rite

Mon gâteau aux pruneaux pour le Jeûne fédéral

En Suisse, le « Jeûne fédéral » est une journée de repentance et d’action de grâce décrétée par les pouvoirs publics. Ce n’est pas un véritable jeûne, puisqu’on y mange peu, mais qu’on y mange quand-même. Traditionnellement, on y mange un gâteau aux pruneaux (ou tarte aux prunes) qui présente un triple avantage:

  1. Être un plat de saison, ce qui permet d’être en phase avec la nature.
  2. Coûter peu, ce qui permet de faire un don à celles et ceux qui en ont besoin.
  3. Pouvoir être cuisiné à l’avance, ce qui permet aux cuisinières – et maintenant aux cuisiniers – de participer au culte ou à la messe.

Mon gâteau aux pruneaux est fait maison et sans gluten.

Comment la cène protestante répare trois injustices

Mis au défi par un étudiant, j’ai compris que la cène – l’eucharistie protestante, pour fair court et simpliste – répare trois injustices :

  1. Alors que l’eucharistie catholique réserve le plus souvent le vin au seul prêtre, la cène protestante propose à chacun·e de le boire.
  2. Alors que le vin discrimine les enfants et les personnes abstinentes par motif éthique ou pour raison de santé, la cène protestante offre (aussi) du jus de raisin, sans alcool.
  3. Alors que le vin est parfois un produit étranger qu’il faut importer, la cène protestante valorise (aussi) des boissons locales : bière de mil, eau de coco, cidre, etc.

J’aime… le vin, le jus de raisin, la bière de mil, l’eau de coco, le cidre, etc. J’aime… la cène aussi !

71

Invité par l’Église évangélique réformée du canton de Vaud à participer à un débat à propos de l’éventuel ouverture de la bénédiction à d’autres mariages que celui d’un home et d’une femme, j’ai présenté ce texte.


71, c’est le nombre de bénédictions de couples mariés qui ont été célébrées dans l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, en 2020, ce qui représente 0,34 % des mariages célébrés dans le canton de Vaud cette année-là.

  • 71 bénédictions de mariage. Chaque ministre n’a donc pas eu la joie d’en célébrer au moins un, chaque temple n’a pas eu la joie d’en accueillir au moins un.
  • 0,34 %, seulement 0,34 %, ce qui dit toute l’insignifiance et l’impertinence de notre bénédiction de mariage. Elle n’a de sens et de pertinence que pour 0,34 % des couples qui se marient dans le canton de Vaud.

Que faire alors ?

Nous pouvons choisir de ne rien changer. Je suis un très mauvais prophète, mais parti·es comme nous le sommes, au mieux dans dix ans, au pire dans cinq ans, notre Église ne bénira plus qu’un seul mariage par an et ce sera celui d’une pasteur et d’un diacre.

Mais nous pouvons aussi choisir de réagir.

Nous pouvons alors choisir de durcir nos positions et sélectionner quels couples civilement mariés méritent d’être bénis. Nous pouvons nous contenter d’exclure de la bénédiction les couples de même sexe. Mais nous pouvons aussi nous montrer plus exigeant·es. Nous pouvons obéir à la Bible, à l’apôtre Paul et refuser la bénédiction aux conjoint·es injustes, à « ceux qui se livrent à l’inconduite sexuelle, à l’idolâtrie, à l’adultère, aux hommes qui couchent avec des hommes [mais pas aux femmes qui couchent avec des femmes], aux voleurs, aux gens avides, aux ivrognes, à ceux qui s’adonnent aux insultes ou à la rapacité » (1 Corinthiens 6, 9-10). Je suis un très mauvais prophète, mais je crains qu’il ne reste plus beaucoup de candidat·es à une telle bénédiction. Trouverons-nous dans le canton de Vaud 142 personnes répondant à ces critères pour pouvoir bénir 71 mariages ?

