent lettre morte.

Je le sais, car j’ai reçu et j’ai transmis et des uns et des autres.


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Dansons, joue contre joue» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)

Là où il est possible de percevoir « Dieu »

Pour nourrir mon enseignement, j’ai demandé sur Twitter où il était possible de percevoir « Dieu ». J’ai reçu peu de réponses, mais intéressantes en ce qu’elles balancent entre deux extrêmes, entre « la majesté de nos montagnes » et « la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus au travers du Nouveau Testament ». Si j’ajoute le visage de l’autre, je crois que tout est écrit…

Une définition de l’animation biblique

Animé·e par un texte biblique, j’anime un groupe et ses membres pour que ce texte biblique s’anime et les anime.

(Ne pas) faire de l’évangile une morale à deux balles

Dans son quotidien, le théologien rencontre deux affiches de publicité biblique. Elles sont produites par l’Agence C qui présente ainsi son projet:

« Nous diffusons des versets de la Bible en Suisse depuis 35 ans, touchant ainsi les cœurs et préservant notre héritage culturel chrétien. »

Sans trop de préjugés, il essaye d’en comprendre l’utilité. Mais franchement, il n’est pas convaincu.

Affiche avec le slogan « Dieu est fidèle » et la source: « La Bible »
(C) Olivier Bauer

Il supporte encore celle-ci. Même si elle ne casse pas trois pattes à un canard, elle rappelle une caractéristique que la Bible juive et le Nouveau Testament prêtent à Dieu. Préservation d’un héritage culturel judéo-chrétien.

Affiche avec le slogan « S’écarter du mal, c’est l’intelligence » et la source: « La Bible »
(C) Olivier Bauer

Mais celle-là l’insupporte. Car elle transforme l’Évangile en une morale à deux balles qui lui paraît insuffisante à toucher les cœurs.

En outre, il trouve dommage d’aplatir et d’appauvrir 66 livres bibliques écrits sur près de 1000 ans en 1 seule source générique: « La Bible ».

Prendre de bonnes résolutions. Choisir de manger, boire, aimer. Et admettre que je ne le ferai pas toujours.

En ce début d’année, je prends de bonnes résolutions et je décide de vivre selon deux versets bibliques.

J’emprunte le premier, un conseil, à la Bible juive:

« Va, mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d’un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n’oublie pas de parfumer ton visage. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t’accorde sous le soleil. C’est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends sous le soleil. Utilise ta force à réaliser tout ce qui se présente à toi. Car il n’y a ni action, ni réflexion, ni savoir ni sagesse là où sont les morts que tu vas rejoindre. » Qohélet 9, 7-10

Et le second, un constat, à une lettre de Paul:

« Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas ! » Romains 7,19

Évidemment, comme un « bon chrétien », à la fois juste et pécheur , j’applique le second verset au premier.

Je sais que je ne mangerai pas toujours mon pain avec plaisir; que je ne boirai pas toujours mon vin d’un cœur joyeux; que je ne mettrai pas toujours mes vêtements de fête; que j’oublierai parfois de parfumer mon visage; que je ne jouirai pas toujours de la vie avec ma femme que j’aime; que je n’utiliserai pas toujours ma force à réaliser ce qui se présente à moi.

Je n’en suis pas fier. Mais je suis assez fier d’être honnête. Et surtout j’ai confiance: Dieu approuve mes actions, quelles qu’elles soient. Et cela suffit à me garantir une bonne année pour 2020 et pour toutes celles qu’il me reste sous le soleil, sous la pluie ou sous la neige.

Nouveauté 2020: Prédications en libre-accès

Pour cette année 2020, j’ajoute une nouvelle page sur mon blogue: Prédications en libre-accès.

J’y propose mes réflexions sur la prédication, un outil pour vous aider à construire une prédication et surtout les textes de quelques unes de mes prédications, soigneusement sélectionnés, comme vous pouvez l’imaginer. Je tenterai de l’alimenter régulièrement.

J’ai organisé mes prédications en quatre rubriques :

  1. Sur la Bible juive
  2. Sur le Nouveau Testament
  3. Sur des thématiques théologiques
  4. Sur d’autres textes

Vous pouvez les lire ou les prêcher. Dans ce cas, soyez assez gentil·le pour en indiquer la source.