messe

« Tu es pour, alors je suis contre! » « Tu es contre, alors je suis pour! »

Dimanche 24 septembre, j’ai vécu la messe à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Ce jour-là, l’Église catholique prescrivait de lire l’histoire des ouvriers de la onzième heure:

Un vigneron décide de vendanger sa vigne. Le matin, il engage des vendangeurs et fixe leur salaire. Vers midi, comme la vendange est loin d’être finie, il engage des vendangeurs supplémentaires. Et à la fin de l’après-midi, il en engage encore quelques autres. L’histoire est d’une banalité consternante. Sauf qu’à la fin de la journée de travail, le,vigneron décide de donner le même salaire à tous les vendangeurs, peu importe leur temps de travail. Et quand un vendangeur lui reproche son injustice, il lui répond: « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? ». (Évangile attribué à Matthieu, chapitre 20; traduction de la Bible de la liturgie)

Remarque purement économique. Le vigneron me paraît sympathique, je me demande cependant ce qui s’est passé le lendemain quand il a décidé d’engager des vignerons pour vendanger sa seconde vigne. A-t-il trouvé des gens assez bêtes pour commencer à travailler tôt le matin?

La formulation de la conclusion m’a surpris. Car j’ai l’habitude d’une autre traduction de la dernière question: « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? ». (Traduction de la Bible Segond 21)

J’ai vérifié comment différentes bibles traduisaient cette dernière question et j’ai découvert que la traduction dépendait de la confession.

Traductions catholiques de la Bible

  • « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? » Bible de la liturgie
  • « N’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon? » Bible de Jérusalem

Traductions protestantes de la Bible

  • « Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Nouvelle Bible Segond
  • « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Bible Segond 21

La traduction œcuménique de la Bible correspond aux versions catholiques : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon? ». Et la traduction juive faite par André Chouraqui aussi : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est à moi? Ou bien ton œil est-il mauvais parce que, moi, je suis bon? ».

Je trouve la différence existentiellement importante.

  • Dans les versions protestantes, le mauvais œil est simplement un jugement porté sur la bonté. Celui où celle qui n’en profite pas ne l’apprécie pas.
  • Mais les traductions catholiques font du regard mauvais, de la jalousie et du mauvais œil une conséquence de la bonté. C’est l’attitude du vigneron qui détermine celle du vendangeur. Si le vigneron avait peu payé les derniers ouvriers, l’œil du vendangeur aurait peut-être été tout autant mauvais, parce qu’il lui aurait reproché de ne pas se montrer assez généreux.

Cette version catholique me plaît. Car elle dénonce un risque que nous courons toutes et tous et moi le premier. Nous avons tendance à déterminer par rapport aux autres: « Tu es pour, alors, je suis contre! ». « Tu es contre, alors, je suis pour! ». Ce qui n’est pas forcément négatif, car la critique oblige à chercher à faire mieux, à être mieux. Mais ce qui se révèle stérile comme position de principe. Et je pense à certaines relations personnelles ou à certains débats institutionnels.

N’éprouvant pas le besoin de reprocher aux catholiques leur traduction, le théologien protestant du quotidien évite de tomber dans le travers dénoncé par l’histoire des ouvriers de la onzième heure. Ce qu’évidemment, il ne fait pas toujours! Et il remercie les catholiques qui ont traduit la Bible et l’Oratoire Saint-Joseph qui lui a permis d’entendre cette traduction.

Découvrez ou cultivez votre propre don pour la prédication!

Au trimestre de printemps 2015, je donnerai pour la toute première fois un cours intensif d’homilétique à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal. Formation initiale ou continue, ce est destiné aux prédicatrices et aux prédicateurs confirmé-e-s, débutant-e-s ou en devenir. Il aura lieu du samedi 30 mai au vendredi 5 juin.

Pour vous y inscrire, il suffit:

  • de contacter Nathalie Roy (nathalie.roy@umontreal.ca) si vous êtes étudiant-e de Cycles supérieurs de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal.
  • ou de me contacter (olivier.bauer@umontreal.ca) si vous êtes étudiant-e- du Premier Cycle ou si vous voulez le suivre comme étudiant-e libre.

