idole

De la nécessité de la profanation

Au vu des événements récents, je me (re)demande: «Peut-on représenter Dieu?».

Je  commence par:

  • Poser le problème: On ne devrait pas représenter Dieu; mais on est bien obligé de le faire.
  • Donner ma solution: Il faut désacraliser nos représentations de Dieu; et les profaner est un bon moyen de le faire.

Je continue par un quadruple développement:

  1. Pourquoi ne devrait-on pas représenter Dieu? Parce que c’est tout simplement impossible. Dans les religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam), Dieu est le Radicalement Autre ou l’Autre absolu. Toutes les représentations ne peuvent donc, au mieux, représenter seulement des aspects partiels et approximatifs de cet Autre.
  2. Pourquoi est-on bien obligé de représenter Dieu? Parce que sinon l’on doit se taire. Transmettre Dieu passe forcément par des représentations: un théologien écrit le mot «Dieu», Rembrandt peint «Le retour du Fils prodigue», une chorale chante «Oh Happy Day», un prêtre consacre une hostie, j’allume une bougie, etc.
  3. Pourquoi faut-il désacraliser les représentations de Dieu? Parce que, précisément, nous les tenons pour «sacrées». Dans notre orgueil et notre obstination, dans notre enthousiasme aussi, nous avons tendance à oublier que nos représentations ne sont que partielles et approximatives et nous avons envie de croire qu’elles représentent totalement et parfaitement Dieu. Dieu cesse alors d’être Autre!
  4. Pourquoi les profaner est-il un bon moyen de le faire? Parce que le profane et le contraire du sacré. La caricature profane, parfois douloureusement, ce que nous avons tort de vouloir sacraliser. La caricature rappelle, parfois cruellement, que dans nos représentations de Dieu, nous mélangeons toujours l’idole à la vérité.

Et je termine par une Béatitude originale (lire les Évangiles attribué à Matthieu chapitre 5, versets 1-11 et à Luc chapitre 6, versets 20-26), que j’aime utiliser dans les cultes que je célèbre:

Heureux celles et ceux qui savent rire d’eux-mêmes car ils n’ont pas fini de s’amuser! (auteur anonyme)


Sur la même question, on peut lire sur ce blogue:

Et visiter sur ce blogue les pages consacrées à quelques images caricaturant le christianisme:

Noël, entre folklore et christianisme

Lors du troisième séminaire de théologie pratique pour les étudiant-e-s dont je dirige la thèse ou le doctorat, j’ai proposé aux étudiant-e-s de réfléchir à partir d’un court texte d’André Gounelle paru sur le site de la revue protestante libérale française Évangile & Liberté «Crèche, laïcité et religion» (il vous faut le lire, mais je peux le résumer en une seule phrase: la crèche relève du folklore et non pas du christianisme).

Après que nous avons lu l’article, chaque étudiant-e a dû choisir trois «éléments» qu’ils/elles associent à Noël et venir les écrire dans un tableau à deux colonnes intitulées «christianisme» et «folklore». En voici le résultat:

«Christianisme

Incarnation. Saint-Nicolas. L’enfant Jésus. Crèche. Jésus = lumière du monde. Ange sur le haut du sapin. Ange. Naissance.

Folklore

Sapin. Père Noël. Chocolat. Couleur rouge. Décoration de Noël – Lumières. Le bébé Jésus «ne pleure pas». Partage (nourriture). Culte de Noël avec l’Arbre de Noël. Les mages.»

Les étudiant-e-s ont ensuite ajouté leurs commentaires:

  • Il y a plus d’idées du côté du folklore [commentaire: c’est vrai, mais de peu; un seul élément supplémentaire], ce qui pourrait révéler une certaine frustration théologique.
  • Il est important que la crèche figure aussi du côté «christianisme».
  • Le chocolat est sacré [commentaire: boutade ou conviction?]
  • La ligne n’est pas très distincte entre les deux (cf. Saint-Nicolas et Père Noël).

Et les étudiant-e-s ont débattu autour de la question de savoir si les mages ont leur place dans le christianisme. Non, parce qu’ils occupent une place très marginale dans les récits de Noël. Oui, parce qu’ils expriment l’universalité du message de Noël.

En conclusion, «nous» [en communauté, mais certainement ni toutes et tous, ni toutes et tous sur tous ces points], nous avons:

  1. Apprécié que l’auteur dépoussière le christianisme de ses images vieillottes et en présente une version crédible pour des hommes et des femmes du 21ème siècle.
  2. Regretté l’utilisation du mot «folklore» qui conduit forcément à déprécier les éléments que le terme qualifie. Quelle serait la perception de ces éléments si l’auteur avait par exemple évoqué des éléments plutôt liés aux «traditions»?
  3. Reconnu qu’il existe aussi des paroles qui relèvent du folklore, comme les formules de bénédiction.

