Jésus

Livre # 4 le 1er juin 2021 : « Être père avec saint Joseph. »

Fabrice Hadjadj (2021). Être père avec saint Joseph. Petit guide de l’aventurier des temps postmodernes. Magnificat, 275 pages.

UNE CITATION PERCUTANTE

« Chez le père, la peur de mourir n’est pas seulement pour lui. Elle est aussi de ne plus pouvoir être là pour sa famille. Avant d’être père, j’avais très peur de la mort. Maintenant que je suis père, sans pour autant être devenu sans peur (ni reproche), je suis prêt à mourir pour ma femme et mes enfants, mais je crains aussi la mort qui les priverait de mon soutien : je dois prendre soin de moi afin de prendre soin d’eux. » p. 266

LE LIVRE

Ce livre résulte de la commande d’un éditeur : « Je dois l’avouer, j’ai accepté d’écrire ce livre pour des raisons alimentaires » (p.217).

Et la faim a poussé Fabrice Hadjadj à écrire douze leçons sur la paternité, mêlant habilement l’histoire de Joseph — et celle de Marie et celle de Jésus qui lui sont inextricablement liées — avec d’autres textes des deux Testaments, avec des textes profanes et surtout avec sa propre expérience de fils, de mari et de père. Il le fait dans une perspective clairement réactionnaire : comme l’auteur n’aime pas le monde tel qu’il est et il n’adhère pas à ce qu’on en dit, il réagit pour faire du monde autre chose que ce qu’il est devenu, pour lui donner un autre sens, celui d’un catholicisme plutôt traditionaliste. J’y reviendrai dans ma critique. Mais pour l’instant, je me contente de le citer :

« C’est parce que sa paternité est la plus pure et la plus radicale que Joseph peut nous guider en ces temps extrêmes. » (p.23)

Les titres des leçons exposent bien le propos du livre : pour devenir père, Joseph a dû « d’abord être fils » (leçon I), puis « séduire la Vierge Marie » (leçon II), sans « rien comprendre à sa femme » (leçon III) ; il a dû « bien dormir » (leçon IV), « aménager une étable » (leçon V), « donner un nom » (leçon VI) et « sauver le Sauveur » (leçon VII) ; il a dû « se faire obéir par Dieu » (leçon VIII), « raconter des histoires » (leçon IX), « travailler dans la charpente » (leçon X), « chercher son enfant dans l’angoisse » (leçon XI) ; enfin « apprendre à mourir » (leçon XII).

J’ajoute que j’ai retrouvé dans le livre une profonde proximité entre tradition biblique et psychanalyse : le père est celui que la femme désire ; le père est celui qui donne le nom à l’enfant ; le père est celui qui rappelle la loi. Est-ce Fabrice Hadjadj qui nourrit sa lecture biblique de psychanalyse ? Je pense plutôt que c’est la psychanalyse qui s’est largement nourrie de la pensée biblique. Sigmund Freud n’était-il pas juif ?

CE QUI PEUT SÉDUIRE

Le thème d’abord, cette idée de chercher dans la foi chrétienne et dans la théologie qui la réfléchit peut aider à devenir ce que personne ne nous apprend à être, un père. Le contenu ensuite, ce monde traditionnel, ce monde rassurant où il n’y a qu’une seule manière d’être homme, qu’une seule manière d’être femme, qu’une seule manière d’être père, qu’une seule manière d’être mère, où chacun est et doit rester à la place que la tradition chrétienne, la culture lui a attribuée, une fois pour toutes.

MON AVIS

Les +

  • J’aime l’idée de considérer le père comme « l’aventurier » comme d’écrire un guide de la paternité en se fondant sur un personnage biblique aussi méconnu ou mal connu que Joseph, le père de Jésus « réduit à un accessoire ou à une fonction », dit « demi-père ou père à peu près », « idiot utile » (p.17). C’est une sorte d’antihéros paternel que je n’ai pas pris pour modèle lorsque je suis moi-même devenu père. Et pourtant, j’aurais dû. Joseph, découvert au travers du regard que Fabrice Hadjadj porte sur lui, de l’amour que Fabrice Hadjadj lui porte devient le modèle d’une vraie paternité, avec ses grandeurs et ses petitesses, avec ses réussites et ses échecs. Comme la mienne.
  • J’aime aussi la vaste connaissance biblique de l’auteur et son souci de trouver une traduction exacte pour certains termes hébreux ou grecs : cela pourrait paraître pédant, mais cela aide à mieux comprendre le texte.
  • J’aime enfin l’écriture pleine de jeux de mots et de clins d’œil.

Les –

Évidemment, l’auteur introduit dans le texte biblique une part de ses a priori ; comment sait-il par exemple que « devant Marie, le moindre geste de drague eût été répugnant » (p.55) ? Mais ce ne sont là que des détails, des biais inévitables.

Très tôt dans ma lecture, j’ai été perturbé par la vision réactionnaire et simpliste que propose Fabrice Hadjadj quand il évoque l’homme et la femme, le père et la mère, quand il les enferme dans des rôles traditionnels et stéréotypés. Prises séparément, certaines affirmations sont déjà dérangeantes, mais prises ensemble, elles me sont devenues insupportables. Je recopie quelques citations et je vous laisse en penser ce que vous voulez :

  1. « Avant ces jours, on devenait le plus souvent père par surprise. La femme vous arrachait à vos initiatives d’entrepreneur pour vous entraîner dans son désir d’enfant. » (p.24)
  2. Le coup de foudre « ressemble à un guet-apens. Et ce n’est que le premier : après être devenu époux par embuscade, on devient papa par surprise. » (p.50)
  3. « J’ai des réticences à tenir un discours qui ressemble à la morale de Miss France : “Il faut croire en ses rêves !” [à prononcer avec un accent tonique sur “croire” et des trémolos dans la voix]. » (p.99)
  4. « Le père appelle son fils à la boxe. Et la boxe correspond au sacrement de la maturité. Si le baptême est plutôt maternel, puisqu’il est une naissance, la confirmation est plutôt paternelle, puisqu’elle est un affermissement qui, selon le pape Melchiade, “donne des armes et prépare aux combats”. » (p.162)
  5. « Face à des agresseurs, les pères de famille ne peuvent pas se permettre de courir au martyr. Ce serait trop simple. Ils ont l’obligation de constituer des milices armes et de défendre jusqu’à leur belle-mère. » (p.163)
  6. « La petite fille s’émerveille de sa maison de poupées plus que du manoir familial, parce qu’elle est à la mesure de sa créativité. Le petit garçon préfère son château de carton-pâte au palais de Windsor, parce qu’il peut assumer la mission de le défendre. » (p.168)
  7. « Ma femme, en soutier, s’occupe du linge dans la buanderie : contre cette hydre de chiffons dont les têtes repoussent tous les jours, le combat est sans fin. Quand vous avez neuf rejetons, votre épouse ne suffit pas à la roue. » (p.173-174)
  8. « On n’éduque pas les filles comme les garçons (cette phrase que j’ai dite à Esther : “tu es très belle, ma chérie, grâce à toi je vais pouvoir en partie satisfaire mon désir d’avoir des gendres” serait assez mal comprise par Jacob). » (p.177)
  9. « La voix de la mère est torah, parce que la mère porte la vie dans son sein. La voix du père est moussar — qui peut aussi se traduire par “châtiment” ou “discipline” — parce que le père, d’un tutélaire coup de pied au derrière, pousse la vie à se risquer dehors. » (p.179)
  10. « Qu’est-ce qu’un père, de nos jours, peut transmettre à son fils ? » (p.195)
  11. « Aussi, là où Nicodème mentionne la mère et le retour au sein, Jésus répond par le Père et l’amour du monde. » (p.270)

Je ne m’étonne donc pas vraiment que Fabrice Hadjadj propose comme modèle de la relation père fils, un roman de Cormac McCarthy où « un père et son fils marchent avec un Caddie dans un monde dévasté. La mère s’est suicidée depuis longtemps, ne supportant pas d’avoir donné la vie dans cette ruine » (p.209). Et qu’il conclue qu’il « a fallu le désastre » — l’apocalypse ou le suicide de l’épouse/mère ? — « pour les rendre disponible l’un à l’autre » (p.210).

L’AUTEUR

Dans son ouvrage, Fabrice Hadjadj livre beaucoup de lui-même. J’ai appris qu’il est né à Nanterre « dans une famille juive tunisienne de gauche » (p.25), que par son prénom, il aurait « un rapport avec saint Fabrice, premier évêque de Porto, martyr de Tolède, et avec Fabrice Del Dongo, le héros de la Chartreuse de Parme » ; qu’il a « foi en la Providence » (p.46), que sa femme s’appelle Siffreine et qu’elle est « une catholique grenobloise royaliste » (p.25), qu’il « est né comme père à trente-et-un ans, à Brignoles dans le Var, quelque part entrer un test de grossesse et un officier de mairie » (p.44), que leur famille compte neuf enfants (l’ainé s’appelle Jacob, les cinq filles Abigaël, Élisabeth, Esther, Judith et Marthe, les autres garçons Pierre, Moïse et il m’en manque un) ; qu’il s’est converti à sept ans, lorsqu’il a découvert dans le monde « post-soixante-huitard de [s]on enfance » « la relation au maître » et qu’il est entré « dans une discipline vivante » (p.160) que valorise la pratique du karaté ; qu’il lit le Talmud et Fratelli Tutti du pape François, Emmanuel Levinas et Tolkien, qu’il fréquente les grands lieux du catholicisme fribourgeois — le sanctuaire Notre-Dame du Mont-Carmel à Bourguillon — et ses grands personnages — « le père abbé d’Hauterive me l’a rappelé » (p.78) —, et qu’il s’endort lors des adorations eucharistiques ; que « pour écrire ces lignes », il a « sous les yeux une petite statue de Joseph dormant » (p.89) : qu’il a été successivement rentier et fonctionnaire avant d’avoir « trouvé un travail en Suisse » (p.217-218).

LA MAISON D’ÉDITION

Selon leur site Internet, les éditions Magnificat se fixent pour mission « d’offrir à tous le trésor de la liturgie des heures », de fournir « un excellent programme de prières quotidiennes accompagnant les textes officiels de la messe » en édition papier comme en édition numérique. La maison d’édition propose des livres, des beaux livres, des bandes dessinées, des CD, des partitions, des calendriers et des cartes.


Ouvrages déjà traités:

Dieu=main+agneau+colombe

De passage à Vaduz, j’ai vu dans la cathédrale Sankt Florin (voir le site de la paroisse) cet immense chandelier portant le cierge pascal. J’ai été frappé par les trois motifs y figurant.

Un chandelier pascal dans la cathédrale Sankt-Florin à Vaduz, Liechtenstein. De haut en bas, la main de Dieu, l'agneau du Christ et la colombe de l'Esprit
Dom Sankt Florin, Vaduz. Avril 2021 © Patricia Bauer

Ce chandelier pascal confesse une foi trinitaire, un Dieu triple, composé du haut en bas :

  • de Dieu le Père, représenté par une main qui sort des nuages. Pour les initié·es, les deux doigts tendus sont signe de bénédiction. Pour les non-initié·es, la main de Dieu semble vouloir « flinguer » l’agneau et la colombe.
  • De Dieu le Fils, représenté par un agneau qui porte un étendard. Les initié·es y liront la résurrection du Christ sacrifié.
  • de Dieu l’Esprit, représenté par un oiseau coiffé d’une auréole. Les initié·es y reconnaîtront une colombe.

J’avais l’impression que le chandelier indiquait en même temps une hiérarchie dans les personnes divines. Mais, comme l’a relevé un étudiant de mon cours « Bénir, nos mains ont la parole » (découvrir le plan du cours), l’organisation de ces trois symboles est plutôt chronologique. Ils représentent trois ères :

  • Dieu le Père « règne » depuis la création.
  • Dieu le Fils « règne » pendant 33 ans, entre la naissance de Jésus et l’Ascension du Christ.
  • Dieu l’Esprit « règne » depuis la Pentecôte.

Sur la main de Dieu, on peut lire mes articles:

Un Esprit désincarné pour un christianisme incarné

Dans un commentaire à mon dernier article L’Esprit comme désincarnation d’un Dieu incarné (qui entretemps est devenu l’avant-dernier !), Karin craint que je prône un christianisme dualiste, qui séparerait le corps et l’esprit et qui renierait le corps ; elle me demande de développer ma pensée. Je lui dis merci, car elle me permet de dissiper le malentendu que peut créer mon « mini-article » comme elle le qualifie.

Alors, oui, je crois que l’Esprit désincarne un Dieu qui s’est incarné. Mais non, je ne crois pas que cela rende le christianisme désincarné. Et je distingue deux couples de concepts : « incarnation-désincarnation » d’un côté, « corps-esprit » de l’autre.

Incarnation-désincarnation

  • Premier temps : Des êtres humains font l’expérience de Dieu dans la création qu’ils lui attribuent.
  • Deuxième temps : Des êtres humains font l’expérience qu’un de leurs contemporains, un juif du 1er siècle vivant entre Israël et la Palestine, incarne parfaitement ce que Dieu veut et ce que Dieu peut pour elles et pour eux.
  • Troisième temps : Dieu se désincarne de cet homme. D’autres êtres humains dans d’autres lieux à d’autres époques font d’autres expériences de Dieu dans leurs propres réalités.

Mon expérience de Dieu ne se limite donc pas à la lecture des textes qui racontent la naissance, la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Tous les événements de mon existence me font faire l’expérience d’un Dieu qui s’incarne ou se réincarne.

Corps-esprit

Je reçois donc mon expérience de Dieu par toutes mes perceptions sensorielles, au travers de ce que j’entends, éprouve, goûte, sens, touche et vois. C’est dire si mon expérience de Dieu implique mon corps. Mais mon expérience de Dieu, je la construis, je la réfléchis avec mes connaissances et mes compétences, avec la somme de toutes mes expériences. C’est dire si mon expérience de Dieu mobilise mon esprit.

Et l’âme dans tout ça ?

Je ne crois pas à son existence. Ou alors seulement comme point de vue chrétien sur qui je suis, corps et esprit.


Sur un thème en partie proche, on peut lire ma contribution dans un collectif en libre-accès : Bauer, O. (2020). Théologie protestante de la santé : Un état de la question. In E. Ansen Zeder, P.-Y. Brandt, & J. Besson (Éds.), Clinique du Sens (p. 61‑66). Éditions des Archives Contemporaines. https://eac.ac/books/9782813003591

L’Esprit comme désincarnation d’un Dieu incarné

Je lis « Conversations avec Dieu » de Neale Donald Walsh, l’un des livres chrétiens qui se vend le mieux et le plus (voir mon article « Les meilleures ventes en christianisme »: février 2021). J’y découvre un concept parfaitement évident mais dont je n’ai jamais été conscient. À ma décharge, je n’ai que 38 ans de théologie universitaire derrière moi!

Si Jésus est l’incarnation de Dieu le Père, l’Esprit en est sa désincarnation (p.46). Brillant!


