goût

Anne Sylvestre, la théologie et la viande

Timidement, j’ajoute un mot à ce qui est écrit ou dit à propos d’Anne Sylvestre, auteure-compositeure-interprète française, décédée le 1er décembre. Si je m’autorise à le faire, c’est que j’utilise l’une de ses Fabuletttes dans mon cours universitaire « Alimentation et spiritualité« . Je commence mon cours sur le véganisme en partageant la chanson Mais il le faut (Les Fabulettes Volume 10 – Fabulettes à manger (1998). Paroles et musique: Anne Sylvestre. Orchestrations et direction musicale: François Rauber). Anne Sylvestre y traite d’une question très actuelle: doit-on manger de la viande? Sa réponse:

« Et moi je ne suis pas fière de manger des animaux

Mais il le faut. »

Ce matin, je vous propose de lire l’entier de la chanson (mieux vaut encore l’écouter sur une plate-forme de musique ou l’acheter sur le site d’Anne Sylvestre!) et de faire l’exercice que je propose à mes étudiant·es (oui, je sais, il n’est pas de niveau académique; c’est qu’il doit seulement permettre de mieux écouter la chanson). Aujourd’hui, vous pouvez aussi faire écouter la chanson et faire faire l’exercice à vos ou des enfants, petits-enfants, arrière-petits enfants, en famille, à l’école ou en paroisse. C’est un excellent moyen de commencer une conversation. Je ne vous fais pas l’affront d’indiquer les réponses.

La chanson

L’exercice:

Écoutez bien la chanson mentionnée. Quand vous pensez l’avoir compris, vous pouvez répondre aux trois questions du test.

Question 1: Selon la chanson d’Anne Sylvestre, qui mange qui?

Le lion mangeLa coccinelle
Le chat mangeLa fourmi
Le moineau mangeLa gazelle
Le tamanoir mangeLa souris
Les gros poissons mangentLes animaux
Et moi, je mangeLes petits poissons

Question 2: Pourquoi, selon la chanson d’Anne Sylvestre, faut-il manger des animaux? (Plusieurs réponses possibles)

  1. Parce que c’est la loi de la nature.
  2. Parce que la viande a bon goût.
  3. Pour satisfaire sa faim.
  4. Parce que l’on ne sait pas qu’il s’agit d’animaux morts.

Question 3: Selon « les Indiens », qui faut-il remercier de pouvoir manger?

  1. Dieu
  2. Le gibier
  3. Le Grand Esprit
  4. Sa maman

Sur le véganisme, on peut lire mon texte: Nicole Rognon s’adapte à la cuisine végane.

Lire mon blogue pour sauver votre Noël!

Depuis quelques jours, on consulte beaucoup ce que j’ai écrit sur Noël. Pour vous faciliter la vie, je propose une sélection d’articles regroupés en trois thèmes.

Théologie

« Comment sauver Noël? (#Covid19) »

« Le point sur la conception, la naissance et l’enfance de Jésus »

Crèche

« Faites vous-mêmes votre crèche ! (théologie très pratique) »

« Placez des bergers dans votre crèche! »

« Placez des mages dans votre crèche! »

« Placez Joseph dans votre crèche! »

« Placez Marie dans votre crèche! »

« Quand faut-il placer le bébé Jésus dans la crèche ? »

« Ne placez pas de chien dans votre crèche! »

Gastronomie

« Les papilles de Noël » (1/3): Cannelle, anis, gingembre et autres épices (2e dimanche de l’Avent)

« Les papilles de Noël » (2/3): Chapon, oie, dinde et autres volailles (3e dimanche de l’Avent)

« Les papilles de Noël » (3/3): Bûche de Noël, Christmas pudding et autres sucreries (4e dimanche de l’Avent)

De la spiritualité dans la salade

Je n’aime pas cette publicité de la Migros, une grande chaîne suisse de supermarchés!

