Marie

Un protestant peut facilement prier 66% de l’Ave Maria!

Permettez qu’en cette veille de 15 août, jour où les catholiques fêtent l’Assomption de Marie et les orthodoxes sa Dormition – de manière différente, les deux traditions veulent signifier la même chose: Marie, au bénéfice d’un traitement de faveur, n’est pas morte –, permettez donc qu’un théologien protestant mais pas borné (mais oui, cela peut exister!) relise la prière mariale par excellence, l’Ave Maria, en barrant ce qu’il n’accepte pas!

Je vous salue, Marie pleine de grâce;

Le Seigneur est avec vous.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes

Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu,

Priez pour nous pauvres pécheurs,

Maintenant et à l’heure de notre mort.

Avec l’Ave Maria, j’ai des points d’accord:

  • Moi aussi, je crois que Marie a été pleine de grâce, parce qu’elle a accepté que son utérus abrite celui qu’elle appellera Jésus.
  • Moi aussi, je crois que le Seigneur a été avec elle et qu’il est encore avec elle.
  • Moi aussi, je crois qu’elle est bénie.
  • Moi aussi, je crois qu’elle est la Mère de Dieu, puisque je crois que le fils de Dieu est aussi Dieu.
  • Moi aussi, je crois que Jésus est le fruit de ses entrailles, qu’il s’est développé dans son utérus et qu’il est né par son vagin.

Mais avec l’Ave Maria, j’ai aussi des désaccords:

  • Je ne salue pas Marie: elle est morte et elle ne m’entend plus.
  • Je ne crois pas qu’elle est bénie entre toutes les femmes, mais comme toutes les femmes.
  • Je ne qualifie pas Marie de sainte: personne ne mérite ce titre.
  • Je ne demande pas à Marie de prier pour nous maintenant: Dieu est suffisamment attentif pour savoir ce dont nous avons besoin.
  • Je ne demande pas à Marie de prier pour nous à l’heure de notre mort: à cette heure-là nous ne pouvons plus rien changer à ce que nous avons été.

L’Ave Maria compte 45 mots et je suis d’accord avec 30 d’entre eux, soit 66%. Je mérite donc la moyenne en mariologie et en œcuménisme.


À propos de Marie, on peut lire sur mon blogue:

Accroche-toi au pinceau, je retire l’échelle! (Version théologique)

Vous connaissez sûrement l’histoire éculée du type qui repeint son plafond. Un fou arrive qui lui dit: « Accroche-toi au pinceau, je retire l’échelle! » Et bien, figurez-vous qu’il en existe une version théologique. Et que ça peut marcher!

« Selon les Cantigas de Santa Maria compilées à la fin du XIIe siècle par le roi de Castille et de Léon Alphonse X le Sage, un peintre avait, sur les murs d’un église, représenté le diable sous les traits affreux qui caractérisent celui-ci. Cette fois, c’est le diable qui s’insurge contre la norme iconographique qui n’est pas à son avantage. Pour punir le peintre, il fait s’écrouler l’échafaudage sur lequel celui-ci est monté. Mais la Vierge Marie veille et permet que le peintre, qui a bien servi la vérité, reste suspendu au mur de l’église par son pinceau et échappe ainsi à la mort. » Jean-Claude Schmitt (2002). Le corps des images. Essais sur la culture visuelle du Moyen Âge, Gallimard: 146

La tombe de la « FAMILLE DIEU » et la « SÉPULTURE MARIE »

J’aime me promener dans les cimetières. J’y fais souvent des découvertes. Comme cette pierre tombale dans le cimetière de Colombe, en Île de France, et son inscription presqu’effacée, « FAMILLE DIEU ».


Le théologien du quotidien peut en déduire:

  1. Que Dieu existe ou au moins qu’il a existé.
  2. Qu’il a eu une famille.
  3. Qu’il est mort et enterré près de Paris.
  4. Qu’il y a des gens pour entretenir sa tombe.

Ce que le théologien du quotidien ne s’explique pas, c’est qu’il faille traverser l’allée pour trouver la « SÉPULTURE MARIE ». Pourquoi est-elle enterrée à part? Ne fait-elle pas partie de la « FAMILE DIEU »?

Est-ce que toucher c’est jouer? Exercice de théologie pratique

Il y a quelques années, j’ai pris cette photographie dans la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec. Ce qui m’avait intrigué, c’est la mention « Merci de ne pas toucher. Please don’t touch » apposée sur le bras de Jésus.

NePasToucher_Pieta

Pietà à Sainte-Anne de Beaupré (Québec). Crédit: Olivier Bauer

Je n’ai jamais très bien su qu’en faire jusqu’à maintenant, où j’ai eu l’idée d’un petit exercice de théologie pratique autour du sens du toucher. Je vous invite à utiliser l’outil « Commentaires » pour partager vos réponses (ou vos questions…)

  1. Pour qui cette image peut-elle fonctionner comme une médiation vers « Dieu »?
  2. Qu’est-ce qui peut y faire médiation de « Dieu »? La femme en bleu? L’homme presque nu? Les plaies qui saignent? Le geste de la mère vivante qui soutient son fils mort? La statue dans sa niche en bois?
  3. À quoi fait allusion la mention « Merci de ne pas toucher. Please don’t touch » (l’anglais est moins poli)?
    • Renvoie-t-elle au chapitre 20 de l’évangile de Jean  Mais alors, redouble-t-elle l’interdiction que Jésus signifie Marie-Madeleine: « Noli me tangere! » ou contredit-elle l’ordre que Jésus donne à Thomas: « Avance ta main et mets-la dans mon côté! » ?
    • Est-ce qu’elle demande du respect pour une œuvre d’art?
    • Est-ce qu’elle interdit une pratique de dévotion où les fidèles toucheraient le corps, les plaies ou le manteau pour obtenir par contact ou par contagion un peu du mana de la statue?

Sur le toucher dans les évangiles, lire l’excellent ouvrage: Veyron, M.-L. (2013). Le toucher dans les Évangiles préface de Élian Cuvillier. Paris: les Éd. du Cerf (et la recension que j’en ai faite).

Jésus avait-il deux papas? (En plus de Dieu, bien entendu)

Vitrail de la Nativité dans le temple protestant de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Vitrail de la Nativité; église protestante de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Quand j’ai vu ce vitrail de la Nativité, j’ai été immédiatement frappé, par le personnage en bleu sur le côté gauche de la crèche. Je me suis demandé: « Mais que fait Jésus adulte dans sa propre crèche? » Et puis j’ai vu les longs cheveux bouclés et je me suis dit qu’il s’agissait probablement de Marie. Mais avouez qu’elle semble bien peu féminine! Elle est plutôt tout le portrait de son fils.

  • Je savais que certains artistes plaçaient une femme à la table de la Cène…
  • Je savais qu’il existe des crèches d’où Marie est absente (grâce à Jonas St-Martin, dont j’ai dirigé le mémoire sur les crèches de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal)…
  • Mais c’est la première fois que je vois, dans une église, la représentation d’une crèche où Jésus pourrait avoir deux papas (en plus de Dieu, bien entendu).

Ce qui ne me choque pas, mais me réjouit. Car la bonne nouvelle de Noël, c’est qu’il existe un Dieu qui me permet d’accueillir sans condition toutes les familles qu’elles comptent un papa et une maman, un papa et/ou une maman, deux papas, deux mamans, ni papa ni maman, plusieurs papas plusieurs mamans, etc., etc.


À propos de la famille de Jésus, lire aussi sur mon blogue:

 

La vierge corrigeant l’Enfant Jésus. Un bon exemple de profanation

Quelles qu’aient été les motivations de Max Ernst, je vois, moi, dans ce tableau, un bon exemple de profanation, c’est-à-dire un exemple théologiquement signifiant. Max Ernst profane ce que les chrétiens ont tendance à sacraliser: la relation entre Marie et Jésus.

Nous avons tendance à, ou envie de croire que dans une Sainte-Famille, la Vierge Marie aurait été béate d’admiration devant son fils, parce qu’ils était aussi le Fils de Dieu. (Ce qui me rappelle cette histoire drôle: la meilleure preuve que Jésus était juif, c’est qu’il a cru jusqu’à sa mort que sa mère était vierge et que celle-ci a toujours cru qu’il était le Messie).

Dans cette fessée mariale, je vois, moi, la confirmation d’un fondement du christianisme: la vraie humanité de Jésus. Comme tous les vrais enfants, il a parfois désobéi à sa mère (à son père, c’est une autre question), une vraie mère, qui a parfois, comme toutes les vraies mères, cédé à la colère et l’a puni par une fessée, un châtiment auquel, Dieu merci, ne recourent pas tous les vrais parents.

A qui dit-on merci pour cette leçon de théologie brève et percutante? À Max Ernst!

Max Ernst, La vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre, 1926,196 x 130 cm, Museum Ludwig, Cologne.

Max Ernst, La vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre, 1926,196 x 130 cm, Museum Ludwig, Cologne.


Lire aussi sur mon blogue: