Bible

Au culte protestant, mes ami·es!

Où peut-on rencontrer des gens connus et inconnus, passer deux heures dans un lieu historique, voir des bouquets, trembler pour une funambule, découvrir un texte vieux de 2000 ans, écouter un discours de motivation, du Bach et du Brel, de la flûte traversière et de l’orgue, chanter, manger du pain et boire du vin, faire un don pour aider les autres?

Où peut-on se sentir membre d’une communauté et se sentir béni?

Au culte protestant, mes ami·es!


Désolé la Bible, il n’y a pas de temps pour tuer

Dans une réunion d’Eglise, j’ai entendu ce texte tiré du livre biblique du Qohélet ou de l’Ecclésiaste comme il est traditionnellement nommé en christianisme.

« 1 Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel : 2 un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher le plant, 3 un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour saper et un temps pour bâtir, 4 un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, 5 un temps pour jeter des pierres et un temps pour amasser des pierres, un temps pour embrasser et un temps pour éviter d’embrasser, 6 un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, 7 un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, 8 un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps de guerre et un temps de paix. » Qohélet 3, Traduction œcuménique de la Bible

En général, j’aime bien le Qohélet et sa théologie un peu désabusée, si peu religieuse. Mais là, je dis non. Je ne dis pas non au texte dans son entier — j’aime cette alternance des temps —, mais je dis non au verset 3. Il n’y a pas de temps pour tuer. Il ne peut pas y avoir de temps pour tuer. Il ne doit pas y avoir de temps pour tuer.

Ce qui est écrit est écrit. Et Qohélet est responsable de son texte. Visiblement, il y a eu un temps où l’on a cru qu’il y avait un temps pour tuer. Et visiblement, il y a eu un temps où l’on a pensé que l’expression « il y a un temps pour tuer » méritait de figurer dans la Bible.

Mais comment dans une réunion d’Église au 21e siècle peut-on lire tranquillement, lire religieusement ce texte avec le verset 3? Comment dans une réunion d’Église peut-on écouter tranquillement, écouter religieusement ce texte avec le verset 3? Croit-on vraiment qu’il y ait un temps pour tuer? Et si oui, va-t-on en pofiter ? Suffit-il qu’une phrase figure dans la Bible pour qu’on la lise sans aucun sens critique?

Dans cette réunion d’Église, j’ai craqué. J’ai dit mon désaccord et mon désarroi. Je ne suis pas sûr d’avoir suscité autre chose que de l’incompréhension ou de la condescendance. D’où cet article sur mon blogue.


À propos de mes doutes sur l’autorité de la Bible, on peut lire ma prédication « La Bible ne parle pas, la Bible ne dit rien ».

Aider saint Augustin à se montrer moins sexiste !

Cette année, ma lecture d’été, c’est la Cité de Dieu d’Augustin (1308 pages dans l’édition de la Pléiade ! Heureusement que l’été est long).

Le théologien chrétien nord-africain (il vivait à Hippone, actuellement Annaba en Algérie) consacre ses premiers « Livres » à dénigrer une religion romaine traditionnelle qu’il juge absurde. Il y pose une question ironique qui a déclenché mon avertisseur de sexisme (celui-ci devient de plus en plus sensible).

« À moins qu’il ne soit licite pour les dieux de coucher avec des femmes, et illicite pour les hommes d’en faire autant avec des déesses ? » Augustin, La Cité de Dieu, livre III, III. Gallimard, La Pléiade 2015, p. 93

La question est sexiste à deux niveaux. Augustin dénonce un premier sexisme, une conception sexiste de la religion où l’accouplement d’un dieu avec une femme est permis, tandis que l’accouplement d’une déesse avec un homme est interdit. Mais la dénonciation d’Augustin est elle-même sexiste, puis ce sont toujours les mâles, dieux ou hommes, qui couchent avec des femelles, femmes ou déesses. Pour respecter l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’entre les déesses et les dieux, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les dieux de coucher avec des femmes, et illicite pour les déesses d’en faire autant avec des hommes ? »

Mais la question telle qu’Augustin la formule donne aux dieux et aux hommes une liberté de coucher, qu’il refuse au déesses et aux femmes. Pour donner la même liberté aux femmes et aux hommes, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les femmes de coucher avec des dieux, et illicite pour les hommes de coucher avec des déesses ? ».

Mais ainsi corrigée, la question pose encore un problème d’inclusivité. Car elle n’évoque que des relations hétérosexuelles : les femmes ne peuvent coucher qu’avec les dieux, les hommes seulement avec les déesses. Mais les préférences sexuelles étant diverses, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les femmes de coucher avec des déesses et des dieux, et illicite pour les hommes de coucher avec des déesses et des dieux ? ».

Mais même reformulée ainsi, la question n’inclut toujours pas qui ne se reconnaît ni dans « les femmes » ni dans « les hommes » (et ni dans « les déesses » ni dans « les dieux », ce qui me semble un problème moins important). Là, j’avoue mes limites et je vous laisse me faire des propositions.

Évidemment, pour Augustin la question n’est que rhétorique puisque la théologie chrétienne ne conçoit pas qu’un être humain puisse coucher avec Dieu et qu’elle ne reconnaît pas de déesse. Cependant, par honnêteté intellectuelle, il faut quand-même rappeler (et Augustin le fait) que la Bible juive raconte comment les fils des dieux ont couché avec les filles des êtres humains (sexisme un jour, sexisme toujours) pour engendrer des géants :

« Quand les êtres humains commencèrent à se multiplier sur la terre et que des filles leur naquirent, les fils des dieux constatèrent que ces filles étaient bien jolies, et ils en choisirent pour les épouser. Alors le Seigneur se dit : “Je ne peux pas laisser indéfiniment mon souffle de vie aux humains ; ils ne sont après tout que des êtres mortels. Désormais ils ne vivront pas plus de 120 ans.” C’était l’époque où il y avait des géants sur la terre – il en resta même plus tard. Ceux-ci étaient les héros de l’Antiquité, aux noms célèbres ; ils étaient nés de l’union des fils des dieux avec les filles des êtres humains. » La Bible, livre de la Genèse, chapitre 6, versets 1 à 4 (traduction de la Nouvelle Bible en français courant)


Correction le 10 juillet 2021 selon le commentaire de Laurence Feller: Hippone se situe dans l’actuelle Algérie et non pas en Tunisie.

Livre # 4 le 1er juin 2021 : « Être père avec saint Joseph. »

Fabrice Hadjadj (2021). Être père avec saint Joseph. Petit guide de l’aventurier des temps postmodernes. Magnificat, 275 pages.

UNE CITATION PERCUTANTE

« Chez le père, la peur de mourir n’est pas seulement pour lui. Elle est aussi de ne plus pouvoir être là pour sa famille. Avant d’être père, j’avais très peur de la mort. Maintenant que je suis père, sans pour autant être devenu sans peur (ni reproche), je suis prêt à mourir pour ma femme et mes enfants, mais je crains aussi la mort qui les priverait de mon soutien : je dois prendre soin de moi afin de prendre soin d’eux. » p. 266

LE LIVRE

Ce livre résulte de la commande d’un éditeur : « Je dois l’avouer, j’ai accepté d’écrire ce livre pour des raisons alimentaires » (p.217).

Et la faim a poussé Fabrice Hadjadj à écrire douze leçons sur la paternité, mêlant habilement l’histoire de Joseph — et celle de Marie et celle de Jésus qui lui sont inextricablement liées — avec d’autres textes des deux Testaments, avec des textes profanes et surtout avec sa propre expérience de fils, de mari et de père. Il le fait dans une perspective clairement réactionnaire : comme l’auteur n’aime pas le monde tel qu’il est et il n’adhère pas à ce qu’on en dit, il réagit pour faire du monde autre chose que ce qu’il est devenu, pour lui donner un autre sens, celui d’un catholicisme plutôt traditionaliste. J’y reviendrai dans ma critique. Mais pour l’instant, je me contente de le citer :

« C’est parce que sa paternité est la plus pure et la plus radicale que Joseph peut nous guider en ces temps extrêmes. » (p.23)

Les titres des leçons exposent bien le propos du livre : pour devenir père, Joseph a dû « d’abord être fils » (leçon I), puis « séduire la Vierge Marie » (leçon II), sans « rien comprendre à sa femme » (leçon III) ; il a dû « bien dormir » (leçon IV), « aménager une étable » (leçon V), « donner un nom » (leçon VI) et « sauver le Sauveur » (leçon VII) ; il a dû « se faire obéir par Dieu » (leçon VIII), « raconter des histoires » (leçon IX), « travailler dans la charpente » (leçon X), « chercher son enfant dans l’angoisse » (leçon XI) ; enfin « apprendre à mourir » (leçon XII).

