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La création en deux fruits

Après avoir rédigé mon dernier article « Vision helvétique contemporaine et politique du Jardin d’Éden », je me suis souvenu d’une devinette, un peu éculée:

Comment résumer la création en deux fruits?

Une pomme, deux poires et des tas de pépins.

À méditer…

A Great Story that Began with a Fruit and some Fig Leaves

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In front of the Restaurant du Vieux-Lausanne (Switzerland)

Maybe! But I know a great and long story that began with a fruit and a couple of fig leaves.

Genesis, chapter 3: « Now the serpent was more crafty than any wild animal which Adonai, God, had made. He said to the woman, “Did God really say, ‘You are not to eat from any tree in the garden’?” The woman answered the serpent, “We may eat from the fruit of the trees of the garden, but about the fruit of the tree in the middle of the garden God said, ‘You are neither to eat from it nor touch it, or you will die.’” The serpent said to the woman, “It is not true that you will surely die; because God knows that on the day you eat from it, your eyes will be opened, and you will be like God, knowing good and evil.” When the woman saw that the tree was good for food, that it had a pleasing appearance and that the tree was desirable for making one wise, she took some of its fruit and ate. She also gave some to her husband, who was with her; and he ate. Then the eyes of both of them were opened, and they realized that they were naked. So they sewed fig leaves together to make themselves loincloths. » (Read more of Genesis, chapter 3)

And by the way, there is also wine involved in some other part of this story!

La dernière Dernière Cène de la semaine (13)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière. Cette 13e Cène sera la dernière. « 13 Cènes » me semble un bon chiffre pour un repas qui a rassemblé 13 convives… Pour d’autres aliments sur d’autres Cènes, il faudra attendre la fin de ma recherche et la publication de mon livre!

Comment terminer sans parler de la Cène la plus fameuse, le Cenacolo de Léonard de Vinci? Je reprends en article ce qui figure sur la page « Renaissance » de ce blog.

La Cène de Leonard de Vinci (1495-1498) est probablement la Cène la plus célèbre… et la plus copiée/reinterprétée/pastichée/etc.

Léonard de Vinci (1495-1498). Santa Maria delle Grazie, Milan (peinture murale a tempera; 460×880 cm)

Sur la base des travaux de l’historien de l’art étatsunien John Varriano – Varriano, J. (2008). At Supper with Leonardo. Gastronomica. The Journal of Food and Culture, 8(1), 75-79. -, nous pouvons identifier les aliments suivants:

  • Des aliments dont la présence est certaine: du pain, des fruits (orange ou grenades) et des quartiers d’orange, des poissons, une boisson rouge pâle et du sel.
  • Des aliments dont la présence reste hypothétique: du vin, des anguilles et des pommes grenades.
  • Et un plat rempli d’un contenant brun-vert non identifié qui garde tout son mystère.

Pour quoi ces aliments-là? Esquissons quelques hypothèses!

  • Du pain et du vin, je en dirai rien.
  • Parce qu’ils poussent en hauteur, sur des arbres, les agrumes ennoblissent le repas. Puisque l’orange est parfois associée au fruit défendu, et qu’aucun personnage de l’œuvre n’y touche, elle indique que Jésus est le “Nouvel Adam” qui vient rétablir l’alliance brisée avec Dieu, l’alliance par les premiers êtres humains.
  • En plaçant une assiette vide au centre de l’image, au cœur du triangle ouvert que forment les deux bras de Jésus, Leonardo désigne, par défaut, le véritable agneau du sacrifice,: le Christ évidemment. Il annonce que celui qui est vivant va mourir, que celui qui mange est celui qui sera mangé!
  • La salière renversée pourrait être non pas le signe de la malice de Judas, mais le signe de sa malchance. Il fallait que quelqu’un remplisse le rôle du traître, et ce fut sur Judas que le sort tomba. La salière renversée – signe traditionnel de malheur – pourrait servir à dédouaner Judas en affirmant non pas qu’il refuse l’alliance que Jésus propose à ses apôtres, mais qu’il ne fait que remplir – de manière très satisfaisante – le rôle pour lequel le hasard le désigna.
  • Dans le plat de poissons, dans les assiettes d’anguille ou de harengs, il y a toute une symbolique biblique, celle de la multiplication des poissons et des divers épisodes de pêches miraculeuses. Mais il y a plus encore. Il y a la tromperie du “(ar)inga”, la duperie de la Smorfia. Il y a la peau glissante de l’anguille et son caractère insaisissable, au sens propre comme au sens figuré.

Plus dans Bauer, O., & Labonté, N. (à paraître en 2013). Le Cenacolo de Leonardo da Vinci: un trompe-la-bouche! Dans A. Hetzel (dir.), Bible et intermédialité. La lettre et les images (19 p.). Paris.

Voir le clip: La Cène de Léonard de Vinci: un trompe-la-bouche?”

La Cène de la semaine (7)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière.

Restons encore en Italie, mais à Florence où figurent de nombreux Cenacoli (on appelle « cénacle » la salle à manger où Jésus aurait pris son dernier repas). Ce sont des fresques de la Dernière Cène peintes sur le mur du fond du réfectoire d’un couvent (une habitude qui a inspiré Léonard de Vinci). Ces images géantes donnaient aux nonnes et aux moines l’impression de partager le repas du Christ et de ses apôtres.

On compte à Florence au moins une dizaine de Cenacoli (voir la liste sur le site Internet de la ville de Florence) dont trois ont été peints par Domenico Ghirlandaio (parfois assisté de son jeune frère Davide). Je vous propose de nous arrêter sur le Cenacolo du Convento di Ognissanti.

Domenico Ghirlandaio, fresque (1488). Réfectoire du Convento di Ognissanti. Florence

Sur la table, on trouve surtout des fruits (deux citrons et deux oranges aux deux extrémités) et des petits tas de cerises. On trouve encore neuf pains ronds déposés directement sur la table. On trouve aussi des aliments presqu’indéfinissables, des morceaux rose-rouge plus ou moins translucides disposés sur trois planches. Sur celle de gauche, je crois discerner une queue de poisson, des cubes de lard et des petits oignons. On trouve encore, à gauche de la fresque, une tête de laitue qui pourrait évoquer les herbes amères de la Pâque juive.

On trouve enfin quatre fois deux carafes, l’une pleine d’un liquide jaunâtre et l’autre d’eau claire. Cette juxtaposition est sans doute destinée à évoquer l’habitude orthodoxe et catholique d’ajouter de l’eau au vin de l’Eucharistie (jusqu’à un tiers d’eau chez les orthodoxes, quelques gouttes chez les catholiques). Cette pratique liturgique est chargée d’une pléthore de significations symboliques: elle évoque l’eau coulant de la plaie occasionnée par le coup de grâce donné au Christ crucifié; elle lie les deux sacrements du baptême et de l’eucharistie; elle signifie la jonction des deux natures du Christ; elle indique l’union du Christ (le vin) et de son peuple (l’eau).

La Cène de la semaine (3)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière.

Changement de pays pour la cène de cette troisième semaine et changement de support. Je vous propose de découvrir le linteau du portail de l’église Sainte-Marie-Madeleine de Neuilly-en-Donjon en Bourgogne (vers 1140).

Linteau de porte (vers 1140); Église Sainte-Marie-Madeleine; Neuilly-en-Donjon

Trois motifs bibliques y sont assemblés:

  • Le Dernier Repas de Jésus (identifié au fait que Jésus est en train de rompre un pain carré) autour d’une longue table rectangulaire qui a l’avantage de parfaitement remplir l’espace d’un linteau de porte (conformément à la loi du cadre, énoncée par l’historien d’art Henri Focillon), mais qui crée des hiérarchies que la table ronde permettait d’éviter.
  • L’épisode où une femme, connue comme « une pécheresse » (qui n’est pas Marie-Madeleine !), se place aux pieds de Jésus et « se met à baigner ses pieds de larmes; elle les essuie avec ses cheveux, les couvre de baisers et répand sur eux du parfum. » (Luc 7, 36-50).
  • Et l’épisode où la première femme offre au premier homme de manger le « fruit de l’arbre qui était au milieu du jardin » (l’un des deux seuls arbres dont Dieu avait interdit la consommation; mais un arbre qui paraissait « bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance ») que le premier serpent lui a proposé de manger (Genèse 3, 1-19). La Genèse fait de la consommation de ce fruit, la première transgression qui aura comme conséquence pour l’homme et la femme l’expulsion du jardin.

L’association des deux scènes de la Première Transgression et du Dernier Repas est significative car elle met en parallèle deux épisodes bibliques où la nourriture tantôt perd et tantôt sauve. Elle est d’autant plus significative que pour l’homme, la conséquence de sa transgression sera de devoir « manger son pain à la sueur de son front ». Or lors du Dernier Repas, ce pain, produit par le travail des hommes (l’effort reste toujours le même!), devient l’aliment-même de la réconciliation avec Dieu. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si l’artiste a placé entre les deux scènes un arbre sans serpent qui pourrait bien être l’arbre de vie (l’autre arbre dont Dieu avait interdit la consommation), signifiant ainsi que l’être humain peut « maintenant tendre la main pour prendre de l’arbre de vie, en manger et vivre à jamais! » (d’après Genèse 3, 22).

La tomate, ennemie des salafistes

Savez-vous que les tomates ont une religion? C’est en tous cas ce qu’estime l’Association islamique égyptienne populaire!

Nancy Labonté, chargée de formation professionnelle à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal et membre du Groupe de recherche sur l’alimentation et la spiritualité (GRAS) me transmet un lien vers « un drôle d’article qui ajoute de la chair à nos recherches »: La tomate, ennemie des salafistes.

Selon le site internet du quotidien turc anglophone Hürriyet Daily News, le caractère chrétien de la tomate lui viendrait essentiellement de la croix formée par son coeur.

Une histoire de pomme

Cela me rappelle une histoire un peu équivalente racontée par Stewart Lee Allen (Allen, Stewart Lee. (2002). In the Devil’s Garden, a Sinful History of Forbidden Food. New York: Ballantine Books).

Lors d’une visite au Mont Athos, deux moines orthodoxes leur avaient démontré, à lui et à son guide grec, que la pomme était un fruit démoniaque. L’un des moines avait pris une pomme et l’avait coupée en deux verticalement. La pomme avait montré « le signe d’Ève », l’image d’un sexe féminin (avec un peu d’imagination, mais c’est un moine du Mont Athos…). Puis il avait pris une autre pomme, l’avait coupée horizontalement. Et la pomme avait montré un pentagramme, une étoile à cinq branches, le signe de Satan.

Qu’une pomme contienne à la fois un sexe féminin et un pentagramme suffirait largement à en faire le fruit défendu, à en interdire la consommation! Mais le moine était trop intelligent ou trop gourmand pour en rester là. Il avait ajouté:

« These are only apples, my friend, which by God’s will are now divided into four pieces, one for each of us. He handed the wedges around with a smile: Now eat. » (p.11)

Il me semble qu’il devrait en aller de même pour la tomate: « Ce n’est qu’une tomate, mon frère salafiste! Maintenant que, par la volonté de Dieu, elle est partagée, mangeons-la! »