prédication

Un Dieu qui me dépasse

Il y a déjà quelques mois, j’ai entendu Robert Jacques prêcher à l’Eglise Unie Saint-Jean, à Montréal. Il a prononcé une phrase qui m’a marqué: « Dieu est un Dieu qui me dépasse ».

Image statique d’abord. Ce « Dieu qui me dépasse » est un Dieu plus grand que moi, ce qui paraît évident. Mais Dieu est aussi plus grand que ce que je peux savoir, penser, croire de lui. Il est Absolu, Ultime, Tout Autre.

Image dynamique ensuite. Ce « Dieu qui me dépasse » est un Dieu qui bouge, un Dieu qui avance. Souvent, il marche  mon rythme, souvent, il marche  mes côtés. Parfois, il me laisse partir devant, histoire que je fasse mes expériences. Mais toujours il me rejoint. Et parfois, il me dépasse pour me montrer le chemin.

Humour et prédication

Pour marquer le début de mon cours intensif d’homilétique, voici cinq anecdotes sur la prédication. À certain-e-s, elles paraîtront éculées (et c’est vrai qu’elles ne sont pas neuves), mais elles me paraissent encore formatrices.

  • Une paroissienne fait remarquer au pasteur qui lit ses prédications: «Si vous ne pouvez vous souvenir de votre prédication, comment voulez-vous que nous y parvenions?»
  • Une pasteure répond à ses paroissiens qui lui reprochent de prononcer trop souvent la même prédication: «Quand vous appliquerez la première, j’en ferai une seconde!»
  • Jaloux de son collègue pentecôtiste qui improvise ses prédications, un pasteur décide de ne rien préparer et de prêcher ce que Dieu lui inspirera. Le dimanche matin, quand il monte en chaire, il entend une petite voix qui lui répète: «Tu es paresseux, tu es paresseux.»
  • Une professeur d’homilétique enseigne à ses étudiant-e-s: «Il vaut mieux que le soupir qui suit la fin de votre prédication soit d’étonnement plutôt que de soulagement!»
  • Un pasteur explique sa méthode de prédication: «Quand je lis un texte biblique, je me demande ce qu’un pasteur dirait… Et je prêche exactement le contraire!»

À compléter par vos propres anecdotes…

Découvrez ou cultivez votre propre don pour la prédication!

Au trimestre de printemps 2015, je donnerai pour la toute première fois un cours intensif d’homilétique à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal. Formation initiale ou continue, ce est destiné aux prédicatrices et aux prédicateurs confirmé-e-s, débutant-e-s ou en devenir. Il aura lieu du samedi 30 mai au vendredi 5 juin.

Pour vous y inscrire, il suffit:

  • de contacter Nathalie Roy (nathalie.roy@umontreal.ca) si vous êtes étudiant-e de Cycles supérieurs de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal.
  • ou de me contacter (olivier.bauer@umontreal.ca) si vous êtes étudiant-e- du Premier Cycle ou si vous voulez le suivre comme étudiant-e libre.

Je peux donner le cours tout seul, mais je préférerais que vous m’aidiez à le concevoir. Ce cours intensif d’homilétique est ainsi un cours coopératif. Que vous vouliez de suivre ce cours ou non, que vous prêchiez régulièrement ou occasionnellement, que vous assistiez à la messe ou au culte pour la prédication ou que vous n’y alliez pas à cause de la prédication, j’aimerais que vous partagiez votre expérience. Vous pouvez le faire, petit-à-petit (abonnez-vous au blogue pour rester au courant) sur les pages:

 

 

THP6501


Tous mes cours vous sont ouverts que vous soyez étudiant-e ou non, que vous soyez inscrit-e à l’Université de Montréal ou ailleurs, que vous étudiez la théologie ou une autre discipline (sous réserve des exigences de l’Université de Montréal). Vous pouvez les suivre pour le plaisir (sans évaluation) ou les faire créditer.

