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« Écoute ta bouche. ». Un bon slogan pour la Cène?

Voici un slogan publicitaire qui me paraît récupérable pour la Cène (« l’Eucharistie des protestants », en quelque sorte…). À une seule condition: que le pain et le vin soit bon!

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Une brioche divine. Du vin 100% laïque. D’la bière à messe.

Trois publicités québécoises qui se réfèrent au christianisme adoptent des attitudes diamétralement opposées.

La boulangerie « Au Pain Doré » le récupère, ostensiblement:

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Le dépanneur « Couche-Tard » s’en démarque, tout aussi ostensiblement:

L’événement « La cuvée d’hiver » le réinvente, toujours aussi ostensiblement:

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Article mis à jour le 22 février.
Mentionné dans la « salle de presse » de Au Pain Doré

Une brioche des rois protestante

Ma brioche des rois pour l’Épiphanie (du fait maison). Un peu austère, mais tendre à l’intérieur. Bref, protestante!

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AFP: « Un prêtre suspendu pour avoir oublié des mots importants »

J’ai lu le 8 octobre 2013 une nouvelle théologiquement intrigante. Je vais citer in extenso la dépêche de l’AFP (reprise par Le Matin), mais seulement après vous avoir proposé trois questions de lecture (on est professeur ou on ne l’est pas):

  1. Quelle a été la faute du prêtre?
  2. Qui peut décider que la communion des fidèles est invalide?
  3. Que se passe-t-il pour les fidèles qui prennent part à une communion invalide?

Maintenant que j’ai orienté votre lecture, je peux vous laisser lire l’article.

« Un prêtre suspendu pour avoir oublié des mots importants
PAYS-BAS — Un prêtre catholique hollandais a été suspendu pour un an. Il avait oublié de prononcer des mots importants au cours de l’Eucharistie, rendant la communion invalide.
Un prêtre catholique néerlandais a été suspendu pour une période d’un an après avoir oublié de prononcer certaines paroles pendant l’Eucharistie, rendant la communion des fidèles «invalide», a-t-on appris mardi auprès du diocèse d’Utrecht. «Le prêtre n’a pas prononcé tous les mots de la consécration du pain et du vin, ce qui rend celle-ci et la communion qui a suivi invalides», a assuré à l’AFP Hans Zuijdwijk, le porte-parole du cardinal archevêque d’Utrecht, Willem Jacobus Eijk. Le prêtre, âgé de 64 ans, célébrait la messe dans la paroisse de Sint Johannes de Doper, dans la région d’Utrecht, au centre des Pays-Bas, et a prévenu de lui-même sa hiérarchie. «Il s’agit du sacrement le plus important et les fidèles qui étaient venus communier n’ont en fait pas pu le faire», a ajouté M. Zuijdwijk.
Compréhension du prêtre
Lors de la consécration de l’Hostie, le prêtre n’a, notamment, pas prononcé les mots qui transforment le pain et le vin en corps et sang du Christ, selon la tradition catholique : «ceci est mon corps livré pour vous». «Le cardinal a donc décidé de suspendre le prêtre, qui ne pourra pas célébrer de messe pendant un an», a ajouté le porte-parole. Le prêtre, qui avait espéré une punition «moins sévère», comprend néanmoins la décision du cardinal, selon M. Zuijdwijk. »

Je peux maintenant reprendre mes trois questions pour tenter d’y apporter des réponses.

1. Quelle a été la faute du prêtre?

À la lecture de l’article, je n,ai pas réussi à savoir si le prêtre à été sanctionné pour avoir raté la transsubstantiation ou pour avoir lésé les fidèles. D’un côté, je comprends que le prêtre devait fournir aux fidèles la communion qu’ils étaient venue chercher (elle implique de consommer le corps le Christ), ce qu’il n’a pas fait. Il y aurait donc eu, en quelque sorte, « tromperie sur la marchandise ». Les fidèles croyaient manger le corps du Christ, mais de fait, ils n’ont consommé qu’une vulgaire hostie, c’est à dire une rondelle de pain, blanche, plate et sèche. D’un autre côté, je soupçonne que la sentence condamne aussi l’infidélité du prêtre envers l’eucharistie (elle est « source et sommet de la vie chrétienne », dans une perspective catholique-romaine). D’ailleurs le Code de droit canonique de l’Église catholique-romaine rappelle le prêtre à ses devoirs sacramentels:

« Dans la célébration des sacrements, les livres liturgiques approuvés par l’autorité compétente seront fidèlement suivis; c’est pourquoi personne n’y ajoutera, n’en supprimera ou n’y changera quoi que ce soit de son propre chef. »  Code de droit canonique Livre IV, canon 846

2. Qui peut décider que la communion des fidèles est invalide?

La bonne réponse est la suivante: « Pour l’Église catholique-romaine, c’est l’Église catholique-romaine et elle seule »! J’utilise deux citations pour donner de l’autorité à ma réponse. La première vient de Jean Wirth, historien de l’art, qui écrit à propos de l’hostie au Moyen-Âge:

« La transformation du corps du Christ est devenue une sorte d’acte automatique dont rien ne peut inhiber l’efficacité. Elle est un pouvoir du prêtre et de tous les prêtres dans toute la chrétienté, un miracle accompli sans avoir besoin de charisme et donc un miracle institutionnel. » Wirth, Jean. 1999. L’image à l’époque romane. Paris: Éd. du Cerf: 199

Si le prêtre n’a pas besoin de charisme, il a toujours besoin de compétence. Il lui faut, a minima, celle de lire fidèlement les paroles exactes prévues dans la liturgie (y compris les mots « ceci est mon corps livré pour vous »). Pourquoi? Parce qu’ils sont efficaces. Ce sont ces « mots qui transforment le pain et le vin en corps et sang du Christ ». Comme l’explique Pierre-Marie Gy, historien dominicain de l’eucharistie, le prêtre, à ce moment précis, prononce les verba Christi, les paroles du Christ lui-même. Plus encore, quand le prêtre les prononce,

elles « sont prononcées par le Christ lui-même (ipse clamat), à la différence des prières que le prêtre dit avant et après les paroles du Christ »; elles ont « leur efficacité de transformer le pain et le vin. » Gy, Pierre-Marie. 1990. La liturgie dans l’histoire. Paris: Éd. du Cerf: 196 et 197

Dans une perspective catholique-romaine, ce sont donc les paroles, et les paroles exactes, qui effectuent la transsubstantiation. Voilà qui explique peut-être (à défaut de la justifier) la sévérité de la sanction infligée par l’autorité ecclésiale.

3. Que se passe-t-il pour les fidèles qui prennent part à une communion invalide?

Si j’étais professeur de théologie pratique à l’Universiteit Utrecht, je chercherais à savoir comment les fidèles de Sint Johannes de Doper ont vécu cette eucharistie.

  • J’aimerais savoir s’il estiment quant à eux avoir communié de manière valide. Après tout, au moment où ils ont communié, ils étaient convaincus de manger le corps du Christ, et non pas une simple hostie.
  • J’aimerais comprendre ce que vaut cette conviction des fidèles. Joue-t-elle un rôle dans la célébration de l’eucharistie? Autrement dit, a-t-elle une quelconque importance dans la validité de la communion?

Théologiquement, (mais je ne suis ni prêtre, ni évêque, ni théologien catholique-romain), je répondrais oui à ces deux questions. Pour reprendre la devise du Groupe de recherche sur l’alimentation et la spiritualité que je dirige: « on mange (aussi) comme on croit ». Ainsi, parce qu’ils ont cru qu’ils mangeaient le corps du Christ, les fidèles de Sint Johannes de Doper ont mangé le corps du Christ, peu importe que le prêtre ait ou n’ait pas prononcé tous les mots prévus. De toutes façons, quoi que le prêtre dise et quoi qu’il fasse, le pain reste toujours du pain et le vin reste toujours du vin. Mais les fidèles partagent avec le prêtre le pouvoir de rendre la communion valide, au moins à leurs propres yeux et à leur propre bouche.

Sur la piste du bretzel – Zurich

Zurich, mardi: 5h30

Je suis enfin tranquille, car l’homme au chapeau noir à disparu. J’imagine qu’en faisant savoir au monde la vérité sur les Cènes au bretzels, j’ai déjoué la conspiration du silence (le bon chercheur fait parfois preuve d’immodestie). Mais peut-être n’ai-je été qu’un pion dans une partie d’échec bien plus vaste et bien plus complexe? Un document troublant que j’ai découvert par hasard au cours de mes recherches, me le laisse penser.

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Je n’ai pas de doute: il s’agit très certainement d’un photomontage. Connaissant un peu Joseph Ratzinger/Benoît XVI (lire la lettre ouverte à propos de son livre L’esprit de la liturgie que le bon chercheur lui a envoyée, il y a une dizaine d’année), je doute fort qu’il ait jamais célébré l’eucharistie avec un bretzel et une bière. Ou alors, j’aurais aimé y être invité. Mais qui donc aurait eu intérêt à réaliser et à faire circuler une telle image? Je vois trois hypothèses:

  • Un plaisantin faisant une blague de potache.
  • Un athée anticlérical voulant se moquer de l’Église catholique.
  • Ou alors, hypothèse plus risquée mais pas insensée vu ce qui s’est passé au Vatican ces derniers mois, une faction, au sein même de l’Église catholique, ourdissant un complot contre le pape, cherchant à le discréditer en utilisant le sujet hyper sensible des aliments de l’eucharistie. Serait-ce pour cela que Joseph Ratzinger/Benoît XVI a dû démissionner? Et serait-ce pour cela qu’un pape argentin aux origines italiennes, deux pays de blé et de vigne, à été élu?

Pour ma part, je renonce à privilégier l’une des trois hypothèses! (le bon chercheur n’est pas forcément prêt à mourir pour n’importe quelle vérité).

(Fin)


À lire, dans l’ordre chronologique:

Sur la piste du bretzel – Mustaïr

Mustaïr, lundi: 15h30

Je sais ce qui dérange dans les Cènes aux bretzels. Je sais ce que l’homme au chapeau noir veut m’empêcher de découvrir. Et je sais ce qui fait peur.
Regardez cette image! Il s’agit d’une plaque en ivoire du 9e siècle, qui a servi, au 14e siècle, de couverture à un évangéliaire. La notice de la Liebieghaus, le musée où il se trouve décrit la scène dans des termes que je traduis en français (le bon chercheur sait faire plaisir à ses lecteurs):

« Le bas-relief représente la fête chrétienne du sacrifice de la messe. Le prêtre se tient au centre, derrière l’autel, tourné vers les fidèle. On trouve devant lui, les ustensiles pour célébrer la messe: un calice, une patène, des livres liturgiques. Au premier plan se tient la Schola, le chœur des chanteurs spirituels. Derrière le prêtre, sous un ciborium couronné par des anges, se tiennent les diacres qui l’assistent. » site du musée Liebieghaus

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Regardez surtout la petite assiette et ce qu’elle contient (le bon chercheur a de bons yeux)! Des hosties? Que nenni! Du pain? Oui, mais quel pain? Trois bretzels, dans la forme triangulaire qu’ils avaient encore à cette époque. Que faut-il en conclure? Certainement qu’en Lotharingie au 9ème siècle, des prêtres catholiques célébraient l’eucharistie avec des bretzels. Ce qui explique du même coup leur présence sur des repas bibliques et des Cènes. Pain de l’eucharistie, ils sont dignes de figurer sur la table d’Esther, de Cana, de Béthanie et du Dernier Repas.
Mais l’Église catholique-romaine peut-elle aujourd’hui reconnaître que l’eucharistie à été célébrée avec autre chose que des hosties et du vin, elle qui a fixé depuis mille ans que l’eucharistie devait être célébrée avec une hostie azyme et faite de « pur froment » (obligatoire depuis le concile de Lyon en 1274) et du vin produit à partir de raisin (principe rappelé plusieurs fois dont encore au Concile de Trente tenu entre 1545 et 1563, dans le nord de l’Italie pas loin de Termeno-sulla-Strada-del-Vino!). Elle qui a sanctionné les prêtres qui voulaient la transculturer et la célébrer avec les aliments à forte valeur symbolique de leur propre culture: riz, mil, coco, etc.


À lire, dans l’ordre chronologique: