Église

Quelques lieux-tests d’une société inclusive (et d’Églises qui ne le seraient pas moins)

Quand j’essaye de penser ce que serait une société vraiment inclusive, je me dis qu’elle devrait au moins être accessible quels que soient (dans l’ordre alphabétique) :

  • Ses limites : physiques, mentales, intellectuelles, sociales, financières, etc.
  • Ses origines : nationalités, ethnies, cultures, langues, etc.
  • Ses préférences alimentaires : allergies, intolérances, éthiques, goûts, etc.
  • Son âge : enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse, etc.
  • Son genre et son orientation sexuelle : femme, homme, LGBTQIA+, etc.
  • Son orientation spirituelle : spiritualités, philosophies, religions, confessions, théologies, etc.
  • Etc.

Et je me dis que les Églises devraient suivre le mouvement. Et je rêve que les Églises servent parfois de précurseures. Et j’espère au moins qu’elles ne forment pas des contre-exemples.

Quand l’Église s’intéresse à nos fesses! (Attention, titre racoleur)

L’église protestante Sainte-Claire à Vevey, Suisse. © Olivier Bauer 2018

La paroisse protestante de Vevey (Église évangélique réformée du canton de Vaud) a remplacé les bancs de l’église Sainte-Claire  par des chaises apportées par des paroissien·nes. Le changement n’a pas été seulement cosmétique, mais aussi profond, comme on peut le lire sur le site de l’église Sainte-Claire (oui, le site de l’église, avec un petit « e ».)

Du sel et des pécheurs malades; 2 prédications

Certaines paroisses me confient la responsabilité de prêcher; et certaines paroisses font figurer ma prédication sur leur site Internet.

En voici deux, l’une prononcée à l’Esprit sainf à Lausanne, un « lieu-phare » de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud et l’autre à Bois-Colombes, dans la paroisse d’Argenteuil, Asnières, Bois Colombes et Colombes de l’Église protestante unie de France.

On peut les lire ou les télécharger – et les garder pour un dimanche sans culte! – sur les sites du lieu-phare et de la paroisse en cliquant sur le titre de chaque prédication.

  • « Être le sel de la terre » Prédication à partir de Matthieu 5,13, Marc 9,49-50 et Luc 14,34-35 (10 février 2018)

Ça commence comme ça…

« Un homme partit de Dorigny pour se rendre à Bex, auprès de Pasteure Marcelle, une femme connue pour son intelligence, sa sagesse et sa clairvoyance. Quand il arriva devant elle, il lui dit :

  • Pasteure Marcelle, toi qui es connue pour ton intelligence, ta sagesse et ta clairvoyance, dis-moi comment être le sel de la terre ?
  • Homme, répondit Pasteure Marcelle ! Quand tu cuisines, pourquoi ajoutes-tu du sel à tes plats ?
  • Pour renforcer leur goût, dit l’homme.
  • Et bien va et fais de même ! Donne du goût à la vie ! Donne du goût à ta vie, à la vie de tes proches et à la vie de celles et ceux que tu rends lointaines et lointains ! Et pour ne pas oublier ta tâche, prends une cuillère de sel et dissous-la dans un peu d’eau ! Seulement, garde-toi bien de boire ce breuvage ! Et quand tu auras fait cela, reviens me voir ! »

Ça commence comme ça…

« Le chapitre 9 de l’Évangile attribué à Matthieu raconte des histoires de gens divers : des histoires d’hommes et des histoires de femmes, des histoires d’adultes et des histoires d’enfants, des histoires de malades et des histoires de bien portants, des histoires d’individus et des histoires de foules, des histoires de disciples de Jésus et des histoires disciples de Jean, des histoires de pharisiens et des histoires de collecteurs d’impôts.

Matthieu 9, ce sont des histoires de maladie, mais surtout des histoires de guérison. Des guérisons aux motifs divers : une guérison demandée, celle des deux aveugles ; une guérison espérée, celle de la fille d’un chef ; une guérison par défi, dans le cas du paralysé ; une guérison par compassion, dans le cas des foules blessées et abattues ; une guérison en plus, dans le cas du démoniaque muet qui retrouve la parole quand son démon le quitte ; même une autoguérison, dans le cas de cette femme qui perd son sang. »


P.S. Lorsqu’il s’agit de prédication, le texte n’est que la partition; il ne dit rien de l’interprétation par la prédicatrice ou le prédicateur.