Nous pouvons aussi choisir de dire du bien et donc de faire du bien à tous les couples civilement mariés qui le demandent. Civilement mariés, donc depuis le 1er juillet 2022, dire du bien et faire du bien aux couples mariés où s’unissent une femme et un homme, aux couples mariés où s’unissent deux femmes aux couples mariés où s’unissent deux hommes. Sans qu’importent leurs préférences amoureuses, nous pouvons choisir de bénir deux conjoint·es qui ont l’humilité de requérir l’aide de Dieu dans leur vie de couple. Sans qu’importent leurs préférences amoureuses, nous pouvons bénir les couples qui nous disent qu’une bénédiction réformée et vaudoise a un sens et une pertinence pour leur vie à deux. J’espère être un mauvais prophète, mais je ne pense pas qu’accepter de bénir tous les couples mariés suffise à renverser la tendance. Je doute fortement qu’en 2050, notre Église bénisse 1998 couples mariés comme elle l’a fait en 1970. Mais je ne suis pas trop mauvais théologien. Et je crois que c’est en bénissant tous les couples mariés peu importe leurs préférences amoureuses que nous sommes évangéliques.

Culte Georges Brassens

Pour marquer le 100e anniversaire de la naissance de Georges Brassens, je mets en ligne l’ensemble du «culte Georges Brassens» que j’ai déjà célébré deux fois dans des Églises méthodistes et réformées en Suisse romande, en équipe, avec des musicien·nes et des théologien·nes.

L’idée de ce «culte Georges Brassens» est née d’une rencontre avec Gaël Liardon, chansonnier, musicien d’Église, doctorant en musicologie, et d’une découverte, celle de notre goût commun pour les chansons de Georges Brassens. Je dédie d’ailleurs ce culte à Gaël, maintenant qu’il est décédé.

Je ne crois pas en Georges Brassens. Mais Georges Brassens est pour moi une sorte de prophète. Je trouve dans les chansons de Georges Brassens, dans ses paroles et dans ses musiques, dans sa vie aussi, un témoignage rendu à l’Évangile. Peut-être pas le plus orthodoxe de tous les témoignages rendus à l’Évangile, mais un témoignage vrai, un témoignage parfois dérangeant, mais un témoignage souvent stimulant.

En préparant ce culte, j’ai écrit qu’il y a plus d’Évangile dans les chansons de Georges Brassens que dans certains textes de la Bible. Et même si c’est un peu exagéré, je pense que c’est un peu vrai. Et j’espère que vous en ferez l’expérience. Mais pour être honnête, je dois dire aussi que certains textes de Georges Brassens offrent moins, peu ou pas d’Évangile. Comme moi, il est un être humain avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses. Comme moi, il est seulement un être humain et c’est ce qui fait tout son charme, tout notre charme.

Vous trouverez dans le document ci-dessous un déroulement complet d’un «culte Georges Brassens» construit selon un plan de l’Église réformée de France (voir la page que l’Église protestante unie de France consacre aux liturgies) en trois temps:

  • Nous adorons Dieu ensemble: Jeanne, Chanson pour l’Auvergnat, Le temps ne fait rien à l’affaire
  • Dieu nous adresse sa parole vivifiante: Celui qui a mal tourné, La mauvaise réputation
  • Nous répondons à Dieu par des actes communautaires: La prière, Les copains d’abord

J’ai créé des textes liturgiques en lien avec des chanson du Grand Georges. Vous pouvez le célébrer librement tel que je l’ai conçu, mais je vous conseille plutôt de l’adapter aux circonstances, à votre communauté et surtout aux envies et aux capacités des musicien·nes.

Télécharger à l’adresse: https://olivierbauer.files.wordpress.com/2021/10/bauer_cultebrassens_2018.pdf

Et je serais heureux que vous ajoutiez un commentaire sur cette page pour partager ce que vous allez faire ou ce que vous aurez fait.

Bon culte!

Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous? Les exemples français et canadien

Pour compléter mon article d’hier (Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous ?), j’ai eu envie de vérifier quel rite pour les couples proposent deux Églises réformées dans des pays qui ont déjà adopté un mariage pour toutes et tous.

