littérature

Livre # 1 le 1er novembre 2020 : « Du fanatisme — Quand la religion est malade » par Adrien Candiard

Novembre 2020

Adrien Candiard (2020). Du fanatisme. Quand la religion est malade. Cerf, 89 pages.

Une citation percutante

« Dieu seul est Dieu, et il m’aime. Ses commandements ne m’aiment pas, la liturgie ne m’aime pas, la Bible ne m’aime pas, la morale ne m’aime pas. Mais tous ces éléments ne sont pas Dieu. Lui seul est Dieu, et il m’aime. Nous n’avons pas trop d’une vie pour le comprendre. » p. 73

Le livre

En 89 petites pages, Adrien Candiard présente une démarche complète de théologie.Au départ, il juxtapose deux expériences personnelles. Alors qu’il prépare un exposé sur Ibn Taymiyya (lire sa page sur Wikipédia), un théologien musulman du 14e siècle, il apprend qu’un épicier pakistanais de Glasgow a été assassiné par un musulman parce qu’il a souhaité de « joyeuses Pâques à [ses] concitoyens chrétiens » sur son compte Facebook. Or un texte de Ibn Taymiyya interdit explicitement aux musulmans de participer « aux réjouissances de Pâques ».

Adrien Candiard saisit cette coïncidence pour réfléchir sur la théologie défendue par le théologien musulman et reprise sept siècles plus tard par l’assassin de l’épicier. Car le problème est bien théologique. Le fanatisme est une maladie de la religion. Et les causes de ce fanatisme, de cette intransigeance et de cette violence viennent d’une mauvaise compréhension de la relation que les humains peuvent entretenir avec Dieu. Au lieu de garder cette relation subjective — une relation intérieure que personne ne peut évaluer —, cette théologie l’objective : être en relation avec Dieu c’est faire ce qu’il nous commande de faire ; ce sont alors les actes qui font les croyant·es ; être musulman·e, c’est agir comme un·e musulman·e ; agir comme un chrétien·ne, c’est être chrétien·ne ; un·e musulman. e qui agit comme un·e chrétien·ne se rend donc coupable d’apostasie et mérite la mort.

Mais contrairement aux apparences, une telle théologie met Dieu à l’écart et s’en passe fort bien. Elle le remplace par une idole — c’est-à-dire un « objet », matériel ou immatériel, qu’elle prend ou fait prendre pour Dieu —, par son idole, celle qu’elle construit selon ses propres intérêts pour satisfaire ses propres passions. La théologie d’Ibn Taymiyya n’est évidemment pas la seule théologie à procéder ainsi. Certaines formes de christianisme font de la Bible, de la liturgie ou des saints des idoles. Et les religions ne sont pas les seules idéologies à procéder ainsi. Il est des idoles séculières : le progrès, l’histoire, la classe, la race ou la planète.Adrien Candiard formule alors une théologie qui évite l’idolâtrie. Elle repose sur deux principes, deux lâcher-prises : laisser Dieu seul être Dieu et me laisser aimer par Dieu. Il mentionne alors trois remèdes pour soigner les fanatiques et peut-être les guérir du fanatisme. Ce sont trois remèdes qu’il s’administre lui-même : premièrement, la théologie, conçue comme une réflexion critique, un effort rationnel pour rendre compte de la foi, pour purifier les images de Dieu ; deuxièmement, un dialogue interreligieux où chacun·e dit ses convictions à propos de Dieu ; troisièmement, la pratique de la prière personnelle et silencieuse pour « laisser Dieu se révéler à moi comme il le veut et non comme je le souhaite » (p. 80).

Ce qui peut séduire

J’ai découvert ce livre par les médias français qui lui ont fait un bon accueil, sans doute, et d’autant plus parce qu’il a été rattrapé par l’actualité. Car il est paru le 1er octobre 2020, au début d’un mois qui aura vu en France l’exécution du professeur Samuel Paty et le triple assassinat dans la cathédrale de Nice. Les journalistes ont pu trouver dans l’ouvrage d’Adrien Candiard une déconstruction théologique d’une forme particulière d’islam, une forme fanatique qui a pu inspirer ces meurtres. Elles et ils ont pu y découvrir la pertinence d’une approche théologique, une manière d’aborder la religion généralement exclue dans une France dont la laïcité renvoie généralement la foi et la réflexion sur la foi à la sphère privée. Évidemment, le fait qu’il a été mentionné et discuté dans les médias (voir par exemple l’entretien dans l’hebdomadaire Marianne) l’a fait connaître largement. Et ni le fond ni la forme agréable à lire, parce que brève, claire, et précise n’ont dû décevoir les lectrices et les lecteurs.

