Crèche

Le christianisme selon Playmobil

On connaît certainement le succès de la figurine Playmobil « Martin Luther » (on peut sinon lire l’article de Joël Burri sur Protestinfo.ch: « Le Playmobil Luther, le succès d’un objet identitaire« ). On aura peut-être noté le succès médiatique du succès de la figurine.

Intrigué par le phénomène, je me suis amusé à recenser ce que le fabriquant de jouet Playmobil proposait à propos du christianisme. Le résultat est étonnant. Sans beaucoup de commentaires mais avec un peu d’organisation, en voici un choix certainement pas exhaustif.

Le mariage à l’église

Un mariage à l’église (il n’y a pas d’option « couple de même sexe »)

Une histoire biblique en seulement deux tableaux.

Une histoire de l’Église, de (saint) Martin à Martin (Luther)

Des anges passent…

Playmobil aime beaucoup Noël (où Noël se vend bien…)

Choisissez votre saint Nicolas selon votre culture et vos traditions!

Quand faut-il placer le bébé Jésus dans la crèche?

Comme me l’a fait remarquer Marie Malzac, journaliste au quotidien français La Croix, « pour un protestant », j’ai déjà beaucoup écrit sur la crèche de Noël. Sur mon blogue, j’ai évoqué le « folklore de Noël« , j’ai suggéré de « faire soi-même sa crèche« , d’y « placer des bergers« , d’y « placer des mages« , d’y « placer Joseph« , d’y « placer Marie » et de ne pas y « placer de chien« . Mais, mis à part l’image des « deux papas de Jésus« , je n’avais pas encore parlé de l’essentiel, du bébé Jésus!

Et pourtant, il y a au moins deux manières de placer Jésus dans la crèche:

  • À la manière protestante, le bébé Jésus est collé dans la mangeoire. Il n’en bouge pas
  • À la manière catholique, la mangeoire reste vide durant le temps de l’Avent et on y place le bébé Jésus durant la nuit de Noël.

Ce qui ne me semble théologiquement significatif:

  • Que Jésus soit déjà dans la crèche signifie que la crèche est un rappel, une illustration, peut-être une commémoration de la naissance de Jésus, tel que la raconte les évangiles de Matthieu et de Luc et plusieurs textes apocryphes.
  • Que l’on place Jésus dans la crèche durant la nuit de Noël signifie que la crèche est une réitération contemporaine de l’incarnation de Dieu dans un bébé accouché par un vierge, tel que la raconte les évangiles de Matthieu et de Luc et plusieurs textes apocryphes.

Ce que je mets en relation avec les manières catholiques et protestantes de célébrer la communion:

  • La manière protestante de « faire la crèche » correspond à la manière protestante de « faire la cène ». Dans les deux cas, on veut se souvenir de ce que Dieu a fait une fois pour toute.
  • La manière catholique de « faire la crèche » correspond à la manière catholique de « faire l’eucharistie ». Dans les deux cas, on croit (au sens fort d’être convaincu) que l’Église peut et doit refaire ce que Dieu a fait.

P.S. Si vous trouvez que tout cela n’a aucune importance, vous n’avez pas entièrement tort. Mais vous n’aurez pas entièrement raison non plus…

Jésus avait-il deux papas? (En plus de Dieu, bien entendu)

Vitrail de la Nativité dans le temple protestant de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Vitrail de la Nativité; église protestante de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Quand j’ai vu ce vitrail de la Nativité, j’ai été immédiatement frappé, par le personnage en bleu sur le côté gauche de la crèche. Je me suis demandé: « Mais que fait Jésus adulte dans sa propre crèche? » Et puis j’ai vu les longs cheveux bouclés et je me suis dit qu’il s’agissait probablement de Marie. Mais avouez qu’elle semble bien peu féminine! Elle est plutôt tout le portrait de son fils.

  • Je savais que certains artistes plaçaient une femme à la table de la Cène…
  • Je savais qu’il existe des crèches d’où Marie est absente (grâce à Jonas St-Martin, dont j’ai dirigé le mémoire sur les crèches de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal)…
  • Mais c’est la première fois que je vois, dans une église, la représentation d’une crèche où Jésus pourrait avoir deux papas (en plus de Dieu, bien entendu).

Ce qui ne me choque pas, mais me réjouit. Car la bonne nouvelle de Noël, c’est qu’il existe un Dieu qui me permet d’accueillir sans condition toutes les familles qu’elles comptent un papa et une maman, un papa et/ou une maman, deux papas, deux mamans, ni papa ni maman, plusieurs papas plusieurs mamans, etc., etc.


À propos de la famille de Jésus, lire aussi sur mon blogue:

 

Noël, entre folklore et christianisme

Lors du troisième séminaire de théologie pratique pour les étudiant-e-s dont je dirige la thèse ou le doctorat, j’ai proposé aux étudiant-e-s de réfléchir à partir d’un court texte d’André Gounelle paru sur le site de la revue protestante libérale française Évangile & Liberté «Crèche, laïcité et religion» (il vous faut le lire, mais je peux le résumer en une seule phrase: la crèche relève du folklore et non pas du christianisme).

Après que nous avons lu l’article, chaque étudiant-e a dû choisir trois «éléments» qu’ils/elles associent à Noël et venir les écrire dans un tableau à deux colonnes intitulées «christianisme» et «folklore». En voici le résultat:

«Christianisme

Incarnation. Saint-Nicolas. L’enfant Jésus. Crèche. Jésus = lumière du monde. Ange sur le haut du sapin. Ange. Naissance.

Folklore

Sapin. Père Noël. Chocolat. Couleur rouge. Décoration de Noël – Lumières. Le bébé Jésus «ne pleure pas». Partage (nourriture). Culte de Noël avec l’Arbre de Noël. Les mages.»

Les étudiant-e-s ont ensuite ajouté leurs commentaires:

  • Il y a plus d’idées du côté du folklore [commentaire: c’est vrai, mais de peu; un seul élément supplémentaire], ce qui pourrait révéler une certaine frustration théologique.
  • Il est important que la crèche figure aussi du côté «christianisme».
  • Le chocolat est sacré [commentaire: boutade ou conviction?]
  • La ligne n’est pas très distincte entre les deux (cf. Saint-Nicolas et Père Noël).

Et les étudiant-e-s ont débattu autour de la question de savoir si les mages ont leur place dans le christianisme. Non, parce qu’ils occupent une place très marginale dans les récits de Noël. Oui, parce qu’ils expriment l’universalité du message de Noël.

En conclusion, «nous» [en communauté, mais certainement ni toutes et tous, ni toutes et tous sur tous ces points], nous avons:

  1. Apprécié que l’auteur dépoussière le christianisme de ses images vieillottes et en présente une version crédible pour des hommes et des femmes du 21ème siècle.
  2. Regretté l’utilisation du mot «folklore» qui conduit forcément à déprécier les éléments que le terme qualifie. Quelle serait la perception de ces éléments si l’auteur avait par exemple évoqué des éléments plutôt liés aux «traditions»?
  3. Reconnu qu’il existe aussi des paroles qui relèvent du folklore, comme les formules de bénédiction.

Sous la responsabilité d’Olivier Bauer, grâce aux doctorant-e-s Dominique Brunet, John Jomon Kalladanthiyil, Petera Toloantenaina et Jean-Daniel Williams; aux maîtrisant-e-s Christian Kelly Andriamitantsoa, Léontès Bery, Dieudonné Grodya et Marie-Odile Lantoarisoa.