prière

Vers plusieurs « Notre Père »?

Le vendredi 22 novembre paraîtra la nouvelle traduction française de la Bible de la liturgie, celle l’Église catholique-romaine utilise lors de la célébration de la messe. L’annonce d’une nouvelle traduction de l’évangile attribué à Matthieu, chapitre 6, verset 13 a provoqué une vague d’émotion inattendue dans le monde francophone. Dans la prière proposée aux disciples, au lieu de lire/entendre « Et ne nous soumets pas à la tentation » (Bible de la liturgie – 1975), les catholiques liront/entendront désormais « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». La modification n’est pas anodine. Elle porte sur un concept théologique difficile: Dieu soumet-il à la tentation? Dieu est-il lui-même un (le?) tentateur. Les réponses dépendent (notamment) de la manière dont on traduit ce verset. Je vous propose quelques exemples des principales traductions, des exemples organisés en fonction de deux critères: 1) Est-ce Dieu qui soumet l’être humain à la tentation? 2) Le mal est-il personnifié?

Le mal est personnifié

Le mal n’est pas personnifié

Dieu soumet à la tentation

« Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. » (Louis Segond – 1910)
« Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. » (Bible de Jérusalem – 1955)
« Et ne nous conduis pas dans la tentation, mais délivre-nous du Tentateur. » (Traduction Œcuménique de la Bible – 1975) »Et ne nous expose pas à la tentation, mais délivre-nous du Mauvais. » (Bible en Français Courant – 1982)
« Ne nous fais pas entrer dans l’épreuve, mais délivre-nous du Mauvais. » (Nouvelle Bible Segond – 2002)
« Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Mal. » (Bible de la Liturgie – 1975)
« Ne nous fais pas pénétrer dans l’épreuve, mais délivre-nous du criminel. » (Chouraqui – 1987)
« Ne nous mets pas à l’épreuve et garde-nous du mal (La Bible nouvelle traduction – 2001)

Dieu ne soumet pas à la tentation

« Ne nous laisse pas entrer dans la tentation, mais délivre-nous du Malin. » (Nouvelle Version Segond Révisée – 1978)
« Garde-nous de céder à la tentation, et surtout, délivre-nous du diable. » (Bible du semeur – 1992)
« Et ne permets pas que nous soyons tentés. Mais libère-nous de l’esprit du mal. » (Parole de Vie -2000)
« Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal » (Bible de la liturgie – 2013)

En traduisant par « Et ne nous laisse pas entrer en tentation », la nouvelle version de la Bible de la liturgie décharge Dieu de son éventuelle responsabilité quant à la tentation et dépersonnifie le mal. Elle n’est pas la première à le faire, mais elle fait partie d’une paire très minoritaire. (En 2002, la Nouvelle Bible Segond (la version que privilégient les protestants) est même « revenue en arrière » en remplaçant « ne nous  laisse pas entre en tentation » (Nouvelle Version Segond Révisée – 1978) par « ne nous fais pas entrer en tentation ».)

Évidemment, ce n’est pas la traduction de la Bible qui a soulevé l’émotion, mais l’une de ses conséquences pratiques. La formulation de la prière du Notre Père que ce passage de Matthieu 6,  9-13 inspire (il en existe un parallèle au chapitre 11 de l’évangile attribué à Luc, mais le Notre Père s’en éloigne davantage) devrait logiquement, elle aussi, être modifiée (la décision n’a pas encore été prise). Et comme la prière du Notre Père est une prière commune à tou-te-s les chrétien-ne-s et que les trois principales confessions chrétiennes (catholique, orthodoxe et protestante) ont adopté la même version française en 1966, la question qui se pose est de savoir si les protestant-e-s et les orthodoxes vont adopter une éventuelle modification catholique.

Il est encore trop tôt pour le savoir. Mais le blogueur Nicolas Friedli présente le refus a priori des protestants suisses (et l’accord des protestants français) (lire son article « La FEPS rate le coche sur le nouveau Notre Père »)

« La demande catholique

En mars 2011, le Centre Romand de Pastorale Liturgique s’adresse à la Fédération des Églises Protestantes de Suisse au sujet de la modification de la sixième demande du Notre Père. La proposition de nouvelle traduction est: «Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal.» L’avis de la FEPS est explicitement demandé sur deux points :

  • Est-ce que cela pose un inconvénient majeur à ce que l’Église catholique adopte cette traduction?
  • Est-ce qu’il y a risque de tensions interconfesionnelles?

Évidemment, on peut émettre un reproche, mineur, à l’Église catholique: mettre le pied dans la porte! Mineur parce que la Fédération Protestante de France et la Commission liturgique de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France n’avaient pas exprimé d’opposition à cette proposition.

La réponse de la FEPS

À cette demande, la FEPS répond 6 mois plus tard, en septembre 2011. Sa réponse est pour le moins étonnante : d’une part, la nouvelle traduction est reconnue comme exégétiquement valable, d’autre part la FEPS souhaite qu’elle n’entre pas en vigueur en Suisse romande. Toute l’argumentation de la FEPS se rapporte au refus:

  • la procédure adoptée n’est pas la bonne parce que différente de celle qui avait conduit à l’actuel Notre Père commun;
  • les paroisses sont attachées à la version actuelle et habituée à la traduction traditionnelle.

La FEPS joue donc l’exégèse contre la procédure et fait gagner la procédure ! Puis l’exégèse contre la tradition, et fait gagner la tradition ! On croit rêver… »

Enfin, pour mémoire, je cite la prière du Notre Père dans les trois principales confessions chrétiennes (on trouve d’autres versions, notamment plus anciennes, sur le site http://priere-orthodoxe.blogspot.ca/2010/10/la-priere-du-seigneur.html). On remarquera que si les versions catholiques et protestantes sont identiques (sauf la dernière phrase, prononcée par l’officiant chez les catholiques et par l’assemblée chez les protestant-e-s), les orthodoxes ont d’ores et déjà adopté le désormais fameux « ne nous laisse pas entrer… »

 Catholique

 Protestant

 Orthodoxe

Notre Pèrequi es aux cieux,que ton Nom soit sanctifié,que ton règne vienne,

que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses,

comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre nous du mal.

Amen

Grand séminaire de Montréal

Notre Pèrequi es aux cieux,que ton nom soit sanctifié,que ton règne vienne

que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses

comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,

Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

Car c’est à toi qu’appartiennent: le règne la puissance et la gloire,

Aux siècles des siècles.

Amen.

Oratoire du Louvre

Notre Père,qui es aux cieux,que ton nom soit sanctifié,que ton règne vienne,

que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel;

donne-nous aujourd’hui notre pain essentiel;

remets-nous nos dettes,

comme nous aussi les remettons à nos débiteurs;

et ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve, mais délivre-nous du Malin.

Amen.

Assemblée des évêques de France

Dieu au Super Bowl

J’ai lu hier sur le site de l’Agence France Presse un article qui établit un lien direct entre le sport et la religion: « Super Bowl: pour 3 Américains sur 10, Dieu joue un rôle dans la victoire« . En voici deux extraits:

« Selon une étude de l’Institut de Recherche sur la Religion (PRRI), 27% des Américains pensent que Dieu, et non pas les joueurs ou les entraîneurs, aura une influence dans la victoire soit des Ravens de Baltimore, soit des 49ers de San Francisco. »

« Plus d’un Américain sur deux – 53% – pense également que Dieu récompense les athlètes croyants, contre 42% le contraire. »

Sur la première statistique, j’aimerais savoir de quelle influence divine il est question. Dans ma Théologie du Canadien de Montréal, j’ai proposé deux manières de concevoir l’impact de Dieu sur une rencontre sportive:

  • Soit on conçoit qu’il intervient directement en guidant lui-même le ballon (la rondelle, la balle ou la flèche peu importe) vers sa cible.
  • Soit on conçoit qu’il intervient indirectement en inspirant les joueurs et les entraîneurs pour qu’ils puissent prendre les meilleures décisions et réaliser les meilleurs gestes.

Même si je n’écarte pas la possibilité d’un miracle, ma théologie chrétienne me fait choisir la deuxième solution: je crois que ce sont les joueurs et les entraîneurs qui décident de la victoire; je crois qu’ils la doivent à leurs talents footballistiques (et un peu à la chance aussi qui n’est pas un autre nom de Dieu); mais je crois cependant que leur foi peut les aider à mieux jouer et à mieux entraîner.

Sur la seconde statistique, je serai plus radical. Je ne crois absolument pas que Dieu récompense les plus croyants; et je ne crois pas qu’il choisirait le Super Bowl comme récompense, même pour récompenser des footballeurs croyants.

« Virgin Mary ‘crosses the finish line’ with Olympic gold runner »

Je savais que le Comité International Olympique veille très jalousement sur son image. J’ai appris qu’il veille tout aussi jalousement sur les images de ses Jeux. Pas question que les Jeux servent de tribune politique ou de vecteur publicitaire. Pas question que des athlètes ou des spectateurs profitent des Jeux pour défendre leurs causes ou vendre leurs produits. En voici quelques exemples:

  • Pas de politique: Le CIO a interdit tous les drapeaux autres que les drapeaux nationaux. Pas question de brandir un drapeau tibétain, québécois ou catalan (il semble cependant que les drapeaux écossais échappe à cette interdiction). Un supporter breton de l’équipe de France de football féminin en a fait l’amère expérience (précisions sur Slate.fr).
  • Pas de publicité: Le CIO interdit dans les stades et autour des stades toute publicité pour des marques concurrentes à ses propres commanditaires. Il a banni des enceintes olympiques tous les produits qui feraient de la concurrence à ses commanditaires (nourriture, boisson, moyen de payement, etc.). Il défend même aux athlètes de mentionner leurs commanditaires de quelque manière que ce soit, quand ils ne sont pas ceux du CIO (précisions sur Slate.fr). Le second du 100 mètres, Yohan Blake, risque ainsi la disqualification pour avoir porté une montre de luxe qui, pour être suisse, n’était pas pour autant celle du chronométreur officiel des Jeux Olympiques (précisions sur Lexpress.fr).