J’ajoute que j’ai retrouvé dans le livre une profonde proximité entre tradition biblique et psychanalyse : le père est celui que la femme désire ; le père est celui qui donne le nom à l’enfant ; le père est celui qui rappelle la loi. Est-ce Fabrice Hadjadj qui nourrit sa lecture biblique de psychanalyse ? Je pense plutôt que c’est la psychanalyse qui s’est largement nourrie de la pensée biblique. Sigmund Freud n’était-il pas juif ?

CE QUI PEUT SÉDUIRE

Le thème d’abord, cette idée de chercher dans la foi chrétienne et dans la théologie qui la réfléchit peut aider à devenir ce que personne ne nous apprend à être, un père. Le contenu ensuite, ce monde traditionnel, ce monde rassurant où il n’y a qu’une seule manière d’être homme, qu’une seule manière d’être femme, qu’une seule manière d’être père, qu’une seule manière d’être mère, où chacun est et doit rester à la place que la tradition chrétienne, la culture lui a attribuée, une fois pour toutes.

MON AVIS

Les +

  • J’aime l’idée de considérer le père comme « l’aventurier » comme d’écrire un guide de la paternité en se fondant sur un personnage biblique aussi méconnu ou mal connu que Joseph, le père de Jésus « réduit à un accessoire ou à une fonction », dit « demi-père ou père à peu près », « idiot utile » (p.17). C’est une sorte d’antihéros paternel que je n’ai pas pris pour modèle lorsque je suis moi-même devenu père. Et pourtant, j’aurais dû. Joseph, découvert au travers du regard que Fabrice Hadjadj porte sur lui, de l’amour que Fabrice Hadjadj lui porte devient le modèle d’une vraie paternité, avec ses grandeurs et ses petitesses, avec ses réussites et ses échecs. Comme la mienne.
  • J’aime aussi la vaste connaissance biblique de l’auteur et son souci de trouver une traduction exacte pour certains termes hébreux ou grecs : cela pourrait paraître pédant, mais cela aide à mieux comprendre le texte.
  • J’aime enfin l’écriture pleine de jeux de mots et de clins d’œil.

Les –

Évidemment, l’auteur introduit dans le texte biblique une part de ses a priori ; comment sait-il par exemple que « devant Marie, le moindre geste de drague eût été répugnant » (p.55) ? Mais ce ne sont là que des détails, des biais inévitables.

Très tôt dans ma lecture, j’ai été perturbé par la vision réactionnaire et simpliste que propose Fabrice Hadjadj quand il évoque l’homme et la femme, le père et la mère, quand il les enferme dans des rôles traditionnels et stéréotypés. Prises séparément, certaines affirmations sont déjà dérangeantes, mais prises ensemble, elles me sont devenues insupportables. Je recopie quelques citations et je vous laisse en penser ce que vous voulez :