L’Église protestante unie de France propose aux couples de même sexe, non pas une « célébration du mariage au temple » mais une « bénédiction des couples mariés de même sexe » (voir la page).

L’Église unie du Canada propose le mariage (je rappelle qu’au Canada, les pasteur·es marient civilement au nom de l’État) à tous les couples, dont les « couples formés de personne de même sexe » (voir la page).

Dois-je ajouter que c’est la proposition de l’Église unie du Canada qui me semble la seule conforme à l’Évangile ? Et que c’est celle que doivent adopter les Églises réformées en Suisse – et en France ! – après l’adoption du mariage pour toutes et tous ?

Le Christ se trouve-t-il dans le pain ou dans le sel?

La théologie pratique part toujours d’une expérience. Laissez-moi vous raconter celle que je viens de faire!

Le pasteur Jean-François Ramelet m’invite à prêcher à l’Esprit sainf, lieu phare de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, dans un cycle de cultes sur le goût. Je choisis d’évoquer le sel. Et je décide de partir d’un petit verset dans lequel trois évangiles font dire à Jésus: «Vous êtes le sel de la terre.» (Matthieu 5,13), «Ayez du sel en vous!» (Marc 9,49-50) et «Le sel est une bonne chose.» (Luc 14,34-35).

Le samedi précédent ma prédication (le culte a lieu le samedi soir), je me rends à Saint-François pour le culte consacré à l’acide. Au moment de la Cène, j’ai la surprise de découvrir que le pain a un goût de safran (pour celles et ceux qui connaissent, c’est une cuchaule).

Lundi en terminant ma prédication, je réalise que je suis un peu dur avec le sel. Je dis en substance que trop de sel est mauvais pour la santé, pour la foi et pour la terre. Je suggère donc de célébrer la Cène avec du pain sans sel. Après avoir vérifié que l’on va trouver du pain sans sel, l’idée est acceptée.

Mardi matin, je reçois un courriel d’un officiant laïc. Il craint que la célébration de la Cène avec du pain sans sel soit mal vécue. Car les trois évangiles font aussi dire à Jésus: «Si le sel perd son goût, il ne sert à rien et il ne reste plus qu’à le jeter.» Je reconstruis son raisonnement : un pain sans sel, c’est un pain sans goût; donc un pain sans sel, c’est un pain sans Christ.

Mercredi matin, nous avons une conversation téléphonique et nous clarifions le malentendu. Nous garderons le pain sans sel et je présenterai dans le culte la raison qui me l’a fait choisir.

L’expérience se termine ici et la théologie pratique s’en empare.

Le Christ est-il dans le pain où dans le sel? La théologie pratique répond que la question n’est pas pertinente. Dans une perpective protestante réformée, le Christ n’est présent ni dans le pain, ni dans le sel. S’il est présent dans la Cène, il l’est dans le geste de partager une nourriture. Peu importe que le pain soit de la cuchaule ou du pain de campagne; peu importe qu’il soit assaisonné de safran; peu importe qu’il soit avec ou sans sel; et même, peu importe que ce soit du pain ou un autre aliment! Mais l’expérience montre que le goût des aliments n’est pas sans importance. Pour l’officiant laïc, il n’est pas indifférent que le pain contienne ou ne contienne pas du sel. Plus généralement, manger du pain, du riz ou de la noix de coco n’a pas la même valeur théologique.

Samedi soir, j’espère qu’en mangeant du pain sans sel, les célébrantes et les célébrants ressentiront un manque et qu’ils auront envie de devenir le sel de la terre. Pour saler, un peu, la terre, pour donner du goût à la vie, faire fondre les regards, les mots et les gestes qui glacent, assaisonner les débats, conserver ce qui risque de pourrir. J’espère qu’ils et elles auront envie d’offrir le sel de leurs larmes, de leur sueur et de leur sang.

Comme le culte a lieu ce soir, je ne sais encore rien de l’effet d’une Cène célébrée avec du pain sans sel.