On peut penser que le CIO a raison de vouloir rester politiquement neutre et de garder les stades vierges de toute publicité. Mais on peut aussi penser que les intentions du CIO sont moins noble, qu’il ne veut décevoir ni les pays qui délèguent leurs athlètes (surtout les pays riches ou influents), ni les commanditaires qui le financent (très généreusement). Non seulement, il ne mange pas la main qui le nourrit, mais il lui offre même une manucure.

Ce qui rend d’autant plus étonnant le fait que le CIO a renoncé à contrôler un type de messages et un genre d’images. Et ce sont, je vous le donne en mille: les messages religieux. La preuve!

  • Le CIO a autorisé deux saoudiennes (la judoka Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani et la coureuse de 800 mètres Sarah Attar) à combattre ou à courir la tête couverte d’un foulard.

  • Le CIO laisse les athlètes prier (ce qui est normal), mais il les laisse aussi montrer au monde qu’ils prient en performant leurs gestes de prière quand les caméras se braquent sur eux. Dans ces Jeux de Londres, j’ai vu des gestes classiques, des athlètes catholiques se signer, des athlètes évangéliques poser un genoux à terre et déposer leur  front sur leur main, des athlètes musulmans s’essuyer le visage avec leur main puis tourner leurs paumes vers le ciel, etc. Mais le geste le plus étonnant qu’il m’a été donné de voir a été celui de l’éthiopienne Meseret Defar, gagnante du 5000 mètres. Hier, après avoir remporté sa finale, elle a sorti de sous son maillot (elle avait donc couru avec!) une image d’une Vierge à l’Enfant qu’elle a brandi devant les caméras. Il s’agissait d’un témoignage de foi et donc, dans le même temps, d’un message publicitaire en faveur du christianisme. D’ailleurs l’agence de presse Catholicnewsagency.com ne s’y est pas trompée, elle qui a aussitôt publié un communiqué titré: « Virgin Mary ‘crosses the finish line’ with Olympic gold runner » (la Vierge Marie et pas l’Enfant Jésus, mais c’est une autre histoire).

Alors que le CIO veille jalousement à interdire les mesages politiques et publicitaires qu’il ne contrôle pas, il semble tolérer que les Jeux Olympiques servent de tribune religieuse. Pourquoi ces deux poids? Pourquoi ces deux mesures?

Il se pourrait que « la religion », les religions et les croyant-e-s aient réussi à faire plier le CIO, à lui faire admettre qu’il y a, au moins pour les athlètes, quelque chose d’aussi important que les Jeux Olympiques, mais quelque chose sur laquelle ils/elles ne sont pas prêt-e-s à faire de concession. Les croyant-e-s, tous les croyant-e-s seraient ici des résistant-e-s, peut-être les seul-e-s. Ce qui me paraît intéressant quand je pense que l’on fait du soi-disant « Esprit olympique » une nouvelle religion!

Sport and Society

I am currently participating in the Third Annual Sport and Society Conference at the University of Cambridge, UK. I was impressed by the diversity of the participants (from Brazil, Canada, USA and Venezuela; from France, Germany and Spain; from China, Egypt, India, Sierra Leone, Taiwan, etc.) as well as by the diversity of the subjects: Physical education, Gender and Identity, Sports Management, Disability, etc. Academic researchers seem to be very much into sport!

For my part, I am presenting a paper entitled: « Play, Pray, Win… and, Lose! Does God prefer the Montreal Alouettes? ». Here is my abstract:

« In May 2011, I was told the Montreal Alouettes (the Montreal Canadian Football Team) had a chaplain. In July 2011, I began a field research inside the Montreal Alouettes in order to understand the place of Christian faith in this team. First, I interviewed reverend Tom Paul, the Alouettes chaplain. He presented to me the four Christian activities he holds for the Alouettes: a Chapel program each game day; a weekly Bible study, on a schedule depending on players availability; a Thanksgiving service at the Welcome Hall Mission; and some spiritual guidance on request. In fall 2011, I was allowed by the Alouettes to observe some Alouettes Christian activities: one Chapel, two Bible studies and the Thanksgiving service. In winter and spring 2012, I analysed the results of my observation, using the method of spiritual praxeology as developed at the Faculty of Theology and the Sciences of Religion of the University of Montreal. »

And here is a short excerpt from my conclusion:

« Alouettes Christian activities’ God is a father who loves his children, whatever they do for a living (playing football for the Alouettes included); Alouettes Christian activities’ God is a sovereign who can help people (football players included) to do their best, even more than they think they can do; Alouettes Christian activities’ God is a demanding God who likes to be asked and to be thanked.

According to Alouettes Christian activities, biblical heroes are role models for contemporary Christians. According to Alouettes Christian activities, Christian life is a fight against human natural tendencies. And, according to Alouettes Christian activities, the most important in Christian life is preparing to live death with God. »