Ne placez pas de chien dans votre crèche! (Théologie moins pratique)

Pour marquer Noël (le 25 décembre) et l’Avent (les quatre dimanches avant Noël), je vous propose chaque lundi un texte à ce propos.

Lire aussi:

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  • Wouf!
  • Le chien vous dit: « Bonsoir »
  • Wouf, wouf!
  • Il vous dit: « Je m’appelle Brutus ».

L’histoire serait un peu longue en traduction simultanée. Mais la nuit de Noël, tout devient possible: Dieu se fait homme, les bergers et les mages se retrouvent autour d’une crèche et les bipèdes (ces pauvres êtres humains qui ne marchent que sur deux pattes) peuvent comprendre les animaux. Alors ce soir, vous allez apprendre pourquoi il n’y avait pas de chien dans la crèche, pourquoi Brutus ne figure dans aucun tableau de  Nativité. Écoutez bien, c’est déjà commencé !

Je m’appelle Brutus et je suis un gentil chien. Je n’ai rien de remarquable. Je ne suis pas grand, je ne suis pas petit, je suis juste… moyen. Je ne suis pas beau, je ne suis pas laid, je suis juste… normal. Je ne suis ni un chien de berger, ni un chien de chasse, ni un chien de garde, ni un chien d’aveugle, ni un chienchien à ma mémère. Je suis juste un chien sans race (un bâtard comme on m’appelle parfois), fruit des amours de hasard de deux chiens sans pedigree.

Vous ne me connaissez sûrement pas, mais j’aurais pu, non j’aurais dû, devenir célèbre. Les plus grands artistes auraient dû me peindre sur leurs tableaux de la Nativité, entre Marie et Joseph. J’aurais dû être représenté sagement assis, immortalisé pour les générations futures. J’aurais dû figurer juste à côté de l’enfant, tout près du petit Jésus. J’aurais dû, mais je n’y suis pas! Vous pouvez bien regarder toutes les représentations de la Nativité, je n’y suis pas, je n’y suis jamais. Il n’y a jamais de chien dans la crèche. Il y a un âne avec ses grandes oreilles, un bœuf avec son gros museau, il y a des moutons, des chameaux, même des humains (ces drôles d’animaux qui se tiennent debout, qui n’ont pas poils et qui portent des chaussures et des habits), mais il n’y a jamais de chien.

Et pourtant, soyez-en convaincu, j’aurais bien voulu voir l’enfant Jésus! Alors, dès que j’ai appris la bonne nouvelle de la naissance du roi des rois, du fils de Dieu, du Seigneur, du Sauveur, J’ai décidé de lui rendre visite. Et quand la colombe nous a dit (« nous », ce sont les animaux, évidemment) qu’il n’était pas né dans un palais, mais dans une étable, je me suis quand-même promis de lui rendre visite. Et quand le lion, le tigre, l’aigle, l’ours, et tous les grands animaux ont décidé qu’ils n’iraient pas se salir les pattes ou les ailes dans la paille de la crèche, j’ai persisté dans mon idée de lui rendre visite.

Il faut dire (mais que cela reste entre nous) que je ne suis pas fier comme ces caniches qui se rasent le derrière et se mettent un nœud dans les oreilles. Je ne suis pas orgueilleux comme ces collies qui ont besoin de leur shampoing quotidien. Je ne suis pas arrogant comme ces dogues qui exhibent leurs dents pointues à tout bout de champ. Moi, je suis seulement un bon chien, sans rien de remarquable, sans rien de particulier. Et puis, marcher dans la paille, dans le crottin et dans le fumier, j’en ai l’habitude.

Pour rien au monde, je n’aurais voulu manquer la naissance du roi des rois, du fils de Dieu, du Seigneur, du Sauveur. Alors quand les animaux de la ferme se sont mis en route, le bœuf et l’âne en tête, le gros du peloton derrière, le coq qui voletait par-dessus et le cochon qui fermait la marche, je les ai suivis. Mais de loin (je suis un peu du genre timide). Je me tenais un peu à l’écart, un peu en arrière, assez loin pour rester discret, mais assez près pour surveiller tout ce petit monde.

