christianisme

Et s’il fallait plutôt prier pour les athlètes?

Pour revenir sur les vitraux mettant en valeur des athlètes (voir mon article Saint·es athlètes, priez pour nous!), je signale ce vitrail surnommé « Sports Bay » dans la cathédrale épiscopalienne Saint John the Divine à New York.

Saint John the Divine, Sports Bay (détail) ©gettyimages

Y figurent la représentation de sports populaires aux USA. De bas en haut et de gauche à droite, j’ai identifié :

  • la boxe, le bowling, le tir à l’arc, l’aviron et le tir au pistolet ;
  • le hockey sur glace, la course automobile, le football (américain), la chasse, la luge, le football (soccer) et le cricket ;
  • le base-ball, la natation, le basketball, le ski, la voile et le polo ;
  • le tennis, le patinage artistique, l’escrime, la pêche, le vélo et le golf.

Et celle de neuf épisodes bibliques plus ou moins liés au sport (de bas en haut et de gauche à droite) :

  • Ésaü chassant une biche (Genèse 27) et Élie courant plus vitre que le char d’Achab (1 Rois 18).
  • Jacob luttant avec un ange (Genèse 32) et Samson tuant un lion (Juges 14).
  • David tenant sa fronde à la main (1 Samuel 17) et les disciples tirant au sort le remplaçant de Judas (Actes 1).
  • Paul recevant la couronne du vainqueur (1 Corinthiens 9 et 2 Timothée 4) et proposant les chaussures de la paix, la ceinture de la vérité et le bouclier de la foi (Éphésiens 6).
  • Et dans la rosace, un cheval blanc que monte un cavalier s’appelant Fidèle et Véritable (Apocalypse 19).

Le site de la cathédrale précise l’intention du vitrail :

Qu’une cathédrale mette en valeur les sports et les loisirs peut sembler un choix improbable. Mais comme l’a dit le Très Révérend William T. Manning, évêque de New York au moment de la création du vitrail des sports [1928] : « Notre jeu et notre travail occupent une vraie place dans notre vie et dans notre prière ».

Convaincu par sa fille Elizabeth Manning qui avait assisté aux Jeux olympiques à Paris en 1924, il avait précisé :

Un sport propre, intègre et bien régulé est le moyen le plus puissant pour vivre en vérité et debout. Il fait s’exprimer et se développer les qualités qui sont essentielles à de nobles virilité et féminité.


(modifié le 21 octobre à 21h45)

Alimentation et spiritualité (cours en sciences des religions @unil)

Au semestre d’automne, je donnerai pour la première fois à l’Université de Lausanne un cours de sciences des religions sur le thème Alimentation et spiritualité.

  • J’y aborderai l’impact des religions sur les pratiques alimentaires et l’alimentation comme lieu de spiritualité.
  • Il aura lieu le mercredi de 16h15 à 18h du 18 septembre au 18 décembre.

Comme tous les cours de la Faculté de théologie et de sciences des religions, il est ouvert aux étudiant·es mais aussi aux auditrices et aux auditeurs libres (voir la procédure d’inscription à l’Université de Lausanne). Je serai heureux de vous y accueillir.


En attendant le cours ou à la place du cours, on peut lire mon livre gratuit et en libre accès: Bauer, O. (2017). Nicole Rognon mange aussi comme elle croit. Lausanne. 34 pages

Qu’est-ce que ça fait de ne pas être baptisée?

Avec quelques étudiant·es de la Faculté de théologie et de sciences des religions, le théologien du quotidien a imaginé, organisé et tenu un atelier «Bonheurs et peurs, les émotions en religion» dans le cadre des «Mystères de l’Unil» (journées portes ouvertes de l’Université de Lausanne). Nous avons proposé aux enfants de faire des expériences religieuses sensorielles, d’exprimer leurs émotions et de découvrir pourquoi et comment les religions utilisent ces goûts, ces images, ces musiques, ces parfums, ces textures, faisaient prendre des postures.

Cet après-midi, un événement est arrivé dans le quotidien du théologien. Après avoir fait l’atelier vue, une petite fille d’environ huit ans, lui demande abruptement :

– Monsieur, j’ai une question.

– Oui.

– Qu’est-ce que ça fait de ne pas être baptisée?

Il croit avoir bien répondu en lui demandant:

– À toi, qu’est-ce que ça fait?

Surtout qu’elle lui répond:

– Moi, je m’en fiche.

Mais si vous imaginez une meilleure réponse, n’hésitez pas à me la communiquer!

Esprit du vin – esprit divin

J’ai le plaisir d’organiser pour la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne un cours public sur les liens entre le vin et le divin, avec la collaboration de Sainte-Claire et de la paroisse réformée de Vevey, en synergie avec la Fête des Vignerons. Je serai heureux de vous y accueillir.