Le salaire des pasteur·es au 21e siècle: trop ou trop peu?

Mon article d’hier rapportant trois anecdotes historiques sur le salaire des pasteurs m’a donné l’idée de proposer un état des lieux sur les salaires des pasteur·es au 21e siècle. La chose n’est pas facile car toutes les Églises n’offrent pas ou pas aisément cette information. Avec un peu de persévérance et de savoir-faire, j’ai trouvé des chiffres fiables – et publics! – pour cinq Églises réformées francophones (Suisse, France et Canada) et pour l’Église catholique en Suisse romande. Les montants correspondent aux salaires mensuels.

J’intégrerai volontiers les salaires pastoraux que l’on m’indiquera.

Attention, ces chiffres sont à comparer avec modération et quelques précautions:

  1. Parce que le temps de travail varie d’un pays à l’autre;
  2. Parce qu’au salaire en argent, s’ajoutent parfois des avantages en nature: logement, voiture de fonction, etc.;
  3. Parce que les revenus effectifs dépendent des cotisations sociales, des assurances de santé, des taux d’imposition, des allocations familiales, etc. qui diffèrent selon les pays;
  4. Parce que le coût de la vie et partant le pouvoir d’achat varient fortement entre les pays concernés.

Sources:

Le salaire des pasteurs: trop ou trop peu?

© Olivier Bauer, 2018

 

Une communauté de chercheur.e.s (Ecclésiologie et évangélisation cinquième et dernier cours)

Résumé des épisodes précédents:

Le professeur Olivier Bauer a décidé de donner un cours de théologie vraiment pratique. Avec les pasteurs de Saint-Laurent Église, il a lancé un défi aux étudiant.e.s de Master: «Transformer les portes en seuils et les seuils en passage» (voir la présentation du cours).

La première semaine, les quatorze étudiant.e.s ont proposé à Saint-Laurent Église sept idées. Trois ont été retenues: créer un chemin qui conduise dans l’église et qui montre dehors ce qui se passe dedans; installer une communauté; organiser des combats de boxe pour symboliser les luttes spirituelles (voir le récit du premier cours).

La deuxième semaine, les étudiant.e.s ont commencé à transformer leur idée en projet. Dans un premier temps, ils ont cherché à savoir comment ils pouvaient rendre leur projet plus fidèle à l’Évangile, dans son interprétation réformée (voir le récit du deuxième cours).

La troisième semaine, les étudiant.e.s ont cherché à rendre leur projet plus efficace par rapport aux personnes qui fréquentent ce « lieu-phare » de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud ou qui pourraient le fréquenter (voir le récit du troisième cours).

La quatrième semaine, les étudiant.e.s ont mis au point leur projet pour qu’il puisse convenir à Saint-Laurent Église tout en respectant leur propre théologie (voir le récit du quatrième cours).


Ma boîte aux lettres, jeudi 28 avril, 10h45.

Je reçois Bonne Nouvelle, le mensuel de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud et j’y lis un bel article où Stéphanie Billeter relate notre cours: « Apprendre à franchir les seuils« .

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 3 mai 2016, 9h15.

Début du cours. La tâche des étudiant.e.s est simple. A 10h30, il leur faudra présenter le projet aux deux pasteurs de Saint-Laurent Eglise. Il n’est plus temps de réviser leur projet, mais d’en soigner la communication. Travail en groupe, mais aussi soucis personnels. C’est le dernier cours et les étudiant.e.s pensent à la validation du cours, ce qui engendre des questions (« Puis-je encore corriger mon travail? » « Quand allez-vous l’évaluer? ») et génère des démarches administratives. Bref, je ne chôme pas.

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 3 mai 2016, 10h30.

Les pasteurs Jean Chollet et Daniel Fatzer arrivent. Le temps d’un café et nous rejoignons la salle de cours. Les étudiant.e.s sont prêt à défendre leur projet. Il y du théâtre, de la musique; il y a du témoignage, des informations. Je ne peux pas vous faire vivre le temps de présentations, mais je peux vous donner à lire les résumés des trois projets. ce sont eux les héros de la journée (avec les étudiant.e.s qui les ont conçus, évidemment).