Je peux donner le cours tout seul, mais je préférerais que vous m’aidiez à le concevoir. Ce cours intensif d’homilétique est ainsi un cours coopératif. Que vous vouliez de suivre ce cours ou non, que vous prêchiez régulièrement ou occasionnellement, que vous assistiez à la messe ou au culte pour la prédication ou que vous n’y alliez pas à cause de la prédication, j’aimerais que vous partagiez votre expérience. Vous pouvez le faire, petit-à-petit (abonnez-vous au blogue pour rester au courant) sur les pages:

 

 

THP6501


Tous mes cours vous sont ouverts que vous soyez étudiant-e ou non, que vous soyez inscrit-e à l’Université de Montréal ou ailleurs, que vous étudiez la théologie ou une autre discipline (sous réserve des exigences de l’Université de Montréal). Vous pouvez les suivre pour le plaisir (sans évaluation) ou les faire créditer.

Où Jésus le Christ peut-il déposer les fardeaux qu’il prend en charge?

Ce matin, dans mon cours de praxéologie spirituelle, j’invite un étudiant à présenter le devenir personnel d’un-e acteur/trice de la pratique qu’il observe (la messe dans une paroisse haïtienne épiscopalienne du New Jersey). Il nomme un peu spontanément «Jésus». Lorsque je lui demande comment Jésus évolue au cours de la messe, l’étudiant paraît un peu emprunté. Mais je refuse de le laisser tranquille et je propose de réfléchir tous ensemble si Jésus peut changer et, le cas échéant, comment il change pendant la messe/le culte.

Pour nourrir la discussion, je propose, toujours spontanément, ce modèle:

Devenir personnel des paroissien-ne-s et de Jésus le Christ dans la messe/le culte. Modèle 1

Devenir personnel des paroissien-ne-s et de Jésus le Christ dans la messe/le culte. Modèle 1

Et je l’explique de la manière suivante:

  • Les paroissien-ne-s viennent à la messe/au culte chargés de leurs soucis, de leurs problèmes, de leurs fardeaux, de leurs dettes, de leur péché, etc.
  • Réalisant la promesse de Jésus le Christ (« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. » Évangile attribué à Matthieu chapitre 11, verset 28), la messe/le culte permet aux paroissien-ne-s de déposer leurs soucis, leurs problèmes, leurs fardeaux, leurs dettes, leur péché, etc.
  • Car c’est Jésus le Christ (désigné par Jean-Baptiste comme « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » Évangile attribué à Jean, chapitre 1, verset 29) qui se charge de leurs soucis, de leurs problèmes, de leurs fardeaux, de leurs dettes, de leur péché, etc.

Et je suis plutôt satisfait de ma réponse.

Mais une étudiante me dit son désaccord avec mon modèle et en propose un autre:

Devenirs personnels respectifs des paroissien-ne-s et de Jésus le Christ dans la messe/le culte (modèle 2)

Devenirs personnels respectifs des paroissien-ne-s et de Jésus le Christ dans la messe/le culte (modèle 2)

Elle l’explique de la manière suivante:

  • Dans la messe, l’Eucharistie (et j’ajoute l’annonce du pardon dans le culte) représente un tournant à partir duquel les soucis, les problèmes, les fardeaux, les dettes, le péché, etc. dont sont chargés les paroissien-ne-s et les soucis, les problèmes, les fardeaux, les dettes, le péché, etc. pris en charge par Jésus le Christ diminuent.
  • À la fin de la messe/du culte, et les paroissien-ne-s et le Christ sont déchargés de leurs soucis, de leurs problèmes de leurs fardeaux, de leurs dettes, de leur péché, etc.

Dois-je dire que je préfère son modèle au mien? Ne serait-ce que pour des raisons logiques: il faut bien que Jésus le Christ puisse déposer les soucis, les problèmes, les fardeaux, les dettes, le péché, etc. qu’il prend en charge, s’il doit être sans souci, sans problème, sans fardeau, sans dette, sans péché, etc. au début d’une autre messe/culte. Mais je me pose deux questions:

Jésus le Christ a-t-il besoin de déposer les soucis, les problèmes, les fardeaux, les dettes, le péché, etc. qu’il prend en charge?

Où, à qui, quand, comment, etc. Jésus le Christ peut-il déposer les soucis, les problèmes, les fardeaux, les dettes, le péché, etc. qu’il prend en charge?


P.S. J’ai bien conscience que ma réflexion et ma question sont un peu gratuites et relève peut-être d’une pensée qui n’a pas été entièrement démythologisée. Je prie celles et ceux qui en seraient blessés de m’en excuser. En échange de mes excuses, j’aimerais bien qu’elles/ils m’expliquent comment je pourrais ou devrais réfléchir cette double question des devenirs des paroissien-ne-s et de Jésus le Christ dans la messe/le culte.