Mon dixième livre: 500 ans de Suisse romande protestante (2020)

Mon dixième livre va paraître: Bauer O. (2020). 500 ans de protestantisme en Suisse romande. Neuchâtel, Alphil, 160 p.

Il est issu d’un séminaire de Master que j’ai donné à l’Université de Lausanne au printemps 2018: «491 ans de théologie pratique et de pratiques théologiques protestantes en Suisse romande » (l’éditeur trouvait « 500 ans » plus vendeur).

Couverture du livre 500 ans de Suisse romande protestante. Un cycliste fait des acroobaties devant le Mur des Réformateurs à Genève

« D’où vient la frontière entre Jura sud et Jura nord ? Pourquoi le train Yverdon-Sainte-Croix ne circulait-il pas le dimanche ? Depuis quand le Conseil oecuménique des Églises est-il installé à Genève ? Qu’est-ce qui lie les Dames de Morges à la communauté de Grandchamp? Pourquoi peut-on faire ses courses à Bulle le lundi du Jeûne ? D’où venait le bois utilisé pour construire la chapelle des Mayens de Sion ? Pourquoi Henri Druey, James Fazy et Alexis-Marie Piaget ont-ils nationalisé les Églises réformées ?
Cet ouvrage répond à ces questions, à d’autres que vous vous posez, à celles que vous n’osez pas imaginer. Il vous mène du premier culte célébré en 1526 par Zwingli jusqu’au synode de l’Église réformée évangélique de Suisse en 2020. Il vous conduit d’Aigle à Porrentruy, à Saxon, à Morat, aux Ponts-de-Martel, à Corgémont ou à Genève.
Il offre une vision panoramique et détaillée de chacun des six siècles de l’histoire protestante dans les sept cantons suisses francophones ou bilingues. Il met en lumière six fortes personnalités — trois hommes et trois femmes —, six beaux gestes, mais aussi six grandes hontes du protestantisme romand. »

Commander le livre chez l’éditeur

Le point sur la conception, la naissance et l’enfance de Jésus

Pour Radio-Canada (Samedi et rien d’autre), Joël Le Bigot me demande de décrire «la vie quotidienne au pays de Jésus». (Écouter l’entretien: « Joseph, Marie et Jésus : une histoire à géométrie variable« ). Un peu en marge, j’essaye de rassembler ce que l’on sait de la conception, de la naissance et de l’enfance de Jésus. Mais attention, toutes les sources qui évoquent Jésus sont des sources engagées; ce qu’elles racontent de Jésus n’est ni neutre ni objectif; par son récit, chaque source donne un sens particulier à la personne de Jésus. Pour le décrypter, j’ajoute de très courtes notes personnelles.

Selon les lettres de Paul (dans les années 50)

Dans aucune de ses lettres, Paul n’évoque ni la conception, ni la naissance, ni l’enfance de Jésus.

  • Paul s’intéresse à Jésus quand il devient Christ, c’est-à-dire quand il meurt et qu’il est ressuscité.

Selon l’évangile attribué à Marc (dans les années 60)

«Marc» ne raconte rien de la conception, de la naissance, ni de l’enfance de Jésus. «Marc» mentionne seulement que les gens de Nazareth le connaissent comme un charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon et de sœurs qui vivent toujours à Nazareth (Marc 6, 3).

  • Pour «Marc», Jésus ne devient intéressant qu’au moment de son baptême, quand il est reconnu Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Luc (dans les années 70)

«Luc» raconte qu’une certaine Marie, qui habite Nazareth en Galilée, est accordée en mariage à un certain Joseph (Luc 1, 26-27), fils de Héli (Luc 3, 23). Alors qu’elle n’a pas eu de relation conjugale, un ange lui annonce qu’elle va accoucher du Fils de Dieu (Luc 34-35). Marie part dans une ville de Juda chez sa parente Élisabeth (Luc 1, 39-40) et y reste trois mois (Luc 1, 56). Joseph et Marie quittent Nazareth pour aller à Bethléem en Judée se faire recenser, parce que Joseph descend de David, lui-même originaire de cette ville (Luc 1, 4-5). Marie y accouche dans une étable (Luc 2, 7). Huit jours plus tard, l’enfant est circoncis et reçoit son nom: Jésus (Luc 2, 21). Joseph et Marie vont à Jérusalem présenter l’enfant au Temple et sacrifier deux tourterelles (Luc 2, 24). Jésus grandit et se fortifie (Luc 2, 40). Quand il a 12 ans, ses parents l’emmènent fêter la Pâque à Jérusalem. Ils repartent sans s’apercevoir qu’ils oublient leur fils. Au bout de trois jours, ils le retrouvent dans le temple de Jérusalem discutant avec les maîtres de la loi (Luc 2, 42-47). Jésus progresse en sagesse et en taille (Luc 2, 52) et c’est à 30 ans qu’il commence son ministère public (Luc 3, 23).

