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L’existence d’une vie après la mort est-elle la position officielle de la République française?

En entendant Emmanuel Macron, le président de la République française, s’adresser à Simone Veil le jour de son enterrement, j’ai gazouillé ceci:


Cinq jours après, j’ajoute sur mon blogue des réflexions qui dépassent 280 signes.

Je sais pertinement que s’adresser à un·e mort·e est une figure de style qui n’engage pas vraiment les croyances de celui ou celle qui l’utilise. Avant Emmanuel Macron, André Malraux, ministre de la culture s’était déjà adressé à un mort dans une formule célèbre: « Entre ici, Jean Moulin! ». Cependant, que le président de la République française utilise une telle formule ne me paraît pas anodin, surtout dans un temps où la République française est soucieuse de s’afficher laïque. Je serais un libre penseur ou un humaniste très matérialiste, je m’offusquerais de cette double confession de foi implicite, qu’il y a une vie après la mort et que les mort·e·s peuvent entendre les vivante·e·s. Par conséquent, il serait bon que les personnes en situation d’autorité prennent la peine de réfléchir aux implications de ce qu’elles disent et de ce qu’elles font. Qu’elles assument ou qu’elles évitent! En cas de besoin, elles peuvent engager des théologiennes et des théologiens pour débusquer les références religieuses dans les discours public et les en purger.

Quant à moi, je me tiens à la disposition du président Macron s’il cherche quelqu’un pour remplir cette fonction.

Le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

J’ai déjà parlé de l’utilisation d’une Cène pour la publicité du Bal en blanc, un festival de musique électronique tenu à Montréal chaque année à Pâques (lire l’article: « La Cène: Époque contemporaine »). Je viens de découvrir l’utilisation d’une Maiestas Domini pour la publicité d’Electron, le « Geneva’s festival of electronic cultures » qui se tient à Genève aux mêmes dates. Que les événements se tiennent à Pâques semble donc inspirer les publicitaires…

Affiche du festival Electron (Genève, 2017)

Affiche de la 14e semaine Bal en Blanc (Montréal, 2008)

Ce qui me frappe c’est la manière dont la « culture électronique » récupère des images christiques, mais qu’elle les décale, évidemment.

  • L’affiche du Bal en Blanc fait de la Cène une tablée de personnes qui brillent par leur diversité sexuelle (hommes et femmes, LGBTQ+), ethnique (il n’y a toutefois pas de noir) et religieuse (signes ostensibles de judaïsme, d’islam et d’hindouisme); mais qui ne brillent pas par leur diversité physique (toutes jeunes, minces et belles); elle fait du Christ un DJ, touchant de sa main droite ses écouteurs, posant la main gauche sur une double platine (au lieu d’un plat).
  • L’affiche d’Electro fait du Christ en majesté, un prêtre (identifié par le col noir qui dépasse de son aube blanche), jeune, mince, à l’allure boudeuse; elle fait du prêtre un Seigneur rayonnant (inscrit dans une mandorle en forme de cadre kitsch), levant trois doigts (ou deux doigts et demi) de sa main droite; elle fait du Christ un DJ, écouteurs sur les oreilles et serrant sur son cœur un disque vinyle noir (au lieu du livre traditionnel)

Combinées, les deux affiches délivrent un message clair: le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

À l’Université: Analyser les perceptions sensorielles de « Dieu ». Développer les artefacts et les pratiques sensorielles en christianisme.

Durant l’année 2016-2017, j’organise dans le cadre de l’Institut lémanique de théologie pratique à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne, un séminaire de recherche, consacré au thème: « Analyser les perceptions sensorielles de « Dieu ». Développer les artefacts et les pratiques sensorielles en christianisme ».

Il est ouvert à tou.te.s les théologien.ne.s engagé.e.s dans une Université ou une Église qui travaillent ou veulent travailler sur une médiation théologique: un artefact (« du pain », « Noël », etc.), une pratique (« prier », « le catéchisme », etc.), un sens (« l’olfaction dans le culte », « le toucher dans les soins spirituels », etc.) ou sur « les perceptions sensorielles » dans le récit de vie d’un.e chrétien.ne. Les rencontres de séminaire offrent l’occasion:

  1. De présenter l’état de sa recherche dans un environnement accueillant et stimulant.
  2. De rencontrer  chercheur.e.s et des pensées originales et utiles pour sa propre recherche.
  3. De partager avec des spécialistes autour de questions fondamentales et spécifiques en théologie pratique.

Les six rencontres ont lieu:

  • Vendredi 30 septembre 2016, 10h00-17h00: Journées de lancement de l’ILTP à l’Université de Genève.
  • Vendredi 4 novembre 2016, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).
  • Vendredi 2 décembre 2016, 9h00-12h00 avec l’Office Protestant de Formation à Neuchâtel.
  • Vendredi 3 mars 2017, 9h00-17h00 à l’Université de Lausanne.
  • Vendredi 7 avril 2017, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).
  • Vendredi 5 mai 2017, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).

Vous pouvez vous inscrire au séminaire. Il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous. En cliquant sur « Envoyer », vous le transmettez au secrétariat de l’Institut lémanique de théologie pratique.

Lire dans la parole de Dieu?

J’avais dit que j’écrirais deux articles sur la Bible, mais je ne peux m’empêcher d’en ajouter un troisième.

J’ai lu un jour, affiché dans un temple réformé français, un excellent petit texte sur le rapport entre la Bible et la parole de Dieu. L’auteur-e (je crois qu’il ou elle était anonyme, mais s’il/elle se reconnaît qu’il me fasse signe) commentait une phrase rituelle du culte protestant, souvent prononcée au moment de lire la Bible: «Nous lisons dans la parole de Dieu». On serait en droit de juger une telle formule paradoxale, disait-il/elle. Car une parole (fût-elle celle de Dieu) ne se lit pas. Elle s’entend ou elle s’écoute. Mais si elle est paradoxale, c’est volontairement, précisait-il/elle. Car la brève formule décrit exactement ce qui se passe quand on lit la Bible. Elle exprime en peu de mots une profonde vérité théologique. Lire la Bible, concluait-il/elle, c’est lire un texte en espérant qu’il devienne une parole, une parole vivante, une parole de Dieu. Ce qui n’est jamais certain, mais qui est toujours possible!

Découvrez ou cultivez votre propre don pour la prédication!

Au trimestre de printemps 2015, je donnerai pour la toute première fois un cours intensif d’homilétique à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal. Formation initiale ou continue, ce est destiné aux prédicatrices et aux prédicateurs confirmé-e-s, débutant-e-s ou en devenir. Il aura lieu du samedi 30 mai au vendredi 5 juin.

Pour vous y inscrire, il suffit:

  • de contacter Nathalie Roy (nathalie.roy@umontreal.ca) si vous êtes étudiant-e de Cycles supérieurs de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal.
  • ou de me contacter (olivier.bauer@umontreal.ca) si vous êtes étudiant-e- du Premier Cycle ou si vous voulez le suivre comme étudiant-e libre.

Je peux donner le cours tout seul, mais je préférerais que vous m’aidiez à le concevoir. Ce cours intensif d’homilétique est ainsi un cours coopératif. Que vous vouliez de suivre ce cours ou non, que vous prêchiez régulièrement ou occasionnellement, que vous assistiez à la messe ou au culte pour la prédication ou que vous n’y alliez pas à cause de la prédication, j’aimerais que vous partagiez votre expérience. Vous pouvez le faire, petit-à-petit (abonnez-vous au blogue pour rester au courant) sur les pages:

 

 

THP6501


Tous mes cours vous sont ouverts que vous soyez étudiant-e ou non, que vous soyez inscrit-e à l’Université de Montréal ou ailleurs, que vous étudiez la théologie ou une autre discipline (sous réserve des exigences de l’Université de Montréal). Vous pouvez les suivre pour le plaisir (sans évaluation) ou les faire créditer.

Dieu et ses représentations

Être invité à parler dans les médias présente deux avantages: je peux largement faire connaître mon avis, mais je suis aussi amené à réfléchir à des sujets sur lesquels je ne réfléchis pas ou de réfléchir différemment à des  sujets sur lesquels je réfléchis déjà.
Ainsi cette invitation à évoquer le jour de Pâques dans le Téléjournal de Radio-Canada, « les représentations de Dieu dans tous les temps et dans toutes les religions ». Vaste programme, projet ambitieux, que j’ai tenté de relever ainsi:

  1. Des êtres humains éprouvent l’envie ou le besoin de représenter ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu. Ils/elles le représentent (au sens de le rendre présent) dans des mots (Ultime, Absolu, Dieu, Allah, Père…), des images (une croix, un œil, un vieillard barbu, une déesse callipyge, un éléphant à une seule défense, un triangle…), des goûts (ceux du vin, d’une galette de riz, d’un épi de maïs…), des odeurs (celle de l’encens…), etc.
  2. Mais des êtres humains craignent que leur(s) Ultime(s) ou leur(s) Absolu(s) soi(en)t réduit(s) à ces représentations (ce qui relève de l’idolâtrie). Ils/elles fixent donc des limites à ces représentations. D’où par exemple, l’interdiction juive de prononcer le nom de l’Ultime, de l’Absolu, l’interdiction juive, musulmane et protestante de s’en faire des images. Ou alors, ils/elles complexifient les représentations de leur(s) Ultime(s) ou de leur(s) Absolu(s). D’où par exemple les concepts chrétiens de « Trinité » (l’Ultime ou l’Absolu est Père mais il est Fils aussi, il/elle est un être humain, mais un esprit aussi), de  « Dieu caché » ou de « Tout-Autre ».
  3. Enfin des êtres humains admettent que des représentations, forcément fabriquées par l’esprit et par les mains des êtres humains, puissent pour certaines personnes, dans certaines circonstances et sous certaines conditions,  évoquer ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu ou y renvoyer.
  4. Alors des êtres humains éprouvent l’envie ou le besoin de représenter ce qu’ils/elles tiennent pour Ultime ou pour Absolu. Ils/elles le représentent (au sens de le rendre présent) dans des mots (Ultime, Absolu, Dieu, Allah, Père…), des images (une croix, un œil, un vieillard barbu, une déesse callipyge, un éléphant à une seule défense, un triangle…), des goûts (ceux du vin, d’une galette de riz, d’un épi de maïs…), des odeurs (celle de l’encens…), etc.