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Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous? Les exemples français et canadien

Pour compléter mon article d’hier (Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous ?), j’ai eu envie de vérifier quel rite pour les couples proposent deux Églises réformées dans des pays qui ont déjà adopté un mariage pour toutes et tous.

L’Église protestante unie de France propose aux couples de même sexe, non pas une « célébration du mariage au temple » mais une « bénédiction des couples mariés de même sexe » (voir la page).

L’Église unie du Canada propose le mariage (je rappelle qu’au Canada, les pasteur·es marient civilement au nom de l’État) à tous les couples, dont les « couples formés de personne de même sexe » (voir la page).

Dois-je ajouter que c’est la proposition de l’Église unie du Canada qui me semble la seule conforme à l’Évangile ? Et que c’est celle que doivent adopter les Églises réformées en Suisse – et en France ! – après l’adoption du mariage pour toutes et tous ?

Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous ?

Comme un bon joueur d’échec, je pense plusieurs coups en avance.

Admettons que le 26 septembre, le peuple suisse vote « oui » au mariage pour toutes et tous. Qu’adviendra-t-il des rites de bénédiction que quatre Églises réformées de Suisse romande (Berne, Fribourg, Vaud et Genève) ont mis en place pour les couples de même sexe à qui le mariage était jusque-là interdit ? Je vois deux possibilités :

  1. Soit ces Églises reviennent à leur ancienne pratique. Elles vont alors supprimer ces rites de bénédiction et recommencer à ne bénir que des couples mariés (homo- et hétérosexuels) dans ce que l’on appelle improprement des « mariages religieux » ou des « mariages à l’église ».
  2. Soit ces Églises conservent leur nouvelle pratique. Elles vont alors maintenir ces rites de bénédiction. Pour éviter toute discrimination, elles vont les ouvrir à tous les couples homo- et hétérosexuels.

J’évalue ainsi ces deux possibilités :

  1. La première possibilité me semble mauvaise. Car elle reviendrait à ne plus reconnaître et accueillir rituellement et liturgiquement une forme de conjugalité hors ou sans mariage, largement répandue et tout à fait respectable. Ce serait d’autant moins compréhensible que, pour les couples homosexuels, les Églises réformées l’ont reconnue et accueillie pendant plusieurs années.
  2. La seconde possibilité me semble la bonne. Car elle revient à reconnaître et accueillir tous les couples, sans s’intéresser à leur statut légal (mariés, pacsés, concubins, libres, etc.). Car un rite public de bénédiction de couple permet à chaque partenaire d’exprimer son amour, de reconnaître ses limites et de demander à Dieu qu’il l’aide. Car un rite de bénédiction permet au couple et à son entourage d’expérimenter la bienveillance de Dieu.

Admettons que les Églises réformées choisissent la seconde possibilité. Elles devront convaincre l’État helvétique que la bénédiction d’un couple n’est pas un mariage religieux et qu’elle ne contrevient pas à l’article 97, alinéa 3 du Code civil suisse : « Le mariage religieux ne peut précéder le mariage civil. » Mais elles pourront se prévaloir du fait que pendant plusieurs années, elles ont béni des couples non mariés, sans engendrer aucun malentendu ni encourager aucune confusion.

Livre # 4 le 1er juin 2021 : « Être père avec saint Joseph. »

Fabrice Hadjadj (2021). Être père avec saint Joseph. Petit guide de l’aventurier des temps postmodernes. Magnificat, 275 pages.

UNE CITATION PERCUTANTE

« Chez le père, la peur de mourir n’est pas seulement pour lui. Elle est aussi de ne plus pouvoir être là pour sa famille. Avant d’être père, j’avais très peur de la mort. Maintenant que je suis père, sans pour autant être devenu sans peur (ni reproche), je suis prêt à mourir pour ma femme et mes enfants, mais je crains aussi la mort qui les priverait de mon soutien : je dois prendre soin de moi afin de prendre soin d’eux. » p. 266

LE LIVRE

Ce livre résulte de la commande d’un éditeur : « Je dois l’avouer, j’ai accepté d’écrire ce livre pour des raisons alimentaires » (p.217).

