évangile

Devenir meilleur.e ou « meilleur.e que »?

Lors du 2nd Global Congress on Sport and Christianity, le théologien Miroslav Volf (visiter sa page personnelle sur Wikipedia) a résumé l’évangile dans une conception qui me convient parfaitement, dans le sport comme dans le reste de ma vie.

Je la reformule ainsi:

« Vraiment, il est juste et bon de vouloir devenir meilleur.e. Mais en vérité, je vous le dis, il est inutile et dangereux de vouloir devenir meilleur.e que quelqu’un.e d’autre. »

Ce qui fait toute une subtile différence.

Magistère et ministère

En christianisme, on utilise souvent les termes «magistère» et «ministère». Par «magistère», on désigne une autorité, par exemple le pape en catholicisme ou la Bible en protestantisme. Par «ministère», on désigne une fonction, par exemple «les ministères ordonnés» ou le «ministère pastoral».

J’ai longtemps utilisé ces deux termes sans me demander ce qu’ils voulaient vraiment dire. J’associais «magistère» avec quelque chose de plus grand (par association avec méga ou maxi) et «ministère» avec quelque chose de plus petit ou de plus modeste.

Hier, enfin, j’ai vérifié dans le dictionnaire étymologique Littré d’où viennent ces deux termes. Voici ce que j’ai trouvé:

  • Magistère: Provenç. magisteri; espagn. et ital. magisterio; du lat. magisterium, de magister, maître (voy. MAÎTRE).
  • Ministère: Provenç. ministeri; espagn. et ital. ministerio; du lat. ministerium, de minister, ministre. Ministerium avait donné, dans l’ancienne langue, mestier (voy. MÉTIER).

Je n’avais donc pas entièrement tort, mais pas complètement raison.

«Magistère» désigne un maître – par exemple le pape – ou une maîtresse (notez en passant la connotation négative du féminin) – par exemple la Bible –.

«Ministère» désigne un métier – pape, évêque, prêtre, pasteur·e, diacre, mais aussi catéchète, assistant·e de paroisse, organiste, journaliste, secrétaire, concierge, etc. –.

Ces ministres sont toutes et tous ministres de l’Évangile, le seul magistère que je reconnaisse.

Et qui s’impose au pape comme à la Bible.

Le point sur la conception, la naissance et l’enfance de Jésus

Pour Radio-Canada (Samedi et rien d’autre), Joël Le Bigot me demande de décrire «la vie quotidienne au pays de Jésus». (Écouter l’entretien: « Joseph, Marie et Jésus : une histoire à géométrie variable« ). Un peu en marge, j’essaye de rassembler ce que l’on sait de la conception, de la naissance et de l’enfance de Jésus. Mais attention, toutes les sources qui évoquent Jésus sont des sources engagées; ce qu’elles racontent de Jésus n’est ni neutre ni objectif; par son récit, chaque source donne un sens particulier à la personne de Jésus. Pour le décrypter, j’ajoute de très courtes notes personnelles.

Selon les lettres de Paul (dans les années 50)

Dans aucune de ses lettres, Paul n’évoque ni la conception, ni la naissance, ni l’enfance de Jésus.

  • Paul s’intéresse à Jésus quand il devient Christ, c’est-à-dire quand il meurt et qu’il est ressuscité.

Selon l’évangile attribué à Marc (dans les années 60)

«Marc» ne raconte rien de la conception, de la naissance, ni de l’enfance de Jésus. «Marc» mentionne seulement que les gens de Nazareth le connaissent comme un charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon et de sœurs qui vivent toujours à Nazareth (Marc 6, 3).

  • Pour «Marc», Jésus ne devient intéressant qu’au moment de son baptême, quand il est reconnu Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Luc (dans les années 70)

«Luc» raconte qu’une certaine Marie, qui habite Nazareth en Galilée, est accordée en mariage à un certain Joseph (Luc 1, 26-27), fils de Héli (Luc 3, 23). Alors qu’elle n’a pas eu de relation conjugale, un ange lui annonce qu’elle va accoucher du Fils de Dieu (Luc 34-35). Marie part dans une ville de Juda chez sa parente Élisabeth (Luc 1, 39-40) et y reste trois mois (Luc 1, 56). Joseph et Marie quittent Nazareth pour aller à Bethléem en Judée se faire recenser, parce que Joseph descend de David, lui-même originaire de cette ville (Luc 1, 4-5). Marie y accouche dans une étable (Luc 2, 7). Huit jours plus tard, l’enfant est circoncis et reçoit son nom: Jésus (Luc 2, 21). Joseph et Marie vont à Jérusalem présenter l’enfant au Temple et sacrifier deux tourterelles (Luc 2, 24). Jésus grandit et se fortifie (Luc 2, 40). Quand il a 12 ans, ses parents l’emmènent fêter la Pâque à Jérusalem. Ils repartent sans s’apercevoir qu’ils oublient leur fils. Au bout de trois jours, ils le retrouvent dans le temple de Jérusalem discutant avec les maîtres de la loi (Luc 2, 42-47). Jésus progresse en sagesse et en taille (Luc 2, 52) et c’est à 30 ans qu’il commence son ministère public (Luc 3, 23).