Le projet « Communauté »

Le projet « Ring »

Le projet « Chemin »

Les pasteurs réagissent. Avec leur regard pratique, fort de leurs expériences, heureuses et malheureuses. Ils abordent notamment la question de l’accueil radical. Il est souhaitable mais est-il possible? Et les nuisances d’un grand magasin qui a fait de l’arrière de l’église son quai de déchargement. J’avais rêvé qu’ils adopteraient au moins l’un des projets avec enthousiasme, et que, de concert avec les étudiant.e.s, ils le mettraient en œuvre le soir-même. Il faut me faire une raison, ce ne sera pas le cas. Mais au moins un élément émerge: la possibilité d’engager (et de payer) un ou deux étudiant.e.s pour renforcer l’équipe de Saint-Laurent Église et pour développer de nouveaux projets. Un tel modèle existe déjà (qui disait qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil?) dans l’Espace de la Fusterie, au sein de l’Église protestante de Genève. Un exemple à suivre?

Le groupe qui a travaillé sur la communauté termine sur un vibrant plaidoyer en faveur de la communauté. Ils/elles témoignent, chacun.e à son tour, de la manière dont ils/elles sont devenus une communauté de chercheur.e.s au fil du cours.

Avec des hauts et des bas;

Avec la nécessité de demander pardon et de pardonner;

Avec des charismes particuliers, avec une diversité enrichissante;

Avec un droit à la parole qu’il a parfois fallu revendiquer;

Avec des rythmes particuliers qu’il a fallu apprendre à respecter;

Avec des projets personnels qu’il a fallu intégrer.

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 3 mai 2016, 13h15.

Après un repas communautaire, je dispense mon dernier enseignement. Je transmets aux étudiant.e.s ma propre vision d’une Église, celle que j’ai développée comme professeur de théologie pratique, à partir de mon expérience de pasteur de l’Église protestante francophone de Washington, DC Centre (entre 2003 et 2006): Bauer, O. (2007). Vers une communauté d’individus. Le cas de l’Église protestante francophone de Washington, DC. In J. Richard & M. Dumais (éd.), Église et communauté (p. 59‑78). Montréal: Fides. En voici le résumé:

De 2003 à 2006, j’ai été le pasteur de l’Église protestante francophone de Washington, DC (EPFW). Fondée en 1927, l’EPFW est une Église complètement autonome sur les plans institutionnel, financier et théologique. Elle compte une centaine de foyers-membres et une centaine de foyers-amis: Européens, Africains et Américains. Deux forces opposées s’exercent dans l’EPFW: une force centrifuge qui sépare les individus et une force centripète qui les réunit en communauté. La force centripète comprend, entre autres, le protestantisme, le désir de se retrouver entre gens de la même origine, la volonté de continuer à utiliser la langue française, le goût pour les rencontres interculturelles et le climat religieux américain. La force centrifuge se compose notamment de la diversité des origines ethniques et religieuses, de la dispersion géographique, de la brièveté des séjours à Washington et de l’hyperactivité généralisée. Dans cet article, je présente la manière dont nous – pasteur, Conseil de paroisse, responsables-laïcs et communauté – avons essayé de rassembler des individus en une communauté et les références théologiques qui m’ont aidé dans mon travail.

UNIL, bureau 5059, mercredi 4 mai 2016, 17h56.

Fatigué mais heureux, je termine le dernier article sur mon cours « Ecclésiologie et évangélisation ». J’ai relevé mon défi, celui de publier chaque mercredi le compte-rendu du cours de la veille.

  • Merci aux pasteurs de Saint-Laurent Église d’avoir pris le risque de participer au projet.
  • Merci aux étudiant.e.s d’avoir accepté une forme inhabituelle d’enseignement.
  • Merci à Stéphnaie Billeter et à Bonne Nouvelle d’avoir suivi et médiatisé le cours.
  • Merci à vous d’avoir lu l’un, l’autre ou tous ces articles.