Et la faim a poussé Fabrice Hadjadj à écrire douze leçons sur la paternité, mêlant habilement l’histoire de Joseph — et celle de Marie et celle de Jésus qui lui sont inextricablement liées — avec d’autres textes des deux Testaments, avec des textes profanes et surtout avec sa propre expérience de fils, de mari et de père. Il le fait dans une perspective clairement réactionnaire : comme l’auteur n’aime pas le monde tel qu’il est et il n’adhère pas à ce qu’on en dit, il réagit pour faire du monde autre chose que ce qu’il est devenu, pour lui donner un autre sens, celui d’un catholicisme plutôt traditionaliste. J’y reviendrai dans ma critique. Mais pour l’instant, je me contente de le citer :

« C’est parce que sa paternité est la plus pure et la plus radicale que Joseph peut nous guider en ces temps extrêmes. » (p.23)

Les titres des leçons exposent bien le propos du livre : pour devenir père, Joseph a dû « d’abord être fils » (leçon I), puis « séduire la Vierge Marie » (leçon II), sans « rien comprendre à sa femme » (leçon III) ; il a dû « bien dormir » (leçon IV), « aménager une étable » (leçon V), « donner un nom » (leçon VI) et « sauver le Sauveur » (leçon VII) ; il a dû « se faire obéir par Dieu » (leçon VIII), « raconter des histoires » (leçon IX), « travailler dans la charpente » (leçon X), « chercher son enfant dans l’angoisse » (leçon XI) ; enfin « apprendre à mourir » (leçon XII).

J’ajoute que j’ai retrouvé dans le livre une profonde proximité entre tradition biblique et psychanalyse : le père est celui que la femme désire ; le père est celui qui donne le nom à l’enfant ; le père est celui qui rappelle la loi. Est-ce Fabrice Hadjadj qui nourrit sa lecture biblique de psychanalyse ? Je pense plutôt que c’est la psychanalyse qui s’est largement nourrie de la pensée biblique. Sigmund Freud n’était-il pas juif ?

CE QUI PEUT SÉDUIRE

Le thème d’abord, cette idée de chercher dans la foi chrétienne et dans la théologie qui la réfléchit peut aider à devenir ce que personne ne nous apprend à être, un père. Le contenu ensuite, ce monde traditionnel, ce monde rassurant où il n’y a qu’une seule manière d’être homme, qu’une seule manière d’être femme, qu’une seule manière d’être père, qu’une seule manière d’être mère, où chacun est et doit rester à la place que la tradition chrétienne, la culture lui a attribuée, une fois pour toutes.

MON AVIS

Les +

  • J’aime l’idée de considérer le père comme « l’aventurier » comme d’écrire un guide de la paternité en se fondant sur un personnage biblique aussi méconnu ou mal connu que Joseph, le père de Jésus « réduit à un accessoire ou à une fonction », dit « demi-père ou père à peu près », « idiot utile » (p.17). C’est une sorte d’antihéros paternel que je n’ai pas pris pour modèle lorsque je suis moi-même devenu père. Et pourtant, j’aurais dû. Joseph, découvert au travers du regard que Fabrice Hadjadj porte sur lui, de l’amour que Fabrice Hadjadj lui porte devient le modèle d’une vraie paternité, avec ses grandeurs et ses petitesses, avec ses réussites et ses échecs. Comme la mienne.
  • J’aime aussi la vaste connaissance biblique de l’auteur et son souci de trouver une traduction exacte pour certains termes hébreux ou grecs : cela pourrait paraître pédant, mais cela aide à mieux comprendre le texte.
  • J’aime enfin l’écriture pleine de jeux de mots et de clins d’œil.

Les –

Évidemment, l’auteur introduit dans le texte biblique une part de ses a priori ; comment sait-il par exemple que « devant Marie, le moindre geste de drague eût été répugnant » (p.55) ? Mais ce ne sont là que des détails, des biais inévitables.

Très tôt dans ma lecture, j’ai été perturbé par la vision réactionnaire et simpliste que propose Fabrice Hadjadj quand il évoque l’homme et la femme, le père et la mère, quand il les enferme dans des rôles traditionnels et stéréotypés. Prises séparément, certaines affirmations sont déjà dérangeantes, mais prises ensemble, elles me sont devenues insupportables. Je recopie quelques citations et je vous laisse en penser ce que vous voulez :

  1. « Avant ces jours, on devenait le plus souvent père par surprise. La femme vous arrachait à vos initiatives d’entrepreneur pour vous entraîner dans son désir d’enfant. » (p.24)
  2. Le coup de foudre « ressemble à un guet-apens. Et ce n’est que le premier : après être devenu époux par embuscade, on devient papa par surprise. » (p.50)
  3. « J’ai des réticences à tenir un discours qui ressemble à la morale de Miss France : “Il faut croire en ses rêves !” [à prononcer avec un accent tonique sur “croire” et des trémolos dans la voix]. » (p.99)
  4. « Le père appelle son fils à la boxe. Et la boxe correspond au sacrement de la maturité. Si le baptême est plutôt maternel, puisqu’il est une naissance, la confirmation est plutôt paternelle, puisqu’elle est un affermissement qui, selon le pape Melchiade, “donne des armes et prépare aux combats”. » (p.162)
  5. « Face à des agresseurs, les pères de famille ne peuvent pas se permettre de courir au martyr. Ce serait trop simple. Ils ont l’obligation de constituer des milices armes et de défendre jusqu’à leur belle-mère. » (p.163)
  6. « La petite fille s’émerveille de sa maison de poupées plus que du manoir familial, parce qu’elle est à la mesure de sa créativité. Le petit garçon préfère son château de carton-pâte au palais de Windsor, parce qu’il peut assumer la mission de le défendre. » (p.168)
  7. « Ma femme, en soutier, s’occupe du linge dans la buanderie : contre cette hydre de chiffons dont les têtes repoussent tous les jours, le combat est sans fin. Quand vous avez neuf rejetons, votre épouse ne suffit pas à la roue. » (p.173-174)
  8. « On n’éduque pas les filles comme les garçons (cette phrase que j’ai dite à Esther : “tu es très belle, ma chérie, grâce à toi je vais pouvoir en partie satisfaire mon désir d’avoir des gendres” serait assez mal comprise par Jacob). » (p.177)
  9. « La voix de la mère est torah, parce que la mère porte la vie dans son sein. La voix du père est moussar — qui peut aussi se traduire par “châtiment” ou “discipline” — parce que le père, d’un tutélaire coup de pied au derrière, pousse la vie à se risquer dehors. » (p.179)
  10. « Qu’est-ce qu’un père, de nos jours, peut transmettre à son fils ? » (p.195)
  11. « Aussi, là où Nicodème mentionne la mère et le retour au sein, Jésus répond par le Père et l’amour du monde. » (p.270)

Je ne m’étonne donc pas vraiment que Fabrice Hadjadj propose comme modèle de la relation père fils, un roman de Cormac McCarthy où « un père et son fils marchent avec un Caddie dans un monde dévasté. La mère s’est suicidée depuis longtemps, ne supportant pas d’avoir donné la vie dans cette ruine » (p.209). Et qu’il conclue qu’il « a fallu le désastre » — l’apocalypse ou le suicide de l’épouse/mère ? — « pour les rendre disponible l’un à l’autre » (p.210).

L’AUTEUR

Dans son ouvrage, Fabrice Hadjadj livre beaucoup de lui-même. J’ai appris qu’il est né à Nanterre « dans une famille juive tunisienne de gauche » (p.25), que par son prénom, il aurait « un rapport avec saint Fabrice, premier évêque de Porto, martyr de Tolède, et avec Fabrice Del Dongo, le héros de la Chartreuse de Parme » ; qu’il a « foi en la Providence » (p.46), que sa femme s’appelle Siffreine et qu’elle est « une catholique grenobloise royaliste » (p.25), qu’il « est né comme père à trente-et-un ans, à Brignoles dans le Var, quelque part entrer un test de grossesse et un officier de mairie » (p.44), que leur famille compte neuf enfants (l’ainé s’appelle Jacob, les cinq filles Abigaël, Élisabeth, Esther, Judith et Marthe, les autres garçons Pierre, Moïse et il m’en manque un) ; qu’il s’est converti à sept ans, lorsqu’il a découvert dans le monde « post-soixante-huitard de [s]on enfance » « la relation au maître » et qu’il est entré « dans une discipline vivante » (p.160) que valorise la pratique du karaté ; qu’il lit le Talmud et Fratelli Tutti du pape François, Emmanuel Levinas et Tolkien, qu’il fréquente les grands lieux du catholicisme fribourgeois — le sanctuaire Notre-Dame du Mont-Carmel à Bourguillon — et ses grands personnages — « le père abbé d’Hauterive me l’a rappelé » (p.78) —, et qu’il s’endort lors des adorations eucharistiques ; que « pour écrire ces lignes », il a « sous les yeux une petite statue de Joseph dormant » (p.89) : qu’il a été successivement rentier et fonctionnaire avant d’avoir « trouvé un travail en Suisse » (p.217-218).

LA MAISON D’ÉDITION

Selon leur site Internet, les éditions Magnificat se fixent pour mission « d’offrir à tous le trésor de la liturgie des heures », de fournir « un excellent programme de prières quotidiennes accompagnant les textes officiels de la messe » en édition papier comme en édition numérique. La maison d’édition propose des livres, des beaux livres, des bandes dessinées, des CD, des partitions, des calendriers et des cartes.


Ouvrages déjà traités:

Quand le droit fait la théologie

Dans un article de son blogue « Le grain de sable » (le titre en dit l’objectif: « Mariage religieux musulman en Suisse: attention danger! »), Suzette Sandoz, ancienne politicienne suisse, professeure de droit à la retraite et, l’information n’est pas anodine, laïque très engagée au sein de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, évoque la nécessité d’appliquer strictement le principe qui exige qu’un mariage religieux soit toujours et forcément précédé d’un mariage civil. Cela me semble juste, même si on peut procéder autrement et faire du ou de la « ministre du culte » le ou la célébrant.e civil.e, comme aux États-Unis ou au Canada, ce qui a d’autres conséquences théologiques (lire sur mon blogue: « La bénédiction d’un couple n’est ni un mariage ni un sous-mariage« ).

Suzette Sandoz me rappelle que la définition d’un « mariage religieux » implique, de jure et de facto, la reconnaissance de « religions ». Est-ce que la législation helvétique considère comme « religieux » un mariage druidique ou aztèque? En tous les cas, qu’il existe un « mariage musulman » indique que l’islam est déjà une religion reconnue en Suisse. Mais Suzette Sandoz me rend surtout attentif  à un changement dans la législation suisse. Je la cite:

«Le mariage religieux ne peut précéder le mariage civil». Telle est la formulation, qui a remplacé, dans le code civil suisse, dès le 1er janvier 2000, celle valable depuis 1912 (et même depuis 1874), à savoir: «La bénédiction religieuse ne peut avoir lieu que sur présentation du certificat de mariage délivré par l’officier de l’état civil».

Ce passage de la « bénédiction religieuse » au « mariage religieux » a soulevé mon intérêt de théologien du quotidien (en retard, puisque le changement a eu lieu en 2000!). J’en relève deux implications théologiques:

  1. Négative. En 2000, la législation helvétique a transformé en mariage les rites de conjugalité des religions. Or en protestantisme, il n’existe pas de « mariage religieux ». En théologie protestante, l’Église ne marie pas; des célébrant.e.s rappellent la bénédiction de Dieu aux deux partenaires et à leur couple.
  2. Positive. Depuis 2000, la législation helvétique permet aux religions de célébrer des rites de conjugalité  pour les couples non mariés. L’exemple le plus évident et le plus médiatisé est la bénédiction de couples de même sexe. Ainsi, il aura fallu 12 ans pour que l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (celle de Suzette Sandoz et la mienne aussi) instaure un « rite pour les couples de même sexe au bénéfice un partenariat enregistrés dans le sens de la loi« . Ce qui aura été long, mais qui aura finalement permis de réduire une discrimination. En passant, on aura remarqué que l’Église évangélique réformée du canton de Vaud a soigneusement respecté l’esprit de la législation helvétique, puisqu’elle réserve cette bénédiction aux couples déjà « pacsés ».

Je réalise que j’ai déjà écrit (et réfléchi?) sur le mariage et le couple; on pourra donc lire:

Pour aller encore plus loin, on peut lire mon article scientifique sur la manière dont deux conjoints de même sexe peuvent vivre leur rite de bénédiction (en libre accès sur Academia.edu):

La bénédiction d’un couple n’est ni un mariage ni un sous-mariage!

Sous le titre «L’Église ne célébrera pas de « sous-mariage »», le quotidien québécois Le Devoir rapporte aujourd’hui les propos du chancelier du diocèse catholique-romain de Montréal. Il réagit à la décision d’une juge québécoise qui a statué que le «mariage religieux» ne devait pas forcément valoir comme mariage civil (pour faire court).

« Or, l’Église ne célèbre pas « d’union spirituelle », rétorque François Sarrazin. « Il n’y a pas de sous-célébration, on ne joue pas ce jeu-là, dit-il. Le mariage n’est pas qu’un contrat [aux yeux de l’Église] : c’est un sacrement. » Commencer à célébrer des unions semi-clandestines « mettrait en péril la dignité du sacrement du mariage », fait valoir M. Sarrazin.

Le théologien du quotidien ne pouvait pas rater l’occasion de s’autosaisir de ce sujet.

  1. D’abord, ce n’est pas de «l’Église» dont il est question mais de l’Église catholique-romaine. Ce qui n’est pas la même chose (ce n’est pas parce que j’ai l’habitude de cette généralisation abusive que je vais la laisser passer).
  2. Surtout que dans le cas présent, aucun catholique n’était impliqué. Le plaignant était un baptiste qui souhaitait être marié aux yeux de son Église, sans que cela n’entraîne de conséquences sur le plan civil (au Québec, les prêtres, les pasteurs et d’autres professionnels du religieux remplissent la fonction d’officier d’État-civil).
  3. J’ai depuis longtemps remarqué qu’au Québec, comme aux États-Unis, en Suisse ou en France (j’ai eu la chance d’avoir été pasteur dans ces quatre pays), le mariage permettait à l’État de réguler le religieux. En Amérique du Nord, il accorde à certaines institutions religieuses (pas toutes) un droit généralisé à célébrer des mariages reconnus civilement; en Europe, il exige que le mariage célébré par certaines institutions religieuses (pas toutes) soit précédé d’un mariage civil. En leur conférant ce droit ou cette contrainte, les États accordent à certaines institutions religieuses (pas toutes) un statut particulier et une certaine forme de reconnaissance.
  4. Par commodité, j’ai utilisé l’expression «mariage religieux», mais, dans une perspective protestante, cette chose n’existe pas! Les Églises protestantes ne marient personne. Elles proposent des cérémonies ou deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, témoignent de leur amour devant leurs familles et leurs ami.e.s, se font mutuellement des promesses, signifient leur alliance en échangeant des anneaux et demandent à Dieu, publiquement et «cérémonieusement», de les bénir, chacun individuellement et ensemble dans leur couple. Et qu’ils/elles soient marié.e.s, pacsé.e.s, en union libre, en concubinage, etc. ne change rien à l’affaire. Ils/elles repartent comme ils/elles sont venus.
  5. Sur un point, je suis d’accord avec le chancelier du diocèse catholique-romain de Montréal, les Églises ne proposent pas d’union spirituelle, mais une union totale, charnelle aussi. «Vous pouvez embrasser le/la marié.e!»

Sur le même thème, on peut lire mon article scientifique sur la manière dont deux conjoints de même sexe peuvent vivre leur rite de bénédiction.

Le mariage de couples de même sexe vu depuis le Québec et l’Église Unie du Canada

À mes compatriotes et à mes coreligionnaires en France et dans le canton de Vaud, depuis le Québec où je vis depuis 10 ans et dans le cadre de l’Église Unie du Canada que je fréquente depuis les mêmes 10 ans,  j’aimerais dire ceci:

  1. En 2000, certaines paroisses de l’Église Unie du Canada ont commencé à célébrer des « cérémonies d’alliance pour des couples de même sexe ».
  2. En 2002, le Québec a légalisé le mariage des couples de même sexe (Loi de l’Union Civile).
  3. En 2003, l’Église Unie du Canada « a résolu de demander au gouvernement du Canada de reconnaître le mariage entre partenaires de même sexe dans la législation du mariage. »
  4.  En 2005 le Canada a « étendu le périmètre du mariage aux couples de même sexe » (Loi sur le mariage civil).
  5. Dès lors, l’Église Unie du Canada marie (au Canada, le/la pasteur-e a qualité d’officier d’état-civil) tous les couples, quelle que soit leur orientation sexuelle, tout en laissant à ses paroisses le droit de ne pas marier des couples de même sexe.

15 ans après, je vous assure que:

  1. Le monde continue de tourner.
  2. L’Église Unie du Canada n’a pas disparu.
  3. Des couples de même sexe et leur famille sont heureux d’entendre et d’annoncer l’Évangile dans une Église qui les accueille pleinement.
  4. Nous sommes heureuses et heureux de communier avec nos frères et nos sœurs, peu importe leur orientation sexuelle ou leur genre.

Découvrir la liturgie de l’Église Unie du Canada « Cultes d’alliance ou de mariage pour couples de même sexe«