  • Pour «Luc», comme pour «Matthieu», c’est la conception miraculeuse de Jésus qui fait de lui le Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Matthieu (dans les années 70)

«Matthieu» raconte qu’une certaine Marie est accordée en mariage à un certain Joseph, fils de Jacob (Matthieu 1, 16). Quand elle devient enceinte, Joseph, qui est maintenant qualifié d’époux, envisage de la répudier en toute discrétion (Matthieu 1, 19-20). Mais un ange l’en dissuade, car son fils a été engendré par l’Esprit saint (Matthieu 1, 18). Joseph accueille Marie chez lui à Bethléem (Matthieu 2,1). Il évite toute relation sexuelle avec Marie jusqu’à ce qu’elle accouche d’un fils qu’il nomme, comme convenu, Jésus (Matthieu 1, 21 et 2, 1). Craignant pour la vie de l’enfant, Joseph, Marie et Jésus se réfugient en Égypte et y séjournent jusqu’à la mort du roi Hérode (Matthieu 2, 14-15). Ils retournent alors sur la terre d’Israël, mais plutôt que de s’établir en Judée, ils s’installent à Nazareth en Galilée (Matthieu 2, 23). Plus tard, les gens de Nazareth se souviendront de lui. Ils le reconnaîtront comme le fils d’un charpentier et de Marie, le frère de Jacques, Joseph, Simon et Jude et de sœurs qui toutes vivent à Nazareth (Matthieu 13, 55-56). Mais quand sa mère et ses frères chercheront à lui parler, Jésus leur préférera ses compagnons et ses compagnes (Matthieu 12, 46).

  • Pour «Matthieu», comme pour «Luc», c’est la conception miraculeuse de Jésus qui fait de lui le Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Jean (autour de 100)

«Jean» ne raconte rien de la conception, de la naissance, ni de l’enfance de Jésus. «Jean» mentionne qu’un certain Philippe, de Bethsaïda, identifie Jésus comme le fils de Joseph, comme un homme venant de Nazareth (Jean 1, 45); que Jésus a une mère qui assiste avec lui à un mariage qui se tient à Cana, en Galilée (Jean 2, 2); que les gens de Nazareth connaissent son père et sa mère (Jean 6, 42).

  • Pour «Jean», Jésus est «Parole de Dieu» depuis le début du monde; sa conception, sa naissance et son enfance n’ont donc aucune importance.

Selon les Toledot Yeshou (4e siècle au plus tôt)

Les Toledot Yeshou racontent qu’un soldat de Bethléem nommé Joseph ben Pandera trompe une certaine Marie, fiancée à un certain Jean. À la fin du sabbat, il se fait passer pour Jean et viole Marie. Marie et Jean découvrent la supercherie. Marie devient enceinte. Ne pouvant faire condamner le violeur, faute de témoin, Jean décide de fuir en Babylonie. Marie donne naissance à un fils qu’elle appelle Josué. Le huitième jour, il est circoncis. Quand il a l’âge requis, Josué entre à l’école pour étudier la Torah.

  • Les Toledot Yeshu, textes polémiques juifs, cherchent à démontrer que la conception de Jésus n’a rien de miraculeux.

Selon le Coran (au 7e siècle)

Le Coran raconte qu’une certaine Marie quitte sa famille et se retire vers l’Orient (sourate 19, 16). Alors qu’aucun homme, aucun mortel ne l’a touchée (sourate 3, 47 et 19, 20), alors qu’elle a gardé sa virginité (sourate 66, 12), un homme parfait lui annonce qu’elle aura un garçon pur (sourate 19, 19). Lorsqu’elle devient enceinte, elle s’isole et accouche au pied d’un palmier (sourate 19, 22-23). Dès qu’il est né, son fils la réconforte et lui conseille de manger des dattes, de boire et de cesser de pleurer (sourate 19, 26). Quand elle revient chez elle avec son fils, sa famille l’accueille plutôt mal (sourate 19, 27). Mais Jésus, fils de Marie (sourate 19, 34) leur adresse un long discours théologique. Dieu lui enseignera le Livre, la Sagesse, la Tora et l’Évangile (sourate 5, 110).

