Marie

La tombe de la « FAMILLE DIEU » et la « SÉPULTURE MARIE »

J’aime me promener dans les cimetières. J’y fais souvent des découvertes. Comme cette pierre tombale dans le cimetière de Colombe, en Île de France, et son inscription presqu’effacée, « FAMILLE DIEU ».


Le théologien du quotidien peut en déduire:

  1. Que Dieu existe ou au moins qu’il a existé.
  2. Qu’il a eu une famille.
  3. Qu’il est mort et enterré près de Paris.
  4. Qu’il y a des gens pour entretenir sa tombe.

Ce que le théologien du quotidien ne s’explique pas, c’est qu’il faille traverser l’allée pour trouver la « SÉPULTURE MARIE ». Pourquoi est-elle enterrée à part? Ne fait-elle pas partie de la « FAMILE DIEU »?

Est-ce que toucher c’est jouer? Exercice de théologie pratique

Il y a quelques années, j’ai pris cette photographie dans la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec. Ce qui m’avait intrigué, c’est la mention « Merci de ne pas toucher. Please don’t touch » apposée sur le bras de Jésus.

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Pietà à Sainte-Anne de Beaupré (Québec). Crédit: Olivier Bauer

Je n’ai jamais très bien su qu’en faire jusqu’à maintenant, où j’ai eu l’idée d’un petit exercice de théologie pratique autour du sens du toucher. Je vous invite à utiliser l’outil « Commentaires » pour partager vos réponses (ou vos questions…)

  1. Pour qui cette image peut-elle fonctionner comme une médiation vers « Dieu »?
  2. Qu’est-ce qui peut y faire médiation de « Dieu »? La femme en bleu? L’homme presque nu? Les plaies qui saignent? Le geste de la mère vivante qui soutient son fils mort? La statue dans sa niche en bois?
  3. À quoi fait allusion la mention « Merci de ne pas toucher. Please don’t touch » (l’anglais est moins poli)?
    • Renvoie-t-elle au chapitre 20 de l’évangile de Jean  Mais alors, redouble-t-elle l’interdiction que Jésus signifie Marie-Madeleine: « Noli me tangere! » ou contredit-elle l’ordre que Jésus donne à Thomas: « Avance ta main et mets-la dans mon côté! » ?
    • Est-ce qu’elle demande du respect pour une œuvre d’art?
    • Est-ce qu’elle interdit une pratique de dévotion où les fidèles toucheraient le corps, les plaies ou le manteau pour obtenir par contact ou par contagion un peu du mana de la statue?

Sur le toucher dans les évangiles, lire l’excellent ouvrage: Veyron, M.-L. (2013). Le toucher dans les Évangiles préface de Élian Cuvillier. Paris: les Éd. du Cerf (et la recension que j’en ai faite).

Jésus avait-il deux papas? (En plus de Dieu, bien entendu)

Vitrail de la Nativité dans le temple protestant de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Vitrail de la Nativité; église protestante de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Quand j’ai vu ce vitrail de la Nativité, j’ai été immédiatement frappé, par le personnage en bleu sur le côté gauche de la crèche. Je me suis demandé: « Mais que fait Jésus adulte dans sa propre crèche? » Et puis j’ai vu les longs cheveux bouclés et je me suis dit qu’il s’agissait probablement de Marie. Mais avouez qu’elle semble bien peu féminine! Elle est plutôt tout le portrait de son fils.

  • Je savais que certains artistes plaçaient une femme à la table de la Cène…
  • Je savais qu’il existe des crèches d’où Marie est absente (grâce à Jonas St-Martin, dont j’ai dirigé le mémoire sur les crèches de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal)…
  • Mais c’est la première fois que je vois, dans une église, la représentation d’une crèche où Jésus pourrait avoir deux papas (en plus de Dieu, bien entendu).

Ce qui ne me choque pas, mais me réjouit. Car la bonne nouvelle de Noël, c’est qu’il existe un Dieu qui me permet d’accueillir sans condition toutes les familles qu’elles comptent un papa et une maman, un papa et/ou une maman, deux papas, deux mamans, ni papa ni maman, plusieurs papas plusieurs mamans, etc., etc.


À propos de la famille de Jésus, lire aussi sur mon blogue:

 

La vierge corrigeant l’Enfant Jésus. Un bon exemple de profanation

Quelles qu’aient été les motivations de Max Ernst, je vois, moi, dans ce tableau, un bon exemple de profanation, c’est-à-dire un exemple théologiquement signifiant. Max Ernst profane ce que les chrétiens ont tendance à sacraliser: la relation entre Marie et Jésus.

Nous avons tendance à, ou envie de croire que dans une Sainte-Famille, la Vierge Marie aurait été béate d’admiration devant son fils, parce qu’ils était aussi le Fils de Dieu. (Ce qui me rappelle cette histoire drôle: la meilleure preuve que Jésus était juif, c’est qu’il a cru jusqu’à sa mort que sa mère était vierge et que celle-ci a toujours cru qu’il était le Messie).