J’imagine que certain·es catholiques ont pu y trouver la démonstration de la supériorité du christianisme sur l’islam, même si ce n’est pas l’intention de l’auteur ; preuve en est qu’il admet que le catholicisme puisse aussi fonctionner comme une idole. Mais c’est ce que pourrait indiquer le commentaire d’un « Nicolas », publié sur le site d’Amazon.fr :

« Saint Jean-Paul 2 disait qu’il ne faut pas laisser la jeunesse dans l’ignorance chrétienne. Ce livre le démontre de manière magistrale. Intéressant à lire, sans colère, il pose une réflexion sur un problème simple : la première cause du fanatisme est l’ignorance, né[e] de l’absence d’éducation. Il est assez original d’imaginer que moins on parle de Dieu (dans les médias) plus on agit faussement en son nom. Alors merci de rappeler que le Christ est un chemin de paix, d’amour du prochain. Alors merci à monsieur Adrien Candiard pour ce magnifique ouvrage. Dieu vous garde. »

Mon avis

(+) Je partage presque tout ce qu’écrit Adrien Candiard : sa condamnation du fanatisme d’abord, évidemment ; la primauté de la confiance sur les actes ; sa critique de l’idolâtrie ; son insistance sur l’amour de Dieu dans le double sens du complément du nom : amour venant de Dieu et amour pour Dieu ; au bout du compte, la supériorité de la vie spirituelle sur les connaissances intellectuelles. Avec un peu d’ironie, j’ajoute que je partage d’autant plus le diagnostic et les remèdes du docteur Candiard que la Réforme protestante vient d’un même diagnostic : le catholicisme serait une maladie du christianisme ; il souffrirait d’idolâtrie — vénération de Marie, de l’hostie et des saint·es — et valoriserait les formes extérieures — rites, pèlerinages, etc. — plutôt que la piété intérieure. Avec un peu d’orgueil enfin, je souligne que j’ai moi-même plaidé pour valoriser la théologie dans le débat public, le 30 mai 2015, dans le quotidien québécois La Presse : «Plus de théologie, pas moins».

(–) Je vais un peu chipoter, mais c’est ce qu’aiment faire les universitaires. À deux moments, à deux moments seulement (10 lignes sur 89 pages !), il me semble qu’Adrien Candiard s’arrête en chemin. Dans sa mise en garde contre les idoles, il ne va pas encore assez loin.

  1. À la page 54, il écrit : « On peut idolâtrer les saints : non ceux du calendrier ou du martyrologe, mais ces figures charismatiques dont l’éloquence, la compassion ou la bonté nos font parfois entrevoir quelque chose de Dieu. » Mais on peut aussi idolâtrer les saints du calendrier et du martyrologe. On peut en faire des idoles manipulables — qui canonise les saint·es ? Selon quels critères ? —, du sacré qui cache Dieu tout en prétendant indiquer sa volonté.
  2. À la page 59, il écrit : « On peut faire idole de tout, même d’une image adéquate de Dieu. Les vérités de la foi chrétienne, comme celle qu’énonce le Credo, sont assurément vraies ; ni Pascal ni moi n’entendons le moins du monde les mettre en doute. » Pourquoi ne pas pousser le travail de la réflexion jusqu’au bout ? Pourquoi ne pas soumettre le Credo à l’analyse critique ? Pourquoi ne pas les mettre au moins un tout petit peu en doute ? Pourquoi les vérités chrétiennes seraient-elles assurément vraies ? À mon sens, reconnaître des vérités de la foi chrétienne, juger qu’elles sont assurément vraies et refuser de les mettre en doute le moins du monde, c’est imposer une limite arbitraire à la démarche théologique, c’est exclure un peu de la foi de la réflexion critique, c’est donc ouvrir la porte au fanatisme.