  • Pour «Luc», comme pour «Matthieu», c’est la conception miraculeuse de Jésus qui fait de lui le Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Matthieu (dans les années 70)

«Matthieu» raconte qu’une certaine Marie est accordée en mariage à un certain Joseph, fils de Jacob (Matthieu 1, 16). Quand elle devient enceinte, Joseph, qui est maintenant qualifié d’époux, envisage de la répudier en toute discrétion (Matthieu 1, 19-20). Mais un ange l’en dissuade, car son fils a été engendré par l’Esprit saint (Matthieu 1, 18). Joseph accueille Marie chez lui à Bethléem (Matthieu 2,1). Il évite toute relation sexuelle avec Marie jusqu’à ce qu’elle accouche d’un fils qu’il nomme, comme convenu, Jésus (Matthieu 1, 21 et 2, 1). Craignant pour la vie de l’enfant, Joseph, Marie et Jésus se réfugient en Égypte et y séjournent jusqu’à la mort du roi Hérode (Matthieu 2, 14-15). Ils retournent alors sur la terre d’Israël, mais plutôt que de s’établir en Judée, ils s’installent à Nazareth en Galilée (Matthieu 2, 23). Plus tard, les gens de Nazareth se souviendront de lui. Ils le reconnaîtront comme le fils d’un charpentier et de Marie, le frère de Jacques, Joseph, Simon et Jude et de sœurs qui toutes vivent à Nazareth (Matthieu 13, 55-56). Mais quand sa mère et ses frères chercheront à lui parler, Jésus leur préférera ses compagnons et ses compagnes (Matthieu 12, 46).

  • Pour «Matthieu», comme pour «Luc», c’est la conception miraculeuse de Jésus qui fait de lui le Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Jean (autour de 100)

«Jean» ne raconte rien de la conception, de la naissance, ni de l’enfance de Jésus. «Jean» mentionne qu’un certain Philippe, de Bethsaïda, identifie Jésus comme le fils de Joseph, comme un homme venant de Nazareth (Jean 1, 45); que Jésus a une mère qui assiste avec lui à un mariage qui se tient à Cana, en Galilée (Jean 2, 2); que les gens de Nazareth connaissent son père et sa mère (Jean 6, 42).

  • Pour «Jean», Jésus est «Parole de Dieu» depuis le début du monde; sa conception, sa naissance et son enfance n’ont donc aucune importance.

Selon les Toledot Yeshou (4e siècle au plus tôt)

Les Toledot Yeshou racontent qu’un soldat de Bethléem nommé Joseph ben Pandera trompe une certaine Marie, fiancée à un certain Jean. À la fin du sabbat, il se fait passer pour Jean et viole Marie. Marie et Jean découvrent la supercherie. Marie devient enceinte. Ne pouvant faire condamner le violeur, faute de témoin, Jean décide de fuir en Babylonie. Marie donne naissance à un fils qu’elle appelle Josué. Le huitième jour, il est circoncis. Quand il a l’âge requis, Josué entre à l’école pour étudier la Torah.

  • Les Toledot Yeshu, textes polémiques juifs, cherchent à démontrer que la conception de Jésus n’a rien de miraculeux.

Selon le Coran (au 7e siècle)

Le Coran raconte qu’une certaine Marie quitte sa famille et se retire vers l’Orient (sourate 19, 16). Alors qu’aucun homme, aucun mortel ne l’a touchée (sourate 3, 47 et 19, 20), alors qu’elle a gardé sa virginité (sourate 66, 12), un homme parfait lui annonce qu’elle aura un garçon pur (sourate 19, 19). Lorsqu’elle devient enceinte, elle s’isole et accouche au pied d’un palmier (sourate 19, 22-23). Dès qu’il est né, son fils la réconforte et lui conseille de manger des dattes, de boire et de cesser de pleurer (sourate 19, 26). Quand elle revient chez elle avec son fils, sa famille l’accueille plutôt mal (sourate 19, 27). Mais Jésus, fils de Marie (sourate 19, 34) leur adresse un long discours théologique. Dieu lui enseignera le Livre, la Sagesse, la Tora et l’Évangile (sourate 5, 110).

  • Pour le Coran, Jésus est le fils de Marie ; il n’est ni Dieu ni le Fils de Dieu, mais un messie et un prophète doté de pouvoir extraordinaire.

J’ai beaucoup écrit sur Jésus, on peut notamment lire et relire: