olfaction

Fumer déplaît-il à Dieu ? Fumer compromet-il le salut de l’âme ?

Dans mon dernier article (Fonder par la science ou la religion), je citais Étienen Klein qui signale que dans nos sociétés occidentales, les mises en garde contre le tabac sont motivées par la santé et non pas par la religion. En commentaire, « Aldor » (découvrir son blogue) critiquait mon article, en rappelant notamment, mais ironiquement que « Dieu est un fumeur de havane ». Selon l’évangile de saint Serge (Gainsbourg), il a évidemment raison.

Il m’a donné envie d’en dire un peu plus. Car cela fait longtemps que j’y pense : à ma connaissance, toutes tendances confondues, le christianisme n’a jamais lutté contre le tabagisme avec la même vigueur qu’il a lutté contre l’alcoolisme. Pourquoi ? Parce qu’il ne considère pas le tabac comme un « vice » ? Ou parce qu’il considère que le tabagisme est un choix d’individus libres et responsables sans conséquences sociales ? Ou pour des raisons moins avouables ? Pour avoir grandi sous la fumée d’une fabrique de cigarettes, je sais que cette fabrique a longtemps apporté la plus grosse contribution financière privée aux Églises chrétiennes de ce canton suisse. Ceci pourrait-il expliquer cela ?

« Mon cœur, mon amour »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


10. « Mon cœur, mon amour »

Mille excuses !

J’ai voulu traiter les sens un par un et j’ai eu tort. Car nous sommes des êtres synesthésiques — du grec syn (avec) et aesthesis (sensation) —. Nous ne percevons pas les stimuli sensoriels un par un, mais tous ensemble. Une rose séduit par son parfum, mais aussi, en même temps par sa couleur, par sa forme, par sa douceur et même par ses épines acérées. Et par le souvenir des heures passées à jardiner ou du visage de toi qui me l’a offerte. Ce qui vaut pour une rose vaut pour « Dieu » ; puisque nous sommes des êtres synesthésiques.

Longtemps, toujours, j’ai été trop fier ou trop homme ou trop occidental ou trop universitaire ou trop protestant — vous pouvez sans autre remplacer les « ou » par des « et » — pour m’intéresser aux sens qu’on m’avait appris à discréditer. Un pasteur réformé s’intéresse aux paroles et à la musique, à l’écriture et aux images ; pas aux goûts — excepté son cognac dominical — ; pas aux odeurs — celle de la pipe, mais seulement s’il est barthien — ; pas aux matières — sauf celle dont est faite sa robe pastorale — ; il ne connaît que deux postures : assis, debout. J’ai longtemps cru que c’était là ce qu’un pasteur protestant devait croire. Et, pour une foi aussi hérétique, j’aurais bien mérité d’être excommunié, d’être déclaré anathème !

Car « Dieu » ne se transmet pas seulement aux oreilles et aux yeux. En vérité, je vous le dis, il ne se transmet ni aux oreilles ni aux yeux. Pas plus à la bouche, au nez, à la peau. Ni au corps. « Dieu » se transmet au cœur ! « Dieu » se transmet aux tripes ! « Dieu » entre dans notre corps. Oui, je suis enthousiaste — du grec en (dans) et theos (Dieu) —. « Dieu » vient en moi. Par mes deux oreilles et mes deux yeux, par ma bouche et mes deux narines, par chacun de mes muscles et tous les pores de ma peau, « Dieu » entre dans mon être.

J’écris « “Dieu” se transmet » et je réalise brusquement, brutalement que « Dieu » n’a pas besoin de moi, ni de vous, ni de personne. Le verbe pronominal ne laisse planer aucun doute : « Dieu » se transmet tout seul et « Dieu » se transmet très bien tout seul. Cruel bilan de 35 ans de ministère, je crains de n’avoir été, de n’être qu’un serviteur inutile.

Mais si « Dieu » voulait quelque chose de moi, si « Dieu » m’accordait de le transmettre — ne serait-ce que pour me rassurer au soir de mon ministère —, alors je le ferais désormais toujours, tout le temps à tous les sens. J’essayerais de manifester « Dieu » au cœur, aux tripes, de le faire ressentir au plus profond de chaque être. Et je suis convaincu que je serais plus efficace en « le » ou « la » donnant toujours en même temps à entendre, à voir, à goûter, à sentir, à toucher à éprouver.

Mille excuses. À vous comme à « Dieu ».


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

« Ça se sent, ça se sent que c’est toi »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


7. « Ça se sent, ça se sent que c’est toi »

C’est Paul qui l’écrit : « Nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ ». Et ce que Paul écrit, un pasteur protestant le fait — Dieu merci, il ne le fait pas toujours, car il est plus chrétien que paulinien —. Reste encore à savoir ce qu’est, pour « Dieu », la « bonne odeur du Christ ».

Premier indice, Paul écrit à l’indicatif : « nous sommes la bonne odeur du Christ » ; pas d’impératif — « soyez la bonne odeur du Christ ! » —, ni d’optatif — « puissiez-vous être la bonne odeur du Christ ! » —, Paul décrit simplement ce qui est : « nous sommes la bonne odeur du Christ ». Peu importe ce qu’elle est. Deuxième indice, c’est pour « Dieu » — Paul ne met évidemment pas de guillemets, mais il devrait — que nous sommes la bonne odeur du Christ. Dans les narines de Dieu, nous sommes toutes et tous, sans aucune limitation de religion, de spiritualité ou de philosophie, une odeur qui plaît à « Dieu ». Troisième indice — trois indices en neuf mots seulement, vraiment quel talent ! —, Paul écrit « nous sommes la bonne odeur du Christ » plutôt que « nous avons » ou « nous portons » cette bonne odeur. Car ce qui compte au nez de « Dieu », c’est notre odeur intérieure ; peu importe que nous sortions des toilettes ou de la salle de bain, peu importe que nous diffusions l’odeur d’un abattoir ou d’un soin de beauté, celle de la sueur ou d’un grand parfumeur, la bonne odeur du Christ, celle qui plaît à Dieu, c’est toujours celle de notre intimité.

Ce qui justifie — ce qui explique au moins — la pudeur ou la méfiance — question de point de vue et vous choisirez le terme qui vous convient — de la théologie protestante quant à l’usage religieux des parfums et des odeurs ; son refus de choisir une bonne odeur entre toutes les bonnes odeurs, pas même l’encens qui a pourtant la cote en matière de spiritualité ; son refus de cacher la réalité quand elle est nauséabonde — principe hygiéniste, il vaut mieux éliminer la puanteur que tenter de la couvrir — ; son refus de croire en une odeur de sainteté qui hiérarchise les êtres humains par-delà la mort et qui dénie une triste réalité : tous les cadavres se putréfient et finissent par sentir la charogne.

Mais pour autant, la théologie protestante ne refuse pas tout usage théologique des odeurs et des parfums. Je connais des aumônières d’hôpital qui transmettent l’évangile avec des huiles essentielles ; je connais une grand-mère qui a voulu qu’au cœur de la chaleur de l’été, les fenêtres du temple où se mariait son petit-fils restent fermées pour que la mariée aveugle puisse aussi profiter des fleurs qu’elle avait choisies autant pour leur couleur que pour leur odeur ; je connais un pasteur qui dans le même culte a diffusé l’odeur de la souffrance — elle avait ce jour-là « l’odeur du dentiste » — et aspergé les fidèles avec le parfum de la bénédiction — elle avait ce jour-là l’odeur discrète et piquante d’un pamplemousse rose.


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

Idole + icône = Idôle

Ayant vu cette publicité pour un nouveau parfum

je me suis demandé pourquoi il s’appelait « Idôle » avec un accent circonflexe sur le « o ».

Pour justifier mon statut de brillant théologien, j’ai élaboré une splendide théorie:

« Idôle » est un mot valise, la contraction de « idole » et de « icône ». « Idôle » est donc un subtil message du parfumeur qui, dans une perspective juive, musulmane… ou protestante, rappelle que toute image est un faux dieu!

Après réflexion, j’ai compris que le « ô » de « Idôle » rappelle celui de « Lancôme ».

Respirez une bouffée de la bonne odeur du Christ!

En supplément (gratuit!) d’un entretien accordé à Protestinfo (« Le protestantisme a l’odeur du propre » par Laurence Villoz), je réfléchis sur quelques versets de la deuxième lettre de Paul aux chrétien·nes de Corinthe. Il y évoque deux parfums:

« Grâce soit rendue à Dieu qui, par le Christ, nous emmène en tout temps dans son triomphe et qui, par nous, répand en tout lieu le parfum de sa connaissance. De fait, nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, pour ceux qui se sauvent et pour ceux qui se perdent; pour les uns, odeur de mort qui conduit à la mort, pour les autres, odeur de vie qui conduit à la vie. Et qui est à la hauteur d’une telle mission? » La Bible, deuxième lettre aux Corinthiens chapitre 2, versets 14 à 16

Que faire avec un tel texte?

  • D’abord, réaliser que pour Paul, la « Parole de Dieu » est aussi une « Odeur de Dieu »: parfum de sa connaissance, bonne odeur du Christ.
  • Ensuite, réaliser que cette odeur est ambivalente: elle est odeur de mort pour certain·es, elle est odeur de vie pour d’autres.
  • Ensuite, réaliser que cette bonne odeur a quelque chose de paradoxal: la connaissance a le parfum de la mort, le Christ a l’odeur de Jésus crucifié; mais ils sont aussi le parfum et l’odeur d’un cadavre qui n’aura pas eu le temps de pourrir.
  • Ensuite, réaliser que la chrétienne et le chrétien reçoivent une double mission: elle et il doivent répandre le parfum de la connaissance en tout lieu et être pour Dieu la bonne odeur du Christ.
  • Enfin, réaliser que Paul ne précise pas ce que sentent la connaissance ni la bonne odeur du Christ; il laisse chacun·e libre d’attribuer au Christ l’odeur qui le ou la fait vivre.

Et se poser la question: pour moi, quelle odeur a le Christ, l’Évangile, la Grâce, la Bénédiction, la Vie?

Et surtout, surtout en respirer une bonne bouffée!

À l’Université: Analyser les perceptions sensorielles de « Dieu ». Développer les artefacts et les pratiques sensorielles en christianisme.

Durant l’année 2016-2017, j’organise dans le cadre de l’Institut lémanique de théologie pratique à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne, un séminaire de recherche, consacré au thème: « Analyser les perceptions sensorielles de « Dieu ». Développer les artefacts et les pratiques sensorielles en christianisme ».

Il est ouvert à tou.te.s les théologien.ne.s engagé.e.s dans une Université ou une Église qui travaillent ou veulent travailler sur une médiation théologique: un artefact (« du pain », « Noël », etc.), une pratique (« prier », « le catéchisme », etc.), un sens (« l’olfaction dans le culte », « le toucher dans les soins spirituels », etc.) ou sur « les perceptions sensorielles » dans le récit de vie d’un.e chrétien.ne. Les rencontres de séminaire offrent l’occasion:

  1. De présenter l’état de sa recherche dans un environnement accueillant et stimulant.
  2. De rencontrer  chercheur.e.s et des pensées originales et utiles pour sa propre recherche.
  3. De partager avec des spécialistes autour de questions fondamentales et spécifiques en théologie pratique.

Les six rencontres ont lieu:

  • Vendredi 30 septembre 2016, 10h00-17h00: Journées de lancement de l’ILTP à l’Université de Genève.
  • Vendredi 4 novembre 2016, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).
  • Vendredi 2 décembre 2016, 9h00-12h00 avec l’Office Protestant de Formation à Neuchâtel.
  • Vendredi 3 mars 2017, 9h00-17h00 à l’Université de Lausanne.
  • Vendredi 7 avril 2017, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).
  • Vendredi 5 mai 2017, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).

Vous pouvez vous inscrire au séminaire. Il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous. En cliquant sur « Envoyer », vous le transmettez au secrétariat de l’Institut lémanique de théologie pratique.