rite

Pain de la terre, pain du ciel

Dans le cadre de la Fête du blé et du pain organisée cet été à Echallens (près de Lausanne), je propose une exposition intitulée « Pain de la terre, pain du Ciel ». Elle est visible en visite libre du 15 juillet au 26 août de 8h à 20h30 dans le temple de la paroisse réformée d’Echallens . Vous pouvez vous y rendre et la voir « pour de vrai ». Mais, puisque des gens du monde entier suivent mon blogue (quel orgueil dans la formulation!), je la propose aussi en exposition virtuelle que pouvez visiter en cliquant sur l’affiche.


  • L’expression « Pain de la terre, pain du Ciel » est empruntée à l’exposition tenue au Musée de l’hospice du Grand-Saint-Bernard en 2012 (visiter le site du Musée et voir l’exposition) et au livre publié par Pierre Rouyer en 2012 aux Éditions du Grand-Saint-Bernard.
  • Pour la fête du blé et du pain, la paroisse réformée d’Echallens célèbre sur le thème du pain deux cultes et une célébration intercommunautaire les dimanches 12, 19 et 26 août à 9h45 (en découvrir le programme).

Une pâtisserie inclusive

Dans la vitrine de la pâtisserie Paysant-Leduc à Enghien-les-Bains (région parisienne), cette figurine à placer sur un gâteau de mariage. (En passant, notez aussi les marié·es noires en arrière-plan.)

Quand le mariage pour tou·tes est devenu une évidence!

Deux hommes en tenue de marié comme figurine à placer sur un gâteau de mariage

Crédit: Patricia Bauer

Le Christ se trouve-t-il dans le pain ou dans le sel?

La théologie pratique part toujours d’une expérience. Laissez-moi vous raconter celle que je viens de faire!

Le pasteur Jean-François Ramelet m’invite à prêcher à l’Esprit sainf, lieu phare de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, dans un cycle de cultes sur le goût. Je choisis d’évoquer le sel. Et je décide de partir d’un petit verset dans lequel trois évangiles font dire à Jésus: «Vous êtes le sel de la terre.» (Matthieu 5,13), «Ayez du sel en vous!» (Marc 9,49-50) et «Le sel est une bonne chose.» (Luc 14,34-35).

Le samedi précédent ma prédication (le culte a lieu le samedi soir), je me rends à Saint-François pour le culte consacré à l’acide. Au moment de la Cène, j’ai la surprise de découvrir que le pain a un goût de safran (pour celles et ceux qui connaissent, c’est une cuchaule).

Lundi en terminant ma prédication, je réalise que je suis un peu dur avec le sel. Je dis en substance que trop de sel est mauvais pour la santé, pour la foi et pour la terre. Je suggère donc de célébrer la Cène avec du pain sans sel. Après avoir vérifié que l’on va trouver du pain sans sel, l’idée est acceptée.

Mardi matin, je reçois un courriel d’un officiant laïc. Il craint que la célébration de la Cène avec du pain sans sel soit mal vécue. Car les trois évangiles font aussi dire à Jésus: «Si le sel perd son goût, il ne sert à rien et il ne reste plus qu’à le jeter.» Je reconstruis son raisonnement : un pain sans sel, c’est un pain sans goût; donc un pain sans sel, c’est un pain sans Christ.

Mercredi matin, nous avons une conversation téléphonique et nous clarifions le malentendu. Nous garderons le pain sans sel et je présenterai dans le culte la raison qui me l’a fait choisir.

L’expérience se termine ici et la théologie pratique s’en empare.

Le Christ est-il dans le pain où dans le sel? La théologie pratique répond que la question n’est pas pertinente. Dans une perpective protestante réformée, le Christ n’est présent ni dans le pain, ni dans le sel. S’il est présent dans la Cène, il l’est dans le geste de partager une nourriture. Peu importe que le pain soit de la cuchaule ou du pain de campagne; peu importe qu’il soit assaisonné de safran; peu importe qu’il soit avec ou sans sel; et même, peu importe que ce soit du pain ou un autre aliment! Mais l’expérience montre que le goût des aliments n’est pas sans importance. Pour l’officiant laïc, il n’est pas indifférent que le pain contienne ou ne contienne pas du sel. Plus généralement, manger du pain, du riz ou de la noix de coco n’a pas la même valeur théologique.

Samedi soir, j’espère qu’en mangeant du pain sans sel, les célébrantes et les célébrants ressentiront un manque et qu’ils auront envie de devenir le sel de la terre. Pour saler, un peu, la terre, pour donner du goût à la vie, faire fondre les regards, les mots et les gestes qui glacent, assaisonner les débats, conserver ce qui risque de pourrir. J’espère qu’ils et elles auront envie d’offrir le sel de leurs larmes, de leur sueur et de leur sang.

Comme le culte a lieu ce soir, je ne sais encore rien de l’effet d’une Cène célébrée avec du pain sans sel.

Mon nouveau livre: Les cultes des protestant·e·s

Le 8 mars paraitra mon nouveau livre: Bauer, O. (2017). Les cultes des protestant·e·s. Méthodes originales pour approcher les rites (Labor et Fides). Genève: 148 pages.