Sous la responsabilité d’Olivier Bauer, grâce aux doctorant-e-s Dominique Brunet, John Jomon Kalladanthiyil, Petera Toloantenaina et Jean-Daniel Williams; aux maîtrisant-e-s Christian Kelly Andriamitantsoa, Léontès Bery, Dieudonné Grodya et Marie-Odile Lantoarisoa.

Dieu et ses représentations

Être invité à parler dans les médias présente deux avantages: je peux largement faire connaître mon avis, mais je suis aussi amené à réfléchir à des sujets sur lesquels je ne réfléchis pas ou de réfléchir différemment à des  sujets sur lesquels je réfléchis déjà.
Ainsi cette invitation à évoquer le jour de Pâques dans le Téléjournal de Radio-Canada, « les représentations de Dieu dans tous les temps et dans toutes les religions ». Vaste programme, projet ambitieux, que j’ai tenté de relever ainsi:

  1. Des êtres humains éprouvent l’envie ou le besoin de représenter ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu. Ils/elles le représentent (au sens de le rendre présent) dans des mots (Ultime, Absolu, Dieu, Allah, Père…), des images (une croix, un œil, un vieillard barbu, une déesse callipyge, un éléphant à une seule défense, un triangle…), des goûts (ceux du vin, d’une galette de riz, d’un épi de maïs…), des odeurs (celle de l’encens…), etc.
  2. Mais des êtres humains craignent que leur(s) Ultime(s) ou leur(s) Absolu(s) soi(en)t réduit(s) à ces représentations (ce qui relève de l’idolâtrie). Ils/elles fixent donc des limites à ces représentations. D’où par exemple, l’interdiction juive de prononcer le nom de l’Ultime, de l’Absolu, l’interdiction juive, musulmane et protestante de s’en faire des images. Ou alors, ils/elles complexifient les représentations de leur(s) Ultime(s) ou de leur(s) Absolu(s). D’où par exemple les concepts chrétiens de « Trinité » (l’Ultime ou l’Absolu est Père mais il est Fils aussi, il/elle est un être humain, mais un esprit aussi), de  « Dieu caché » ou de « Tout-Autre ».
  3. Enfin des êtres humains admettent que des représentations, forcément fabriquées par l’esprit et par les mains des êtres humains, puissent pour certaines personnes, dans certaines circonstances et sous certaines conditions,  évoquer ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu ou y renvoyer.
  4. Alors des êtres humains éprouvent l’envie ou le besoin de représenter ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu. Ils/elles le représentent (au sens de le rendre présent) dans des mots (Ultime, Absolu, Dieu, Allah, Père…), des images (une croix, un œil, un vieillard barbu, une déesse callipyge, un éléphant à une seule défense, un triangle…), des goûts (ceux du vin, d’une galette de riz, d’un épi de maïs…), des odeurs (celle de l’encens…), etc.

Acheter un lampion ou se payer la tête des gens?

Le diocèse catholique-romain de Montréal a créé une activité interactive pour sa collecte annuelle. Intitulée « La flamme des séries« , elle vous permet en échange d’un don de 1$ d’allumer un lampion virtuel pour « encourager la Sainte-Flanelle ». Bien sûr, c’est pour rire! Bien sûr, c’est de l’humour! Je doute que l’Archevêque Christian Lépine y croie vraiment. À la question « Si j’allume au lampion est-ce que la Sainte-Flanelle remportera la coupe? », il est d’ailleurs répondu en anglais, parce qu’au moment où j’écris (lapsus révélateur?), la réponse en français correspond à la question suivante: « Not necessarily, but if you truly believe in it, who knows? » (« Pas forcément, mais si vous y croyez vraiment, qui sait? »). J’imagine que le même humour prévaut dans toutes les églises catholiques-romaines de Montréal. Que c’est aussi pour rire et pour faire sourire que les fidèles souffrants, découragés, désespérés y sont encouragés à acheter des lampions pour accompagner ou renforcer leurs prières. Finalement, 1$ ne me semble pas si cher pour se payer la tête des gens. Surtout quand ce sont ceux-ci qui le paye!

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Lire aussi:

Hockey as a religion

The NHL Playoffs are coming. And Canada counts on the Habs. It’s a matter of faith! And it’s a great time to talk about hockey as a religion and to think about it means! (For more, read my book: Hockey as a religion. The Montreal Canadiens)

First level: Worshipping hockey as a religion

1. When it comes to the question « Could hockey be more than a game? », my answer is « Definitely yes! ». I met people whose personal, family and professional life is totally hockey centered.

Second level: Talking about hockey as a religion

2. It is very common to use religious metaphors in order to talk about hockey.

3. Most of them are borrowed from Christianity, but some come from Islam.

  • In hockey, miracles often happen; David can always beat Goliath; and sometimes goalies become Saviours, « Inch Halak! ».
  • Bad players go to the sin-bin whereas the best players go to « Le Temple de la Renommée ».
  • There are religious nicknames: Guy Lafleur is known as « Le Démon Blond », Patrick Roy as « Saint-Patrick » and Carey Price as « Jesus Price »; the Stanley Cup is the Holy Grail or « Le Calice d’Argent ».
  • And the Montreal Canadiens will forever be « Les Glorieux »; their jersey will forever be « La Sainte-Flanelle »; and, Montreal will forever be « La Mecque du hockey ».