Je ne l’aime pas car elle suggère que le temps passé à laver une salade serait du temps perdu; ouvrir un sachet plastique donnerait la possibilité de pratiquer une activité physique, quelque chose comme du yoga.

Il est vrai que parfois, la salade toute prête me simplifie la vie. Mais le plus souvent, je passe du temps à choisir une salade, à la laver, à l’assaisonner. Et j’aime y passer ce temps. Car c’est un temps riche, un temps plein, un temps gagné pour mon harmonie intérieure. Pour pas cher, sans me prendre la tête, je me reconnecte à la nature, aux autres et à moi-même. Et ça me fait du bien! Du bien à mon ventre, du bien à mon cerveau, du bien à mon cœur.

Je n’aime pas non plus le slogan « Cuisine pour toi ». Il dit bien l’égoïsme que promeut notre société de consommation. Quand je cuisine, je cuisine pour moi et pour les autres. Et c’est pour les autres que je cuisine le mieux, et c’est pour les autres que je prends le plus de plaisir à cuisiner. Y compris une simple et bonne salade.

Spiritual Peanut Butter

In North America, I bought some spiritual peanut butter (click for visiting the producer’s website). Very spiritual indeed, three times.

1. It is called MaraNatha, an Aramaic expression used by Christians, which could be translated by “Lord, come!”.

  1. It’s made by MaraNatha Foods; “Maranatha” is an Aramaic expression used by Christians which could be translated by “Lord, come!”.
  2. It’s imported from Hain-Celestial Canada; if it’s “celestial”, it has something to do with God·dess.
  3. It’s been copyrighted by nSpired Natural Foods; therefore, it contains Spirit.

This peanut butter is good for my body. But unfortunately it has no particular effect on my soul.


Dans le même esprit, on peut lire: « Le pain est-il meilleur s’il est biblique? »

« Mon cœur, mon amour »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


10. « Mon cœur, mon amour »

Mille excuses !

J’ai voulu traiter les sens un par un et j’ai eu tort. Car nous sommes des êtres synesthésiques — du grec syn (avec) et aesthesis (sensation) —. Nous ne percevons pas les stimuli sensoriels un par un, mais tous ensemble. Une rose séduit par son parfum, mais aussi, en même temps par sa couleur, par sa forme, par sa douceur et même par ses épines acérées. Et par le souvenir des heures passées à jardiner ou du visage de toi qui me l’a offerte. Ce qui vaut pour une rose vaut pour « Dieu » ; puisque nous sommes des êtres synesthésiques.

Longtemps, toujours, j’ai été trop fier ou trop homme ou trop occidental ou trop universitaire ou trop protestant — vous pouvez sans autre remplacer les « ou » par des « et » — pour m’intéresser aux sens qu’on m’avait appris à discréditer. Un pasteur réformé s’intéresse aux paroles et à la musique, à l’écriture et aux images ; pas aux goûts — excepté son cognac dominical — ; pas aux odeurs — celle de la pipe, mais seulement s’il est barthien — ; pas aux matières — sauf celle dont est faite sa robe pastorale — ; il ne connaît que deux postures : assis, debout. J’ai longtemps cru que c’était là ce qu’un pasteur protestant devait croire. Et, pour une foi aussi hérétique, j’aurais bien mérité d’être excommunié, d’être déclaré anathème !

Car « Dieu » ne se transmet pas seulement aux oreilles et aux yeux. En vérité, je vous le dis, il ne se transmet ni aux oreilles ni aux yeux. Pas plus à la bouche, au nez, à la peau. Ni au corps. « Dieu » se transmet au cœur ! « Dieu » se transmet aux tripes ! « Dieu » entre dans notre corps. Oui, je suis enthousiaste — du grec en (dans) et theos (Dieu) —. « Dieu » vient en moi. Par mes deux oreilles et mes deux yeux, par ma bouche et mes deux narines, par chacun de mes muscles et tous les pores de ma peau, « Dieu » entre dans mon être.