  1. « Avant ces jours, on devenait le plus souvent père par surprise. La femme vous arrachait à vos initiatives d’entrepreneur pour vous entraîner dans son désir d’enfant. » (p.24)
  2. Le coup de foudre « ressemble à un guet-apens. Et ce n’est que le premier : après être devenu époux par embuscade, on devient papa par surprise. » (p.50)
  3. « J’ai des réticences à tenir un discours qui ressemble à la morale de Miss France : “Il faut croire en ses rêves !” [à prononcer avec un accent tonique sur “croire” et des trémolos dans la voix]. » (p.99)
  4. « Le père appelle son fils à la boxe. Et la boxe correspond au sacrement de la maturité. Si le baptême est plutôt maternel, puisqu’il est une naissance, la confirmation est plutôt paternelle, puisqu’elle est un affermissement qui, selon le pape Melchiade, “donne des armes et prépare aux combats”. » (p.162)
  5. « Face à des agresseurs, les pères de famille ne peuvent pas se permettre de courir au martyr. Ce serait trop simple. Ils ont l’obligation de constituer des milices armes et de défendre jusqu’à leur belle-mère. » (p.163)
  6. « La petite fille s’émerveille de sa maison de poupées plus que du manoir familial, parce qu’elle est à la mesure de sa créativité. Le petit garçon préfère son château de carton-pâte au palais de Windsor, parce qu’il peut assumer la mission de le défendre. » (p.168)
  7. « Ma femme, en soutier, s’occupe du linge dans la buanderie : contre cette hydre de chiffons dont les têtes repoussent tous les jours, le combat est sans fin. Quand vous avez neuf rejetons, votre épouse ne suffit pas à la roue. » (p.173-174)
  8. « On n’éduque pas les filles comme les garçons (cette phrase que j’ai dite à Esther : “tu es très belle, ma chérie, grâce à toi je vais pouvoir en partie satisfaire mon désir d’avoir des gendres” serait assez mal comprise par Jacob). » (p.177)
  9. « La voix de la mère est torah, parce que la mère porte la vie dans son sein. La voix du père est moussar — qui peut aussi se traduire par “châtiment” ou “discipline” — parce que le père, d’un tutélaire coup de pied au derrière, pousse la vie à se risquer dehors. » (p.179)
  10. « Qu’est-ce qu’un père, de nos jours, peut transmettre à son fils ? » (p.195)
  11. « Aussi, là où Nicodème mentionne la mère et le retour au sein, Jésus répond par le Père et l’amour du monde. » (p.270)

Je ne m’étonne donc pas vraiment que Fabrice Hadjadj propose comme modèle de la relation père fils, un roman de Cormac McCarthy où « un père et son fils marchent avec un Caddie dans un monde dévasté. La mère s’est suicidée depuis longtemps, ne supportant pas d’avoir donné la vie dans cette ruine » (p.209). Et qu’il conclue qu’il « a fallu le désastre » — l’apocalypse ou le suicide de l’épouse/mère ? — « pour les rendre disponible l’un à l’autre » (p.210).

L’AUTEUR

Dans son ouvrage, Fabrice Hadjadj livre beaucoup de lui-même. J’ai appris qu’il est né à Nanterre « dans une famille juive tunisienne de gauche » (p.25), que par son prénom, il aurait « un rapport avec saint Fabrice, premier évêque de Porto, martyr de Tolède, et avec Fabrice Del Dongo, le héros de la Chartreuse de Parme » ; qu’il a « foi en la Providence » (p.46), que sa femme s’appelle Siffreine et qu’elle est « une catholique grenobloise royaliste » (p.25), qu’il « est né comme père à trente-et-un ans, à Brignoles dans le Var, quelque part entrer un test de grossesse et un officier de mairie » (p.44), que leur famille compte neuf enfants (l’ainé s’appelle Jacob, les cinq filles Abigaël, Élisabeth, Esther, Judith et Marthe, les autres garçons Pierre, Moïse et il m’en manque un) ; qu’il s’est converti à sept ans, lorsqu’il a découvert dans le monde « post-soixante-huitard de [s]on enfance » « la relation au maître » et qu’il est entré « dans une discipline vivante » (p.160) que valorise la pratique du karaté ; qu’il lit le Talmud et Fratelli Tutti du pape François, Emmanuel Levinas et Tolkien, qu’il fréquente les grands lieux du catholicisme fribourgeois — le sanctuaire Notre-Dame du Mont-Carmel à Bourguillon — et ses grands personnages — « le père abbé d’Hauterive me l’a rappelé » (p.78) —, et qu’il s’endort lors des adorations eucharistiques ; que « pour écrire ces lignes », il a « sous les yeux une petite statue de Joseph dormant » (p.89) : qu’il a été successivement rentier et fonctionnaire avant d’avoir « trouvé un travail en Suisse » (p.217-218).