Third level: Making hockey a religion

4. Sacralization and ritualization are two efficient ways to make something essential; hockey sacralizes, and hockey ritualizes:

  • Hockey produces relics: the puck of a young player’s first goal, the sweater of your favorite player, the ticket to a memorable game, etc.
  • Hockey produces rites: at the Bell Center, you have to boo Zdeno Chara, and sing «Nanana-nā nananā-na, hey hey hey, goo-ood bye»; elsewhere, you have to watch «Hockey Night in Canada» while sipping a beer and grabbing some chicken wings.
  • Hockey produces sacred spaces: the locker room and the team’s logo on the floor (« Don’t dare to walk on it! »); some parts of the rink: each half rink during warm up, both blue lines during the national anthem, the crease during the entire game.
  • Hockey produces sacred people: saints are the players whose sweater is risen high in the sky (or to the ceiling); sinners like the poor Toronto Maple Leafs goalie James Reimer; prophet like the former referee Ron Fournier; and Don Cherry is Lucifer, the one everybody likes to hate because he sometimes brings an embarrassing light.
  • Hockey produces sacred dogmas: a man you shall be! What kind of a man? A tough guy, ready to give your sweat and your blood to your team; or, according to the Habs motto, ready to hold the light even with your hurtled arms.
  • Hockey produces belief: The most certain is this one: One day, the Stanley Cup will return where it belongs: Montreal!

Fourth level: Introducing religion inside hockey

5. Things do not always happen how they should.

  • The same team with the same coach and the same players playing the same hockey can win comfortably one night and lose the day after against the same team with the same coach and the same players playing the same hockey.
  • The same goalie with the same stick and the same gloves, with the same physical and mental abilities, having slept the same night and eaten the same meal, can stop every shot one night and give bad goals the day after.

6. This could be because things happen randomly.

7. But it could be because the way things happen depends on « Something Else » or « Someone Else » with the power to change the way things happen.

  • There are different names to qualify this « Something Else » or « Someone Else » from « Les Fantômes du Forum » (Did the ghosts of the Habs’ best players move to the Bell Center?) to simply God(s) (whoever this God (s) is or are).

8. If this « Something Else » or « Someone Else » has an impact on the game, you could like having It/Him/Her on your side, playing with your team or, at least, cheering for your team.

9. That is precisely when hockey deals with this « Something/Someone Else » that it become, strictly speaking, a religion.

10. Some coaches, players and fans try to discover ways to please the « Something/Someone Else » in which/who they believe.

  • They perform special rituals in order to force It/Him/Her to help their team win.
  • Depending on which/who their « Something/Someone Else », they pray, paint a cross on their face mask, climb up the Saint-Joseph Oratory’s stairs on their knees, eat a bowl of rice before each game, talk to their posts, or always dress their right side first.

Fifth level: Thinking hockey theologically

11. Whatever you do or do not do, sometimes your team wins, and sometimes it loses, which demonstrates that:

  • Either there is no « Something/Someone Else »;
  • Or It/He/She does not have enough power to change the game;
  • Or It/He/She is not interested in which teams win the Stanley Cup;
  • Or It/He/She is not impressed by superstitious behaviours.

12. For my part I believe « It/He/She is not impressed by superstitious behaviours » is the correct answer. The God I believe in (also known as « the God of Jesus Christ ») is not impressed by superstitious behaviors.

13. But S-he is always ready to help those who recognize that s-he needs Him/Her. Those who ask for his/her help to become a better person, a better coach, a better player or a better fan.

14. For sure, with God’s help, not every coach, not every player, nor every team will win the Stanley Cup. But with God’s help, every coach, every player, every fan will be able to do their best and play their perfect game.

Sixth level: Evangelizing hockey

15. It is Christian people’s duty to convince coaches, players, and fans that they should believe in the true God and worship Him/She in the true manner: have faith!

16. And when it comes to convincing, Theologians can write papers, pastors can deliver sermons and churches educate in faith.

17. But Christian hockey coaches, players and fans can testify about their experience. That’s why they are most able to convince other hockey coaches, players and fans.

18. And every one shall leave every thing to God.

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See more on TV. Context with Lorna Dueck: « Hockey: Canada’s Religion » (Also starring Don Cherry!)

Superbowl XLVIII: Et à la fin c’est le moins superstitieux qui l’emporte!

Et ce sont les Seahawks de Seattle, l’équipe dont les partisans sont les moins superstitieux (voir mon article sur ce thème), qui remportent le Superbowl.
Belle leçon à la fois sportive et théologique!