J’écris « “Dieu” se transmet » et je réalise brusquement, brutalement que « Dieu » n’a pas besoin de moi, ni de vous, ni de personne. Le verbe pronominal ne laisse planer aucun doute : « Dieu » se transmet tout seul et « Dieu » se transmet très bien tout seul. Cruel bilan de 35 ans de ministère, je crains de n’avoir été, de n’être qu’un serviteur inutile.

Mais si « Dieu » voulait quelque chose de moi, si « Dieu » m’accordait de le transmettre — ne serait-ce que pour me rassurer au soir de mon ministère —, alors je le ferais désormais toujours, tout le temps à tous les sens. J’essayerais de manifester « Dieu » au cœur, aux tripes, de le faire ressentir au plus profond de chaque être. Et je suis convaincu que je serais plus efficace en « le » ou « la » donnant toujours en même temps à entendre, à voir, à goûter, à sentir, à toucher à éprouver.

Mille excuses. À vous comme à « Dieu ».


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

Deux Cènes égyptiennes

Parmi mes recherches, l’une me tient particulièrement à cœur, celle que je mène sur les Cènes médiévales et les aliments qui y sont représentés. Plusieurs pages de mon blogue en rendent compte (par exemple sur mon blogue La Cène: Moyen Âge ou Quels aliments figurent sur les images médiévales de la Cène? ou La Cène: Images et analyse); ou l’article écrit avec Nancy Labonté: Le Cenacolo de Leonardo da Vinci: un trompe-la-bouche). Je m’y concentre sur l’Europe latine, une région culturelle déjà très vaste. Mais je regrette d’être trop européocentriste. Alors, pour compenser un peu, je présente aujourd’hui deux Cènes égyptiennes.


La première pourrait être l’une des plus anciennes représentations de la Cène connue à ce jour (on admet généralement que la Cène la plus ancienne est une mosaïque de Ravenne en Italie datée du début du 6e siècle)

Cène. Égypte, 6e-8e siècle (lin brodé de soie) © Victoria and Albert Museum. (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

La notice du musée la décrit ainsi:

« Portion of a roundel of linen embroidered with coloured silks, depicting the Last Supper. A curved band, issuing from anobject now unintelligible, touches the halo of one of the figures. The ground is green. There is a border of heart-shaped flowers and rosettes. The roundel has been stitched to a linen tunic, a fragment of which remains. »

Un groupe d’hommes noirs jeunes et vieux – cheveux noirs et cheveux blancs – sont à table bien alignés, une main sagement posée sur cette même table. Ils semblent attendre de pouvoir manger les neuf galettes disposées devant eux et de se partager l’unique poisson sur le plat. Un serviteur porte une amphore; peut-être qu’il leur apporte du vin? Mais alors, ils n’auraient rien pour le boire.


La seconde figure dans un évangéliaire copte. C’est la sixième enluminure de l’évangile de Matthieu.

Cène. Évangéliaire copte-arabe de la Bibliothèque de Fels, folio 19r. 1250. © Bibliothèque de Fels, Institut Catholique de Paris.

La notice de la bibliothèque décrit l’œuvre en ces termes:

« La dernière Cène: Le Christ est représenté sur la gauche tenant dans la main droite un calice d’or. Les apôtres sont assis à la turque auprès d’une table ronde chargée de quatre plats ou pains. Inscription arabe (voir ill. pleine page) : la manducation du pain. »

Au moins 10 personnages – leurs habits, quelques barbes laissent penser que ce sont des hommes – sont assis par terre, face à leur maître assis lui aussi, mais assis quant à lui sur un siège qui indique son autorité. Quatre galettes sont posées sur une table basse; vont-ils les manger? Et le maître tient une coupe qui ne doit pas être remplie jusqu’au bord, sinon le liquide coulerait. Va-t-il boire? Va-t-il leur donner à boire?