LA MAISON D’ÉDITION

Selon leur site Internet, les éditions Magnificat se fixent pour mission « d’offrir à tous le trésor de la liturgie des heures », de fournir « un excellent programme de prières quotidiennes accompagnant les textes officiels de la messe » en édition papier comme en édition numérique. La maison d’édition propose des livres, des beaux livres, des bandes dessinées, des CD, des partitions, des calendriers et des cartes.


Ouvrages déjà traités:

Livre # 4 le 1er mai 2021 : « la Bible de ma communion »

Campagnac, F., Raimbault, C., Py-Renaudie, F., & Vanvolsem, É. (2015). La Bible de ma communion. Mame. 312 pages.

Une citation percutante

« Le peuple d’Israël sait que Dieu est avec lui. Quand il lui arrive un événement important, il pense que Dieu y est pour quelque chose. Alors, il réfléchit et il cherche à comprendre ce que Dieu a fait pour lui. Pour ne rien oublier, les parents racontent et répètent tout cela à leurs enfants, puis aux enfants de leurs enfants. Un jour, des savants décident de rassembler et d’écrire toute cette mémoire du peuple d’Israël. C’est un très gros et un très long travail : il dure plusieurs siècles. » (page 9)

Le livre

Appartenant au genre des « beaux livres », la Bible de ma communion se range dans un élégant coffret blanc. Sa couverture est rigide, avec un titre en lettres dorées et une tranche de la même couleur (ou de la même matière ?). Ses pages sont épaisses, son papier est glacé. Chaque page contient une ou des illustrations.

Côté contenu, elle propose une sélection d’histoires bibliques — 14 passages pour chacun des deux Testaments ; 101 des 141 pages du Nouveau Testament sont consacrées à Jésus, de sa naissance à son ascension — réécrites pour des enfants, raccourcies, simplifiées et toujours au présent : « Pendant cette période, il y a d’autres juges comme Gédéon. Il y a même une femme, Débora, dont tout le monde admire le courage » (page 72). Tous les passages sont introduits par un titre et par l’indication de la référence biblique, ce qui est pratique pour relire le texte dans une autre version. Certains passages sont des citations complètes de la Bible de la Liturgie et les paraphrases sont parfois entrecoupées de citations :

« Paul invente une image. Notre corps a plusieurs membres : une tête, deux jambes, deux bras, etc. Est-ce que cela fait plusieurs corps ? Non, bien sûr ! Eh bien, dit Paul, c’est pareil pour nous les chrétiens. Nous sommes tous différents, comme les membres, et nous sommes tous unis en un seul corps. “Or. Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps.” (1 Co 12,27). » (page 287)

Outre les récits bibliques, l’ouvrage contient des introductions, des commentaires des explication sur les « mots compliqués », des « pages spéciales [qui] aident à comprendre dans quel monde vivaient les gens de la Bible », et des annexes, notamment un index des personnages et des épisodes et un lexique des mots expliqués.

Au-delà de la qualité du livre — un beau livre est-il un bon choix ? J’y reviendrai —, ce qui compte dans une Bible pour enfants, c’est la qualité du texte et des illustrations. Pour les évaluer, je choisis un récit de circonstance, celui du don de l’Esprit à la Pentecôte.

Le texte

La Pentecôte Ac 2, 1-13

Cinquante jours après la Pâques, c’est la fête de la Pentecôte. Les apôtres sont tous réunis dans une maison de Jérusalem. Soudain, un grand bruit venant du ciel, semblable à un violent coup de vent, remplit toute la maison. Les apôtres voient apparaître une sorte de feu : il se sépare en petites flammes, en forme de langues qui se posent sur chacun d’eux.

Tous sont alors remplis de l’Esprit Saint. Voilà qu’ils ouvrent portes et fenêtres et qu’ils se précipitent dehors ! Et surtout, ils se mettent à parler à pleine voix en différentes langues, des langues de toute la terre !