Titre légèrement modifié à 18h25: « d’un Dieu incarné » au lieu « du Dieu incarné »

Voir aussi: Un Esprit désincarné pour un christianisme incarné

Livre # 2 le 1er janvier 2021 : « Un moment avec Jésus chaque jour de l’année »

Janvier 2021

La Bible Segond 2010 étant de nouveau le meilleur vendeur au 1er janvier 2021, je traite du numéro 2: Sarah Young. Un moment avec Jésus chaque jour de l’année. Éditions Ourania. Édition du Kindle, 400 pages.

Une citation percutante

« 15 janvier : Mon visage brille sur toi, reflétant la paix qui dépasse tout ce que l’on peut comprendre. Tu as beau être au cœur d’un océan de problèmes, tu es face à face avec moi. C’est moi qui suis ta paix. Tant que tes pensées sont orientées vers moi, tu es en sécurité. Si tu gardes ton attention sur tes nombreux problèmes, tu finiras par t’écrouler sous le poids de tes fardeaux. Si cela arrive, crie simplement : “Jésus, aide-moi !” et je te relèverai. Plus tu vis près de moi, plus tu seras en sécurité. Les circonstances ont beau te ballotter et des vagues menaçantes déferler à l’horizon, garde le regard sur moi : je ne change jamais. Le temps d’arriver jusqu’à toi, les flots se seront ajustés à mes plans. Je suis constamment à tes côtés et je t’aide à affronter les vagues d’aujourd’hui. L’avenir est un fantôme qui cherche à t’effrayer. Ne te préoccupe pas de lui et reste tout près de moi. Philippiens 4.7 ; Matthieu 14.30 ; Hébreux 12.2 » (page 30)

Le livre

Après une introduction où l’auteure raconte ce qu’elle veut dire d’elle, de son inspiration et de la genèse de son livre, elle propose pour chaque mois puis pour chaque jour de l’année (oui, même pour le 29 février) une courte méditation qu’elle écrit en « je », au nom de Jésus. Son texte souligne en italique « les paroles mêmes de la Bible (qu’il s’agisse de paraphrases ou de véritables citations) ». Elle ajoute les références bibliques des versets qui lui revenaient en mémoire « durant [s] es temps d’écoute de Dieu ». Ils servent « d’appui au texte » ou qui permettent « d’approfondir le thème abordé » (p. 13).

  • La méthode: Sarah Young décrit sa méthode pour « chercher sérieusement Dieu ». « Je démarrais mes journées seule avec lui, équipée de ma Bible, de mon livre de méditations, de mon journal de prière, d’un stylo et d’un café. Alors que je restais simplement tranquille dans sa présence, il a commencé à se révéler à moi. Une heure ou deux avec lui, cela passait trop vite » (page 10). Elle s’est directement inspirée d’un autre livre, God Calling (en lire la présentation en anglais seulement), « écrit par deux “auditrices” anonymes : des femmes qui savaient attendre patiemment dans la présence de Dieu, cahier et stylo en main, pour retranscrire les messages qu’elles recevaient de sa part. Elles les ont écrits à la première personne, le “je” désignant Dieu. » Comme ces deux femmes, elle a « donc décidé de me mettre à son écoute [du Seigneur], un stylo à la main, et de mettre par écrit tout ce [qu’elle pensait] recevoir de sa part » (page 12). Elle conseille de lire ses textes « lentement et dans un endroit calme » en prenant « de quoi relever vos pensées ou impressions. » (page 14)
  • Le contenu: Sarah Young le dit et le répète, l’expérience de la présence divine apporte du « bien-être » (page 11), les « directives » sont « encourageantes », les messages abordent « la confiance, la peur et l’intimité avec Dieu » (page 12). Dieu veut la fortifier et l’encourager, la détourner des « “légères difficultés du moment présent” (2 Corinthiens 4.17) », le Seigneur qui « aspire plus que nous encore à de tels moments de calme ensemble » veut que nous abandonnions nos préoccupations (p. 13).

Ce qui peut séduire

Le livre est la traduction française de Jesus Calling® le® indiquant que le titre est devenu une marque de commerce. Selon le site jesuscalling.com, le livre se serait vendu à plus de 30 millions d’exemplaires. Il existe même sous la forme d’une application.

Le succès du livre me semble venir à la fois de sa forme et de son fond. De sa forme, puisqu’i propose une courte méditation pour chaque jour de l’année. Qu’il soit surtout acheté au début de l’année ne m’étonne donc pas. Il a l’avantage d’être réutilisable, puisqu’il n’est pas ms à jour. Il n’en existe qu’une seule version que l’on peut relire année après année. De son fond, parce qu’il transmet un message de réconfort et de renforcement positif : nous pouvons « jouir de la présence et de la paix de Jésus » (p. 13).

Enfin, le livre est porté par des influenceurs. En 2019, on a vu le footballeur français Olivier Giroud, posé en train de lire Un moment avec Jésus !

Photo parue dans Le Parisien le 7 septembre 2019.

Mon avis

(+) J’apprécie d’abord le fait qu’un livre écrit par une théologienne protestante devienne un succès de librairie. Je constate que les gens apprécient un livre simple, pratique, dont on peut lire une page chaque jour. Quant au fond, je trouve les méditations un peu sirupeuses, un peu mielleuses, un peu cheesy. Mais une théologie qui fait du bien peut-elle faire du mal ? Oui, comme je l’explique plus bas !

(– ) J’ai deux critiques à formuler, une sur la forme une sur le fond. De nombreux commentaires qui critiquent la méthode choisie par Sarah Young, cette prétention à écrire au nom de Jésus. Je les partage, car c’est bien ses messages qu’elle propose. Même s’ils lui viennent dans l’espace que lui ouvrent de longs temps de prières et de silence, même s’ils sont nourris par sa lecture fréquente et attentive de la Bible, ses messages sont et restent ses messages, ni plus ni moins. Ce qui ne leur enlève ni ne leur ajoute rien, mais en relativise la portée. Et qui rend plus difficiles les éventuelles critiques, puisqu’elles seraient alors des critiques de Jésus. Évidemment, un livre titré Sarah Young Calling ou Un moment avec Sarah Young serait moins vendeur… Plus fondamentalement, je trouve qu’avec son message très positif, l’autrice tombe dans l’escroquerie théologique. Car il est évidemment facile d’aborder la vie avec confiance et de vivre en paix quand on est une femme blanche étatsunienne diplômée qui, comme elle l’écrit, n’affronte que de « légères difficultés du moment présent » (référence à 2 Corinthiens 4,17) : attendre un visa pour l’Australie et se faire ôter deux mélanomes, toujours comme elle l’écrit. Mais pour beaucoup de chrétien·nes, la vie est difficile, voire horrible. Et faire croire que se mettre à l’écoute de Dieu suffirait à la rendre meilleure est faux, injuste, indigne et culpabilisant. Moi, je crois que Jésus n’est pas venu apporter seulement la paix, mais aussi l’épée, que le monde nous donne quelques raisons de nous de nous révolter et que nous sommes appelé·es à le rendre meilleur. C’est ce que je crois et je l’assume.

L’autrice

Dans son introduction, Sarah Young (lire sa biographie sur son site Internet) donne quelques indications sur sa vie, des éléments soigneusement choisis pour donner d’elle une image conforme à ce qu’une chrétienne doit être.

Fille d’un professeur d’université, diplômée en philosophie de l’université de Wellesley, elle a « presque achevé [s]on master à l’université de Tufts » puis obtenu un master en relation d’aide et études bibliques au Covenant Theological Seminary à Saint-Louis et encore « un autre diplôme en relation d’aide, à l’université d’État ». Elle a épousé Steve « missionnaire de troisième génération au Japon », un « mari bon et aimant ». Deux enfants, leur sont nés, une fille et un garçon « qui [font] la joie de [s] a vie ». Ils ont notamment vécu au Japon, à Atlanta et à Melbourne des lieux où elle a « soutenu son mari dans l’implantation d’Églises ». Elle a travaillé comme rédactrice technique en Virginie, « dans un centre chrétien » à Atlanta pour « aider des femmes profondément blessées à trouver la guérison en Christ » et à Melbourne, « pratiquant la relation d’aide avec des femmes australiennes qui, pour certaines, avaient un passé d’abus et de liens spirituels terribles ». Elle a subi « quatre interventions chirurgicales, dont deux pour enlever un mélanome ».

Elle raconte plusieurs phases qui me semblent être autant de conversions :

  • La lecture du livre de Francis A. Schaeffer Démission de la raison ayant répondu « à des questions [qu’elle avait] depuis longtemps considérées comme sans réponse », elle est partie pour loger et étudier dans une branche de la communauté chrétienne L’Abri, fondée par les époux Schaeffer dans les Alpes suisses, à Huémoz-sur-Ollon. Lors d’une promenade solitaire dans la forêt et la nuit, alors que « l’air était sec et glacial, vivifiant », elle a senti « un brouillard chaud l’envelopper » et elle a su qu’elle appartenait à Jésus.
  • Aux États-Unis, alors qu’elle « en plein deuil d’une relation amoureuse sérieuse », elle errait « sans buts dans les rues d’Atlanta » elle voit des livres dans une vitrine et se met à lire Beyond Ourselves de Catherine Marshall. Elle s’agenouille, elle sent « une présence pleine de paix et d’amour » et sait que Jésus est avec elle, « compatissant à [s] a peine de cœur ».
  • Pendant les 16 ans qui suivent, « pas une seule fois », elle n’expérimente « de façon tangible la présence de Jésus ». Mais elle lit The Secret of the Abiding Presence d’Andrew Murray et commence « à chercher sérieusement la présence de Dieu » : « il a commencé à se révéler à moi ».
  • Un jour qu’elle prie, elle se sent « soudainement enveloppée d’une lumière étincelante et d’une paix profonde », une expérience qu’elle n’a pas recherchée, mais qu’elle reçoit « avec reconnaissance ».
  • Quand elle lit God calling, elle se demande si elle aussi peut « recevoir des messages de la part de Dieu » et décide de se mettre à l’écoute de Dieu. Comme l’écoute de Dieu « fait grandir [s] on intimité avec lui plus que toute autre pratique spirituelle », elle décide de « transmettre certains messages reçus ».

Sur le site jesuscalling.com, elle indique qu’elle est membre d’une Église protestante étatsunienne, la Presbyterian Church in America.

La maison d’édition

Sur leur site Internet, Les éditions Ourania se présentent ainsi :

« Les éditions Ourania [du mot grec ouranos, le ciel] s’intéressent à la façon dont les réalités spirituelles peuvent influencer notre quotidien, que nous soyons croyants ou non. Elles proposent des biographies ainsi que des ouvrages de réflexion sur l’éthique et diverses problématiques actuelles dans le but d’accompagner un cheminement de foi. Leur force réside dans la capacité à proposer des histoires authentiques, des parcours de vie à a fois atypiques et profondément inspirantes. Au fil de pages se dessine un message d’espoir qui ne peut laisser quiconque indifférent. Chaque ouvrage est une invitation à entreprendre un voyage avec son auteur et ses réflexions. »

Ouvrages déjà  présentés:


« Les meilleures ventes en christianisme »: janvier 2021

Comme c’est encore une fois la Bible Segond 1910 qui est en tête des ventes dans la catégorie « Christianisme » sur Amazon.fr au mois de janvier (voir mon article Livre # 1 le premier octobre 2020 : « La Bible Segond 1910 », je lirai donc le numéro 2. Un livre que je n’aurais jamais lu de mon plein gré.

  • À découvrir le 15 janvier : Sarah Young (2014), Un moment avec Jésus : Chaque jour de l’année. Ourania, 400 pages.

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.