Ce n’était peut-être pas le cortège le plus digne, ce n’était peut-être pas le cortège le plus discret, c’était même sans doute le cortège le plus bruyant et le plus désorganisé que j’aie jamais rencontré. Mais il faisait plaisir à voir. Tous ces animaux avaient une même envie: voir l’enfant Jésus, adorer le Sauveur. Nous n’avons jamais hésité sur le chemin. Je n’aimerais pas me vanter, surtout pas la nuit de Noël, mais il faut reconnaître que nous les animaux, nous sommes bien plus intelligents que les bipèdes. Contrairement aux bergers ou aux mages, nous n’avons pas eu besoin d’anges ou d’étoile pour trouver le bon chemin. Nous savions tous très bien où nous allions. Nous nous sommes dirigés tout droit vers l’étable. Même le chat! Même le chat? Mais qu’est-ce que j’ai dit? Même le chat! Qe se passe-t-il? Voilà que moi, Brutus, je dis du bien des chats! C’est encore un miracle de Noël, le plus grand miracle de tous les miracles de Noël: Qu’un chien parle n’est déjà pas banal, mais qu’il dise du bien d’un chat, alors là, on frôle le merveilleux!

Notre  cortège se dirigeait donc directement vers l’étable. Malgré les différences de tailles, les longues jambes et les courtes pattes, le gros lard et les muscles durs, nous avancions tous d’un même pas, tous ensemble vers l’étable. Tous sauf un petit poussin que personne ne remarquait et qui prenait du retard à chaque pas. Il essayait d’avancer de toute la vitesse de ses petites pattes, mais, inexorablement, il perdait du terrain. Et plus il voyait les autres s’éloigner, plus il essayait de se dépêcher. Et plus il essayait de se dépêcher, plus il était fatigué. Et plus il était fatigué, plus il zigzaguait, plus il trébuchait. Et plus il zigzaguait, plus il trébuchait, plus il prenait du retard. Et plus il voyait le cortège des animaux s’éloigner.

J’ai aboyé pour que les autres animaux le remarquent, pour que sa mère l’attende. Mais ils étaient tellement pressés d’arriver, tellement concentrés sur le chemin, ils pensaient tellement au roi des rois, au fils de Dieu, au Seigneur, au Sauveur, qu’ils semblaient ne rien entendre. J’aboyais, mais ils continuaient, laissant derrière eux le petit poussin qui n’arrivait plus à avancer. J’ai ralenti et j’ai vu le cortège des animaux disparaître au loin dans la nuit.

Le petit poussin aussi a dû lui aussi les voir disparaître. au milieu d’un pont de bois, il s’est mis à courir dans tous les sens, sans regarder où il allait. Je le voyais s’approcher dangereusement du bord du pont. J’ai aboyé plus fort pour le mettre en garde. J’ai couru vers lui pour l’arrêter, mais c’était trop tard. Le petit poussin était arrivé au bord du pont, il s’était arrêté. Il a oscillé. Puis il a basculé. Il est tombé dans le ravin. Je me suis penché. J’ai regardé, longuement, attentivement. Mais la nuit était noire et le ravin était profond. Je n’ai pas vu le poussin. J’ai attendu encore un peu. J’ai dû admettre qu’il n’y avait pas d’espoir. Le petit poussin était sans doute mort au fond du ravin. Il était mort la nuit de Noël, sans même avoir vu l’enfant Jésus…