Or la ville de Jérusalem est remplie de pèlerins. Ce sont des Juifs venus de tous les pays du monde pour la fête de la Pentecôte. En entendant le bruit, les gens se rassemblent devant la maison des apôtres. Ils n’en croient pas leurs oreilles : « Que se passe-t-il ? Ces hommes qui nous parlent sont des Galiléens, or chacun de nous les entend chanter la gloire de Dieu dans sa propre langue ! Pourtant, nous appartenons à tant de peuples différents. Parthes, Grecs, Égyptiens, Libyens, Romains, Arabes… » Mais d’autres personnes ricanent : « Ils ont bu trop de vin, voilà tout ! » (page 260)

Le choix d’inclure le récit de la Pentecôte est un bon choix, puisqu’il indique la manière de croire en Dieu en l’absence de Jésus. Et c’est ce la condition de l’enfant qui communie. La paraphrase me semble proche du texte biblique et les modifications me paraissent presque toutes justifiables ; à peine, l’ajout d’une mention sur l’ouverture des portes et des fenêtres me paraît inutile, celle des « langues de toute la terre » doit renforcer la valeur du miracle. L’évocation de la fête de la Pentecôte est un ajout qui prend son sens dans la note qui l’accompagne « La Pentecôte est une fête juive qui a lieu cinquante jours après la fête de la Pâque ». Je regrette que les « Juifs de naissance » ait disparu de la liste des personnes qui entendent chanter la gloire de Dieu dans leur propre langue.

L’illustration

À côté du texte figure cette illustration :

L’illustration est peinte à l’aquarelle, dans un style réaliste, à peine un peu enfantin. Ce qu’elle reprend, c’est certains points du texte : la maison — elle paraît petite et sans fenêtre —, la réunion des douze apôtres — à ce moment, Matthias a déjà remplacé Judas — et les flammes sous la forme desquelles se donne l’Esprit Saint. Ce qu’elle précise, ce sont les attitudes variées des apôtres : certains en prière, d’autre les yeux tournés vers le ciel, etc. Ce qu’elle ajoute, c’est la présence de Marie identifiable à la couleur bleue de sa robe bleue. Placée au milieu du groupe des apôtres, les mains jointes dans une position typique de prière catholique, elle est au centre de l’attention, de l’attention des apôtres comme de l’attention de celle ou celui qui regarde l’image.

Textes et images

C’est l’occasion de rappeler et de se rappeler que comme les traductions, les réécritures et les images interprètent et réinterprètent les textes « originaux » et leur donnent un autre sens, un nouveau sens, un sens différent.

Ce qui peut séduire

Le mois de mai représente sans doute le pic des ventes du livre. Car elle est faite pour être offerte à des enfants qui « font leur première communion », un sacrement célébré entre Pâques et Pentecôte. Les éditions Mame ont tout fait pour que leur Bible de ma communion — comme leur Petit catéchisme de ma communion ou leur Missel de ma communion — plaise. Mais comme beaucoup de livres d’enfants, elle doit plaire, non pas aux enfants, mais aux parents, aux marraines et aux parrains, à celles et ceux qui sont susceptibles de l’acheter pour l’offrir. C’est un cadeau catholique, mais pas trop — le petit catéchisme et le missel le sont évidemment plus —, avec lequel la personne qui l’offre manifeste un intérêt — réel ou de circonstance — pour la chose religieuse. La qualité du livre et son prix en font un cadeau tout à fait acceptable, pour qui l’offre et pour la famille qui le reçoit.

Mon avis

(+) Sachant que les éditions Mame proposent dans la même collection deux autres ouvrages, un catéchisme et un missel, je me réjouis que ce soit la Bible qui s’achète le plus ! J’apprécie le mélange de paraphrases et de citations. La paraphrase permet à l’enfant de comprendre ce qu’elle ou il lit. Les citations la ou le familiarisent avec les textes lus au cours de la messe. Comme toujours, j’aime les explications qui désacralisent des livres qu’il ne faudrait jamais nommer « Écritures Saintes ».

(–) La Bible de ma communion est un beau livre qui fait incontestablement un beau cadeau et un bel objet à placer dans une bibliothèque. Mais cette qualité et son prix la font-ils lire plus ou moins ? J’aurais tendance à dire plutôt moins et à penser qu’une Bible moins chère et même moins belle, une version plus pratique pourrait faire un meilleur cadeau. Elle serait peut-être moins intimidante, deviendrait peut-être un objet plus usuel qu’un enfant ouvrirait peut-être plus facilement et plus souvent pour la lire et la relire.

