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Mon gâteau aux pruneaux pour le Jeûne fédéral

En Suisse, le « Jeûne fédéral » est une journée de repentance et d’action de grâce décrétée par les pouvoirs publics. Ce n’est pas un véritable jeûne, puisqu’on y mange peu, mais qu’on y mange quand-même. Traditionnellement, on y mange un gâteau aux pruneaux (ou tarte aux prunes) qui présente un triple avantage:

  1. Être un plat de saison, ce qui permet d’être en phase avec la nature.
  2. Coûter peu, ce qui permet de faire un don à celles et ceux qui en ont besoin.
  3. Pouvoir être cuisiné à l’avance, ce qui permet aux cuisinières – et maintenant aux cuisiniers – de participer au culte ou à la messe.

Mon gâteau aux pruneaux est fait maison et sans gluten.

Comment la pomme est-elle devenue le fruit défendu?

« An apple a day keeps the doctor away », professe-t-on aux États-Unis. Et l’on peut s’étonner — et se réjouir en même temps — que la pomme bénéficie d’une si bonne réputation. Après tout, elle est considérée comme le fruit défendu du Jardin d’Éden, celui qui a provoqué l’expulsion d’Ève et d’Adam du Paradis.

À dire vrai, l’identification de la pomme au fruit défendu résulte d’un amalgame, d’une confusion. Dans le texte de la Genèse, la femme répond au serpent qui la provoque : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir.” » (Bible hébraïque, livre de la Genèse, chapitre 3). Le fruit, pas la pomme !

Mais alors, pourquoi, comment la pomme est-elle devenue le fruit défendu ? Peut-être parce que partagée dans sa hauteur, la pomme laisse apparaître l’image d’un sexe féminin, tranchée dans son épaisseur le pentagramme, symbole du diable ? Peut-être parce qu’au Moyen-Âge, le christianisme romain pour imposer la vigne et le vin a dû discréditer un fruit très présent dans les traditions des Celtes, christianisme celtique compris. Plus sûrement, plus simplement parce que le latin malum signifiait à la fois le mal et la pomme !

Aujourd’hui le christianisme francophone pourrait lui aussi jouer sur les mots et condamner le fruit du pêcher ou prétendre que le diable se niche dans les coings. Et apprécier ce résumé des débuts de l’humanité : « Une pomme, deux poires et beaucoup de pépins. »


Voir aussi mon article « Que la pomme cesse enfin d’être le fruit défendu! »

Que la pomme cesse enfin d’être le fruit défendu!

J’apprends ce matin qu’à l’occasion de la Journée internationale du fruit, la compagnie Dole Sunshine Company a publié dans la Reppublica une lettre ouverte au pape pour qu’il « absolve le fruit » et remplace dans la Bible le mot « fruit » par « n’importe quelle autre nourriture, mauvaise pour la santé » (lire la lettre en anglais The Unforbidden Fruit).

J’en traduis quelques passages :

« Depuis trop longtemps, le fruit a été vilipendé et diabolisé ; il a été méprisé dans l’art et la littérature, symbolisant la luxure, la tentation et la dépravation sous toutes ses formes les plus viles et les plus ensorcelées. C’est un déni de justice, que vous seul avez le pouvoir, la sagesse et l’autorité d’enfin rectifier. »

« Pendant des siècles, la pomme en particulier a été terriblement calomniée bien que son nom n’apparaisse pas dans l’Ancien Testament. »

« Loin d’être la cause du Péché Originel et la racine de tout le mal dans le monde, nous préférons concevoir le fruit comme le Goûter Originel, offrant plaisir, nourriture et subsistance au monde entier. »

« Maintenant, nous pouvons proclamer les vertus du fruit jusqu’au Jour du Jugement, mais nous comprenons que vous devez être occupé. Il suffit de dire, dans un monde continuellement en mouvement, que le fruit est notre compagnon le plus stable, constant, pur et incorruptible, à travers de nos jours les plus sombres. »

À titre de théologien et plus modestement, je m’efforce moi aussi de réhabiliter la pomme. Demain, je vous raconterai donc comment et pourquoi la pomme est devenue le fruit défendu !

La création en deux fruits

Après avoir rédigé mon dernier article « Vision helvétique contemporaine et politique du Jardin d’Éden », je me suis souvenu d’une devinette, un peu éculée:

Comment résumer la création en deux fruits?

Une pomme, deux poires et des tas de pépins.

À méditer…

A Great Story that Began with a Fruit and some Fig Leaves

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In front of the Restaurant du Vieux-Lausanne (Switzerland)

Maybe! But I know a great and long story that began with a fruit and a couple of fig leaves.

Genesis, chapter 3: « Now the serpent was more crafty than any wild animal which Adonai, God, had made. He said to the woman, “Did God really say, ‘You are not to eat from any tree in the garden’?” The woman answered the serpent, “We may eat from the fruit of the trees of the garden, but about the fruit of the tree in the middle of the garden God said, ‘You are neither to eat from it nor touch it, or you will die.’” The serpent said to the woman, “It is not true that you will surely die; because God knows that on the day you eat from it, your eyes will be opened, and you will be like God, knowing good and evil.” When the woman saw that the tree was good for food, that it had a pleasing appearance and that the tree was desirable for making one wise, she took some of its fruit and ate. She also gave some to her husband, who was with her; and he ate. Then the eyes of both of them were opened, and they realized that they were naked. So they sewed fig leaves together to make themselves loincloths. » (Read more of Genesis, chapter 3)

And by the way, there is also wine involved in some other part of this story!

La dernière Dernière Cène de la semaine (13)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière. Cette 13e Cène sera la dernière. « 13 Cènes » me semble un bon chiffre pour un repas qui a rassemblé 13 convives… Pour d’autres aliments sur d’autres Cènes, il faudra attendre la fin de ma recherche et la publication de mon livre!

Comment terminer sans parler de la Cène la plus fameuse, le Cenacolo de Léonard de Vinci? Je reprends en article ce qui figure sur la page « Renaissance » de ce blog.

La Cène de Leonard de Vinci (1495-1498) est probablement la Cène la plus célèbre… et la plus copiée/reinterprétée/pastichée/etc.

Léonard de Vinci (1495-1498). Santa Maria delle Grazie, Milan (peinture murale a tempera; 460×880 cm)

Sur la base des travaux de l’historien de l’art étatsunien John Varriano – Varriano, J. (2008). At Supper with Leonardo. Gastronomica. The Journal of Food and Culture, 8(1), 75-79. -, nous pouvons identifier les aliments suivants:

  • Des aliments dont la présence est certaine: du pain, des fruits (orange ou grenades) et des quartiers d’orange, des poissons, une boisson rouge pâle et du sel.
  • Des aliments dont la présence reste hypothétique: du vin, des anguilles et des pommes grenades.
  • Et un plat rempli d’un contenant brun-vert non identifié qui garde tout son mystère.

Pour quoi ces aliments-là? Esquissons quelques hypothèses!

  • Du pain et du vin, je en dirai rien.
  • Parce qu’ils poussent en hauteur, sur des arbres, les agrumes ennoblissent le repas. Puisque l’orange est parfois associée au fruit défendu, et qu’aucun personnage de l’œuvre n’y touche, elle indique que Jésus est le “Nouvel Adam” qui vient rétablir l’alliance brisée avec Dieu, l’alliance par les premiers êtres humains.
  • En plaçant une assiette vide au centre de l’image, au cœur du triangle ouvert que forment les deux bras de Jésus, Leonardo désigne, par défaut, le véritable agneau du sacrifice,: le Christ évidemment. Il annonce que celui qui est vivant va mourir, que celui qui mange est celui qui sera mangé!
  • La salière renversée pourrait être non pas le signe de la malice de Judas, mais le signe de sa malchance. Il fallait que quelqu’un remplisse le rôle du traître, et ce fut sur Judas que le sort tomba. La salière renversée – signe traditionnel de malheur – pourrait servir à dédouaner Judas en affirmant non pas qu’il refuse l’alliance que Jésus propose à ses apôtres, mais qu’il ne fait que remplir – de manière très satisfaisante – le rôle pour lequel le hasard le désigna.
  • Dans le plat de poissons, dans les assiettes d’anguille ou de harengs, il y a toute une symbolique biblique, celle de la multiplication des poissons et des divers épisodes de pêches miraculeuses. Mais il y a plus encore. Il y a la tromperie du “(ar)inga”, la duperie de la Smorfia. Il y a la peau glissante de l’anguille et son caractère insaisissable, au sens propre comme au sens figuré.

Plus dans Bauer, O., & Labonté, N. (à paraître en 2013). Le Cenacolo de Leonardo da Vinci: un trompe-la-bouche! Dans A. Hetzel (dir.), Bible et intermédialité. La lettre et les images (19 p.). Paris.

Voir le clip: La Cène de Léonard de Vinci: un trompe-la-bouche?”