  • Pour le Coran, Jésus est le fils de Marie ; il n’est ni Dieu ni le Fils de Dieu, mais un messie et un prophète doté de pouvoir extraordinaire.

J’ai beaucoup écrit sur Jésus, on peut notamment lire et relire:

Conjuguer l’Évangile (les temps)

Présent: malgré les peines, les souffrances et les deuils, je crois ici et maintenant que la vie est un cadeau.

Imparfait: malgré tout mon orgueil, je crois quand même que je le suis.

Futur: envers et contre tout, je crois qu’il en existe plusieurs possibles, qu’il est commun et que nous devons choisir ensemble celui que nous voulons.

Passé simple: malgré le peu d’indices sur son existence, je crois qu’un simple être humain fut pleinement chrétien.

Passé composé: malgré mon désir d’autonomie, je crois que je suis l’héritier d’histoires collectives qui ont commencé bien avant moi.

Plus-que-parfait: contre les idoles qui veulent que je me soumette, je crois que seul Dieu est Dieu.

Futur antérieur: malgré ce que je vois et ce que j’entends, je crois qu’un nouveau monde a déjà commencé.


Conjuguer l’Évangile (les modes)

Infinitif: faire comme si rien n’était jamais définitif ni le bien ni le mal.

Indicatif: j’indique, je témoigne, je raconte plutôt que de démontrer ou d’asséner.

Impératif: n’en abuse pas de crainte de faire à autrui ce qu’il ou elle n’aimerait pas que tu lui fasses!

Subjonctif: que je reconnaisse que la vérité est toujours subjective, car elle m’implique comme sujet!

Conditionnel: je le supprimerais, car l’amour de Dieu est inconditionnel.


  • Demain à 9 h : Conjuguer l’Évangile (les temps)

1 ange qui dicte quelque chose et 4 évangélistes qui écrivent d’autres choses

Faisons aujourd’hui un peu de théologie à partir d’une image vue sur la route des vacances!

Sur le socle de l’autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade figure une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l’évangéliste « Matthieu » une Bible ouverte au début de son évangile et les trois autres évangélistes – dans l’ordre « Luc », « Jean » et « Marc » – qui tiennent chacun en main une Bible ouverte au début de leur propre évangile.

Sur le socle de l'autel de l'église Santa Maria de la Alhambra à Grenade, on voit une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l'évangéliste Matthieu le début de son évangile; Marc qui caresse la tête du lion qui est son symbole et qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; Luc qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; et Jeran qui qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile.

Autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade (Espagne). (c) Olivier Bauer

On pourrait lire l’image comme une représentation de l’inspiration divine directe et littérale de la Bible, chaque évangéliste écrivant le même texte sous la dictée de l’ange. Sauf que…

  • Sauf que dans la Bible de « Matthieu » figurent les mots suivants:

« Liber generationis lesu Christi filii David, filii Abraham. » (« Livre des générations de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham », premier verset de l’Évangile attribué à Matthieu.)

  • Sauf que dans la Bible de « Luc » figurent les mots suivants:

« Quoniam quidem multi conati sunt ordinare narrationem, quae in nobis completae sunt, rerum. » (« De nombreuses personnes ont entrepris de composer un récit à propos des choses qui ont été accomplies parmi nous », premier verset de l’Évangile attribué à Luc.)

  • Sauf que dans la Bible de « Jean » figurent les mots suivants:

« In principio erat verbum, et verbum erat apud Deum. et Deus erat. » (« Au commencement était la Parole et le verbe était auprès de Dieu et le verbe était Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Jean.)

  • Sauf que dans la Bible de « Marc » figurent les mots suivants:

« Initium Evangelii lesu Christi, Filii Dei. » (« Début de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Marc.)

Quatre évangélistes, quatre évangiles et quatre textes différents. Il me semble que cela remet en cause le principe d’une inspiration divine directe et littérale du texte biblique.

On n’osera pas penser que les évangélistes ont vraiment de mauvaises oreilles…

On pourrait interpréter l’image comme une tentative de donner une préséance à « Matthieu » qui lui seul aurait écrit exactement ce que l’ange a dicté. On n’aurait sans doute pas entièrement tort.

Pour ma part, je considère que l’image illustre parfaitement ce que je crois: chaque évangéliste est responsable de son texte; chaque évangéliste a écrit librement et différemment ce qu’il comprenait ce qu’il gardait de la vie, de la mort et de la résurrection d’un certain Jésus. Et je crois que j’ai raison…