deuil

La mort racontée aux enfants

Il est parfois difficile de discuter de la mort d’un proche à de jeunes enfants. Cette histoire pourrait vous aider.

Quand leur grand-maman est morte, Louise et Michel ont dit :

Elle va nous manquer, Mamou ! On ne pourra plus jouer avec elle.

Elle n’était pas si vieille, Mamou. Ce n’est pas elle qui devait mourir la première.

Tu dis que Mamou, elle est montée au ciel. Mais c’est où le ciel ?

Leur papa leur a expliqué :

« Votre Mamou était chrétienne ; elle pensait qu’existait quelqu’un de bien plus grand qu’elle, quelqu’un qui s’intéressait à elle, quelqu’un qui l’aimait et qui l’aidait. Elle l’appelait “Dieu” et elle lui faisait confiance. Elle lisait un livre qu’on appelle la Bible qui l’aidait à comprendre comment on peut vivre quand on fait confiance à Dieu. Alors, je vais répondre à vos questions, à vos remarques, comme votre Mamou aurait pu et comme la Bible pourrait y répondre :

Elle vous aurait dit : la mort, c’est triste et ça finit toujours par arriver.

Elle vous aurait dit : il ne faut pas vous inquiéter.

Elle vous aurait dit : je vous manque et vous me manquez. Moi aussi, je regrette de ne plus pouvoir jouer avec vous, manger avec vous, danser avec vous.

Elle vous aurait dit : un jour, nous nous retrouverons. Un jour, nous nous reconnaîtrons et nous recommencerons à jouer, à manger, à nous promener.

Elle vous aurait dit : mon corps est sous la terre. Mais quelque chose de moi est ailleurs.

Elle vous aurait dit : je suis maintenant libre comme un oiseau.

Elle vous aurait dit : on peut penser que je suis au ciel, parce que le ciel est partout. Parce qu’il n’y a pas un endroit sur terre où il n’y a pas de ciel.

Elle vous aurait dit : je suis aussi dans vos cœurs et dans vos souvenirs. Je suis avec vous quand vous jouez aux jeux auxquels nous avons joué ensemble, quand vous mangez les plats que je cuisinais pour vous, quand vous écoutez les chansons que j’aimais écouter. »

Un certain retour des mort·es II (pour les spécialistes)

Autour de la théologie et des pratiques protestantes autour de la mort et des mort·es (voir mon article « Un certain retour des mort·es »), j’ai oublié d’écrire que le protestantisme envisage lui aussi la possibilité de faire quelque chose pour les mort·es après leur mort ! J’en trouve l’expression pratique dans les liturgies protestantes des services funèbres qui prévoient une « remise du défunt », formulée par exemple dans ces termes :

« Remise du défunt ».« Pour remettre un défunt à Dieu »
« Seigneur, Dieu notre Père, toute notre espérance est en toi. C’est pourquoi nous te remettons N. [Tu connais sa foi.] Pardonne-lui toute faute, car tu es bon et tu aimes les hommes, et accueille-le/la auprès de toi dans l’attente de la résurrection. »« Dieu le Père t’a créé(e) à son image, Dieu le Fils t’a sauvé(e) par sa mort et sa résurrection, Dieu le Saint-Esprit t’a appelé(e) à la vie et t’a sanctifié(e). Que le Dieu de toute grâce te conduise à travers les ténèbres de la mort, qu’il te fasse miséricorde au jour du jugement et t’accorde la vie éternelle. Repose en paix. »
Liturgie des services funèbres selon les projets de 1993 et 1995 de la Communauté de travail des Commissions romandes de liturgieLe service funèbre. Églises luthériennes en France, Commission de Liturgie des Églises luthériennes en France, 1999

Mais que se passe-t-il alors si la personne défunte n’est pas remise ou mal remise à Dieu ? Dieu ne l’accueillerait-elle pas ? À mon avis, vouloir remettre le défunt à Dieu est une prétention illégitime. Les liturgies qui l’incluent ont tort. Elles ne devraient pas maintenir l’illusion que nous pourrions faire quelque chose pour les mort·es. Il faut les changer.

Pour une pratique plus protestante des services funèbres (ce qui signifie évidemment « plus conforme à ma théologie protestante »), on peut par exemple privilégier la liturgie de l’Église protestante unie de France dont le titre dit l’intention : Annonce de [la] Résurrection à l’occasion d’un décès [deuil] (disponible en libre accès sur le site de l’EPUdF). Elle aide les êtres humains à vivre leur deuil tout en laissant à Dieu le soin des mort·es.