Je ne peux m’empêcher de constater que, selon la règle catholique, cet ouvrage a dû être approuvé : deux dominicains — Olivier Poquillon, et Renaud Escande — ont estimé que rien ne s’opposait à la publication du livre (Nihil obstat) —, Nicolas Tixier, « prieur provincial » c’est-à-dire chef de la province dominicaine de France, a jugé que le livre pouvait être imprimé (Imprimi potest). Adrien Candiard a peut-être dû donner des gages à l’institution qui l’emploie.

L’auteur

Voici comment le présente le site de l’Institut dominicain d’études orientales où il travaille :

« Adrien Candiard est français et vit au Caire. Après une formation en histoire et en sciences politiques, il a rejoint l’ordre dominicain en 2006. Après sa formation en théologie, il est arrivé en Égypte en 2012. Il y a obtenu un master en islamologie à l’Université américaine du Caire, et rédige aujourd’hui un doctorat auprès de l’École pratique des hautes études (Paris). Ses recherches portent sur la théologie musulmane classique (kalām) et les relations entre raison et révélation en islam. Il est notamment l’auteur de En finir avec la tolérance ? Différences religieuses et rêve andalou (Paris, PUF, 2014) et de Comprendre l’islam. Ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien (Paris, Flammarion, 2016). »

J’ajoute qu’il est né en 1982.

La maison d’édition

Les éditions du Cerf sont une maison d’édition catholique fondée en 1929, rattachée à l’ordre monastique des Dominicains. Sur son site Internet, elle se présente comme « le premier éditeur religieux et de l’espace francophone ». Je ne sais pas comment elle le mesure. Mais, de fait, il est presque impossible pour un·e théologien·ne de ne pas avoir lu quelques ouvrages parus au Cerf. Actuellement, j’en ai près d’une centaine parmi mes références bibliographiques.

Ouvrage déjà  présenté:

« Les meilleures ventes en christianisme » : novembre 2020

C’est un livre à succès qui est numéro 1 des ventes dans la catégorie « Christianisme » sur Amazon.fr au mois de novembre.

  • À découvrir le 15 novembre : Adrien Candiard (2020). Du fanatisme. Quand la religion est malade. Cerf, 89 pages.

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.

Livre # 1 le premier octobre 2020 : « La Bible Segond 1910 »

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.

Octobre 2020

La Sainte Bible. Texte Segond 1910 (L. Segond, Trad.). (2008). Bibli’O.

Une citation percutante

« Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs et que l’huile ne manque point sur ta tête. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité ; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil. » pp. 672–673 (Ecclésiaste chapitre 9, versets 7 à 9)

Le livre

  • Le livre : souple, grand comme un livre de poche.
  • La couverture : sobre, avec pour seule indication « LA SAINTE BIBLE » en lettres dorées.
  • Les pages : réimpression sur « papier Bible », très fin, de la traduction de Louis Segond revue et publiée en 1910, sans les notes de bas de page.
  • Le texte : comme toutes les Bibles, la Bible Segond 1910 (BS1910), contient les 39 livres de l’Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament (qui commence avec la naissance de Jésus) ; comme toutes les Bibles, elle répartit les livres de l’Ancien Testament en quatre collections : le Pentateuque, les livres historiques, les livres poétiques et les livres prophétiques ; mais, pas comme toutes les Bibles, elle est une Bible protestante qui ne contient pas les livres deutérocanoniques (pour en savoir plus, lire mon article «La Bible. Brève présentation»). La BS1910 donne des titres aux épisodes et propose des « parallèles », c’est-à-dire qu’elle indique d’autres passages bibliques sur le même thème. Pour le premier verset du premier chapitre du livre de la Genèse (Genèse 1,1), il renvoie par exemple à Né [hémie] 9:6 (qui évoque ce que l’Éternel a créé) et propose d’autres références spécifiquement liées au terme « commencement ».

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Pour mémoire, les 66 livres de la Bible ont été écrits en hébreu pour l’Ancien Testament et en grec pour le Nouveau Testament ; ils sont régulièrement retraduits. Toute traduction étant une trahison, le choix des mots n’est pas indifférent ; il dépend de la langue originale, évidemment, mais aussi de choix théologique. Genèse 1,1 en offre un bon exemple.