Dans cette fessée mariale, je vois, moi, la confirmation d’un fondement du christianisme: la vraie humanité de Jésus. Comme tous les vrais enfants, il a parfois désobéi à sa mère (à son père, c’est une autre question), une vraie mère, qui a parfois, comme toutes les vraies mères, cédé à la colère et l’a puni par une fessée, un châtiment auquel, Dieu merci, ne recourent pas tous les vrais parents.

A qui dit-on merci pour cette leçon de théologie brève et percutante? À Max Ernst!

Max Ernst, La vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre, 1926,196 x 130 cm, Museum Ludwig, Cologne.

Max Ernst, La vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre, 1926,196 x 130 cm, Museum Ludwig, Cologne.


Lire aussi sur mon blogue:

Sur la terre mais pas comme au ciel: femme et religion

Lors du dernier colloque des étudiant-e-s de cycle supérieur de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, j’ai eu l’occasion d’écouter l’exposé de Hyacinthe Kihandi Kubondila qui rédige sa thèse de doctorat sur la « Mariologie africaine » (pour ceux qui ne le savent pas, la mariologie, c’est la « science de Marie »). Il aimerait proposer aux femmes catholiques africaines une figure de Marie qui ne fasse pas l’apologie de la soumission (je résume sans doute mal et certainement trop succinctement son intention).

Je dirais que c’est une drôle d’idée. Pourquoi vouloir garder Marie à tout prix (mais oui, j’ai aussi une culture cinématographique) alors que la Bible proposent comme modèle d’autres figures féminines indépendantes qui réalisent les promesses de Dieu?

  • Comme Ève qui permet à Adam de découvrir la vraie vie.
  • Comme Sara dont Dieu récompense le rire par une grossesse.
  • Comme Déborah qui gouverne le peuple d’Israël pendant 40 ans.
  • Comme Esther qui, en exil à Babylone, sauve le peuple juif.
  • Comme Marie de Magdala (l’autre Marie) qui la première témoigne de la résurrection;
  • Comme Prisca, Apphia, Phoébée, Nymphe et d’autres femmes responsables des premières communautés chrétiennes.

En même temps, je comprends l’intention de Hyacinthe Kihandi Kubondila. Et je lui souhaite de réussir. En contexte catholique, il est certainement plus réaliste de vouloir changer la manière de voir Marie plutôt que de prétendre lui substituer n’importe quelle autre figure féminine.

Mais ce n’était pas vraiment l’objet de mon article. L’exposé de Hyacinthe Kihandi Kubondila et la discussion avec mes collègues Diana Dimitrova et Fabrizio Vecoli  aura été pour moi l’occasion de prendre conscience d’un paradoxe: inclure des déesses dans son panthéon (comme l’hindouisme) ou vénérer Marie et canoniser des saintes ne signifie pas qu’une religion donne aux femmes l’égalité à laquelle elles ont droit. Au contraire, ai-je presque envie d’écrire, ce sont peut-être les Églises les plus patriarcales quant à leur conception de l’Absolu qui sont le moins patriarcale dans leur fonctionnement. À l’image de beaucoup d’Églises protestantes et de certains courants du judaïsme pour lesquels « il n’y a plus ni hommes, ni femmes » (au moins sur le plan des responsabilités). Ce qui a pour effet retour de rapidement dé-patriarcaliser la conception de l’Absolu, de le/la repenser père et mère, fils et fille, esprit et sagesse.

La déification ou la sanctification de la femme ne servirait-elle qu’à cacher la misère son asservissement? Ou à faire croire qu’elle suffirait à le compenser? Mais ne devrait-il pas en être « sur la terre comme au ciel »?

Le #pape est sans doute un type sympa, mais il a parfois le don de m’énerver

Le pape est sans doute un type sympa, mais il a parfois le don de m’énerver. Par exemple quand il envoie ce type de gazouillis (Je sais, je pourrais simplement m’abstenir de les lire; d’ailleurs, c’est ce que je fais, en général; je ne suis pas abonné au compte Twitter pontifical; mais je suis abonné à celui du diocèse catholique de Montréal qui fait suivre les meilleurs messages pontificaux).

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Je ne suis pas d’accord avec le fond du message, mais j’aime bien la manière dont elle est exprimée. Le pape ne reproche rien, il déplore. Il ne condamne pas, il compatit. Certes, le ton est un peu paternaliste, mais à mes oreilles, il sonne juste. Voilà pourquoi je trouve que le pape est sans doute un type sympa.
Mais je ne suis pas d’accord sur le fond. Comme beaucoup d’autres chrétiens, je ne perçois pas Marie comme ma mère et je ne me sens pas le moins du monde orphelin. Pour respecter ma foi, le pape aurait dû écrire « les catholiques qui ne perçoivent pas… », plutôt que « les chrétiens… ». En christianisme, percevoir Marie comme une mère est tout à fait admissible. Mais ne pas la percevoir comme une mère l’est tout autant. Ce que le pape ne semble pas admettre, au moins dans ce gazouillis. Et voilà pourquoi le pape a parfois le don de m’énerver.
Je me suis donc permis de lui répondre par un autre gazouillis. Évidemment, il n’aura pas le même impact, même si je le reproduis ici.

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