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Où sont les femmes… pasteures?

J’ai reçu le dernier livre de mon collègue à l’Université de Strasbourg Jérôme Cottin: Cottin, J. (2020). Les pasteurs. Origines, intimité, perspectives. Labor et Fides (découvrir le livre sur le site de l’éditeur). Je me réjouis de le lire. Mais avant de l’ouvrir, je vois la couverture et là, je tique!

Couverture du livre Cottin, J. (2020). Les pasteurs. Origines, intimité, perspectives. Labor et Fides.

Je sais par expérience (je voulais que mon livre « Les cultes des protestants » s’intitule « Les cultes des protestant·e·s« ) que les éditions Labor et Fides refusent d’utiliser le langage inclusif, d’où le « pasteurs » seulement au masculin. Malheureusement la caricature renforce l’exclusivisme masculin et redouble l’invisibilisation des femmes pasteures.  D’autant plus dommage que Jérôme Cottin indique que son livre propose une étude complète du ministère pastoral et qu’il

« prend en compte ses évolutions récentes (sa féminisation) » 4e de couverture.

Dommage de ne pas le donner à voir!


Correction d’une coquille le 15 mars: « Malheureusement » au lieu de « Mais heureusement ». (Maudit soit le correcteur orthographique)

Saint nettoyage ou Lendemain de Cène

Pour marquer le 14 juin, journée de grève des femmes ou grève féministe en Suisse, je vous propose ce tableau du peintre catalan Joan Costa (1952 —) illustrant ce qui s’est passé le lendemain de la Cène.

Joan Costa, Sacra Neteja – III. Fundació Martinez Guerricabeitia, Universitat de València

Les disciples hommes ayant tout laissé en plan — Jésus avait une excuse valable —, ce sont les disciples femmes qui ont dû ranger et faire le ménage!


En lire sur ce tableau et sur d’autres Cènes contemporaines sur la page de mon blogue: La Cène: Époque contemporaine

Un protestant peut facilement prier 66% de l’Ave Maria!

Permettez qu’en cette veille de 15 août, jour où les catholiques fêtent l’Assomption de Marie et les orthodoxes sa Dormition – de manière différente, les deux traditions veulent signifier la même chose: Marie, au bénéfice d’un traitement de faveur, n’est pas morte –, permettez donc qu’un théologien protestant mais pas borné (mais oui, cela peut exister!) relise la prière mariale par excellence, l’Ave Maria, en barrant ce qu’il n’accepte pas!

Je vous salue, Marie pleine de grâce;

Le Seigneur est avec vous.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes

Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu,

Priez pour nous pauvres pécheurs,

Maintenant et à l’heure de notre mort.

Avec l’Ave Maria, j’ai des points d’accord:

  • Moi aussi, je crois que Marie a été pleine de grâce, parce qu’elle a accepté que son utérus abrite celui qu’elle appellera Jésus.
  • Moi aussi, je crois que le Seigneur a été avec elle et qu’il est encore avec elle.
  • Moi aussi, je crois qu’elle est bénie.
  • Moi aussi, je crois qu’elle est la Mère de Dieu, puisque je crois que le fils de Dieu est aussi Dieu.
  • Moi aussi, je crois que Jésus est le fruit de ses entrailles, qu’il s’est développé dans son utérus et qu’il est né par son vagin.

Mais avec l’Ave Maria, j’ai aussi des désaccords:

  • Je ne salue pas Marie: elle est morte et elle ne m’entend plus.
  • Je ne crois pas qu’elle est bénie entre toutes les femmes, mais comme toutes les femmes.
  • Je ne qualifie pas Marie de sainte: personne ne mérite ce titre.
  • Je ne demande pas à Marie de prier pour nous maintenant: Dieu est suffisamment attentif pour savoir ce dont nous avons besoin.
  • Je ne demande pas à Marie de prier pour nous à l’heure de notre mort: à cette heure-là nous ne pouvons plus rien changer à ce que nous avons été.

L’Ave Maria compte 45 mots et je suis d’accord avec 30 d’entre eux, soit 66%. Je mérite donc la moyenne en mariologie et en œcuménisme.


À propos de Marie, on peut lire sur mon blogue:

«Il n’est pas juste d’attribuer à Dieu ce qui vient des hommes» #ÉvangileSelonMoi

La Gare de Lyon à Paris propose une exposition sur les Luttes féministes au XXe siècle (voir le site de l’exposition). Le théologien du quotidien y a lu cette citation de Gisèle Halimi, militante féministe, entre autre causes (lire sa biographie sur le site du magazine Elle).

Si elle a raison quant à la condition des femmes — théologiquement, être femme n’est pas un péché qui nécessite un pardon —, elle a tort sur le plan théologique. Car il n’est pas juste d’attribuer à Dieu ce qui relève de la responsabilité des hommes.

Pour sa part, le théologien du quotidien écrirait plutôt: «Le rôle que les hommes nous attribuaient et qu’ils justifiaient au nom de Dieu…» Ce serait un peu plus long, mais ce serait beaucoup plus juste. Et ce serait infiniment plus prudent!

Le théologien du quotidien essaye d’éviter d’utiliser Dieu pour justifier ses propres opinions. Et il vous conseille d’en faire autant…

Hijab pour sportives

Nike n’a rien inventé avec son hijab Nike Pro. En marge d’un entretien que j’ai accordé au magazine français Stylist.fr (Le sport a-t-il la foi?), je présente un exemple de hijab pour permettre aux sportives musulmanes de pratiquer le sport. Il a été créé il y a 8 ans déjà!

Musée des religions du monde, Nicolet (Québec). Crédit: Olivier Bauer

Musée des religions du monde, Nicolet (Québec). Crédit: Olivier Bauer

J’ai vu ce hijab au Musée des religions du monde à Nicolet (Québec) dans  l’exposition « Et Voilà! Le voile musulman dévoilé. La notice du musée le présentait ainsi:

« Le ResportOn est une initiative québécoise. C’est un voile en tissu extensible destiné à la pratique sportive. Son inventeur, Elham Seyed Javad, est diplômée en design industriel de l’Université de Montréal. Musulmane ne portant pas le voile, elle ne pouvait pas imaginer que des femmes soient exclues de leur pratique sportive à cause du hijab. Son invention a fait l’objet d’un engouement médiatique à sa sortie, en 2009. Il a depuis été porté par de nombreuses sportives. Sarah Artar, l’une des deux premières femmes à représenter l’Arabie Saoudite lors des Jeux Olympiques de 2012, le portait sur la piste du 800 mètres féminin. »

Un péché masculin et petit-bourgeois

Le péché est un concept théologique souvent mal compris. Dans mes études de théologie, on m’a enseigné que pécher, c’est prétendre se réaliser soi-même, « se faire un nom » selon l’expression des hommes qui construisent la tour de Babel (Livre de la Genèse, chapitre 11, verset 4).

Mais la vie m’a appris que cette conception du péché concerne les gens qui se sont réalisés eux-mêmes et les gens qui se sont fait un nom. Ou plutôt les gens qui ont l’orgueil de penser qu’ils peuvent se réaliser et se faire un nom. Cette théologie du péché vaut seulement pour eux. J’écris « eux » parce que cette théologie est surtout celle que défendent des hommes, particulièrement des hommes blancs, particulièrement des théologiens blancs diplômés de l’Université. Bref des petits-bourgeois. Bref des gens comme moi. Bref, ceux, et celles aussi, qui définissent cette théologie du péché. Et je souligne le courage qu’il faut pour faire du péché ce qui nous tient le plus à cœur.

Mais la vie m’a appris que cette conception du péché ne peut pas être celle des personnes qui n’ont jamais eu la possibilité de réaliser leur potentiel ni pour des personnes qui aimeraient être appelées par leur nom. Cette théologie ne vaut rien pour elles. Pire, elle renforce leur asservissement. Poussée jusqu’au bout, elle les empêche même d’exister. J’écris « elles » parce que les victimes de cette théologie sont d’abord des femmes. Des femmes et des membres des Tiers — et Quart — Mondes ; des femmes et des handicapés ; des femmes et des minorités ethniques ; des femmes et des minorités sexuelles. Et particulièrement des femmes LGBTIQ, handicapées, pauvres et « de couleur ».

Nous avons besoin d’une théologie du péché qui en libère pas qui y enferme.