 

Enfin un livre qui expose ce que les cultes sont avant de prescrire ce qu’ils devraient être ! Enfin un livre qui fait place à la diversité des cultes que célèbrent les protestant.e.s ! Enfin un livre qui explore comment les cultes sollicitent ou ne sollicitent pas les différents sens de l’être humain ! Dans cet ouvrage, Olivier Bauer parcourt l’ensemble du culte avec neuf articles consacrés aux cultes, neuf articles nourris par trente ans d’expérience comme théologien et comme pasteur en Suisse, en France, en Polynésie française, aux États-Unis et au Canada, neuf articles publiés entre 2001 et 2014 en Europe et en Amérique du Nord.

Qui célèbre des cultes y trouvera des propositions pratiques. Qui s’intéresse aux coulisses y trouvera des informations inédites. Qui se pose des questions de fond – à quoi sert le culte ? La foi vient-elle seulement de ce que l’on entend ? Quel est le statut des médiations théologiques ? – y trouvera des réponses. Qui étudie le rite y trouvera des outils méthodologiques et des concepts : observation sensorielle, théorie des jeux, ritualisation, actions liturgiques. Qui aime les débats y trouvera la lettre qu’Olivier Bauer a envoyé à Joseph Ratzinger (Benoît XVI) pour critiquer sa conception de la messe.

On peut le commander tant chez Labor et Fides qu’auprès d’une librairie « dans la rue » ou « en ligne ».

Le baptême, la peur, la confiance

Dans un commentaire sur mon article Eau de vie, eau de mort (#baptême) et sans doute après la lecture de l’article de Noriane Rapin Les non pratiquants veulent encore le baptême (auquel j’ai contribué), on me demande à propos du baptême:

« Qu’est-ce qu’il reste aujourd’hui de la nouveauté, du sens de ce geste [du baptême de Jésus par Jean Baptiste], au quotidien, dans les peurs rapportées dans les médias? »

Il reste qu’il est nécessaire d’annoncer l’Évangile dans un quotidien qui fait peur.

Il reste que le baptême offre la possibilité de l’annoncer aux familles non-pratiquantes.

Il reste à annoncer que Dieu offre la vraie vie, non pas vide de peur, mais pleine de confiance.

Il reste que le mal n’a pas le dernier mot.

Eau de vie, eau de mort (#baptême)

Un entretien sur le baptême (lire l’article de Noriane Rapin: Les non pratiquants veulent encore le baptême) m’a donné envie d’en écrire un peu plus sur ce thème (d’après un article paru dans La Vie protestante Berne-Jura en mai 2003) hors de toute actualité, sauf que le calendrier propose de fêter aujourd’hui la conversion de Paul et que les Églises chrétiennes proposent de prier cette semaine pour l’unité des chrétien·ne·s.


« Baptiser » vient du grec « baptizo » qui signifie « plonger dans l’eau »; être baptisé.e, c’est donc plonger dans l’amour de Dieu. Plonger, c’est toujours prendre des risques, surtout quand on ne sait pas nager. Et quand il s’agit de l’amour de Dieu, personne ne sait jamais nager! Plonger dans l’amour de Dieu, c’est donc risquer de se noyer dans cet amour, c’est accepter de se laisser submerger par cet amour. Mais comme par miracle, l’amour de Dieu, plus salé que la Mer morte, soutient et supporte toutes celles et tous ceux qui s’y jette; personne ne s’y noie, jamais.

On peut baptiser à tous les âges, des nourrissons jusqu’aux adultes. Ce qui ne dit pas exactement la même chose. Baptiser un nourrisson, c’est insister sur la grâce de Dieu. Le petit bébé ne sait rien, ne connaît rien; il n’a pas suivi l’école du dimanche, il ne lit pas la Bible, il ne va pas au culte; il ne sait pas ce qu’être chrétien veut dire; et pourtant, l’amour de Dieu le soutient. Baptiser un adulte, c’est insister sur le courage du baptisé; la grande personne sait; elle a suivi à l’école du dimanche, elle a lu la Bible, elle participe au culte; elle connaît ce qu’être chrétien exige; et pourtant, elle accepte de plonger dans l’amour de Dieu; et l’amour de Dieu la soutient.

Être baptisé, c’est se noyer, juste pour un instant, c’est mourir et renaître à la vie nouvelle. Quand Paul présente le baptême aux chrétien·ne·s de Rome, il écrit:

« Ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés? Par le baptême en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. » Lettre aux Romains, chapitre 6, versets 3 à 4

Certain.e.s pensent qu’un vrai baptême doit noyer la personne baptisée, qu’elle doit être plongé entièrement dans l’eau, qu’elle doit suffoquer un instant et ressortir comme ressuscité; le symbole est beau. D’autres préfèrent verser simplement de l’eau sur la tête de la personne baptisée, parce que c’est là qu’est son identité; le geste est pratique. Mais le baptême ne dépend ni de l’âge, ni de la quantité d’eau. Il ne dépend que de l’amour de Dieu. D’ailleurs les Églises protestantes ne baptisent pas des protestant·e·s, ni l’Église catholique des catholiques, ni les Églises orthodoxes des orthodoxes, ni les Églises anglicanes des anglican·e·s. Elles baptisent simplement des personnes; elles témoignent ainsi que Dieu les aime; qu’il n’aime pas elles seulement mais qu’il les aime elles aussi.


À propos du baptême, on peut aussi lire sur mon blogue, l’avis des étudiant·e·s en théologie de l’Université de Montréal: Baptême – Apprentissage par problème.