bretzel

Sur la piste du bretzel – Zurich

Zurich, mardi: 5h30

Je suis enfin tranquille, car l’homme au chapeau noir à disparu. J’imagine qu’en faisant savoir au monde la vérité sur les Cènes au bretzels, j’ai déjoué la conspiration du silence (le bon chercheur fait parfois preuve d’immodestie). Mais peut-être n’ai-je été qu’un pion dans une partie d’échec bien plus vaste et bien plus complexe? Un document troublant que j’ai découvert par hasard au cours de mes recherches, me le laisse penser.

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Je n’ai pas de doute: il s’agit très certainement d’un photomontage. Connaissant un peu Joseph Ratzinger/Benoît XVI (lire la lettre ouverte à propos de son livre L’esprit de la liturgie que le bon chercheur lui a envoyée, il y a une dizaine d’année), je doute fort qu’il ait jamais célébré l’eucharistie avec un bretzel et une bière. Ou alors, j’aurais aimé y être invité. Mais qui donc aurait eu intérêt à réaliser et à faire circuler une telle image? Je vois trois hypothèses:

  • Un plaisantin faisant une blague de potache.
  • Un athée anticlérical voulant se moquer de l’Église catholique.
  • Ou alors, hypothèse plus risquée mais pas insensée vu ce qui s’est passé au Vatican ces derniers mois, une faction, au sein même de l’Église catholique, ourdissant un complot contre le pape, cherchant à le discréditer en utilisant le sujet hyper sensible des aliments de l’eucharistie. Serait-ce pour cela que Joseph Ratzinger/Benoît XVI a dû démissionner? Et serait-ce pour cela qu’un pape argentin aux origines italiennes, deux pays de blé et de vigne, à été élu?

Pour ma part, je renonce à privilégier l’une des trois hypothèses! (le bon chercheur n’est pas forcément prêt à mourir pour n’importe quelle vérité).

(Fin)


À lire, dans l’ordre chronologique:

Sur la piste du bretzel – Mustaïr

Mustaïr, lundi: 15h30

Je sais ce qui dérange dans les Cènes aux bretzels. Je sais ce que l’homme au chapeau noir veut m’empêcher de découvrir. Et je sais ce qui fait peur.
Regardez cette image! Il s’agit d’une plaque en ivoire du 9e siècle, qui a servi, au 14e siècle, de couverture à un évangéliaire. La notice de la Liebieghaus, le musée où il se trouve décrit la scène dans des termes que je traduis en français (le bon chercheur sait faire plaisir à ses lecteurs):

« Le bas-relief représente la fête chrétienne du sacrifice de la messe. Le prêtre se tient au centre, derrière l’autel, tourné vers les fidèle. On trouve devant lui, les ustensiles pour célébrer la messe: un calice, une patène, des livres liturgiques. Au premier plan se tient la Schola, le chœur des chanteurs spirituels. Derrière le prêtre, sous un ciborium couronné par des anges, se tiennent les diacres qui l’assistent. » site du musée Liebieghaus

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Regardez surtout la petite assiette et ce qu’elle contient (le bon chercheur a de bons yeux)! Des hosties? Que nenni! Du pain? Oui, mais quel pain? Trois bretzels, dans la forme triangulaire qu’ils avaient encore à cette époque. Que faut-il en conclure? Certainement qu’en Lotharingie au 9ème siècle, des prêtres catholiques célébraient l’eucharistie avec des bretzels. Ce qui explique du même coup leur présence sur des repas bibliques et des Cènes. Pain de l’eucharistie, ils sont dignes de figurer sur la table d’Esther, de Cana, de Béthanie et du Dernier Repas.
Mais l’Église catholique-romaine peut-elle aujourd’hui reconnaître que l’eucharistie à été célébrée avec autre chose que des hosties et du vin, elle qui a fixé depuis mille ans que l’eucharistie devait être célébrée avec une hostie azyme et faite de « pur froment » (obligatoire depuis le concile de Lyon en 1274) et du vin produit à partir de raisin (principe rappelé plusieurs fois dont encore au Concile de Trente tenu entre 1545 et 1563, dans le nord de l’Italie pas loin de Termeno-sulla-Strada-del-Vino!). Elle qui a sanctionné les prêtres qui voulaient la transculturer et la célébrer avec les aliments à forte valeur symbolique de leur propre culture: riz, mil, coco, etc.


À lire, dans l’ordre chronologique:

Sur la piste du bretzel – Termeno-sulla-Strada-del-Vino

Termeno, dimanche: 14h00

Pourquoi la dame à l’accueil a-t-elle tenté de me dissuader de visiter l’église St.-Valentine? « Personne ne visite cette église! Allez plutôt voir St.-Jakob! » Et pourquoi le vieux monsieur vêtu d’une parka rouge m’a-t-il conseillé d’y aller quand-même? « Ce serait bien pour vos recherches. » Mais que sait-il de mes recherches! Et d’abord comment sait-il que j’en fais? Et pourquoi m’a-t-il parlé en anglais? Mais ma visite a l’office du tourisme n’aura pas été vaine. Au moins, j’aurai obtenu la clef de l’église contre une caution de 5€. Ce qui ne serait pas cher payer si c’était aussi la clef du mystère…
L’église se trouve au milieu du cimetière. Mauvais présage? (le bon chercheur est rationnel, mais il reste quand-même humain). J’ouvre le lourd cadenas et je tire la porte en métal rouillée. Un spectacle intriguant s’offre à moi. L’église à tout d’une église: des bancs en bois, un autel, une petite chaire verte. Elles propre, entretenue, mais elle paraît vide et froide, désaffectée. Et pourtant dans l’armoire de la petite sacristie, il y a un crucifix et une aube violette. Quelqu’un dirait-il encore la messe ici?

Tous les murs son couverts de fresque, et c’est au-dessus de la porte d’entrée que figure la Cène. Sur la table, je distingue au moins un bretzel en forme de ‘6″ et peut-être deux autres, dans deux formes beiges. Je prends une photo, malheureusement de mauvaise qualité (même le bon chercheur ne dispose pas toujours des fonds de recherche lui permettant d’acheter du matériel de pointe).

Fresque (1420-1430). Termeno-sulla-Strada-del-Vino: église San Valentino

Fresque (1420-1430). Termeno-sulla-Strada-del-Vino: église San Valentino

J’allais pour rapporter la clef a l’office du tourisme quand, à ma grande surprise, j’ai reconnu l’homme au chapeau noir qui sortait de l’église paroissiale. Il avait donc assisté à la messe!
Voilà une nouvelle donnée que je dois intégrer. Se pourrait-il qu’il soit catholique? Çe qui changerait ma perspective! Serait-ce alors l’Église catholique qui s’intéresserait à ma recherche? Serait-ce alors le Vatican qui me ferait suivre? Enfin, je commence à y voir plus clair. Je sais peut-être « qui? ». Il me faut maintenant savoir « pourquoi!? ».


À lire, dans l’ordre chronologique:

Sur la piste du bretzel – Quelque part en Autriche

Quelque part en Autriche, samedi: 18h35

Courageux mais pas téméraire, je ne souhaite pas révéler mon emplacement. Mais voici encore quatre « Cènes aux bretzels », des Cènes autrichiennes cette fois-ci.

Salzburg - vers 1050 - Évangéliaire (New York: Pierpont Morgan Library and Museum: Ms. G.44, fol. 80r)

Salzburg – vers 1050 – Évangéliaire (New York: Pierpont Morgan Library and Museum: Ms. G.44, fol. 80r)

Salzburg - 1060/80 - Évangéliaire (New York: Pierpont Morgan Library and Museum: Ms. M.0780, fol. 027v)

Salzburg – 1060/80 – Évangéliaire (New York: Pierpont Morgan Library and Museum: Ms. M.0780, fol. 027v)

? - 1175/99 - Bible moralisée (Sankt-Florian, Autriche: Abbaye; Stiftsbibliothek: Cod III 208, fol. 156r)

? – 1175/99 – Bible moralisée (Sankt-Florian, Autriche: Abbaye; Stiftsbibliothek: Cod III 208, fol. 156r)

Würzburg - vers 1255/60 - Psautier de Würzburg (Melk, Autriche: Benediktinerstiftes: Psalterium Codex 1903, folio 11v)

Würzburg – vers 1255/60 – Psautier de Würzburg (Melk, Autriche: Benediktinerstiftes: Psalterium Codex 1903, folio 11v)


À lire, dans l’ordre chronologique:

Sur la piste du bretzel – Münich

Münich, samedi 9h00

Dans le « Jardin anglais », au pied de la « Tour chinoise », je mange mon bretzel en buvant ma chope de bière. L’homme au chapeau noir ne se cache même plus. Il est assis à deux tables de moi. Est-ce mauvais signe? Je le saurai bientôt.
En attendant, voici déjà deux « Cènes aux bretzels », deux images allemandes:

Bavière: 1460/70 - Tirage sur papier (Oxford: Bodleian Library: Arch. G, fol. 6r)

Bavière: 1460/70 – Tirage sur papier (Oxford: Bodleian Library: Arch. G, fol. 6r)

Souabe - 1101/15 - Bible (Stuttgart, Württembergische Landesbibliothek: Cod. bibl. fol. 60, 43v)

Souabe – 1101/15 – Bible (Stuttgart, Württembergische Landesbibliothek: Cod. bibl. fol. 60, 43v)


À lire, dans l’ordre chronologique:

Sur la piste du bretzel – Ulm

Ulm, jeudi: 12h00

Je viens de visiter le Museum der Brotkulur, un excellent musée qui présente sur quatre étages l’histoire du pain de la préhistoire au 19ème siècle. On découvre comment il a été fabriqué, comment il a été consommé et de quelle valeur des religions et des cultures l’ont investi. Au rez-de-chaussée, se tient une exposition temporaire intitulée « Eaten By Nobody », des tableaux et des installations qui mettent scène des aliments qui ne sont pas ou plus consommables. Un paradoxe alimentaire du second degré, puisque par définition, toute nourriture peinte ou sculptée n’est jamais mangée par personne. Mais je digresse et je m’éloigne de mon sujet (le bon chercheur, même s’il a une culture éclectique, sait se concentrer sur l’essentiel).
J’en sais donc aujourd’hui beaucoup plus sur le rôle du bretzel dans la culture du sud de l’Allemagne. Ici, le bretzel vaut pour le pain. Ainsi, depuis mille ans, il est le symbole des corporations de boulangers qui l’arborent comme enseigne au-dessus de la porte de leur boulangerie, qui l’inscrivent comme marque distinctive sur leurs biens, etc.
Je sais aussi que pour ce qui m’intéresse, la question n’est pas de savoir si Esther ou Jésus ont mangé des bretzels. Ni Esther, ni Jésus n’ont mangé de bretzel, ni à Suse, ni à Cana, ni à Bethanie, ni à Jérusalem, ni nulle part, puisque de leur temps, le bretzel n’avait pas encore été inventé! Les images de repas bibliques où figurent des bretzels ne parlent que de la valeur du bretzel dans la culture qui les a produites. Je peux parier que les artistes qui les ont dessinées en ont mangé. Et je sais que c’est cette culture qui donne au bretzel une forte valeur symbolique au point de les faire figurer sur la table des repas de Jésus. Phénomène typique de transculturation du christianisme (le bon chercheur utilise des mots de plus de trois syllabes).
Mais alors, encore une fois, que veut-on m’empêcher de découvrir?


À lire, dans l’ordre chronologique: