olfaction

Dieu et ses représentations

Être invité à parler dans les médias présente deux avantages: je peux largement faire connaître mon avis, mais je suis aussi amené à réfléchir à des sujets sur lesquels je ne réfléchis pas ou de réfléchir différemment à des  sujets sur lesquels je réfléchis déjà.
Ainsi cette invitation à évoquer le jour de Pâques dans le Téléjournal de Radio-Canada, « les représentations de Dieu dans tous les temps et dans toutes les religions ». Vaste programme, projet ambitieux, que j’ai tenté de relever ainsi:

  1. Des êtres humains éprouvent l’envie ou le besoin de représenter ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu. Ils/elles le représentent (au sens de le rendre présent) dans des mots (Ultime, Absolu, Dieu, Allah, Père…), des images (une croix, un œil, un vieillard barbu, une déesse callipyge, un éléphant à une seule défense, un triangle…), des goûts (ceux du vin, d’une galette de riz, d’un épi de maïs…), des odeurs (celle de l’encens…), etc.
  2. Mais des êtres humains craignent que leur(s) Ultime(s) ou leur(s) Absolu(s) soi(en)t réduit(s) à ces représentations (ce qui relève de l’idolâtrie). Ils/elles fixent donc des limites à ces représentations. D’où par exemple, l’interdiction juive de prononcer le nom de l’Ultime, de l’Absolu, l’interdiction juive, musulmane et protestante de s’en faire des images. Ou alors, ils/elles complexifient les représentations de leur(s) Ultime(s) ou de leur(s) Absolu(s). D’où par exemple les concepts chrétiens de « Trinité » (l’Ultime ou l’Absolu est Père mais il est Fils aussi, il/elle est un être humain, mais un esprit aussi), de  « Dieu caché » ou de « Tout-Autre ».
  3. Enfin des êtres humains admettent que des représentations, forcément fabriquées par l’esprit et par les mains des êtres humains, puissent pour certaines personnes, dans certaines circonstances et sous certaines conditions,  évoquer ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu ou y renvoyer.
  4. Alors des êtres humains éprouvent l’envie ou le besoin de représenter ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu. Ils/elles le représentent (au sens de le rendre présent) dans des mots (Ultime, Absolu, Dieu, Allah, Père…), des images (une croix, un œil, un vieillard barbu, une déesse callipyge, un éléphant à une seule défense, un triangle…), des goûts (ceux du vin, d’une galette de riz, d’un épi de maïs…), des odeurs (celle de l’encens…), etc.

À l’Université: Christianisme et transmission (petit moment d’ego)

Au trimestre d’hiver 2014, je donnerai le séminaire « Christianisme et transmission » à la Faculté de théologie et des sciences des religions de l’Université de Montréal. Il est ouvert aux étudiant-e-s des Cycles supérieurs (sigle: THP6205, inscription auprès de Nathalie Roy). Vous pouvez en consulter le syllabus: THP 6205 Christianisme et transmission

THP6205

Tous mes cours vous sont ouverts que vous soyez étudiant-e ou non, que vous soyez inscrit-e à l’Université de Montréal ou ailleurs, que vous étudiez la théologie ou une autre discipline (sous réserve des exigences de l’Université de Montréal).
Vous pouvez les suivre pour le plaisir (sans évaluation) ou les faire créditer.

Sentir (Pâques 4)

Une tentative personnelle d’exprimer Pâques dans le registre de l’olfaction:

ANGOISSE
REMORDS
HUMER
RESPIRER
INSPIRER
INSPIRÉES

(à suivre)

Comment perçoit-on la révélation de Dieu?

À l’occasion d’une invitation à la Faculté de théologie de l’Université de Neuchâtel, j’ai rédigé douze thèses sur les liens que je voudrais plus étroits entre la théologie et les six sens (voir aussi mon article: Parole de Dieu)

  1. À la question « Qu’est-ce qui fait de moi le chrétien que je suis? », j’aime répondre des artefacts théologiques, mis en scène dans des pratiques, pastorales ou non.
  2. Ceux-ci ne passent pas seulement par les oreilles – version protestante – ni par les yeux – version catholique – mais par tous les 6 sens (ouïe, vue, goût, olfaction, toucher et proprioperception)
  3. À titre d’exemple, reconnaissons que le goût de l’hostie, du pain, du mil ou de la noix de coco participe à la signification de la communion.
  4. Dans la Bible, d’ailleurs, Dieu se révèle à l’ouïe et à la vue, mais aussi au goût, à l’olfaction et au toucher.
  5. La théologie populaire sollicite largement les six sens pour provoquer l’expérience de Dieu, en particulier dans les rites et dans les fêtes.
  6. À partir d’un verset de Paul – Romains 10, 17 -, les théologiens estiment que la foi vient uniquement par les oreilles.
  7. Certes, il est vrai que la parole (et la vue et l’olfaction) introduit de la distance, là où le toucher, le goût et la proprioperception conduisent à la fusion.
  8. Est-il pour autant juste de faire la parole la digue qui empêche de se noyer dans une relation fusionnelle avec Dieu?
  9. La primauté de la parole ne dépend-elle pas de plutôt du pouvoir qu’elle accorde aux théologiens?
  10. Il est vrai que le discours et l’écriture peuvent avoir une vertu libératrice dans ce qu’elles ont de public et parce qu’elles permettent plus facilement de prendre distance et de rester critique.
  11. Certes, la théologie est un savoir; les sens de l’ouïe – par le discours – et de la vue – par la lecture – restent donc les plus appropriés pour transmettre le savoir théologique, dans le contexte occidental (et académique) du moins.
  12. Mais le christianisme est un croire; les sens du goût, de l’olfaction, du toucher et de la proprioperception – ainsi que les artefacts visuels et auditifs non-discursif – empêchent d’en faire une vérité objective; ils sont sans doute les plus appropriés pour transmettre le croire chrétien.