Noël

Jésus avait-il deux papas? (En plus de Dieu, bien entendu)

Vitrail de la Nativité dans le temple protestant de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Vitrail de la Nativité; église protestante de Chailly (Suisse). Crédit photo: Virgile Rochat

Quand j’ai vu ce vitrail de la Nativité, j’ai été immédiatement frappé, par le personnage en bleu sur le côté gauche de la crèche. Je me suis demandé: « Mais que fait Jésus adulte dans sa propre crèche? » Et puis j’ai vu les longs cheveux bouclés et je me suis dit qu’il s’agissait probablement de Marie. Mais avouez qu’elle semble bien peu féminine! Elle est plutôt tout le portrait de son fils.

  • Je savais que certains artistes plaçaient une femme à la table de la Cène…
  • Je savais qu’il existe des crèches d’où Marie est absente (grâce à Jonas St-Martin, dont j’ai dirigé le mémoire sur les crèches de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal)…
  • Mais c’est la première fois que je vois, dans une église, la représentation d’une crèche où Jésus pourrait avoir deux papas (en plus de Dieu, bien entendu).

Ce qui ne me choque pas, mais me réjouit. Car la bonne nouvelle de Noël, c’est qu’il existe un Dieu qui me permet d’accueillir sans condition toutes les familles qu’elles comptent un papa et une maman, un papa et/ou une maman, deux papas, deux mamans, ni papa ni maman, plusieurs papas plusieurs mamans, etc., etc.


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La vierge corrigeant l’Enfant Jésus. Un bon exemple de profanation

Quelles qu’aient été les motivations de Max Ernst, je vois, moi, dans ce tableau, un bon exemple de profanation, c’est-à-dire un exemple théologiquement signifiant. Max Ernst profane ce que les chrétiens ont tendance à sacraliser: la relation entre Marie et Jésus.

Nous avons tendance à, ou envie de croire que dans une Sainte-Famille, la Vierge Marie aurait été béate d’admiration devant son fils, parce qu’ils était aussi le Fils de Dieu. (Ce qui me rappelle cette histoire drôle: la meilleure preuve que Jésus était juif, c’est qu’il a cru jusqu’à sa mort que sa mère était vierge et que celle-ci a toujours cru qu’il était le Messie).

Dans cette fessée mariale, je vois, moi, la confirmation d’un fondement du christianisme: la vraie humanité de Jésus. Comme tous les vrais enfants, il a parfois désobéi à sa mère (à son père, c’est une autre question), une vraie mère, qui a parfois, comme toutes les vraies mères, cédé à la colère et l’a puni par une fessée, un châtiment auquel, Dieu merci, ne recourent pas tous les vrais parents.

A qui dit-on merci pour cette leçon de théologie brève et percutante? À Max Ernst!

Max Ernst, La vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre, 1926,196 x 130 cm, Museum Ludwig, Cologne.

Max Ernst, La vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Eluard et le peintre, 1926,196 x 130 cm, Museum Ludwig, Cologne.


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Dis Papa, pourquoi va-t-on bien manger le jour de Noël?

– Dis Papa, pourquoi va-t-on bien manger le jour de Noël?
– Parce qu’il faut manger pour vivre, mon petit. Parce que nous avons la chance de pouvoir manger. Parce que nous avons le privilège de choisir ce que nous voulons manger. Parce que nous avons envie de nous retrouver autour d’un bon repas. Parce que c’est la fête!

« Les papilles de Noël » (3/3): Bûche de Noël, Christmas pudding et autres sucreries

Dans son livre Les rois mages, Michel Tournier met en scène un quatrième roi qui quitte son Inde natale pour retrouver le goût du loukoum unique qu’il a pu déguster. Au cours de son périple, au travers du sel de sa sueur et de ses larmes, il va faire l’expérience de la vraie  douceur, celle d’un certain Jésus.

À l’instar de Michel Tournier, beaucoup jugeront qu’il n’y a rien de mieux qu’une sucrerie pour faire goûter l’esprit de Noël. Douceur inégalable, douceur incomparable, douceur inénarrable, toujours au risque de devenir un peu trop mielleuse. Mais  peu importe, à Noël, c’est le sucre qui domine, vieux reste peut-être du temps où l’Avent était un temps de carême. Du sucre dans la pâte de coing, dans les bonbons aux patates québécois, dans les fruits confits, dans la pâte d’amande et dans les cannes en sucre américaines. Partout, une orgie de sucreries. Et de desserts, évidemment dont les plus symboliques et les plus délicieux : la bûche de Noël et les treize desserts provençaux.

La bûche de Noël, c’est un sapin que l’on pourrait manger, tellement les pâtissiers s’efforcent de la faire ressembler à un arbre, jusqu’aux feuilles de houx qui la décorent, aux champignons qui la garnissent et à la hache qui l’a coupée. Et ce n’est évidemment pas par hasard si le dessert de Noël prend la forme d’une bûche. Cela permet de l’inscrire dans l’esprit de Noël. De faire goûter à table le sapin que l’on voit dans le salon, ce beau sapin, ce roi des forêts, celui dont on aime la verdure. Une bûche comme une redondance du sapin, d’un sapin à la fois beau à voir et bon à manger.

En Provence, le dessert de Noël par excellence n’est pas un dessert, pas deux desserts, pas trois desserts, mais treize desserts. Il faut treize desserts pour fêter dignement Noël. Pas un de plus, il ne faut quand même pas exagérer, mais surtout pas un de moins.

Les treize desserts, c’est avant tout un nombre symbolique. Ils sont treize comme la bande à Jésus, le maître et ses douze apôtres. Mais les treize desserts, c’est aussi des aliments aussi bons que symboliques, des aliments dont la liste varie selon les époques, selon les familles, selon les goûts. C’est une tradition vivante où rien n’est normatif, où tout peut être suggestif.

  • En un, de la fougasse, aussi nommée «pompe à huile». Un pain largement imbibé d’huile d’olive, un double symbole qui évoquerait tout à la fois le lieu de naissance de Jésus, Bethléem qui se traduit par «Maison du Pain», et l’endroit où il passa sa dernière nuit, le Mont des Oliviers.
  • En deux et en trois, des nougats blanc et noir, qui représenteraient les différentes races d’êtres humains.
  • En quatre, cinq et six, trois fruits locaux et de saison : des pommes, des poires et de la confiture de coing.
  • En sept, huit et neuf, trois autres fruits, trois fruits qui viennent de loin, d’aussi loin que ces mages venus d’Orient: des oranges confites, des mandarines et des dattes.
  • En dix, onze, douze et treize, quatre fruits secs, des noisettes, des amandes, des figues et des raisins, qui sont appelés les «mendiants» et qui évoqueraient, tant par leur nom que par leurs couleurs, quatre ordres religieux et les robes dont les moines sont vêtus: les Carmes, les Jacobins, les Franciscains et les Augustins.

Noël une orgie de sucre, de sucrerie et de desserts pour exprimer, au double sens de dire et d’extraire, toute la douceur de l’esprit de Noël. Noël ce serait alors, seulement et toujours, le goût du bonheur.


Recette des bonbons à la patate

Sans vous laisser abuser par le titre de la recette (le plat ne contient pas la moindre patate), vous prendrez une petite pomme de terre blanche, d’une sorte de pomme de terre à purée. Vous la cuirez, l’éplucherez et la pilerez dans un mortier. Vous ajouterez peu à peu une livre de sucre glace. Vous ne vous inquiéterez pas si le mélange est d’abord liquide et vous continuerez à ajouter le sucre jusqu’à ce que la pâte devienne épaisse. Vous abaisserez alors la pâte en un rectangle d’un demi centimètre d’épaisseur environ. Selon votre goût, vous pourrez le garder nature ou le tartiner de confiture, de beurre d’arachide ou de pâte de noisette. Vous roulerez la pâte et vous la couperez en petits tronçons. Vous aurez sans doute remarqué que la pomme de terre sert d’alibi à la consommation de sucre.


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« Les papilles de Noël » (2/3): Chapon, oie, dinde et autres volailles

Moi qui j’ai eu le privilège de vivre sur trois continents et d’en connaître un quatrième intimement, j’ai pu voir, ou plutôt j’ai pu goûter, une certaine propension à mettre la volaille au menu. Du chapon par ci, de l’oie par là; de la dinde ici, du poulet là-bas.

Évidemment, manger de la volaille n’est pas, n’est jamais une obligation. Surtout pas le soir de Noël. Car l’esprit de Noël laisse chacune et chacun libre de manger ce qu’il veut de cuisiner ce qu’il aime. Aucune nourriture n’est interdite. Aucune nourriture n’est prescrite. On peut manger d’autres viandes. On peut manger du poisson. On peut même manger végétarien simplement par goût ou par désir d’étendre l’esprit de Noël, jusqu’à nos sœurs, jusqu’à nos frères les animaux. Mais de tous les menus possibles, c’est le plus souvent la volaille qui remporte la palme durant la nuit de Noël. Du simple poulet frit, au chapon plus distingué, en passant par la dinde fourrée, farcie ou truffée, de marron, de mie de pain, d’herbes aromatique, de truffes ou de foie gras, selon les goûts et selon les moyens. Et l’oie? Ah, l’oie. L’oie confite, mijotée, mitonnée, cuite à feu très doux pendant des heures, l’oie, qui compote dans son gras, l’oie si tendre, si fondante qu’on peut la manger à la cuillère, l’oie grasse, gourmande, moelleuse, généreuse. Ah, l’oie!

Mais je reviens sur terre pour poser la question fondamentale: pourquoi tant de volailles au menu de Noël? À une telle omniprésence, il y a certainement des explications. Logiques: c’est bon ; ça se prépare à l’avance ; c’est économique ; ça permet de nourrir toute une grande famille; il se pourrait même que les volailles soient des viandes de saison, puisqu’elles sont des viandes de toutes les saisons. Mais peut-on aller plus loin? Peut-on penser que la volaille donnerait aussi à penser, en plus de donner à manger? La réponse n’est pas aisée. Il faut chercher, bien chercher. Et si l’on ne trouve rien, on peut toujours inventer.

Si l’esprit de Noël est composé d’un tiers de respect, d’un tiers d’amitié et d’un tiers de communauté, alors la volaille est un menu tout indiqué. Car la volaille a tout pour elles et donc tout contre elles. Quand se conjuguent deux phénomènes comme la mondialisation et le durcissement des identités religieuses, nourrir tout à la fois des gens issus de diverses cultures et de différentes religions relève de la gageure. Concevoir des menus se transforme en un véritable casse-tête. Trouver une viande globalement acceptable, généralement acceptée devient un défi de taille! Celui-ci ne mange pas de porc, celui-là pas de bœuf et cet autre encore pas de cheval. Une telle ne mange pas telle viande à telle période de l’année. Une telle ne mange jamais de viande rouge. Une personne voudra que sa viande ait été abattue rituellement, une autre qu’elle ait été cuisinée spécifiquement.

Et malheureusement pour elle, la volaille est le plus petit, et parfois l’unique dénominateur commun de presque toutes les cultures, de presque toutes les religions. Elles lui accordent, presque toujours, presque toutes, un préjugé favorable. Elles acceptent, presque toujours, presque toutes, qu’elle soit mangée. Voilà qui pourrait suffire pour qu’on la mette sur toutes les tables et à toutes les sauces. Si l’esprit de Noël réclame un tiers de respect, un tiers d’amitié et un tiers de communauté, la volaille permettrait de mettre cet esprit au menu, permettrait de faire régner le respect et l’amitié autour des tables de toutes les communautés.

Noël ce serait alors, seulement et toujours, le goût du bonheur.


Écoutez la chronique sur le site de la Radio Télévision Suisse, La Première, Hautes Fréquences


Recette de l’oie à la malgache

Vous vous procurerez une belle oie vivante. Vous la tuerez, la plumerez et la viderez. Si vous n’êtes pas familier avec toutes ces opérations, vous pourrez acheter une oie toute préparée, mais le résultat sera forcément moins bon. Vous couperez l’oie en plusieurs morceaux que vous mettrez à rôtir dans une grande casserole. Quand les morceaux seront bien dorés, vous baisserez le feu et vous ajouterez de l’ail, deux ou trois têtes, finement haché. Vous couvrirez votre casserole et vous laisserez cuire à couvert et à feu doux pendant une dizaine de minutes. Vous ajouterez deux verres d’eau, des grains de poivre concassés et quelques feuilles de laurier. Vous laisserez l’oie mijoter dans sa graisse à feu doux pendant trois bonnes heures. Vous servirez avec du riz, rouge de préférence.  Vu la taille d’une oie, il vous faudra inviter au moins huit ou dix convives, selon leurs appétits. Ou vous préparez à manger de l’oie à chaque repas pendant huit à dix jours.


Autres chroniques

Noël, entre folklore et christianisme

Lors du troisième séminaire de théologie pratique pour les étudiant-e-s dont je dirige la thèse ou le doctorat, j’ai proposé aux étudiant-e-s de réfléchir à partir d’un court texte d’André Gounelle paru sur le site de la revue protestante libérale française Évangile & Liberté «Crèche, laïcité et religion» (il vous faut le lire, mais je peux le résumer en une seule phrase: la crèche relève du folklore et non pas du christianisme).

Après que nous avons lu l’article, chaque étudiant-e a dû choisir trois «éléments» qu’ils/elles associent à Noël et venir les écrire dans un tableau à deux colonnes intitulées «christianisme» et «folklore». En voici le résultat:

«Christianisme

Incarnation. Saint-Nicolas. L’enfant Jésus. Crèche. Jésus = lumière du monde. Ange sur le haut du sapin. Ange. Naissance.

Folklore

Sapin. Père Noël. Chocolat. Couleur rouge. Décoration de Noël – Lumières. Le bébé Jésus «ne pleure pas». Partage (nourriture). Culte de Noël avec l’Arbre de Noël. Les mages.»

Les étudiant-e-s ont ensuite ajouté leurs commentaires:

  • Il y a plus d’idées du côté du folklore [commentaire: c’est vrai, mais de peu; un seul élément supplémentaire], ce qui pourrait révéler une certaine frustration théologique.
  • Il est important que la crèche figure aussi du côté «christianisme».
  • Le chocolat est sacré [commentaire: boutade ou conviction?]
  • La ligne n’est pas très distincte entre les deux (cf. Saint-Nicolas et Père Noël).

Et les étudiant-e-s ont débattu autour de la question de savoir si les mages ont leur place dans le christianisme. Non, parce qu’ils occupent une place très marginale dans les récits de Noël. Oui, parce qu’ils expriment l’universalité du message de Noël.

En conclusion, «nous» [en communauté, mais certainement ni toutes et tous, ni toutes et tous sur tous ces points], nous avons:

  1. Apprécié que l’auteur dépoussière le christianisme de ses images vieillottes et en présente une version crédible pour des hommes et des femmes du 21ème siècle.
  2. Regretté l’utilisation du mot «folklore» qui conduit forcément à déprécier les éléments que le terme qualifie. Quelle serait la perception de ces éléments si l’auteur avait par exemple évoqué des éléments plutôt liés aux «traditions»?
  3. Reconnu qu’il existe aussi des paroles qui relèvent du folklore, comme les formules de bénédiction.

Sous la responsabilité d’Olivier Bauer, grâce aux doctorant-e-s Dominique Brunet, John Jomon Kalladanthiyil, Petera Toloantenaina et Jean-Daniel Williams; aux maîtrisant-e-s Christian Kelly Andriamitantsoa, Léontès Bery, Dieudonné Grodya et Marie-Odile Lantoarisoa.