Les auteur·es

La Bible de ma communion mentionne et présente brièvement trois auteur·es : François Campagnac est un prêtre « passionné par la Bible », responsable de catéchèse et de formation biblique ; Christophe Raimbault est docteur en théologie et exégète biblique ; Fabienne Py-Renaudie est une docteure en histoire religieuse qui a mené des recherches sur les Bibles pour enfants. Leur rôle n’est pas précisé, mais j’imagine qu’elle et ils ont sélectionné les textes, les ont réécrits pour des enfants, ont rédigés les introductions, les notes et les commentaires.

Les illustrations sont l’œuvre d’Émilie Vanvolsem qui n’est pas présentée. En consultant son site Internet, j’ai appris qu’elle est une illustratrice jeunesse née en Belgique en 1978 et découvert qu’elle a illustré plusieurs ouvrages pour enfants parus aux éditions Mame, en particulier Le petit catéchisme de ma communion et Le missel de ma communion. Pour plus de renseignements, je vous recommande de consulter sa « bio dessinée par moi-même ».

La maison d’édition

Sur leur site Internet, les éditions Mame annoncent qu’elle publient des « livres de référence pour vivre, célébrer, penser et transmettre la culture et la foi chrétienne en famille comme en Église, d’une façon toujours nouvelle. » Elles sont une maison d’édition catholique qui publie deux livres à succès qui lui assurent une rente de situation : La Bible, traduction officielle liturgique et Le Catéchisme de l’Église catholique.


Ouvrages déjà traités:

Plutôt une théologie métissée qu’une théologie pure!

Quand on est théologien, on l’est dans tous les moments de son quotidien! J’ai dû l’être quand une connaissance m’a demandé si j’enseigne une « théologie pure ». Vaste question que celle de la pureté de la théologie…

Est-ce une question de référence? Une théologie pure serait alors celle qui serait « purement biblique », « purement fondée sur les enseignements de l’Église » ou « purement inspirée par l’Esprit ». Si c’est bien ça, alors, une théologie ne peut jamais être pure. Car la Bible n’est ni uniforme ni univoque, les Églises ont profondément évolué au cours du temps et l’Esprit n’inspire pas les mêmes choses ni partout, ni tout le temps, ni à tout le monde. La théologie n’est jamais pure, car ce que nous sommes et ce que nus ne sommes pas, ce que nous voulons ou ne voulons pas vient toujours s’interposer entre nous et la Bible, entre nous et l’Église, entre nous et l’Esprit.

Est-ce une question de méthode? Une théologie pure serait alors celle qui ne sortirait pas de son cadre de référence, qui ne ferait que répéter les textes bibliques ou les doctrines de l’Église ou les inspirations de l’Esprit sans rien ajouter. Si c’est bien ça, alors, une théologie ne peut jamais être pure. Car on n’accède ni à la Bible, ni à la doctrine de l’Église, ni à l’Esprit sans des médiations culturelles, à commencer par des langues qu’il est préférable de comprendre, des contextes historiques qu’il est préférable de connaître, des interprétations dont il est préférable de tenir compte. Elle n’est jamais pure, car nos expériences, nos connaissances et nos ignorances viennent toujours s’interposer entre nous et la Bible, entre nous et l’Église, entre nous et l’Esprit.

S’il ne peut exister de théologie pure, alors la théologie est forcément métissée (j’avais envie d’écrire « bâtarde », mais cela sonne un peu trop péjoratif). Elle est toujours un mélange de confiance et de doute, de foi et d’idolâtrie, de savoir et d’ignorance, de fantasme et de vérité, de culture et d’inculture collectives et personnelle, d’expériences heureuses et malheureuses, de d’espoir et de désespoir… (à vous de compléter la liste). Elle est forcément purement humaine et c’est la seule théologie que nous pouvons faire. Et c’est la meilleure théologie que nous pouvons faire. Et c’est la théologie la plus évangélique que nous pouvons faire.

(Légèrement modifié le 14 mai 2021)