repas

« Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit », le livre (gratuit et en libre accès)

Vous avez aimé le feuilleton de Nicole Rognon, cette femme qui mange et cuisine aussi comme elle croit? Vous l’avez manqué? En partie? En totalité?

Vous pouvez maintenant télécharger tous les épisodes dans un seul livre gratuit et en libre accès: Bauer, O. (2017). Nicole Rognon mange aussi comme elle croit. Lausanne.

Multiplier les pains de la Cène

Cet été est pour moi très « goûtu ». Dans une belle série sur le pain, le quotidien français La Croix m’a interrogé sur le sens théologique du pain et de la Cène. Mes propos ont été recueillis par Frédéric Mounier. Je les propose ici:

Chez les protestants, quels sont les arguments théologiques mis en jeu autour du pain?

Olivier Bauer: Deux courants traversent les Églises protestantes. L’un explique, par exemple dans le Grand Nord canadien, que si Jésus avait été inuit, il aurait partagé la viande de phoque. D’autres insistent sur le fait que la Bible évoque explicitement le pain et le fruit de la vigne. Entre Églises protestantes, le débat est ainsi ouvert: avec quel aliment peut-on célébrer? Mais aussi avec quel pain? Le pain quotidien? Le pain de la fête? J’ai célébré, un dimanche de la Trinité, avec du pain en forme de tresse qui, justement, me semble idéal pour symboliser la Trinité. Dans les contrées humides, on peut célébrer avec du biscuit sec, qui se conserve sans difficultés.

Comment vous situez-vous dans votre pratique pastorale personnelle?

O.B.: Il me semble qu’on doit pouvoir célébrer avec différents pains: azyme pour commémorer notre origine juive, avec une hostie en communion avec nos frères et sœurs catholiques, avec une brioche pour souligner le caractère festif, sans gluten pour n’exclure personne, ou au pain sec pour rappeler les pauvretés. Fondamentalement, il me semble qu’on mange aussi comme on croit. Pour les catholiques, il s’agit du corps du Christ. Du côté des protestants, il arrive à certains paroissiens de sacraliser le pain. C’est ainsi parfois le pasteur qui finit le pain entamé, alors qu’ailleurs, ce peut être la communauté, au cours de l’apéritif.

Comment envisagez-vous l’intercommunion?

O.B.: À mes yeux, le repas du Seigneur n’appartient pas à l’Église qui célèbre. Je constate que, dans une église catholique, le protestant peut venir dans le salon mais n’est pas admis à la « salle à manger ».


Lire dans La Croix, l’histoire du pain, relatée par Jean-Claude Raspiengeas:

Alimentation et spiritualité

Ma nouveauté pour cet été? La révision complète de la page que je consacre aux liens entre l’alimentation et la spiritualité. Bonne lecture!

Carême et Ramadan

On me demande (« on » étant Ici Radio-Canada, Première) la différence entre carême et ramadan. Voici ce que je peux écrire:

Tous les deux sont des temps de jeûne pour raison religieuse. Mais:

  • Le carême (les 40 jours qui vont du mercredi des cendres à la nuit de Pâques, sans compter les dimanches) est affaire de nourriture: il est interdit de manger gras (viande, sucre, œufs, etc.).
  • Le ramadan (les 28 jours du neuvième mois du calendrier musulman) est affaire de temps: il est interdit de manger entre le lever et le coucher du soleil.

Pour le plaisir et le sérieux, j’ajoute une citation de l’historien de l’alimentation Jean-Louis Flandrin (lire sa biographie sur l’Encyclopedia Universalis), qui compare le carême du Moyen Âge au ramadan.

« Au bas Moyen Âge et à la Renaissance, la réglementation s’était focalisée sur deux points seulement: le jeûne et l’abstinence. Le jeûne, au départ, c’était ne pas manger du tout pendant une période plus ou moins longue, à l’imitation du jeûne de quarante jours du Christ dans le désert. Pendant le haut Moyen Âge, il y a eu trois périodes de quarante jours de jeûne: une avant Pâques (qui et restée notre carême), une de la Saint-Martin à Noël et une, plus équivoque après la Pentecôte. À ces trois carêmes s’ajoutaient d’autres courtes périodes de jeûne comme les quatre-temps, les vigiles de certaines grandes fêtes, etc. Et le jeûne consistait à ne pas manger avant la tombée de la nuit, comme les musulmans le font toujours pendant le Ramadan – avec cette différence que l’abstinence de viande, voire de toute autre nourriture que le pain et l’eau rendait les nuits de ces jeûnes chrétiens bien moins réjouissantes que les nuits du ramadan. » Flandrin, Jean-Louis. L’ordre des mets. Paris: O. Jacob, 2002. 59-60


À propos du jeûne, lire aussi sur mon blogue: Ça jeûne et ça ne fait rien!