eau

Transformer de l’eau en bière

Sainte Brigide d’Irlande (451-vers 525) savait contextualiser l’Évangile pour le (et se) rendre populaire, elle qui a transformé de l’eau en bière. Succès assuré et sainteté justifiée!

Lorenzo Lotto (1524). Tresore Balneario, Capella Suardi. Crédit: Wikipedia

« Parmi les épisodes rapportés dans [la] biographie [de sainte Brigide] figure la transformation de l’eau en bière; il s’agit d’un miracle analogue à celui accompli par Jésus-Christ lors des noces de Cana, mais la boisson – la bière au lieu du vin – est liée à l’Irlande, pays de la sainte et l’un des principaux producteurs de bière. » Silvia Malaguzzi (2006), Boire et manger. Traditions et symboles. Hazan, Guide des art: p. 287

Eau de vie, eau de mort (#baptême)

Un entretien sur le baptême (lire l’article de Noriane Rapin: Les non pratiquants veulent encore le baptême) m’a donné envie d’en écrire un peu plus sur ce thème (d’après un article paru dans La Vie protestante Berne-Jura en mai 2003) hors de toute actualité, sauf que le calendrier propose de fêter aujourd’hui la conversion de Paul et que les Églises chrétiennes proposent de prier cette semaine pour l’unité des chrétien·ne·s.


« Baptiser » vient du grec « baptizo » qui signifie « plonger dans l’eau »; être baptisé.e, c’est donc plonger dans l’amour de Dieu. Plonger, c’est toujours prendre des risques, surtout quand on ne sait pas nager. Et quand il s’agit de l’amour de Dieu, personne ne sait jamais nager! Plonger dans l’amour de Dieu, c’est donc risquer de se noyer dans cet amour, c’est accepter de se laisser submerger par cet amour. Mais comme par miracle, l’amour de Dieu, plus salé que la Mer morte, soutient et supporte toutes celles et tous ceux qui s’y jette; personne ne s’y noie, jamais.

On peut baptiser à tous les âges, des nourrissons jusqu’aux adultes. Ce qui ne dit pas exactement la même chose. Baptiser un nourrisson, c’est insister sur la grâce de Dieu. Le petit bébé ne sait rien, ne connaît rien; il n’a pas suivi l’école du dimanche, il ne lit pas la Bible, il ne va pas au culte; il ne sait pas ce qu’être chrétien veut dire; et pourtant, l’amour de Dieu le soutient. Baptiser un adulte, c’est insister sur le courage du baptisé; la grande personne sait; elle a suivi à l’école du dimanche, elle a lu la Bible, elle participe au culte; elle connaît ce qu’être chrétien exige; et pourtant, elle accepte de plonger dans l’amour de Dieu; et l’amour de Dieu la soutient.

Être baptisé, c’est se noyer, juste pour un instant, c’est mourir et renaître à la vie nouvelle. Quand Paul présente le baptême aux chrétien·ne·s de Rome, il écrit:

« Ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés? Par le baptême en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. » Lettre aux Romains, chapitre 6, versets 3 à 4

Certain.e.s pensent qu’un vrai baptême doit noyer la personne baptisée, qu’elle doit être plongé entièrement dans l’eau, qu’elle doit suffoquer un instant et ressortir comme ressuscité; le symbole est beau. D’autres préfèrent verser simplement de l’eau sur la tête de la personne baptisée, parce que c’est là qu’est son identité; le geste est pratique. Mais le baptême ne dépend ni de l’âge, ni de la quantité d’eau. Il ne dépend que de l’amour de Dieu. D’ailleurs les Églises protestantes ne baptisent pas des protestant·e·s, ni l’Église catholique des catholiques, ni les Églises orthodoxes des orthodoxes, ni les Églises anglicanes des anglican·e·s. Elles baptisent simplement des personnes; elles témoignent ainsi que Dieu les aime; qu’il n’aime pas elles seulement mais qu’il les aime elles aussi.


À propos du baptême, on peut aussi lire sur mon blogue, l’avis des étudiant·e·s en théologie de l’Université de Montréal: Baptême – Apprentissage par problème.

La Cène de la semaine (7)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière.

Restons encore en Italie, mais à Florence où figurent de nombreux Cenacoli (on appelle « cénacle » la salle à manger où Jésus aurait pris son dernier repas). Ce sont des fresques de la Dernière Cène peintes sur le mur du fond du réfectoire d’un couvent (une habitude qui a inspiré Léonard de Vinci). Ces images géantes donnaient aux nonnes et aux moines l’impression de partager le repas du Christ et de ses apôtres.

On compte à Florence au moins une dizaine de Cenacoli (voir la liste sur le site Internet de la ville de Florence) dont trois ont été peints par Domenico Ghirlandaio (parfois assisté de son jeune frère Davide). Je vous propose de nous arrêter sur le Cenacolo du Convento di Ognissanti.

Domenico Ghirlandaio, fresque (1488). Réfectoire du Convento di Ognissanti. Florence

Sur la table, on trouve surtout des fruits (deux citrons et deux oranges aux deux extrémités) et des petits tas de cerises. On trouve encore neuf pains ronds déposés directement sur la table. On trouve aussi des aliments presqu’indéfinissables, des morceaux rose-rouge plus ou moins translucides disposés sur trois planches. Sur celle de gauche, je crois discerner une queue de poisson, des cubes de lard et des petits oignons. On trouve encore, à gauche de la fresque, une tête de laitue qui pourrait évoquer les herbes amères de la Pâque juive.

On trouve enfin quatre fois deux carafes, l’une pleine d’un liquide jaunâtre et l’autre d’eau claire. Cette juxtaposition est sans doute destinée à évoquer l’habitude orthodoxe et catholique d’ajouter de l’eau au vin de l’Eucharistie (jusqu’à un tiers d’eau chez les orthodoxes, quelques gouttes chez les catholiques). Cette pratique liturgique est chargée d’une pléthore de significations symboliques: elle évoque l’eau coulant de la plaie occasionnée par le coup de grâce donné au Christ crucifié; elle lie les deux sacrements du baptême et de l’eucharistie; elle signifie la jonction des deux natures du Christ; elle indique l’union du Christ (le vin) et de son peuple (l’eau).