J’allais me remettre en route, car pour rien au monde, je n’aurais voulu manquer la naissance du roi des rois, du fils de Dieu, du Seigneur, du Sauveur, lorsque j’ai entendu un tout petit bruit, un tout petit pépiement qui montait du fond du ravin. Le petit poussin était vivant. On aurait dit qu’il pleurait. J’ai aboyé pour le rassurer, puis j’ai cherché le moyen de descendre au fond du ravin. Il était trop profond pour que je saute depuis le pont. Mais il me fallait trouver un chemin, le pépiement commençait déjà à s’affaiblir. J’ai couru au bord du ravin et j’ai commencé à descendre la pente raide, abrupte, presque verticale. Dix fois, j’ai manqué glisser. Vingt fois, j’ai manqué rouler au fond du ravin. Trente fois, j’ai manqué me casser le cou. Mais je suis arrivé au fond du ravin. Le pépiement avait cessé. Alors, j’ai reniflé, j’ai humé l’air et j’ai senti le petit poussin. Il était allongé dans un peu d’eau. Il ne bougeait plus. Avec mon nez, je l’ai délicatement fait rouler au sec. Je lui ai soufflé dessus pour le réchauffer. Il a ouvert un œil. Il a poussé un tout petit pépiement. Il était vivant! Il pourrait voir l’enfant Jésus.

Mais il nous fallait encore remonter. Il n’avait plus la force de marcher, même plus la force de s’accrocher sur mon dos. Alors je l’ai pris dans ma gueule, tout doucement, sans serrer et nous sommes remontés et nous avons continué l’un et l’autre, l’un dans l’autre, notre chemin vers l’étable.

La suite, vous pouvez l’imaginer. Nous avions pris du retard, beaucoup de retard. Je marchais vite, aussi vite que je pouvais, pas trop vite quand-même pour ne pas blesser le petit poussin que je tenais toujours dans ma gueule. Nous avons croisé le cortège des animaux qui revenait de l’étable. Ils étaient si heureux d’avoir vu l’enfant Jésus que leurs yeux brillaient dans la nuit. J’ai à peine remarqué que l’âne et le bœuf ne faisaient plus partie du cortège. Je n’avais pas le temps de m’arrêter pour leur demander des nouvelles. J’ai encore accéléré. Je me suis mis à courir, en évitant seulement les secousses pour ne pas faire souffrir le poussin. Mais quand nous sommes arrivés devant l’étable, il n’y avait plus personne. Ni Marie, ni Joseph, ni Jésus, ni les bergers, ni les mages. J’ai posé tout doucement posé le petit poussin par terre. Nous sommes entrés ensemble dans l’étable. Elle était noire, elle était vide. Je pouvais encore juste sentir l’odeur de la peau du bébé. Je me suis approché de la crèche, j’ai mis mon museau dans la mangeoire, elle était encore un peu chaude, de la chaleur de l’enfant Jésus.

J’avais manqué la naissance du roi des rois, du fils de Dieu, du Seigneur, du Sauveur !

La suite, je l’ai apprise par mes cousins, les chiens de bergers. Eux non plus n’ont pas vu l’enfant Jésus. Ils ont dû rester dans les champs pour garder les moutons. Mais ils ont tellement entendu les bergers raconter l’histoire autour du feu qu’ils la connaissent maintenant par cœur. Le petit enfant dans sa crèche. La visite des mages. L’or, l’encens et la myrrhe. La fuite précipitée pour échapper aux soldats d’Hérode. Et cette dernière image. Joseph à pied, Marie sur l’âne qui tient dans ses bras l’enfant Jésus, le roi des rois, le fils de Dieu, le Seigneur, le Sauveur!

  • Wouf!
  • Pour rien au monde, je n’aurais voulu manquer la naissance du roi des rois, du fils de Dieu, du Seigneur, du Sauveur! Mais au fond de mon cœur, je suis heureux d’avoir aidé le petit poussin.
  • Wouf, wouf!
  • Vous n’avez pas besoin de me placer dans votre crèche. Mais durant la nuit de Noël, pensez un peu à moi!

Joyeux Noël!

Placez Joseph dans votre crèche! (Théologie moins pratique)

Pour marquer Noël (le 25 décembre) et l’Avent (les quatre dimanches avant Noël), je vous propose chaque lundi un texte à ce propos.

Lire aussi:

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« Les enfants sont le fruit des femmes, pas des hommes
Et quel que soit celui qui fait germer la pomme
Le père pour l’enfant, c’est celui qui est là
Celui qui caresse sa mère et qui lui tend les bras. »

Serge Lama, L’enfant d’un autre (voir la vidéo)

Noël est-il aussi une histoire d’homme? Ou bien faut-il se résigner à ce que, dans cette histoire, le père soit définitivement absent? Relisez les deux premiers chapitres de l’évangile selon Matthieu (Trouver une traduction française) pour le savoir!

Lorsqu’il raconte la naissance de Jésus, l’évangile selon Matthieu fait une place à Joseph. Ô surprise, il lui donne même la première place, largement devant Marie. La chose mérite d’autant plus d’être signalée que la place accordée à Joseph est tout à fait exceptionnelle. Car Joseph ne joue de rôle qu’au moment de la naissance de Jésus, et uniquement dans cet évangile. Dans l’évangile selon Luc, il n’est que mentionné au passage, seulement pour expliquer le déplacement de Nazareth à Bethléem. Et Joseph ne joue aucun rôle dans aucun autre récit de la Bible. L’évangile selon Marc n’en parle même pas et l’évangile selon Jean cite son nom seulement deux fois pour préciser que Jésus et « le fils de Joseph de Nazareth ». C’est très peu! Mais dans l’évangile selon Matthieu, Joseph figure dans le récit de la naissance de Jésus. Il y remplit le rôle du mari d’une jeune femme, celui du père d’un petit bébé. À vrai dire, j’exagère un peu. Car Joseph n’a, semble-t-il, aucune envie de remplir ce rôle de mari d’une femme enceinte d’un autre et de père d’un enfant qui n’est pas le sien! « Joseph, son fiancé, était un homme droit [je dirais plutôt qu’il était un homme qui respectait strictement la Loi] et ne voulait pas la dénoncer publiquement; il décida de rompre secrètement ses fiançailles. » (1,19). Il n’y a là aucune ambiguïté ! Joseph fait certes preuve de charité, il ne veut pas révéler publiquement l’adultère de Marie. Mais il n’a qu’une envie: partir le plus vite possible! Alors que j’étais tout jeune pasteur, j’avais dit au cours d’un culte que Joseph était, selon la formule d’une autre chanson de Serge Lama, « cocu mais content ». Certaines personnes avaient tiqué! Aujourd’hui, je corrige mon expression. Joseph est certes cocu, mais il n’est pas du tout content. Il n’aime pas cette situation. Il ne veut pas endosser une paternité qu’il n’a pas choisie. Mais peu importe que Joseph ne soit pas le père biologique de l’enfant, peu importe qu’il soit obligé de jouer ce rôle. Le fait est que, malgré tout, bon gré, mal gré, il assume bel et bien d’assumer le rôle du père.

Placer Joseph dans votre crèche, c’est donc placer un père dans votre crèche!

  • Placer Joseph dans votre crèche, c’est rappeler un premier rôle du père. Il faut toute la persuasion de Dieu pour convaincre Joseph de remplir son rôle de mari et de père. « Comme il y pensait, un ange du Seigneur lui apparut dans un rêve et lui dit: «Joseph, descendant de David, ne crains pas d’épouser Marie, car c’est par l’action du Saint-Esprit qu’elle attend un enfant. Elle mettra au monde un fils, que tu appelleras Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés.» » (1, 20-21). Vous aurez remarqué la discrétion du texte. Il n’y a pas d’effets spéciaux, pas de lumières ni de musique. On ne nous précise pas si l’ange du Seigneur vient en volant ou dans un char à quatre chevaux. Il apparaît à Joseph, tout simplement. Et en songe en plus! La mention du songe souligne la passivité de Joseph. C’est n’est pas sa grande sagesse ni son immense foi qui le font rester avec Marie, c’est l’Ange du Seigneur qui le convainc. C’est dans son sommeil que l’ange du Seigneur lui fait prendre cette décision. « Quand Joseph se réveilla, il agit comme l’ange du Seigneur le lui avait ordonné et prit Marie comme épouse. Mais il n’eut pas de relations avec elle jusqu’à ce qu’elle ait mis au monde son fils, que Joseph appela Jésus. » (1, 24). Et Joseph donne à cet enfant (cet enfant dont l’évangile selon Matthieu veut nous convaincre qu’il ne peut pas être le sien) un nom. C’est en le nommant « Jésus », qu’il devient son père, qu’il devient son fils.
  • Placer Joseph dans votre crèche, c’est rappeler un deuxième rôle du père.  Dans l’histoire de la naissance de Jésus, Joseph exerce un rôle d’interprète. C’est à lui, et non pas à Marie que l’ange du Seigneur explique ce qui se passe. C’est encore à lui qu’il explique d’où vient cet enfant. C’est toujours à lui qu’il explique qui est cet enfant. C’est enfin à lui qu’il explique ce que fera cet enfant. C’est à Joseph qu’il revient d’interpréter l’événement de la naissance. Humainement parlant, ni la grossesse de Marie, ni la naissance de Jésus ne sont des événements évidents. Ils ne prennent de sens qu’avec leur interprétation. Il faut un ange pour que Joseph comprenne que ce bébé est « Emmanuel », qu’il est « Dieu avec nous ». Mais Joseph à son tour pourra dire le sens de cette naissance. Il nomme son enfant « Jésus », c’est-à-dire « Dieu sauve ».
  • Placer Joseph dans votre crèche, c’est rappeler un troisième rôle du père. Le rôle de Joseph ne s’arrête pas avec la naissance du petit Jésus. Car la vie de l’enfant est menacée. Le roi Hérode voit en lui concurrent. Alors l’ange du Seigneur apparaît une deuxième fois à Joseph, à nouveau au cours d’un songe: « Quand les savants furent partis, un ange du Seigneur apparut à Joseph dans un rêve et lui dit: «Debout, prends avec toi l’enfant et sa mère et fuis en Égypte; restes-y jusqu’à ce que je te dise de revenir. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire mourir.» » (2, 13). Encore une fois, il faut l’intervention de l’ange du Seigneur pour que Joseph sache ce qu’il doit faire. Ce n’est ni son intelligence, ni sa foi qui lui font prendre la bonne décision, mais le message de l’ange. Quoique non, je dois corriger ce que je viens de dire. C’est grâce à sa foi, c’est grâce à son intelligence que Joseph reconnaît que, dans son songe, c’est un ange du Seigneur qui lui parle. C’est grâce à sa foi, grâce à son intelligence que Joseph reconnaît que la fuite en Égypte représente la bonne décision. Et la situation se répète. L’ange du Seigneur apparaît pour une troisième fois dans le songe de Joseph. « Il lui dit: «Debout, prends avec toi l’enfant et sa mère et retourne au pays d’Israël, car ceux qui cherchaient à faire mourir l’enfant sont morts.» » (2, 20). Il lui dit qu’il est temps de retourner dans la terre d’Israël, à Nazareth en Galilée plutôt qu’à Bethléem en Judée, qui reste trop dangereuse. Et encore une fois, il faut à Joseph toute sa foi et toute son intelligence pour reconnaître que, dans son songe, c’est bien un ange du Seigneur qui lui parle. Encore une fois, c’est grâce à sa foi, grâce à son intelligence que Joseph reconnaît que le retour en Israël représente la bonne décision. Joseph exerce donc ce rôle traditionnellement au père. Il assure la sécurité de sa famille. C’est lui qui prend la décision de s’enfuir dans un pays sûr. C’est lui qui prend la décision de revenir dans leur pays natal. Et c’est lui qui prend la décision de s’installer en Galilée.

Noël est donc bien aussi une histoire d’homme. Mieux, c’est aussi l’histoire d’un père et de son fils.

(Lundi prochain: « Ne placez pas de chien dans votre crèche! »)