Traduction Bible Segond 1910 : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »

Traduction œcuménique de la Bible 2010 : « Commencement de la création par Dieu du ciel et de la terre. »

La traduction de la BS1910 évoque une création qui s’est produite une seule fois (« au commencement ») dans le passé (« Dieu créa »). Celle de la TOB donne une tout autre impression, celle d’une création dynamique, d’une création qui est encore dans son commencement, d’une création dont le commencement ne sera jamais fini.

Ce qui peut séduire

Qu’est-ce qui peut séduire dans la Bible, cette collection de livres probablement écrits il y a près de 3000 ans pour le plus ancien et 2000 ans pour le plus récent (pour en savoir plus, lire mon article « La Bible. Brève chronologie ») ? Je crois que certain·es la lisent par devoir, parce que c’est ce que l’on doit faire quand on est chrétien·ne, parce que c’est ce que l’on doit lire pour savoir comment se comporter dans l’existence, pour être sauvé·e, pour aller au paradis. Je crois que d’autres la lisent ou lisent certains textes par plaisir, pour leur intrigue ou leur poésie et surtout parce qu’on peut se reconnaître dans les grandeurs et les petitesses des personnages, parce qu’on peut y trouver l’ébauche d’un sens à ce qui nous arrive à nous les êtres humains.

Qu’est-ce qui peut séduire dans la BS1910 ? Souple, bien reliée, elle réussit un bon compromis entre la taille du livre et celle des caractères  ce qui la rend pratique à lire et à transporter. On peut la mettre dans un sac et la lire n’importe où ; elle reste ouverte tenue dans la main. Mais la séduction est plus profonde. La « traduction Segond » s’est vite imposée comme la Bible protestante. Car jusqu’à la parution de la Traduction œcuménique de la Bible (1975) et de la Bible en français courant (1982), c’est elle que les Églises protestantes francophones ont utilisée presque exclusivement. Depuis près de 150 ans, elle a ainsi forgé l’imaginaire protestant. Pour les chrétien·nes à tendance conservatrice ou évangélique, pour beaucoup de protestant·es d’Afrique et des Caraïbes, elle est « la vraie version de la Bible » ; en caricaturant un peu, Dieu a littéralement dicté sa Parole dans les lettres, les mots, les phrases et les chapitres de la BS1910.

Qui la BS1910 peut-elle séduire? Le document « Les bibles françaises comment choisir ? » (télécharger le document sur le site de la Maison de la Bible), véritable test comparatif des différentes versions, caractérise la BS1910 ainsi : « volonté de respecter la structure de la phrase originale ; emploi d’un vocabulaire et de conjugaisons vieillis. Niveau de langage : élevé. Convient plus particulièrement à : des adultes habitués des bancs d’église. »

Mon avis

Je suis franc, je n’ai pas relu la Bible pour rédiger cet article ; je suis honnête, je ne l’ai même jamais lue en entier ; ce qui me permet d’être encore surpris.

(+) Sur la Bible : je l’aime comme œuvre de fiction — sa vérité ne dépend pas du fait que ce qu’elle raconte se soit vraiment passé —, qui fait partie des grandes œuvres littéraires ; j’aime les mythes qu’elle propose, car ils m’aident à comprendre ce qui se joue dans mon existence : par exemple pourquoi puis-je aimer et haïr tout à la fois et en même temps ? Comment puis-je vivre avec mes échecs ? Je l’aime quand elle m’aide à devenir meilleur.

(+) Sur la BS1910 : je l’aime bien, surtout par attachement sentimental, car c’est la version que j’ai entendue puis lue depuis mon enfance ; et c’est dans cette version que je récite les quelques passages que je connais par cœur.

(–) Sur la Bible : je n’en aime pas tous les textes. Je n’aime pas les passages qui justifient des comportements inhumains en les prétendant voulus par Dieu ; je n’aime pas qu’on en fasse un livre historique qui raconterait des faits qui se sont « vraiment » passés ; je n’aime pas qu’on la sacralise ou la fétichise en prétendant qu’elle est littéralement la Parole de Dieu ; je n’aime pas qu’on y enferme Dieu et je ne souscris donc pas au principe protestant de la Sola scriptura, de l’Écriture seule (pour en savoir plus sur ma relation à la Bible, lire ma prédication «“La Bible ne parle pas, la Bible ne dit rien !” [1 prédication en 5 images seulement]»).

(–) Sur la BLS1910 : je n’apprécie pas ou plus son langage vieillot qui donne l’impression que la place de la Bible est dans un musée ; je n’aime pas son « Harmonie des Évangiles », cette annexe qui reconstruit une vie rêvée de Jésus en additionnant tous les récits des 4 évangiles ; elle gomme la richesse et la relativité de 4 évangiles différents coexistant dans un seul Nouveau Testament ; je n’aime pas la carte de géographie qui historicise un récit mythique, celui de la « marche d’Abraham » ; je me demande comment elle peut proposer une « variante d’itinéraire » pour un voyage qui ne s’est jamais produit ?

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Les auteur·es

Je sais — pas je crois ! — que les auteur·es des livres bibliques sont toutes et tous des êtres humains qui ont mis par écrit des expériences avec ce qu’elles et ils appelaient de noms que le français traduit par « Dieu » ; leurs propres expériences et celles de leurs communautés, en intégrant, arrangeant et réécrivant des récits qui en racontaient.

Le traducteur

Louis Segond est une figure importante du protestantisme francophone. Dans mon histoire de la Suisse romande protestante, j’ai écrit à son propos : « La Compagnie des pasteurs [de Genève] poursuit son œuvre de traduction biblique, confiant cette tâche à Jacques-Jean-Louis Segond (1810-1885), pasteur, professeur et hébraïsant. Sa traduction de l’Ancien Testament paraît en 1874 et celle du Nouveau Testament en 1880. Jugée d’abord “libérale”, la “Bible Segond” deviendra rapidement la Bible de référence de tous les courants protestants, appréciation unanime qui en fera un grand succès de librairie. » Bauer, O. (2020). 500 ans de Suisse romande protestante (1526-2019). Alphil Presses universitaires suisses, page 89 (télécharger gratuitement le livre sur le site de l’éditeur).

La maison d’édition

Bibli’o est la maison d’édition de l’Alliance biblique française. Sur son site www.editionsbiblio.fr, elle se présente ainsi : « La maison d’édition BIBLI’O est née en 2005. Elle est le fruit de la collaboration existante des Sociétés bibliques de France, Suisse, Belgique et Canada au sein de l’Alliance biblique universelle. » La version brochée de la BS1910 n’était pas la meilleure vente sur le site de l’éditeur le 1er octobre. C’était toujours une BS1910, mais l’« édition gros caractères en coffret », plus chère évidemment.


Ouvrage déjà  présenté:

« Les meilleures ventes en christianisme » : octobre 2020

L’espoir secret d’Olivier K (lire son commentaire à l’article « Les meilleures ventes en christianisme » et découvrir son blogue Théologeek) est déjà devenu réalité. Le 1er octobre 2020, c’est une Bible qui est numéro 1 des ventes dans la catégorie « Christianisme » sur Amazon.fr .

  • À découvrir le 15 octobre : La Sainte Bible. Texte Segond 1910 (L. Segond, Trad.). (2008). Bibli’O. 1280 pages, avec références, harmonie des évangiles, 4 cartes.

Rappel du projet :

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres que je n’achète pas forcément par correspondance.

Livre # 1 le 5 septembre 2020 : « Le combat spirituel » par Emmanuel Maillard

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi : lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans « Les meilleures ventes en christianisme » sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres.


Septembre 2020

Sœur Emmanuel Maillard et Laurence Chartier (2020), Le combat spirituel : voie express de l’union à Dieu. Les enfants de Medjugorje, 33 pages.

Une citation percutante

« Le tentateur est sournois : il ne pousse pas directement au mal, mais à un faux bien, en faisant croire que les vraies réalités sont le pouvoir et ce qui satisfait les besoins fondamentaux. » p. 27

Le livre

Les autrices voient le monde comme un champ de bataille et la vie chrétienne comme un combat spirituel, un combat d’abord contre soi-même, contre ses passions, ses blessures et leurs conséquences négatives, un combat dans lequel la prière est la seule arme, un combat à l’issue duquel, Dieu peut donner la paix.

En 5 chapitres, elles expliquent comment remporter le combat : par la prière (chap. 1), « lieu de l’union avec Dieu » ; contre Satan qui perturbe la prière (chap. 2) ; en utilisant les « armes » que sont, entre autres, la récitation de versets bibliques, l’invocation du nom de Jésus, le jeûne ou le chapelet et l’aide des saints et de la vierge Marie (chap. 3) ; dans le chapitre 4, elles affirment que Dieu autorise la tentation pour permettre la croissance spirituelle ; dans le chapitre 5, elles proposent des citations — de saint Macaire à Padre Pio — utilisées pour confirmer leur point de vue et d’autres arguments d’autorité, empruntés à des révélations de la vierge Marie, aux papes Benoît XVI et François et à Léon XIII, pape de 1878 à 1903.

Ce qui peut séduire

Le livre appartient à la littérature de combat. Il dramatise la situation pour faire peur, mais il donne immédiatement les solutions pour s’en sortir. J’imagine qu’il vient conforter un sentiment très à la mode, celui d’un christianisme menacé, assiégé, que ses ennemis voudraient faire disparaître. La personnalité de sœur Emmanuel et le fort accent marial du texte doivent plaire à toute une frange, plutôt conservatrice, du catholicisme. Enfin le prix bas ta brièveté de l’ouvrage en facilite l’achat et la lecture. On ne peut pas exclure que le statut de meilleur vendeur vienne d’un achat massif par un groupe ou une communauté qui les revend ou plus vraisemblablement les distribue.

Mon avis

(+) J’ai apprécié les conseils très pratiques sur la manière de vivre une vie spirituelle ; j’ai lu avec intérêts les nombreuses courtes citations d’autrices et d’auteurs hors de mon champ de connaissance ; ma curiosité teintée d’ironie m’a fait savourer les récits des visions.

(–) Fondamentalement, je n’aime pas ce christianisme de combat qui se méfie du monde et des gens, qui se replie sur lui-même et qui réserve la victoire à celles et ceux qui font les pratiques jugées bonnes.

Les autrices

  • Sœur Emmanuel Maillard est une religieuse catholique de la communauté des Béatitudes à Medjugorje (Bosnie). Le site des éditions de la communauté la présente ainsi : « Sœur Emmanuel Maillard est née en France en 1947. Elle a obtenu une licence de Littérature et d’Histoire de l’Art à la Sorbonne en 1971. Membre de la Communauté des Béatitudes, elle vit à Medjugorje depuis 1989 et voyage dans le monde entier pour évangéliser ». Membre du Renouveau charismatique, elle transmet le message du sanctuaire marial dans des livres, des vidéos, des CD, etc. Le site « Les enfants de Medjugorje » propose ses réflexions et Wikipedia lui consacre une page, mais en italien seulement.
  • Laurence Chartier (1965 —) est autrice et réalisatrice de documentaires sur le catholicisme. Elle travaille pour l’émission catholique de la télévision publique française Le Jour du Seigneur. On peut découvrir la liste de quelques-unes de ses réalisations sur Vodeus, le site de la « Mémoire vivante de l’audiovisuel chrétien ».

La maison d’édition

En général, Emmanuel Maillard publie ses livres dans la maison d’édition de sa communauté, les Éditions des Béatitudes. Mais elle a autoédité celui-ci, sous le label « Les enfants de Medjugorje ».

«Les meilleures ventes en christianisme»

Pour l’année universitaire 2020-2021, je me lance un défi: lire, présenter et commenter chaque 15 du mois le livre classé numéro 1 dans «Les meilleures ventes en christianisme» sur Amazon.fr. Je souhaite ainsi mieux comprendre ce qui du christianisme intéresse les lectrices et les lecteurs. J’ai choisi ce site de vente par correspondance en pensant que son volume de ventes garantit la représentativité du meilleur vendeur. Et je précise que je ne reçois rien, mais que je paye tous les livres.

  • À découvrir le 15 septembre: Sœur Emmanuel Maillard et Laurence Chartier (2020), Le combat spirituel: voie express de l’union à Dieu. Les enfants de Medjugorje. 33 pages.